SUR LE JUGEMENT
«t une félicité. Les plus sages même s'y laissent surprendre, et ont peine de voir des gens sans piété, sans règle, peut-être sans religion et sans foi; des i;ens adonnés aux vices les plus honteux , et plongés eu toutes sortes de désordres ; des gens à qui rien ne coûte, ou pour leur fortune, ou pour leur plaisir, ni trahisons, ni mensonges, ni fourberies, ni chicanes, ni violences , ni concussions : de les voir, dis-je , en effet s'élever, s'agrandir, s'enrichir, venir à bout de tous leurs projets, quoique les plus iniques , et avoir tout à souhait. Dieu, dit-on quelquefois , est témoin de cela; et comment le souffre-t-il ?Ah ! mes frères, comment il le souffre ? vous me le demandez, et moi je prétends que c'est par un des plus redoutables arrêts de sa justice. Car je m'imagine l'entendre prononcer contre ces pécheurs enivrés de leur prospérité prétendue, le même anathème qu'il prononça contre les peuples d'Êphraïm : Fx coronx superbise , ebriis Ephraîm (Isa!., 28); Malheur à ces ambitieux, qui ne font que monter de degrés en degrés; malheur à ces voluptueux, qui ne font que passer de plaisirs en plaisirs; malheur à ces riches, avares et intéressés, qui ne font qu'ajouter héritages à héritages, et qu'entasser trésors sur trésors! pourquoi? parce que c'est ce qui les entretient dans leur ivresse, c'est-à-dire, dans leur attachement à la terre , dans leur insensibilité pour le ciel , dans toutes leurs cupidités. Aussi rien ne les touche, je dis rien de tout ce qui regarde leur éternité; et n'est-ce pas là l'état de tant de mondains et de mondaines? On a beau leur représenter le péril où ils se trouvent exposés : ils ont perdu là-dessus toute vue, tout sentiment. Ils marchent toujours du même pas sans s'alarmer, et suivent toujours le même train de vie, jusqu'à ce qu'ils se soient enfin précipités dans l'abîme.
Et en quel abîme ! voilà, chrétiens, le comble des vengeances divines contre le péché, et voilà le dernier coup de la justice du Seigneur qui le punit :
. une réprobation éternelle. Voilà le terme fatal où
. le pécheur se laisse entraîner, et ce qui lui est dû.
^ Vérité incontestable dans la religion que nous professons. Il n'est point ici question de douter, de raisonner, de disputer. Pïous sommes chrétiens ; et
* nous ne pouvons l'être que nous ne reconnaissions cette éternité de peines comme le juste salaire du péché , comme la suite naturelle du péché , comme la fin malheureuse où mène par lui-même le péché. C'était pour nous délivrer de ce souverain malheur que Jésus-Christ avait donné son sang et tout son sang ; mais par l'abus criminel que le pécheur en a fait, ce sang, qui devait le laver, ne sert qu'à le rendre, aux yeux de Dieu, plus difforme; ce sang, qui devait le réconcilier, ne sert qu'à le rendre devant Dieu plus coupable; ce sang, qui devait être son salut , devient la perte Irréparable de son âme et sa danmation.
DU PEUPLE, ETC. 9ft
Ah ! mes frères, qui pourrait exprimer, je ne dii pas la douleur, mais le désespoir du réprouvé sur qui coule le sang de son Sauveur, non plus pour éteindre les flammes qui le dévorent, mais pour les allumer? Car ce sang divin descendra jusque dans l'enfer ; et s'est là que doit se vérifier dans toute son étendue cette parole de l'Écriture , que le Seigneur, le Dieu tout-puissant, a fait distiller sa fureur sur ses ennemis , et sa plus grande fureur : Magnus enimfuror DoministiUavit super nos. (2. Paralip.y 34. ) De vous expliquer quels sont les effets de cette colère du Seigneur, aigrie et irritée par cela même qui devait l'adoucir et l'apaiser, c'est ce qui me conduirait trop loin, et ce qu'on vous a fait mille fois entendre; c'est ce qu'éprouvent tant de pécheurs déjà condamnés, et plaise au ciel que nous nous mettions en état de ne l'éprouver jamais !
Pour cela que nous reste-t-il , mes chers auditeurs ? Contrition , réformation de vie, satisfaction. Contrition à la vue de tant de péchés qui nous ont éloignés de notre Dieu , de ce Dieu digne de tout notre amour , et dont nous n'avons payé les bienfaits que d*ingratitudes et d'offenses. Réformation : car il ne suffit pas de pleurer le passé, il faut penser à l'avenir ; il faut le régler, il faut le sanctifier, il faut rendre à Dieu toute la gloire que le péché lui a ravie; il faut se dédommager de tous les mérites qu'on a perdus, ou qu'on n'a pas amassés : or , on ne le peut que par une vie toute nouvelle, et d'autant plus remplie de bonnes œuvres , qu'elle a été plus souillée de crimes. Satisfactions : n'allons point, mes frères, n'allons point chercher plus loin que dans ce saint temple le prix nécessaire pour nous acquitter auprès de la justice divine. C'est dans ce tabernacle qu'il est renfermé; c'est là que repose ce sang qui seul a pu expier tous les péchés du monde , et qui peut à plus forte raison expier les nôtres. Prosternonsnous devant lui, et adressons-nous à lui. Sang adorable, relique vivante de mon Dieu, remède souverain et tout-puissant, c'est en vous que je me confie et que je mets toute mon espérance. Quand je serais mille fois encore plus chargé de dettes, il n'est rien que vous ne puissiez payer pour moi , et c'est ce que j'attends de vous. Aussi coupable que je le suis, je devrais, pour l'expiation de mes iniquités, répandre tout mon sang ; mais sans vous que servirait mon sang, et le sang de tous les hommes? Vous êtes donc ma ressource , et c'est à vous que j'ai recours. Non pas que je veuille m'épargner moimême : je suis pécheur , et par conséquent , je veux désormais et je dois me traiter en pécheur. Mais ma pénitence tirera de vous toute sa vertu , et n'aura de mérite qu'autant qu'elle vous sera unie. Vous la sanctifierez, vous la consacrerez, vous me la rendrez salutaire pour l'éternité bienheureuse, où nous conduise , etc.
SUR LA FLAGELLAilON DE JÉSUS-CHRIST.
EXHORTATION