‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 95 sur 352 · I. Jésus-Christ fait plus encore. Pour mieux · texte numérisé non relu

I. Jésus-Christ fait plus encore. Pour mieux

établir parmi les hommes la gloire de Dieu , il vient détruire, tous les ennemis qui la combattaient. Dieu ayait trois grands ennemis de sa gloire, le démon , le péché et les biens de la terre , ou plutôt l'amour déréglé des biens de la terre. Le démon avait usurpé un empire si absolu sur les âmes que, de l'aveu même de Jésus-Christ, il passait pour le prince du monde, et l'était en effet, non par une puissance légitime, mais par une possession tyraonique. Le péché, dit saint Paul , régnait depuis Adam jusqu'à Moïse, et depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ , causant partout de tristes ravages, désolant le royaume de Dieu, et suscitant contre lui ses propres créatures. Enfin, l'amour déréglé des biens de la terre dominait presque dans tousLescœurs, où les hommes l'avaient placé comme leur idole, et auquel ils sacrifiaient leur conscience et leur salut. Voilà, dis-je, les trois ennemis que le Fils de Dieu est venu attaquer, et sur lesquels il a remporté de signalés avantages pour la gloire de son Père.

n. Cela est si vrai , que le démon n'attend pas même le jour où le Messie devait naître , pour lu! céder la place. Si nous en croyons les auteurs païens , qui ne peuvent être suspects lorsqu'ils rendent témoignage à notre religion , peu de temps avant la naissance de Jésus-Christ, oïl vit tomber les idoles des faux dieux où l'esprit de mensonge se faisait adorer. Tous les oracles se turent , hors ceux qui annonçaient la venue de ce Dieu-Homme , et plus d'une fois les puissances infernales furent forcées d'avouer que leur règne était fini , et qu'un maître au-dessus de tous les maîtres approchait pour gouverner le monde et le soumettre à' la \6i du vrai Dieu. En quoi s'accomplit'par avance cette parole de l'Évangile : C'est maintenant que ïè monde va être jugé, et'^ue le prince de ce monde sera banni, (Joan. ,12.)

III. Ce n'était là néanmoins <}ue des présages' de ce que Jésus-Christ devait faire pour détruire le péché : autre ennemi non mbihs difficile à vaincl^ë', ni moins opposé â la gloire de Dieu. Afin de bië entendre ce point , il faut supposer d'abord une vérité que la foi nous enseigne, et qui est indubitable, savoir, que tout èe qui s'est passé, et d^ns rhicarnation , et dans la naissance du Sauveur qui l'a suivie, n'a rien eu de fortuit à son égard; mais que tout a été de son choix , et qu'il n'y a pas une circonstance qu'il n'ait prévue en particulier, et qu'il n'ait lui-même déterminée. Les autres enfants, dit saint Bernard, ne choisissent ni le temps où ils naissent, ni le lieu de leur patrie , ni les personnes dont ils reçoivent le jour, parce qu'ils n'ont pas la raison pour en délibérer, ni le pouvoir pour en ordonner ; mais le Fils de Dieu avait l'un et l'autre , et comme dans la suite des années il devait

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mourir, parce quMl le voudrait et de la manière quMl le voudrait, aussi il s*est incarné, et il est né dans le monde , parce qu'il Ta voulu , et de la manière qu'il Fa voulu. Si bien que tout ce que les évangélistes nous ont appris , soit de son incarnation, soit de sa nativité ; la pauvreté de Marie sa mère , Totecurité de Joseph réputé son père , la rigueur de la saison où il a pris naissance , le plein dénûment et Tabandonnement général où il s'est trouvé, sont autant de moyens dont il a prétendu se servir pour la Gn qu'il s'était proposée.

IV. De là il nous est aisé de voir comment tout cela en effet tend à la ruine du péché. Car le Sauveur du monde vient travailler à détruire le péché, parce que, ainsi que nous Tavons déjà remarqué, il vient satisfaire pour les péchés des hommes, et présenter à Dieu le sacriGce de notre salut. Que lui manque-t-il dès maintenant pour être la victime de ce sacrifice, et une victime parfaite ? La victime, disent les théologiens, doit être changée et comme transformée : or quel changement qu'un Dieu sous lajorme d'un homme! (Philip. , 2. ) La victime doit être humiliée; et quelle humiliation qu'un Dieu réduit à l'état d'un enfant , et à l'état même d'un esclave! La victime doit être dépouillée; et est-il un dépouillement semblable à celui d'un Dieu, qui ne doit avoir en naissant, pour retraite, qu'une étable, et pour berceau qu'une crèche? La victime doit mourir, et il est vrai que Jésus-Christ n'a pas même encore paru au monde ; mais naître comme bientôt il naîtra, et comme il s'y prépare, dans la souffrance et la douleur, exposé à toutes les injures de l'air, n'est-ce pas une espèce de mort? Voilà donc le sacriGce commencé, quoiqu'il ne soit pas achevé; et par conséquent saint Bernard a raison de dire , que le péché reçoit ici une rude et violente atteinte. Si ce Dieu sauveur ne l'efface pas déjà par son sang , au lieu de sang il va verser des larmes; et ces larmes, dit saint Ambroise, sont des eaux salutaires qui laveront les crimes de ma vie. Larmes d'autant plus précieuses , qu'elles seront plus glorieuses à Dieu , et qu'elles le vengeront de l'ennemi le plus mortel et le plus irréconciliable.

y. Il faut après tout* convenir que la destruction du péché ne serait pas encore complète , si le même Sauveur n'en coupait la racine la plus féconde et la plus contagieuse, qui est la cupidité, ou l'amour déréglé des biens de la terre. Or, il vient attaquer oe puissant ennemi en deux manières , l'une à l'égard des élus, et l'autre à l'égard des réprouvés; l'une à regard des justes et des vrais fidèles, et l'autre à Fégard des impies et des mondains. Dans les justes et les âmes fidèles , il triomphera de cette àfifeetion désordonnée aux richesses du monde, lux honneurs du monde, aux plaisirs du monde,

en la leur arrachant du cœur : et dans les mondains et les impies , il la combattra au moins en la condamnant , en la frappant d*anathème , en la reo* dant moins excusable et plus criminelle devant Dieu.

\l. Sommes-nous chrétiens, c'est-à-dire, sommes-nous de ces âmes dociles, de ces âmes heu reusement disposées à recevoir les impressions de la grâce de Jésus-Christ et à profiter de ses exemples ; la vue de ce Dieu-Homme doit faire immanquablement mourir dans nos cœurs toute convoitise, et nous détacher de tout ce qui s'appelle biens temporels. Car le moyen alors de le voir pauvre , et de vouloir vivre dans l'opulence; de le voir abaissé, et de vouloir vivre dans l'élévation ; de le voir souffrant et mortifié , et de vouloir jouir de toutes les commodités et vivre dans les délices? Voilà ce qui a formé dans le christianisme tant de pauvres volontaires et tant de pénitents. Voilà ce qui a rempli, dans les premiers siècles de l'Eglise, les déserts de solitaires. Voilà ce qui remplit encore de nos jours les monastères de religieux , et ce qui leur fait quitter tout avec joie, mépriser tout, renoncer pour jamais à tout. Mais sommes-nous dt ce monde réprouvé, de ce monde avare et intéressé, de ce monde ambitieux et vain , ie ce monde sensuel et voluptueux , de ce monde insensible à tous les enseignements que vient nous donner cet Enfant-Dieu; quels arrêts de condamnation ne va-t-il pas porter contre nous ? quels foudres ne fera-t-il pas gronder sur nos têtes? de quels malheurs ne nous menacera-t'il pas , et quel témoignage ne rendra-t-il pas devant son Père pour notre conviction et pour notre perte éternelle?

VIL 11 n'y a point de cœur si endurci qui ne doive être ému de tout cela , et c'est ce qui a touché un grand nombre de mondains. Mais quoi qu'il en soit des autres, faisons-y toute la réflexion que demande l'importance de la chose. N'attirons pas sur nous un jugement aussi formidable que celui des humiliations et des souffrances d'un Dieu incarné. Que le fruit de cet Avent soit de nous mettre en état de le faire naître en nous d'une naissance toute spirituelle et toute sainte. Or, nous nous mettrons dans cette heureuse disposition en nous conformant à lui d'esprit , de cœur et de conduite. Voilà quel doit être le principal sujet de nos entretiens intérieurs , de nos méditations , de nos oraisons , de nos résolutions. Ajoutons au triomphe de Jésus-Christ, vainqueur de tous les ennemis de la gloire de Dieu, la victoire qu'il remportera sur nous-mêmes, et que nous lui céderons. Par là nous pourrons entrer au rang des justes et des prédestinés ; par là nous mériterons de célébrer avec eux les grandeurs de Dieu , et de le glorifier éternellement dans le ciel , après l'avoir glorifié sur la terre.

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S m. Comment Jésus-Christ vient allumer dans le cœur des hommes un zèle ardent pour la gloire de Dieu,

I. Enfin Jésus-Christ vient allumer dans le cœur des hommes un saint zèle pour la gloire de Dieu : comment cela? Premièrement , par la haute estime qu*il nous donne de cette gloire de Dieu ; et secondement , par rintérét propre et essentiel qu'il nous fait trouver dans cette gloire de Dieu.

II. Car, quand nous nous appliquons à considérer le mystère de Tincarnation divine , et que voyant Jésus- Christ dans l'état où la foi nous le propose, nous venons à faire ces réflexions, que c'est pour réparer la gloire de Dieu , qu'un Dieu est descendu du trône de sa majesté , et qu'il n'a pas cru que ce fût une condition trop onéreuse, de s'avilir de la sorte et de s'anéantir ; qu'il n'a point connu de moyen plus propre que celui-là, ni d'autre prix qui pût égaler le bien qu'il avait à rétablir; que malgré tout ce qu'il lui en devait coûter, il a mieux aimé s'assujettir aux dernières extrémités de la misère humaine, que de ne pas rendre à son Père toute la gloire qui lui avait été ravie , et de lui en laisser perdre le moindre degré : pour peu que nous raisonnions et que nous comprenions ces principes, voici les conséquences qui se présentent d'elles-mêmes et que nous sommes obligés d'en tirer. Que la gloire de Dieu est donc un bien au-dessus de tous les biens , puisqu'il n'y a point , hors Dieu , d'autre bien à quoi le Fils de Dieu n'ait renoncé pour le rétablissement de cette gloire. Qu'il n'y a donc rien que nous ne devions sacrifier à la gloire de Dieu, puisque le Fils de Dieu s'y est sacrifié lui-même. Que de procurer de la gloire à Dieu, c'est donc ce qu'il y a de plus grand et de plus digne d'un homme raisonnable, à plus forte raison d'un homme chrétien , puisque c'a été une oeuvre digne même d'un Homme-Dieu. Au contraire , que de blesser la gloire de Dieu , c'est donc le souverain mal , parce que c'est l'offense de Dieu, et une telle offense qu'elle n'a pu être expiée que par les mérites d'un Dieu, c'est-à-dire, en particulier, que par toutes les douleurs et tous les mépris qu'il a eu à souffrir, et à quoi il s'est exposé. Par conséquent, que rien ne nous doit donc être plus précieux, plus sacré, plus cher que la gloire de Dieu, et que nous ne pouvons mieux employer notre zèle, qu'à la répandre, autant qu'il dépend de nous , et à l'amplifier.

m. Une autre considération nous y doit encore exciter très-fortement : c'est notre intérêt , et de tous nos intérêts le plus important , qui s'y trouve lié, et qui est notre salut. Car la gloire de Dieu et notre salut sont ici comme inséparables. Et en effet , cette gloire de Dieu dans l'incarnation du Verbe divin , consiste à sauver les hommes et à opérer l'ou-

vrage de notre rédemption : tellement que dans ce mystère , Dieu glorifié et l'homme sauvé , c'est proprement une même chose. Combien donc devonsnous prendre part à une gloire où nous sommes si intéressés! A parler en général, plus nous contribuons volontairement et par zèle à la gloire de Dieu , plus nous nous avançons auprès de Dieu , et plus nous méritons ses récompenses.

IV. Mais par où pouvons-nous glorifier Dieu? Par les moyens que le Sauveur des hommes est venu le glorifier. Jésus-Christ fait connaître la gloire de Dieu, en faisant connaître ses infinies perfections : adorons ces perfections divines, reconnaissons-les dans la sainte humanité du Fils de Dieu , et rendonslui chaque jour de cet Avent, et même , s'il se peut, à toutes les heures, de fréquents et de pieux hom« mages. Jésus-Christ vient rétablir la gloire de Diea en renversant l'empire du démon : chassons nousmêmes de notre cœur ce damnable ennemi , dont nous n'avons que trop écouté en tant de rencontres les suggestions; et pour nous dégager entièrement de sa tyrannie, chassons avec lui bien d'autres dé* mons domestiques qui lui ont ouvert l'entrée, et qui ont secondé ses pernicieux desseins : ce sont nos passions et nos inclinations vicieuses. Jésus-Christ vient réparer la gloire de Dieu par la destruction et l'expiation du péché : pleurons nos péchés , effaçons-les par nos larmes et par notre pénitence; prenons toutes les précautions nécessaires pour nous garantir des rechutes où le monde pourrait nous entraîner, et conservons pour jamais à Dieu nos âmes pures et sans tache. Jésus-Christ vient assurer la gloire de Dieu contre les nouvelles insultes du péché, par le renoncement aux biens de la terre, dont l'amour déréglé corrompait le monde : renonçons à ces faux biens , au moins de cœur, si nous ne nous sentons pas appelés à y renoncer en effet. Quand Dieu permet que nous tombions dans le besoin, dans l'humiliation, dans la souffrance, souvenons-nous que ce sont là les moyens les plus efficaces dont a usé le Fils de Dieu , et qu'il nous a enseignés pour honorer son Père, et pour le dédommager en quelque manière de tous les outrages qu'il a reçus de nous ; consolons-nous dans cette pensée ; acceptons ce que Dieu nous envoie , et faisons-nous-en un mérite auprès de lui. S'il ne nous traite pas en apparence avec tant de rigueur, e^ qu'il nous laisse dans une condition aisée, commode, honorable, gardons-nous de toute attache aux commodités que notre condition nous fournit , aux honneurs qu'elle nous procure, aux richesses dentelle nous accorde la possession et l'usage. Dans l'opulence, ayons l'esprit de pauvreté; dans la grandeur, l'esprit d'humilité; et parmi tout ce qui peut contribuer à la douceur de la vie , l'esprit de mortification. Me nous en tenons p4s précisément à Tes*

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prit ; mais selon que notre état le comporte , pas- f vorable pour moi y et qu'en effet ce soit pour vous sons à la pratique. La pratique sans Fesprit ne se- nn tpmns Hp n^nîtAn<*P. Tar mii^i rAnrn/»iiA «ii»;^*rait qu*un vain extérieur; mais aussi Tesprit sans la pratique ne serait qu'une illusion.

V. Voilà, Sauveur adorable, les excellentes règles que vous venez nous tracer, et que nous devons suivre; mais pour les pratiquer et pour les suivre, il nous faut une grâce, et une grâce puissante. Or, en est-il une plus puissante que celle même que vous apportez avec vous? Car en nous apportant une nouvelle loi , vous nous apportez une grâce toute nouvelle , qui est la grâce du Rédempteur. Avec le secours decettegrâce, de quoi ne viendrons-nous point à bout pour la gloire de votre Père et pour la vôtre ? nous ne cesserons point de vous la demander avec confiance, et vous ne cesserez point de la répandre sur nous avec abondance. Elle nous éclairera, elle nous conduira , elle nous soutiendra. Mais queseraœ quand à cette grâce intérieure vous ajouterez la force de votre exemple, et que sortant du bienheureux sein où vous êtes enfermé comme dans un sanctuaire , vous vous montrerez au monde, et nous gervirez de modèle? Hâtez- vous de paraître : nous vous attendons et nous vous désirons. Que la terre s'ouvre, [et quelle germe le Sauveur. ( Isàï. , 45. ) Qu'il vienne nous remplir de son esprit , nous animer de ses sentiments , nous marquer ses voies , et nous conduire enfin à cette béatitude céleste , où après avoir glorifié Dieu sur la terre, nous devons être nous-mêmes éternellement comblés de gloire.

INSTRUCTION

POUR

LE TEMPS DU CARÊME

,. I. Représentez-vous bien que je carême est un temps consacré à la pénitence , et qu'on peut par oonséquent lui appliquer ce que saint Paul disait aux Corinthiens : f^oicl maintenant le temps favorable; voici les jours du salut {2. Cor. y 6); parce qu'il n*y a point de temps dans Tannée plus favorable pour nous que celui où nous travaillons à apaiser la colère de Dieu , ni de jours plus précieux pour le salut que ceux qui sont employés à expier nos péchés. C'est donc à vous d'entrer dans ce sentiment de l'apôtre. Quoique toute votre vie doive être une pénitence continuelle, eu égard aux fautes dont vous vous reconnaissez coupable devant Dieu , c'est particulièrement dans le carême que vous devez vous attacher à la pratique et aux exercices d'une vertu si importante et si nécessaire; en sorte que vous puissiez dire : f^oici maintenant le temps fa*

1 Cette instractioD fût faite pour une dame de qoaUté.

un temps de pénitence. Car quel reproche auriezvous à soutenir de la part de Dieu . si pendant que toute l'Église est en pénitence, vous n'y étiez pas, et si par le malheur et le désordre ou d'une vie lâche et dissipée, ou d'une vie molle et sensuelle,, vous passiez ce temps du carême sans participer en aucune manièreà la pénitence publique des chrétiens; puisqu'alors, bien loin qu'il fût pour vous ce temps de grâce et de salut dont parle saint Paul , il ne servirait qu'à votre condamnation , et qu'il s'ensuivrait de là que votre impénitence criminelle en tout autre temps , le serait doublement en celui-ci ?

II. Il n'y a nulle raison qui puisse vous dispenser de la pénitence, parce que la loi de la pénitence est une loi générale , dont personne n'est excepté; une loi qui dans tous les états de la vie se peut accomplir, et contre laquelle la prudence de la charr ne peut jamais rien alléguer que de vain et de frivole. Plus il vous paraît difficile , dans la place où vous êtes , d'observer exactement cette loi plus vous devez faire d'efforts pour vous y assujettir, parce que c'est justement pour cela que vous avez encore plus besoin de pénitence. Vos infirmités mêmes , au lieu de vous rendre impossible l'observation de cette loi , sont au contraire, dans les desseins de Dieu, de puissants secours pour vous aidera y satisfaire, soit en vous tenant lieu de pénitence, lorsqu'elles vont jusqu'à l'accablement des forces, comme il arrive dans les maladies ; soit en vous servant de sujets pour remporter sur vous de saintes victoires , quand ce ne sont que des incommodités ordinaires que vous devez alors surmonter par la ferveur de l'esprit, aGn que vous fassiez de votre corps, selon l'expression du maître des gentils, une hostie vivante et agréable aux yeux de Dieu. La pratique tout opposée où vous avez vécu, doit non-seulement vous confondre , mais vous animer contre vousmême, et vous exciter fortement à réparer tout ce que l'amour propre vous a fait commettre au préjudice de cette divine loi de la pénitence; car voilà les sentiments avec lesquels vous devez commencer le carême, résolue, d'une façon ou d'autre , de subir cette loi, que vous ne devez point regarder comme un joug pesant , ni comme une loi onéreuse , mais plutôt comme une loi de grâce d'où dépend tout votre bonheur.

III. Toute la pénitence du carême, comme Ta très-bien remarqué saint Léon , pape, ne se réduit pas à jeûner ni à s'abstenir des viandes défendues ; c'en est bien une partie , mais ce n'est pas la principale ni la plus essentielle. Quoique le précepte de l'abstinence et du jeûne cesse en certaines conjonctures , celui de la pénitence subsiste toujours ; et comme il y a dans le monde des chrétiens relâchés,

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gui, par une espèce d'hypocrisie, jeûnent sans faire pénitence, ou parce qu'ils jeûnent sans renoncer à leur péché , ou parce qu'ils trouvent le moyen , par mille adoucissements, de jeûner sans se mortifier, ce qu'on peut appeler l'hypocrisie du jeûne, si souvent condamnée dans l'Ëcriture : aussi , par une conduite toute contraire , les âmes fidèles à Dieu , guaod le jeûne leur devient impossible, savent bien &ire pénitence sans jeûner, parce que sans jeûner elles savent se vaincre elles-mêmes, s'interdire les délices de la vie,^ marcher dans les voies étroites du salut, et pratiquer en tout le reste la sévérité de l'Évangile. Suivez cette règle , et tenez-vous d'autant plus obligée à la pénitence, que vous vous sentez moins capable de garder à la lettre et dans la rigueur le commandement du jeûne. Car il est oertamque la dispense de l'un ne vous peut être qu'un surcroît d'engagement pour l'autre. Si vous raisonnez en. chrétienne, c'est ainsi que vous en devez user, ain que Dieu ne perde rien de ses droits , et que la délicatesse de votre santé ne vous empêche point de remplir la mesure de votre pénitence.

IV. En conséquence de ces principes, la première chose que Dieu demande de vous, et que vous devez vous-même demander à Dieu pour tout ce saint temps, c'est l'esprit d'une salutaire componction, cet esprit de pénitence dont David était pénétré , et dont il faut qu'à son exemple vous vous mettiez en état de ressentir l'impression et l'efficace. C'est-àdire que votre plus solide occupation pendant le carême doit être de repasser tous les jours devant Dieu, dans l'amertume de votre âme, les désordres de votre vie , d'en reconnaître avec douleur la grièveté et la multitude, de vous en humilier, de vous en affliger, de ne les perdre jamais de vue; tellement que vous puissiez dire comme ce saint roi : Seigneur, mon péché m'est toujoun présent, {Psalm. 50.) Car, selon l'Écriture, voilà en quoi consiste l'esprit de la pénitence. Or, une excellente pratique pour cela même , c'est que pendant le carême, vous fassiez toutes vos actions dans cet esprit , et par le mouvement de cet esprit ; allant , par exemple, à la messe comme au sacrifice que vous allez offrir vous-même pour la réparation de vos péchés ; priant comme le publicain , et ne vous présentant jamais devant Dieu qu'en qualité de pénitente accablée du poids de vos péchés; vous assujettissant de bon cœur aux devoirs pénibles de votre état , comme à des moyens d'effacer vos péchés; vous proposant pour motif dans chaque bonne œuvre de racheter vos péchés ; vous levant et vous couchant avec cette pensée : Je suis une infidèle, et Dieu ne me souffre sur la terre qu'afin que je fasse pénitence de mes péchés. Cette vue continuelle de vos péchés vous entretiendra dans l'esprit de la pénitence ^ et rien ne vous aidera plus à l'acquérir

et à le conserver, que de vous accoutumer à agir de la sorte.

V. Cet esprit de pénitence, si vous êtes assez heureuse pour en être touchée, doit produire en voui un effet qui le suit naturellement, et qui enesf ta plus infaillille marque; savoir, la pénitence de l'esprit, c'est-à-dire, une ferme et constante disposîtioa où vous devez être, de mortifier votre esprit, votr0 humeur, vos passions, vos inclinations, vos màur vaises habitudes , mais par-dessus tout votre or^ gueil, qui est peut-être dans vous le plus grand obstacle à la pénitence chrétienne : car le fond de' la pénitence chrétienne, c'est l'humilité ; et tandis^ qu'un orgueil secret vous dominera , ne comptes point sur votre pénitence. Il faut donc, pour répon*^ dre aux desseins de Dieu , qu'en même temps que vous célébrez le carême avec l'Église , animée de l'esprit de la pénitence^ vous vous appliquiez à être plus humble, plus douce , plus patiente , plus com^ pâtissante aux faiblesses d'autrui , plus vide da l'estime de vous-même; que vous parliez moins librement des défauts de votre prochain, que vous soyez moins prompte aie condamner; que si, malgré vous, vous en avez du mépris, vous n'y ajoutiez pas la maligne joie de le témoigner; car si vous neprenez sur tout cela nul soin de vous contraindre» quelque pénitence que vous puissiez faire, vous ne commencez pas par celle qui doit justifier devant Dieu toutes les autres, et sans laquelle toutes les autres pénitences sont inutiles. En vain , disait un prophète, déchirons-nous nos vêtements, si nous ne déchirons nos cœurs : c'est le changement du cœur et de l'esprit qui fait la vraie pénitence ; autrement, ce que nous croyons être pénitence , n'en est que l'ombre et le fantôme. Du reste, il n'y a personne à qui convienne plus qu'à vous cette pénitence de l'esprit, puisque vous confessez vous-même que c'est principalement par l'esprit que vous avez péché.

VI. La pénitence purement intérieure ne suffit pas, et tous les oracles de la foi nous apprennent qu'il y faut joindre Textérieure , parce que la corruption du péché s'étant également répandue sur l'homme extérieur et sur l'homme intérieur. Dieu, dit saint Augustin , exige de nous , selon l'un et l'autre, le témoignage de notre contrition. Conformément à cette maxime, vous devez être durant le carême plus fidèle que jamais aux petites mortifications que Dieu vous a inspiré de vous prescrire à vous-même, afin qu'au moins en quelque chose vous ayez la consolation, suivant la parole de saint Paul, déporter sur votre corps ta mortification du Sei* gneur Jésus , et qu'elle paraisse dans votre chair mortelle. (2. Cor., 4.) Par la même raison, le temps du carême doit encore allumer votre ferveur, pour rendre aux malades que Dieu confie à vos soins les visites de charité , et même les services humiliants

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qu'ils attendent de vous : car ees services et ces TÎsites sont pour vous des oeuvres de pénitence ; et TOUS devez vous souvenir que comme la foi est morte sans les œuvres , ainsi Fesprit de pénitence s'éteint peu à peu quand il n'est pas entretenu par les œuvres de la pénitence. Vous ne devez pas non plus négliger, autant qu'il dépend de vous, d'être plus modeste dans vos habits pendant le carême , qu'en tout autre temps de l'année, puisque le Saint- Esprit, en mille endroits de l'Écriture, fait consister dans cette modestie un des devoirs de la pénitence des pécheurs : d'où vient que les pénitents de la primitive Église se révêtaient du cilice et se eouvraient de cendres. Vous ne professez pas une autre religion qu'eux ; et tout votre zèle, h proportion, et dans retendue de votre condition, doit être de vous conformer à eux.

VII. L'aumône , selon ladoctrinedes Pères , ayant toujours été considérée commeinséparable du jeûne, parce que les pauvres , disaient-ils , devaient profiter de la pénitence des riches , il est évident que cette obligation des riches devient encore bien plus grande à leur égard , quand par des raisons légitimes ils sont dispensés dejeilner. L'aumône n*est plus alors un simplet accompagnement ^ mais un supplément du jeilne , dont elle doit tenir ta place. Il faut donc qu'elle soit plus abondante, comme étant due à double titre , et du jeûne et de l'aumône même. C'est par là que vous devez mesurer et régler vos aumônes pendant ce saint temps, ne vous contentant pas des aumônes que la loi commune de la charité vous engage à faire en toute sorte de temps, mais en en faisant d'extraordinaires que la loi de la pénitence y doit ajouter, parce qu'il est constant qu'une pécheresse doit bien plus à Dieu sur ce point, qu'une chrétienne qui aurait conservé la grâce de son innocence. Vos aumônes , pour être le supplément de votre jeûne, et pour faire partie de votre pénitence , doivent être des aumônes qui vous coûtent'; je veux dire, que vous les devez faire de oeque vous vous serez refusé à vous-même, et qu'une de vos dévotions du carême doit être de sacrifier à Dieu certaines choses dont vous voudrez bien vous priver pour avoir de quoi soutenir votre prochain, préférant le soulagement de ses misères à votre sensualité , à votre curiosité, à votre vanité. C'est par de semblables victimes, dit le saint apôtre, qu'on se rend Dieu favorable.

Vin. Ce n'est pas assez : mais pour sanctifier le carême, il faut de plus retrancher les plaisirs et les vaines joies du monde; rien n'étant plus opposé à Tesprit de la religion , beaucoup plus à l'esprit de 1b pénitence , que ce qui s'appelle plaisir, surtout dans un temps dédié à la pénitence solennelle de TÉglise. Ainsi une âme chrétienne doit alors, nonseulement abandonner tous les divertissements pro-

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fanes qui ne sont permis en nul autre temps, comme les spectacles, les comédies, les danses ; mais même les jeux innocents , les conversations mondaines , les assemblées, les promenades , tout ce qui peut faire perdre l'esprit de recueillement et de componction. Il n'y a pas jusques aux personnes les plus séparées du monde par leur état de vie , qui ne doivent entrer dans cette pratique, ayant un soin particulier, pendant le temps du carême, de s'abstenir de certaines récréations , et d'en faire à Dieu le sacrifice. Ce qui doit néanmoins s'entendre des choses qui ne sont ni nécessaires, ni utiles, et dont on se peut passer sans préjudice d'un plus grand bien. Ce qu'on accorde même pour lors ou à la santé, ou à une honnête relâche de l'esprit , doit être accompagné d'une secrète douleur de se voir réduit à la nécessité de prendre ces petits soulagements, et à l'impuissance de faire une pénitence parfaite, telle qu'on voudrait la pouvoir faire pour s'acquitter pleinement auprès de Dieu.

IX. Jésus-Christ, durant son jeûne de quarante jours, se retira au désert, et quitta même ses disciples : d'où vous devez conclure que le carême des chrétiens doit être pour eux un temps de retraite et de séparation du monde, puisque le Fils de Dieu n'en usa de la sorte que pour notre instruction, et non pas pour sa propre sanctification ; et que le jeûne qu'il observa ne fut que pour servir de modèle au nôtre. Car c'est w que tous les Pères de l'Église nous ont enseigné. Formez-vous sur ce grand exemple. Faites-vous une règle de vous séparer du monde, non par l'amour de votre repos, mais par le désir et le zèle de votre perfection. A l'exemple de votre Sauveur, et conduite comme lui par l'esprit de Dieu, allez passer certains jours dans votre solitude, pour y vaquer à Dieu et à vous-même. Ne vous contentez pas de cela : mais sans changer de lieu , ni en faire dépendre votre dévotion , établissez-vous au milieu de vous-même une solitude intérieure, oà, dans le silence et hors du tumulte , vous communiquiez avec Dieu, donnant tous les jours du carême plus de temps à l'oraison et à la prière. Est-il personne au monde , sans exception , à qui cet exercice de retraite , joint à l'oraison et à une sainte communication avec Dieu , soit si nécessaire qu'à vous ? Disposez-vous donc à en tirer tous les avantages que Dieu par sa miséricorde y a attachés pour votre salut. Car c'est à vous-même, et de vous-même, que Dieu dit, par le prophète Osée : Je la conduirai dans la solitude , et là je lui parlerai au cœur. ( Ose., 2. )

X. La parole de Dieu a été, dès les premiers siècles du christianisme , la nourriture spirituelle dont rÉglise, pendant le jeûne du carême, a pourvu ses enfants, et l'usage en est encore aujourd'hui trèscommun. Vous devez là-dessus, non-seulement accomplir votre devoir, mais l'accomplir exemplaire-

POUR LE TEMPS DU CARÊME

ment : tous afteetionDant à la divine parole qui vous est préchée, vous y rendant assidue, Festimant, la goûtant, la méditant, craignant d'en abuser ou de la négliger, portant les autres à Tentendre comme vous, et lui donnant du crédit, quand ee ne serait que pour empêcher Tavilissement où elle tombe. Par là vous aurez part à la béatitude de ceux qui l'honorent : car c'est Jésus-Christ lui-même qui les a déclarés bienheureux. Au défaut de la prédication, lorsque vous serez hors d'état d'y assister, et même quand vous y assisterez , vous devez aller à la source de cette parole toute sainte , lisant chaque jour du carême Févanglle qui lui est propre; mais le lisant avec respect , avec attention , avec foi, parce que c'est la parole pure et immédiate du Saint- Esprit, et qu'en ce sens cette parole est encore plus vénérable que celle qui vous est annoncée par le ministère des hommes.

XI. Ajoutez qu'une des fins du carême et de son institution, est de préparer les fidèles à la communion pascale, et que c'est à quoi vous devez singulièrement penser, travaillant plus que jamais à purifier votre conscience, disant vos confessions avec plus d'exactitude, rentrant plus souvent eu vousmême pour vous éprouver, afin que dans la solennité de Pâques Jésus-Christ vous trouve plus digne d'approcher de lui et de ses divins mystères. Il serait bon que vous fissiez pour cela, d'année en année, une espèce de revue durant le carême, pour remédier à vos relâchements et à vos tiédeurs. Par eette (Confession générale depuis la dernière , vous TOUS renouvelleriez et vous disposeriez à la fête qui approche , et qui doit être le renouvellement universel de toutes les âmes chrétiennes. Du reste , la plus excellente préparation pour bien communier est, selon saint Chrysostôme, la communion même. Vous ne pouvez mieux vous disposer à ceHe de Pâques, que par les communions fréquentes et ferventes du carême. Car voilà pourquoi dans la plupart des Églises d'Occident, comme nous l'apprenons des anciens conciles, la coutume était, pendant le carême, de communier tous les jours. Coutume que saint Charles souhaita si ardemment de rétablir dans l'Église de Milan, n'ayant point trouvé de moyen plus efficace pour préparer les peuples au devoir pascal , que d'ordonner dans les temps du carême la fréquentation des sacrements. Pourquoi donc ne vous conseillerais-je pas la même pratique, puisque j'en ai les mêmes raisons, et que je suppose de votre part les mêmes dispositions ?

XII. Enfin le carême, de la manière qu'il est institué dans le christianisme., se rapportant tout entier au grand mystère de la passion de Jésus-Christ, qui en est le terme, c'est surtout dans cette sainte quarantaine que vous devez être occupé du souvenir des souffrances du Sauveur. Souvenir que Jésus-

Christ attend de vous , et auquel vous ne pouvez manquer sans vous rendre coupable de la plus énorme ingratitude. Souvenir qui vous doit être infiniment avantageux, et que vous ne pouvez perdre sans renoncer aux plus solides intérêts de votre salut. C'est, dis-je, dans le temps du carême aue vous devez vous l'imprimer profondément, ce souvenir, afin qu'il ne s'efface jamais de votre âme, et qu'à tous les moments de votre vie vous puissiez vous écrier : Ah ! Seigneur , j'oublierais plutôt ma main droite que je n'oublierais ce que vous avez souffert pour moi. II est donc important que vous ne passiez aucun jour du carême sans lire dans les évangélistes quelque chose de la passion du Fils de Dieu et de sa mort. Quels miracles de vertu , pour peu que vous y soyez attentive , n'y découvrirez-vous pas ? Le souvenir des souffrances d'un Dieu vous rendra tous les exercices de la pénitence non -seulement supportables, mais aimables ; et Tune des plus douces pensées pour vous et des pratiques les plus consolantes dans la suite du carême, sera d'unir votre pénitence à la pénitence de Jésus-Christ. Telle était la dévotion de saint Paul , quand il disait : Je suis attaché à la croix avec Jésus-Christ {Galat, 2); ne séparant point la croix de Jésus- Christ d'avec l'a sienne, et n'en faisant qu'une des deux. Mais pour parvenir à cette dévotion du grand apôtre, il faut que le mystère de la passion soit le sujet le plus ordinaire de vos considérations et de vos réflexions.

XIII. Voilà les avis que j'ai à vous donner pour un temps qui vous doit être si précieux. Vous ne pouvez trop reconnaître la bonté de Dieu qui vous l'accorde , et qui veut bien accepter le bon emploi que vous en ferez pour la rémission de vos fautes. Car il y a dans cette conduite de Dieu envers vous une double miséricorde, dont vous ne sauriez assez le bénir, ni lui témoigner assez de reconnaissance. Hé! Seigneur, devez-vous lui dire, qu'ai-je fait , et par où ai-je mérité que vous m'ayez ainsi attendue, et que vous m'ayez fourni un moyen si facile de payer à votre justice tant de dettes dont je me trouve chargée ? Vous n'avez pas voulu me perdre comme des millions d'autres; et bien loin de me traiter comme eux dans toute la rigueur de vos jugements , vous vous relâchez en quelque sorte pour moi de tous vos droits. A combien de pécheurs et de pécheresses moins coupables que moi, avez-vous refusé ce temps de pénitence, et quelle proportion y a-t-il entre cette pénitence que votre Église m'impose , et toutes les infidélités de ma vie? Mais plus vous m'épargnez, mon Dieu, moins je m'épargnerai moi-même; et plus vous usez d'indulgence envers une misérable créature pour lui faciliter la juste réparation qu'elle vous doit, plus j'userai de sévérité pour vous rendre i non pas toute la gloire que je vous ai ravie, et

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