DEUXIÈME PARTIE
C'est le caractère des œuvres de Dieu et de tous les desseins qu'il forme sur nous, d'être toujours accompagnés de sa miséricorde , et de tendre au salut de l'homme et à son éternelle prédestination : Universœ viœ Domini misericordia ( Psa/m 24) : tellement, remarque le prophète, qu'il n'oublie point cette infinie miséricorde jusque dans sa plus grande colère et dans les plus sévères châtiments de sa justice • Cum iratus fueris, misericordias recordaberis. (Uabac. , 8. ) Il n'y a que l'enfer d'où cette bonté divine se tienne éloignée, et où elle ne fasse point couler ses grâces, parce qu'elle n'y trouverait point de sujet en état de les recevoir et d'en profiter. Mais partout ailleurs il lui est si naturel de se communiquer, que dans tous les ouvrages du Seigneur elle a toujours la meilleure part, et qu'à bien examiner même les plus rigoureux jugements de Dieu, ce sont moins des jugements de justice que de miséricorde : Superexaltat misericordia judicium. ( Jagor., 2. ) Or, si jamais elle a paru, cette miséricorde souveraine et sans bornes , et si jamais elle a répandu ses richesses avec abondance, il est évident et incontestable que c'est dans ce mystère de Jésus-Christ crucifié et mort pour la rédemption du monde. Décx)uvrons-en , mes frères, autant que la faiblesse de nos esprits peut le permettre , et admirons-en l'ineffable et adorable conduite.
Il fallait une victime à la justice de Dieu, et une réparation authentique du péché de l'homme ; je l'ai dit, et c'est ce que nous avons déjà médité. L'homme de lui-même et de son fonds n'avait rien, ni n'était capable de rien qui pût en aucune sorte égaler l'injure faite à la majesté du Très-Haut, et par conséquent il ne pouvait de son fonds ni de lui-même la réparer; c'est encore ce que j'ai tâché de vous faire comprendre. De là s'ensuivait, par une conséquence non moins nécessaire, que sans les mérites d'un Homme-Dieu, l'homme était immanquablement perdu, et qu'il ne pouvait être sauvé que par les souffrances et par la croix de ce puissant Médiateur,
SUR LE CRUCIFIEMENT ET LA MORT DE JÉSUS- CHRIST
Voilà pourquoi Jésus-Christ est venu, voilà quelle a été la fin de sa mission ec le fruit de sa mort. Tout cela est vrai . chrétiens; mais tout cela ne nous apprend point que Jésus-Christ, absolument et indispensablement, ait dû souffrir, qu'il ait dû mourir. Parlons autrement, et mettons la chose dans un jour qui vous faisse mieux entendre ce point de religion.
Il devait venir ce Verbe de Dieu , et prendre une chair semblable à la nôtre. Dans cette chair passible et mortelle, il devait souffrir, il devait mourir : mais comment le devait-il? concevez-le. Il devait, dis-je, souffrir, et il devait mourir : mais dans cette supposition toute gratuite de sa part, et toute de son choix, savoir, qu'il voulût sauver le monde. Car c'est de quoi il était pleinement le maître , et à quoi nulle obligation ne l'engageait. Il pouvait laisser Fhomme dons Tabîme où il s'était précipité ; il pouvait le livrer à son propre malheur, et par là s'épargner toutes les douleurs et toutes les ignominies de la croix. Oui, mes frères, il le pouvait , selon toutes les lois de sa justice, mais c'est ce que sa miséricorde n'a pu voir sans s'y opposer. Toutes ses entrailles en ont été émues , ces entrailles de charité et de compassion : Fiscera misericordix. ( Lu c ., 1 .) Il en a suivi les mouvements, et il n'a pu, si je l'ose dire, résister à des sentiments si tendres et si affectueux. Ainsi , de deux partis qu'il avait à choisir , ou d'abandonner le salut de l'homme, ou de s'abandonner lui-même à toute l'infamie d'un supplice aussi cruel et aussi honteux que la croix , il a mieux aimé nous racheter à ce prix, au prix de son sang , au prix de sa vie , que de consentir à notre perte éternelle. Or de là même, n'ai-je pas droit de conclure , qu'il s'est donc sacrifié sur l'autel de la croix comme une victime de miséricorde?
Solide théologie que l'apôtre nous a si bien exprimée en deux courtes paroles , dont il était vivement touché, et qui , dans leur simplicité et leur brièveté , sont pleines d'onction et de consolation : Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me ( Galat., 2)*, Il m'a aimé, ce Dieu essentiellement et souverainement miséricordieux, disait le maître des gentils; et parce qu'il m'a aimé, il s'est donné pour moi. Prenez garde, s'il vous platt, à l'ordre qu'observe le grand apôtre , et à la liaison qu'il met entre ces deux choses. II ne sépare point l'une de l'autre, comme si l'une était indépendante de l'autre; mais il les unit ensemble comme la cause et l'effet. Il m'a aimé, voilà le principe; et il s'est donné pour moi , voilà l'effet et la suUe. De sorte que c'est avant tout et par-dessus tout son amour, qui lui a fait accepter et boire le calice de sa passion : Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me.
Aussi demandez au même saint Paul, ce que fai- •ait Jésus-Christ sur le Calvaire, où ses bourreaux
BOVllOALOVB. » T. m.
l'avaient conduit , et où ils accomplissaient contre lui avec tant de barbarie les ordres qu'ils avaient reçus. Cette peinture est admirable, mes chers auditeurs , et voici sans doute des expressions dignes de l'esprit de Dieu, dont le saint apôtre était ins* pire : doutez-le. On l'attachait à la croix , ce Médiateur des hommes , on l'y clouait : mais lui cependant, d'une main invisible et par un excès de miséricorde^ il y attachait l'acte qui avait été écrit contre nous , l'arrêt qui nous condamnait comme pécheurs ; il l'effaçait de son sang et il l'annulait : Delens quod adversus nos erat chirographum decreti, et ipsum tulit de medio, afjigens iUud crud, {Coloss., 2.) On lui donnait la mort; et lui, en mourant , il nous rendait la vie par la rémission et Tabolition de tous nos péchés ; Et vos cum mortui essetis in delictis, convioificavit^ donans vobis omrUa deUcta, (Ibid. ) Il succombait à la violence des coups qu'il avait reçus , et à la rigueur des tourments qu'il avait endurés; mais dans cette défaillance même, où la nature ne pouvait se soutenir, et était obligée de céder, plus fort néanmoins que toutes les principautés et toutes les puissances infernales, ri défendait contre elles notre cause, il les combattait,il leur arrachait les dépouilles que ces esprits de ténèbres avaientjBnIevées et dont ils se glorifiaient, il les confondait à la vue de tout l'univers, il les désarmait et il en triomphait, content de mourir dans ce combat, pourvu que sa victoire, qui lui coûtait si cher, fût auprès de son Père notre rançon et notre salut . Expoliansprincipatusetpotesfates, traduxitcon-
ûdenter,palamtriumphansillosinsemetipso, {Coloss., 2.)
De là, chrétiens, nous ne devons point nous étonner des témoignages particuliers, ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il fait paraître à cette dernière heure , qui doit terminer sa course et consommer sa charité pour nous. Plus il avance vers la fin de sa carrière , plus son cœur s'attendrit. Il semble ne plus respirer que la miséricorde. Il prie, et c'est une prière de miséricorde; il promet, et c'est une promesse de miséricorde ; il donne , et c'est un don de miséricorde ; il témoigne sa soif, et cette soif qu'il souffre, quelque pressante qu'elle puisse être, n'est après tout que l'image d'une soif mille fois encore plus ardente, qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde. Aj^ pliquez-vous.
Il prie, et c'est une prière de miséricorde, et de la plus grande miséricorde; car il prie pour ses ennemis mêmes et ses propres persécuteurs. Il prie pour les prêtres et les docteurs de la synagogue, qui ont conspiré contre lui, pour les soldats qui l'ont arrêté, pour le peuple qui l'a insulté, pour les faux témoins qui l'ont calonmié, pour Pilate qui l'a condamné, pour les bourreaux qui l'ont crucifiée
SnR LE CRUCIFIEMENT ET LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.
Encore fl^ils rêconnaissaleot leur crime, et s'ils en marquaient quelque repentir ; mais les voilà tous au pied de la croix , qui le comblent de nouveaux outrages , qui secouent la tête en se mo(juant et le raillant, qui se le montrent les uns aux autres comme leur jouet et un objet de mépris , qui par mille impiétés et par les proies les plus piquantes , Tattaquent daiis sa puissance, dans sa sainteté , dans 6a royauté, dans sa divinité. C'est au milieu de ce bruit confus et de cette multitude àriinlée , que tout à coup il rompt le silence qu'il avait jusque-lS garde, et qu'il élève la voix. Il porte les yelix au ciel : et que va-t-il lui demander? N'est-ce point pour en faire descendre la foudre ? ce serait la juste vengeance de tant d'inhumanités et d'attentats : mfais ne craignez point , Juifs sacrilèges et parricides ; c'est la miséricorde qui le fait parler. Il ne prononcera p^s une parole que ne Inf efft dictée l'amour Iç plus généreux et ie plus désintéressé. Mon Père , s'écriet-il, pardonnez-leur, 'ca^ ils ne savent ce qu'ils font. Il ne dit pas mon Dieu, maià mon Pèrç, parce que ce nom de père est phis favorable pour se faire écouter et pour fléchir la colère divine : Pater. ( Luc . , 23.) Il ne dit pas ett'détafi : Pardonnez à celui-ci et à celui-là moins coupables que les autres , et qui ont eu moins dé part à cette conjuration formée contre moi; mais en général et sans distinction, il (lit : Pardonnez-leur ; ne voulant exclure personne de ce pardon, les y comprenant tous, même ceux qui Font accusé et jugé le plus injustement ; même ceux qui l'ont frappé, meurtri, traité le plus violemment; même ceux qui lui ont enfoncé tes épines dans la tête, les clous dans les pieds et dans les mains. Sa nrJséricorde qui remplit tpute la teite, est universelle. Pas un seul pour qui ses bras et ^es piëc($ ne soient ouverts ; pas un dont il ne s6it ravocat , et dont il ne se déclare l'intercesseur et le Sauveur : Dimitte illis. Il ne s'en ti^nt pasà une sijnplé prière : mais il tâche , autant qu'il lui est possible, dé les justifier ; et tout criminels qu'ils sont, sa charité lui fait trouver pour leur défense et en, leui: faveur une raison
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dimitte illis ; non enim sciunt quidfaciunt, (Luc , 23.)
II promet, et c'est une promesse de miséricorde. En effet, chrétiens, admirons le pouvoir et la vertu de sa prière. Rien de plus efficace, et le premier miracle qu'elle opère , c'est la conversion d'un insigne voleur. C'était un scélérat, peut-être encore pire que Barabbas, puisqu'on ne l'avait pas même proposé à la fête solennelle pour obtenir sa délivrance. C'était un blasphémateur et un furieux, qui d'abord s'était tourné lui-même contre Jésus- Christ, puisque selon l'Évangile de saint Matthieu
et celui de saint Mare, les voleurs qui furent cru* cifiés avec lui , l'outrageaient de paroles et le chargeaient d'injures : El qui cum eo cruc\fixi erarU, conviciabantur eî. (Mabc, 15. ) Mais au bout de guelques moments, et par une secrète merveille de la grâce, voilà ce blasphémateur, ce voleur, changé dans un humble pénitent, qui rend gloire à Dieu , qui confesse hautement ses péchés et se reconnaît àfgne de la mort, qui publie l'innocence de ce juste côhtre lequel il s'était élevé, qui s'adresse à lui comme à son Seigneur, comme à son Roi, qui se range au nombre de ses sujets , et lui demande une place dans son royaume; enfin, qui reçoit de la bouche même du Fils de Dieu cette assurance si douce et si consolante : Je vous dis, en vérité, que dès ce jour vous serez avez moi dans le ciel, pour y jouir de la souveraine béatitude, Âmen dico tibi, hodie mecurn eris in paradiso, (Luc, 23.)
Il donne , et c'est un don de miséricorde. Car dans cette extrémité, voulez-vous savoir quel est, si je puis m'exprimer de la sorte, son testament de mort? Sont-ce des héritages temporels.' hélas! que posséda jamais sur la terre ce Dieu pauvre , qui dans tout le cours de sa vie n'eut pas même où se retirer ni où reposer sa tête? Qu'est-ce donc? Ah! mes frères , du haut de sa croix , il baisse la vue : et qu'aperçoit-il devant ses yeux? Marie, sa mère, et Jean , son disciple. Voilà son trésor, voilà sa plus précieuse succession. A ce double aspect, tout épuisé qu'il est , il sent encore toute la tendresse de son cœur s'exciter et se réveiller. Dans Tétat d'accablement où il se trouve , et que chaque moment augmente, il n'est pas néanmoins encore tellement occupé de ses extrêmes douleurs , qu'il ne pense à l'une et à l'autre. Il ne les veut pas quitter sans leur donner une dernière preuve et leur laisser un gage authentique de son amour. Femme , dit-il à Marie, lui présentant son bien-aimé disciple, voici votre fils : MuUer, ecce filins tuus, (Joan., 19.) Mon fils, dit-il à Jean, lui présentant sa sainte mère, voici votre mère : Ecce mater tua. ( Id. ) Il sait qu'il ne peut mieux confier l'une qu'au plus fidèle de ses disciples; et il sait qu'il ne peut mieux disposer de l'autre qu'en le remettant dans les mains de la plus tendre de toutes les mères. Que dis-je , mes chers auditeurs ? dans ce don mutuel , dans ce riche don , tout est mystérieux. Ce n'est précisément, ni sa mère, ni son disciple, que ce Dieu des miséricordes envisage. Ses vues s'étendent bien plus loin , et ses faveurs n'ont point de bornes. Il veut que Marie , dans la personne de Jean , adopte généralement tous les hommes pour ses enfants , qu'elle en soit la mère, la protectrice, la médiatrice; et il veut que tous les hommes en l'acceptant comme Jean, en l'honorant et s'y confiant, aient dans elle une source abondante de toutes les grâces du salut ,
SUR LE CRUCIFIEMENT ET LA MORT DE JESUS-CHRIST
on asile toujours ouvert, et des secours toujours assurés et présents : Et ex ilJa hora accepit eam discipulus in sua. (Joan., 19.)
Enfin , il témoigne sa soif ; et cette soif qu'il souffre , n'est que l'image d'une autre soif bien plus pressante, qui est le désir de notre salut et le sentiment de sa niisérieorde. Quand autrefois ses apôtres, voyant qu'après une pénible marche et depuis un long espace de temps , il n'avait pris encore nulle nourriture, et qu'il devait ressentir la faim , Finvitèrent à se reposer et h manger : Il y a bien une autre viande , leur répondit-il , que cette viande'matérielle, dont j'ai besoin, et dont je me nourris. L'aliment que je désire , et que je cherche en tout , c'est d'accomplir la volonté du Père qui m'a envoyé, et de donnera l'ouvrage pour lequel je suis descendu, toute la perfection qu'il demande. Telle était alors sa faim, et telle est présentement sa soif. Cette soif, c'est son amour, que toutes les eaux de sa passion n'ont pu éteindre ; cette soif, c'est le zèle des âmes, de ces âmes que l'enfer tenait captives, et qu'il est venu racheter; cette soif, c'est une sainte impatience de consommer le chef-d'œuvre de sa miséricorde en consommant le sacrifice de sa vie : Sitio, (Id.) Plus l'heure approche, plus le feu croît, ce feu sacré dont est dévorée cette divine hostie. Malgré tout l'opprobre et tout le tourment de la croix, il ne regrette point la vie qu'il va perdre , parce qu'il voit par avance le fruit de sa mort. Il ne peut se refuser le témoignage qu'il se rend à lui-même , qu'il a exécuté de point en point tout ce qui lui était prescrit, et qu'il a rempli toute sa mission : Consummatum est. ( Id. ) Il ne lui reste plus que de porter son âme entre les bras de son Père , pour recevoir la récompense de tant de travaux : PcUer, in manus tuas commando spiritum meum. (Luc, 23.) Il ne lui faut pour cela qu'un soupir, et ce dernier soupir, en terminant sa carrière , couronne ses combats , et dans le sein de la mort même commence son triomphe : Et hxc dicens expiravit. (Id.)
Sur cela, mes chers auditeurs, qu'ai-je à vous dire, et quels sentiments doit vous inspirer cette mort d'un Dieu ? viens-je encore vous le représenter comme un objet de terreur? Il est vrai, toute la terre en fut comme ensevelie dans les ténèbres, et c« fut un deuil universel. Mais après avoir payé d'abord à cet Homme-Dieu, mort pour nous, le juste tribut de notre reconnaissance et de nos larmes , il nous permet , jusque dans ce triste mystère, de reprendre le même cantique que nous avons chanté avec la milice céleste , dans le mystère de sa bienheureuse nativité , et de nous écrier : Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominlhus; Gloire à Dieu au plus haut des cieux , et paix aux hommes sur la terre. Et en effet, c'est sur la croix
qu'est ratifiée «ette nouvelle alliance que Dieu a voulu faire avec les hommes ; c'est là que du sang du Médiateur, notre réconciliation et notre paîv est signée. Paix glorieuse au souverain Seigneur, puisqu'il y reçoit toute la satisfaction que pouvait exiger sa grandeur violée, et que la réparation même est au-dessus de l'offense. Paix générale et commune à tous les hommes , puisque c'est la paix de tout le genre humain , et que sans distinction ni de juste , ni de pécheur, ni de juif, ni de gentil , n! de fidèle, ni d'idolâtre, il n'y a pas un seul homme qui n'y soit compris. Paix salutaire, où l'homme rentre dans tous ses droits auprès de Dieu; où d'esclave qu'il était de l'enfer et du péché, il devient tout de nouveau enfant de Dieu, et héritier du royaume de Dieu; où toutes les grâces de Diett recommencent à couler sur lui avec plus d'abondance que jamais, puisque la miséricorde du libérateur qui l'a sauvé, est infinie, et que cette rédemp» tion divine n'est pas seulement une rédemption abondante, mais surabondante : QiUaapud Demi' num misericordia , et copiosa apud eum redem* ptio. (Psalm. 129.)
Qu'est-ce donc proprement que la croix de Jésus- Christ? Le siège de la grâce et le trône de la miséricorde. Et quelle leçon plus importante ai-je làdessus à vous faire, que celle de l'apôtre, par où je conclus : Habentes ergo Poniificem magnum , Jesum Filium Deiy teneamusconfessionem. {Hebr.^ 4.) Ainsi, mes frères, ayant un aussi grand pontife que le Seigneur Jésus , Fils de Dieu , lequel s'est immolé pour nous , et qui dans ce sacrifice a voulu être, tout ensemble, et le prêtre et la victime, attachons-nous à cet article capital de notre foi; et sans nous contenter de le croife, méditons-le sans cesse et rappelons-en le souvenir, pour nous instruire, pour nous exciter, et surtout pour nous animer d'une sainte confiance en la miséricorde de notre Dieu. Quelles que soient nos misères, ne craignons point d'être rejetés : pourquoi ? en voici la raison sensible et naturelle : Nonenim hahemus pontificem qui non possit compati infirmitatibus nostris; tentaium autem per omnia pro similitudine , ahsque peccato [Hebr., 4) ; C'est que nous n'avons pas un pontife qui soit incapable de compatir à nos infirmités, faute de les connaître, ou qui ne les connaisse qu'eu spéculation , et par là soit moins en état d'en être touché. N'a-t-il pas luimême passé par toutes les épreuves , et^hors le péché , qu'y a-t-il en quoi il ne se soit rendu semblable à nous? Encore a-t-il voulu porter l'image du péché, et mourir sous la figure du pécheur, ^cteamus ergo cumfiducia ad thronum gratiXy ut misericordiam consequamur etgratiam, inverUamus in auxilio opportuno : Allons donc, chrétiens, allons à la croix dans tous nos besoins , et comptons que
POUR LE TEMPS DE L'AVENT
D0U8 y serons toujours secourus à propos et selon nos nécessités présentes.
Solide dévotion que je voudrais renouveler dans le christianisme , ou du moins parmi vous , mes chers auditeurs : la dévotiou au cruciGx. C'est là que nous trouverons des grâces de toutes les sortes , puisque Dieu les y a toutes renfermées. Ce n'est pas sans mystère qu'un Dieu mourant, ou qu'un Dieu mort, y paraît les bras étendus et le coté percé d'une lance. Il veut , en nous tendant les bras , nous embrasser tous ; et dans la plaie de son sacré côté , il veut, comme dans un asile certain , nous recueillir tous. Je dis tous , et c'est ce que je ne puis trop vous redire , afin que nul ne l'ignore : car malheur h moi, si par une erreur insoutenable, et contre tous les témoignages des divines Écritures , j'entreprenais de prescrire des bornes aux mérites et à la miséricorde de mon Sauveur. Sommes-nous dans l'état du péché, séparés actuellement de Dieu et depuis longtemps par le péché ; c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de pénitence et de conversion , qui nous ouvriront les yeux de l'âme pour voir la grièveté de nos désordres , et qui nous amolliront le cœur pour les détester et les pleurer. Quelque éloignés que nous soyons du salut, nous ne pouvons l'être plus que les Juifs et que les bourreaux de Jésus-Christ : or, combien néanmoins de ces Juifs si endurcis et de ces bourreaux si intraitables et si barbares, conçurent auprès de la croix des sentiments de repentir, et ne se retirèrent qu'en se frappant la poitrine! Sommes-nous dans l'heureux état de la justice chrétienne, fidèles à la loi de Dieu , et par là même amis de Dieu ; c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de persévérant et de sanctification, qui nous affermiront dans la pratique de nos devoirs , et qui nous élèveront aux plus sublimes vertus. Les saints nourrissaient là leur piété, y allumaient leur ferveur, y amortissaient le feu de leurs passions, y puisaient des forces contre toutes les attaques de leurs ennemis invisibles et contre toutes leurs tentations. Si Taflliction nous abat, et que les peines, soit intérieures, soit extérieures, nous rendent la vie amère, et nous plongent dans la tristesse et dans l'accablemeni, c'est au pied du crucifix que nous rece- TTons des grâces de soutien et de consolation , qui nous relèveront, qui nous mettront dans la tranquillité et la paix, qui nous adouciront les douleurs les plus vives et les maux les plus cuisants. Une âme est étonnée d'un changement quelquefois si prompt et si subit. On avait apporté aux pieds de Jésus- Christ un cœur troublé, un cœur agité, un cœur genre, un cœur flétri et désolé; mais dans un moment tout se calme, tout s'éclaircit; ce cœur, à la présence de son Dieu crucifié, revient à lui-même, ie reconnaît, se reproche sa faiblesse , reprend une
vigueur toute nouvelle et se rétablit dans au repos inaltérable.
De vouloir ici parcourir tous les autres avantages que nous procure ce recours fréquent et dévot au crucifix , ce serait m'engager dans un trop long détail. Heureux qui fait de la croix, ou plutôt de Jésus attaché à la croix, sou confident, son conseil , son maître , son docteur, son pasteur, son guide, son directeur, son médecin, son tout! car Jésus-Christ seul lui sera tout; tout dans la vie, et tout à la mort. Pensez bien, chrétiens, cette dernière parole , tout à la mort. Quand il sera venu , ce jour qui doit finir sur la terre toute la suite de vos jours; quand on vous aura fait entendre cet arrêt dont tout homme, quelque saint qu'il soit, est effrayé, rous mourrez; ou sans qu'on prenne soin de vous l'annoncer, quand une défaillance entière de la nature vous le fera malgré vous sentir; quand aux approches de ce terrible moment, le passé, le présent, l'avenir, mille objets s'offriront à votre pensée pour vous affliger, pour vous inquiéter, pour vous consterner, ah! mon cher frère, où sera votre ressource alors, où sera votre réconfort? Dans le crucifix. Où adresserez-vous vos regards , où porterez-vous vos soupirs .^^ Vers le crucifix. Qu'expo sera-t-on à votre vue , que vous mettra-t-on dans les mains, que vous appliquera-t-on sur les lèvres? Le crucifix. Quel nom vous fera-t-on prononcer? Le nom de Jésus , et de Jésus crucifié. Ce sera là le fond de votre espérance, si dès maintenant vous en faites le sujet le plus ordinaire de vos pieux exercices, de vos entretiens les plus intimes, et de vos plus affectueuses considérations. Plaise au ciel que vous vous disposiez de cette sorte, à passer des bras de Jésus-Christ mourant en croix, entre les bras de Jésus-Christ vivant et triomphant dans la gloire, où nous conduise, etc.
INSTRUCTION
POUR
LE TEMPS DE L'A VENT
Le dessein de l'Église, dans l'institution de l'Avent, a été d'honorer le Verbe incamé dans le chaste sein de la Vierge, et de nous disposer ainsi à la glorieuse nativité de cet Homme-Dieu. Nous ne pouvons donc mieux nous occuper pendant tout ce saint temps, que du grand mystère de l'incarnation; et quoique le Fils de Dieu s'y soit si profondément humilié et comme anéanti , nous le devons néanmoins considérer comme un mystère de gloire pour Dieu même, selon qu'il nous est mar- 1 que dans ce sacré cantique que chantèrent les
POUR LE TEMPS DE UAVENT
anges à la naissancede Jésus-Christ : Gloire à Dieu au ptus haut des deux. En effet, c*est en se revêtant d'une nature semblable à la nôtre « et en se faisant homme, que le Verbe divin est venu sur la terre, 1. découvrir sensiblement aux hommes la gloire de Dieu ; 3. combattre parmi les hommes , et y détruire tous les ennemis de la gloire de Dieu ; 3. allumer dans le cœur des hommes un zèle ardent pour la gloire de Dieu. Appliquons-nous à méditer et à bien pénétrer ces trois vérités. Ce sera pour nous un fonds inépuisable de réflexions et^de sentiments les plus propres à nous édifier.
S I. Comment JésuS'Ckrist vient découvrir sensiblement aux hommes la gloire de Dieu.
I. Que le Verbe étemel, en s'incarnant, soit venu découvrir aux hommes la gloire de Dieu, c'est ^expresse doctrine de Févangéliste saint Jean : Le f^erbey dit-il, s'est fait chair; il a demeuré et conversé parmi nous, et nous avons vu sa gloire, (JoAN., 1.) Quelle conséquence! et le saint évangéliste ne devait-il pas, ce semble, conclure tout autrement, et dire : Le Verbe s'est fait chair, et dans cette chair mortelle dont il est revêtu , il nous a caché la gloire de sa divinité ? S'il disait , Le Verbe s'est fait chair, et nous avons été témoins de ses infirmités volontaires , de ses abaissements et de ses anéantissements, nous n'aurions pas de peine à comprendre la pensée de ce disciple bien-aimé, et elle nous paraîtrait très-naturelle; mais que le Verbe se soit fait chair, qu'en se faisant chair comme nous, il se soit assujetti à toutes nos misères, et qu'en cela néanmoins il ait fait éclater sa gloire, c'est ce qui paraît se contredire, et de quoi nous ne voyons pas d'abord la liaison. Rien toutefois n'est plus juste que ce raisonnement, dit saint Augustin, et il ne faut qu'un peu d'attention pour en voir toute la solidité et toute la vérité. Car si la gloire de Dieu devait être révélée aux hommes d'une manière sensible, c'était justement par les humiliations du Verbe; et il n'y avait que ce Verbe humilié, qui pût nous faire connaître l'excellence d'un Dieu glorifié : tellement, conclut saint Augustin , que si saint Jean n'avait pas dit , Le Verbe s'est fait chair, nous n'aurions pu dire que nous avons vu sa gloire. Qu'estce que la gloire de Dieu dont il est ici question , et en quoi consiste-t-elle? Cette gloire de Dieu, telle que nous la devons maintenant entendre, c'est-àdire, cette gloire qui est dans Dieu, et que nous désirons de connaître, n'est autre chose que les perfections de Dieu. Par conséquent, découvrir aux hommes les perfections de Dieu , c'est leur découvrir la gloire de Dieu. Or, n'est-ce pas ce que nous découvre admirablement et sensiblement le Fils de Dieu dans son admirable incarnation ?
IL Et d'abord , la miséricorde de Dieu pouvait-^ elle se produire avec plus d'éclat que dans ce mystère^ pouvait-elle nous donner une idée de ce qu'elle est, comparable à celle-ci ? a-t-elle jamais rien fait dans le monde qui en ait approché? O prodige, s'écrie Zenon de Vérone ! un Dieu réduit à la petitesse d'un enfant; et cela pour qui ? par amour pour son image, et pour des créatures formées de sa main. Reconnaissons l'excellence de notre religion dans les vues excellentes qu'elle nous donne du Maître que nous adorons, et de sa bouté sans mesure. Toutes les religions païennes dans la vanité de leurs fables, ont-elles jamais rien imaginé de pareil ? Nous avons des dieux, disait un des sages du paganisme, mais ces dieux passeraient pour des monstres s'ils vivaient parmi nous, tant ils ont été vicieux et corrompus. Nous, dit saint Augustin, nous servons un Dieu en qui tout est merveilleux ; mais de toutes les merveilles qu'il renferme dans son être divin , ce qu'il y a de plus merveilleux et de plus incompréhensible, c'est son amour. 11 ne faudrait donc que le mystère de l'incarnation pour confondre toute l'idolâtrie et toute la superstition païenne. Car, selon la belle remarque de saint Grégoire de Nysse, la vraie religion est d'avoir des sentiments de Dieu conformes à la nature et à la grandeur de Dieu : or, ce grand mystère nous fait concevoir une estime de la miséricorde de Dieu si relevée, qu'il n'est pas possible à l'esprit de l'homme de la porter plus haut.
m. 11 en est de même de la sagesse de Dieu. Que la prudence aveugle du siècle en juge comme il lui plaira , on peut dire , et il est vrai qu'un Homme- Dieu est le chef-d'oeuvre d'une sagesse toute divine, parce que c'est ainsi que Dieu a pris le moyen le plus convenable de réparer sa propre gloire et d'opérer le salut des hommes. Il avait été offensé, ce Dieu de majesté; il lui fallait une satisfaction digne de lui , et nul autre qu'un Dieu ne pouvait dignement satisfaire à un Dieu. L'homme s'était perdu : Dieu voulait le sauver en le délivrant de la mort éternelle; et comme il n'y avait qu'un Dieu, qui , par ses mérites infinis , pût le délivrer de cette mort , il n'y avait conséquemment qu'un Dieu qui pût le sauver. Il fallait que ce Sauveur fût tout ensemble vrai Dieu et vrai homme. S'il eût seulement été Dieu, il n'eût pu souffrir; s'il eût seulement été homme, ses humiliations ni ses souf* firances n'eussent pas été des réparations suffisantes. De plus, s'il eût seulement été Dieu, il eût été in« visible , et n'eût pu nous donner l'exemple ; et s'il eût seulement été homme , son exemple n'eût pas été pour nous une règle tout à fait^sûre et à couvert de tout égarement. Mais étant Dieu et homme , comme homme il a pu s'abaisser, et comme Dieu il a donné à ses abaissements une valeur inestimable
POUR LE TEMPS DE LAVENT
et sans mesure ; comme homme il s'est montré à nos yeux pour nous servir de guide, et comme Dieu il nous a rassurés pour nous faire prendre avec confiance la voie où il est entré et où il a voulu nous conduire. Ainsi , dans ces jours de grâce et de salut, nous n'avons point de sentiment plus ordinaire à prendre que de nous écrier avec l'apôtre : O richesses! 6 abîme de la sagesse et des jugements de Dieu. {Rom., 11.)
rv. Mais quelle vertu et quel pouvoir dans Dieu ne demandait pas Tacoomplissement de ce grand ouvrage ? Quel effort et quel miracle de la droite du Très-Haut! un Dieu-Homme, conçu par une mère vierge; c'est-à-dire, dans la même personne, dans le même Jésus-G^rist, la divinité jointe avec notre humanité, Timmortalité avec notre infirmité, la grandeur avec notre bassesse , l'infini avec le fini , l'être avec le néant ; et dans la même mère, la maternité avec la virginité ! Voilà proprement l'œuvre de Dieu. Tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent dans l'univers, n'était pour lui, selon l'expression même de l'Écriture, que comme un jeu ; mais c'est ici que sa toute-puissance se déploie dans toute son étendue, et c'est dans la faiblesse d'un Enfant-Dieu qu'il £sdt éclater toute sa force.
V. Il n'y a que la justice de Dieu qui semble demeurer inconnue et n'avoir nulle part dans ce mystère de grâce. Mais nous nous trompons , si nous le pensons de la sorte; et l'on peut même ajouter, que de toutes les perfections divines qui reluisent dans la personne du Sauveur, la justice est celle dont les effets y sont plus sensibles, et dont les droits inviolables et souverains y paraissent avec plus d'évidence : jusque-là que saint Chrysost6me n'a pas fait difiiculté d'avancer cette étrange proposition , mais qui n'a rien que de solide, toute surprenante qu'elle est, savoir : que dans l'enfer, où Dieu exerce ses plus rigoureux châtiments, il ne ûût pas néanmoins autant connaître sa justice, que dans le sein virginal de Marie, où le Verbe s'est incarné. La preuve en est incontestable. C'est que dans l'enfer ce ne sont que des hommes réprouvés qui se trouvent soumis à cette justice ; au lieu que dans le sein de Marie , c'est un Homme-Dieu qui commence à en devenir la victime et à lui être immolé. Or, qu'est-ce qu'une justice à laquelle il faut une telle hostie et un tel hommage ? d'où vient que le prophète royal, parfaitement éclairé dans la science et le discernement des attributs divins, après avoir dit que Dieu a montré aux hommes l'auteur de leur salut, ajoute ensuite qu'il a révélé la Justice à toutes les nations. (Psaltn. 97.)
VI. De tout ceci , concluons que le Sauveur du monde , en prenant un corps humain et visible , et nous découvrant ainsi les plus hautes perfections de Dieu , nous donne donc par là même la plus
grande idée de la gloire de Dieu. De sorte que sans attendre sa passion et la fin de sa vie mortelle , il peut dire à son Père dès le moment de sa sainte incarnation : Mon Père, j'ai déjà commencé l'office pour lequel vous m'avez envoyé, qui est de vous faire connaître dans le monde. Je n'y entre que pour cela, et je n'en sortirai qu'après avoir consommé cette importante affaire. Car il est d'une nécessité absolue que vous soyez connu des hommes , puisque l'ignorance où ils vivent à l'égard de leur Créateur, et du premier de tous les êtres, est un désordre essentiel dans la nature, et la source de tous les autres désordres. C'est pourquoi je viens en ce jour, afin que les hommes , en me contemplant, contemplent dans moi votre gloire, et que la lumière que j'apporte se répande dans toute la terre , et dissipe les ténèbres où elle est ensevelfr). VII. Cependant , après une telle manifestation de la gloire de Dieu , n'est-il pas étrange qu'il soit si peu connu dans le monde? Car ce qu'on appelle le monde, les sectateurs du monde, les eschves du monde, des hommes et ces femmes remplis de l'esprit du monde, connaissent-ils Dieu, ne font-ils pas profession de l'ignorer, ou du moins de l'oublier? ne vivent-ils pas comme s'il n'y en avait point? leur grand principe n'est-il pas de l'effacer autant qu'ils peuvent de leur souvenir, et de n'y penser presque jamais ? C'est la plainte que faisait le disciple saint Jean, expliquant la génération éternelle et temporelle du Fîls de Dieu : Dieu était au milieu du monde, comme le mdittre et l'arbitre du monde, et le monde n'en avait nulle connaissance. ( Jo an., 1.) C'est la plainte que Jésus-Christ lui-même faisait à son Père : Père saint, le monde ne vous connaît point. (Id, 17.) Quoi que j'aie fait pour lui annoncer vos grandeurs, son aveuglement a prévalu , et il y demeure toujours plongé. Déplorable aveuglement, s'écrie Salvien; aveuglement qui va jusqu'à mettre Dieu dans notre estime audessous de tout! On le perd sans regret, on se tient éloigné de lui sans inquiétude, on lui préfère le moindre avantage , le moindre plaisir, et on ne lui donne la préférence sur rien. Sa grâce et sa haine nous sont également indifférentes : tout cela pourquoi ? toujours par la même raison : c'est que le monde ne l'a jamais bien connu. Car si le monde le connaissait, ce Dieu si miséricordieux, ce Dieu si sage, ce Dieu si puissant, ce Dieu si juste et si saint , on ne vivrait pas dans le dérèglement où l'on vit, on ne s'abandonnerait pas à une telle corruption de mœurs, on ne viendrait pas l'outrager au pied de ses autels , on honorerait son culte , on respecterait ses temples , on pratiquerait sa loi , on redouterait ses vengeances. Mais parce que le moqde affecte de le méconnaître, il n'y a point d'excès où l'on ne se porte.
POUR LE TEMPS ©E L'AVENT
l Vm. Quoi donclîe dessein de Jésus-Christ est-il absolument ruiné? Il est descendu parmi nous, et ' il à voulu vivre au milieu de nous pour publier dans le monde lia gloire de son Père : mais dans la suite des siècles, a-t-îl été frustré de son attente? Non, sans doute; mais, outre ce monde perverti qui fermé les yeux à la lumière que le Sauveur des hommes est venu nous présenter, il y a un autre monde, un monde fidèle, un monde prédestiné, le petit monde des justes et des élus. Ce sont ceuxlà que Jésus-Christ s'est réservés , et qu'il se réserve encore; c'est à ceux-là qu'il est donné de connaître les mystères de Dieii , et en particulier le mystère d'un Dieu fait homme. Oui, c'est à vous, dît saint Bernard , à vous qui êtes humbles], à vous qui êtes soumis et obéissants , à vous qui êtes modestes dans votre condition , et qui ne cherchez point à vous élever au-dessus de vous-mêmes par un orgueil présomptueux ; à vous qui veillez sur toute votre conduite et sur toutes vos démarches pour les régler; à vous enfin qui vous appliquez à méditer les perfections de votre Dieu et à pratiquer
sa loi.
IX. PliiiSé au ciel que nous soyons de ce monde chrétien! Ouvrons les yeux de la foi, et dans le cours de cet Avent, admirons les merveilles du Seigneur. Rendons-nous attentifs à la voix de cet enfant, qui du sein de sa mère où il est encore caché, nous invite à louer Dieu , à le bénir et à lui dire avec toute l'Église : fai considéré vos œuvres. Seigneur, et j'en ai été saisi d'étonnement, (OJfic Eccles.) Car voilà votre ouvrage ô mon Dieu ! voilà l'ouvrage de votre bras tout-puissant. A en juger par les dehors, je n'y vois rien que de commun, rien même que de bas et de rebutant ; mais c'est en cela même qu'est le prodige. Où votre gloire devrait être ensevelie et anéantie , c'est là que vous la faites paraître dans toute sa splendeur ; et plus vous semblez l'obscurcir dans de profondes ténèbres , plus vous lui donnez de lustre et en rehaussez l'éclat. Heureux que vous en fassiez rejaillir sur moi les rayons , et que vous m'ayez dessillé les yeux pour me la faire apercevoir à travers les ombres qui la couvrent! Que le monde envisage vos abaissements avec mépris, et qu'il s'en scandalise : pour moi, malgré le scandale du monde et ses fausses idées, je redirai mille fois, et je ne cesserai point de chanter avec toute la cour céleste : Gloire à Dieu dans toute retendue de la terre et jusqu'au plus haut des deux ! ( Luc. , 2. )
§ II. Comment Jésus-Christ vient combattre parmi les hommes, et y détruire tous les ennemis de la gloire de Dieu,