DU PEUPLE , MC
de Dieu et de secrètes malédictions dont il nous frappe?
On ne le voit pas , on n'y pense pas , parce qu'on s'accoutume à regarder toutes choses avec les yeux de la chair, sans ouvrir jamais les yeux de la foi. On prend bien des mesures, on imagine bien des moyens pour se rétablir dans un meilleur état : mais le plut sûr, ce serait celui que donnait le prophète à Jérusalem : Lavamini, mundi estote (Isaî. , 1 ); purifiez-vous, et lavez- vous de tant d'iniquités : AuferU malum cogitationum vestrarum ab oculU meiê (Id.); Bannissez de votre cœur le péché qui Tinfecte, et qui blesse la vue de votre Dieu : Çtiièfcite agere perverse, discite benefacere (Ibid.); Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien . Alorg vous commencerez à jouir d'un sort plus heureux , même selon le monde. Dieu bénira vos entreprises, il adoucira vos peines; vous verrez votre maison se relever, vos affaires prospérer; tout ira selon vos vœux, et vous connaîtrez de quel avantage il est, non-seulement par rapport au salut, mais par rapport à la vie présente, d'avoir pour vous le Seigneur, et de vivre dans sa grâce : Si volueritis et audieritis me, bona terres comedetis. ( Id.)
Je sais ce que vous me direz : que cette règle n*est pas générale. J'en conviens : on voit des pécheurs dans l'opulence, on en voit dans la splendeur, on en voit qui passent leurs jours dans le plaisir, et qui goûtent ou semblent goûter toutes les douceurs de la vie. Mais écoutez la réponse de saint Augustin : c'est que s'ils sont exempts de toute peine temporelle, ils n'en sont que plus rigoureusement punis; et que le plus grand de tous les châtiments est que Dieu maintenant les épargn ^ , et ne prenne pas soin de les châtier : pourquoi? parce qu'il les laisse par là tomber dans un aveuglement d'esprit et un endurcissement de cœur qui leur Ateiit presque toute espérance de retour, et qui les conduisent à Timpénitence finale. Si Dieu dès à présent envoyait à ce pécheur quelque adversité, il se dégoûterait du monde, il rentrerait en lui-même, il ferait des réflexions sérieuses sur la disposition de son âme; il comprendrait que c'est la main de Dieu qui s'est appesantie sur lui , il reconnaîtrait ses égarements, et penserait à se remettre dans l'ordre et à reprendre la bonne voie qu'il a quittée : mais parce que le monde a toujours pour lui les mêmes agréments , parce que tout répond à ses désirs et que tout flatte ses inclinations , de là vient qu'il se plaît dans son péché, qu'il s'y attache sans cesse par de nouveaux liens; qu'il s'y endort si profondément que, sans \ un miracle de la grâce, on ne peut plus attendre qu'il se réveille de ce sommeil léthargique*
Vengeance de Dieu d'autant plus funeste, qu'on la ressent moius, et que bien loin d'en être effrayé, on s'en applaudit, et on la prend pour un bonheur