I" SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moise, ilt portèrent l'enfant â Jérusalem pou.- le présenter au Seigneur.
Tout cela se fait selon la loi, et nous apprend comment nous devons nous-mêmes observer la loi de Dieu.
Division. En ce que Marie obéit à la loi , nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu, première partie : en ce que Marie surmonte toutes les difficultés de la loi , nous trouvons la condamnation de notre lâcheté qui se décourage au moindre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu , deuxième partie,
Première partie. En ce que Marie obéit à la loi, nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu. Nous nous élevons contre cette loi divine , 1° par une révolte de cœur , 2° par un aveuglement d'esprit : or l'obéissance de Marie confond aujourd'hui l'un et l'autre.
1. Révolte de cœur, lorsque nous disons comme l'ange rebelle : Non serviam ; Je ne veux point me soumettre. C'est surtout le péché des grands. Mais sont-ils plus grands que ne l'étoit la mère de Dieu? Non-seulement elle se soumet à la loi , mais elle y soumet son fils , c'est-à-dire un Dieu. Belle leçon el pour les grands et pour les petits. Pourquoi un Dieu-Homme sujet à la loi? pour vous faire entendre, grands du monde, l'obligation où vous êtes de vivre dans un parfait assujettissemen aux lois de Dieu. Obligation spéciale pour trois raisons : 1° parce que plus vous êtes grands , plus
tous êtes capables de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû en qualité de souverain législateur ; 2° parce que Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le glorifier de la sorte ; 3° parce que Dieu , en vous plaçant au-dessus du commun des hommes, a prétendu vous proposer au monde comme des modèles de. l'obéissance que nous lui devons. Je dis plus : pourquoi une mère de Dieu , et par son ministère un Homme- Dieu , soumis à la loi ? Pour trois autres raisons qui vous regardent f vous que le Seigneur a réduits au rang des petits : 1» pour vous consoler de l'état où vous êtes; 2o pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir aux hommes pour Dieu, et à Dieu dans les hommes ; 3o pour confondre vos désobéissances à la loi de Dieu , lorsque vous avez tant de soumission aux lois des hommes. Il est vrai que l'assujettissement où nous tient la loi de Dieu , nous paroit gênant et humiliant : mais Jésus- Christ et Marie s'en font une gloire. Après cela laissons-nous entraîner à l'esprit du monde , ennemi de toute loi de Dieu !
2. Aveuglement d'esprit, quand nous cherchons des prétextes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu. Jésus-Christ et Marie s'y soumettent, quoiqu'ils eussent un droit incontestable de s'en dispenser : Dieu , dit saint Augustin , n'ayant pas voulu que notre religion, dont Jésus et Marie jetoient alors les premiers fondements, commençât par une dispense. C'étoit néanmoins une dispense légitime , et presque toutes les nôtres sont fausses et abusives. Suis-je obligé à cela? dit-on ; est-ce un commandement absolu pour moi ? Ce n'est point ainsi que le Sauveur du monde et sa sainte mère se sont retranchés sur l'obligation ; et c'est une règle qui va à nous faire violer les lois les plus indispensables. Mais ne nous y trompons pas , car Dieu en jugera tout autrement que nous.
Deuxième partie. En ce que Marie surmonte toutes les difficultés de la loi , noustrouvons la condamnation de uotre lâcheté qui se décourage au moindre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu. Nous nous figurons que cette loi exige trop de nous, lo parce qu'elle nous engage à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher ; 2o parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi nous sommes attachés ; 3o parce qu'elle nous ordonne en bien des rencontres de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nouspiquons. Mais à cela j'oppose trois leçons que nous fait aujourd'hui Marie.
Première leçon : Marie n'a qu'un fils; et pour se soumettre à la loi, elle se résout à le sacrifier. Ce que nous avons de plus cher est-il comparable à ce Dieu-Homme? Souvent même ce que nous avons de plus cher n'est-il pas pour nous la source de mille peines? Quels motifs se proposa Marie en présentant son fils? qu'elle le sacrifioità Dieu , qu'elle fléchissoit la colère et la justice de Dieu , qu'elle attiroit sur elle les faveurs de Dieu. Entrons dans les mêmes sentiments, et rien ne nous coûtera.
Seconde leçon : Marie, pour garder la loi, sacrifie toutes les joies de son àme. Siméon lui prédit qu'en conséquence de l'oblation qu'elle fait de son Fils pour être immolé sur la croix , elle sera percée d'un glaive de douleur ; et déjà elle ressent tout ce qu'elle ressentira alors. Devons-nous refuser après cela de sacrifier à la loi de Dieu des joies aussi vaines que les nôtres , des joies que nous sacrifions tous les jours au inonde, et à quoi l'esprit de pénitence nous oblige de renoncer?
Troisième leçon : Marie , pour accomplir la loi , sacrifie jusqu'à son honneur, puisqu'en se purifiant elle paroit de même condition que les autres femmes. Or la loi de Dieu ne nous engage à rien de si humiliant ; mais tous les jours néanmoins noua l'abandonnons pour un faux honneur, et pour contenter une folle ambition.
Compliment au roi.
IIe SOR LA PURIFICATION DE LA VIERGE.
Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.
Deux mystères exprimés dans ces paroles, la purification de Marie , et la présentaiion de Jésus-Christ. Tirons-en les fruits de sainteté qu'ils peuvent produire dans nos cœurs.
Division. Jésus-Christ dévoué et consacré à Dieu , nous apprend à connoitre Dieu: première partie. Jésus-Christ offert et immolé pour nous , nous apprend à nous connoitre nous-mêmes : deuxième partie
Première partie. Jésus- Christ dévoué et consacré à Dieu , nous apprend à con- •noilre Dieu, 1° comme souverain Seigneur; 2° comme source de tous les biens; 3° comme vengeur du péché.
1. Comme soir.erain Seigneur. Si Marie présente Jésus-Christ , c'est pour honorer la souveraine j de Dieu , selon qu'il étoît porté dans la loi : Consacrez -moi chaque oremier-né\' cir toutes choses m'appartiennent. Il falloit que la loi de grâce donnât à cette cérémonie toute sa perfection : comment? en offrant à Dieu , dans la uersonne de Jésus-Christ , un premier-né ait-dessus de tous les autres ; c'est- dire, i° un prcmier-né qui représentât tous les hommes dont il est le chef; 2° un* premier-né •égal à Dieu , et vrai Dieu. De là comprenons quel est le souverain empire de Dieu , et -de là même jugeons quel est le désordre de l'homme qui veut vivre à l'égard de Dieu dans l'indépendance : indépendance qu'affectent surtout les grands ; indépendance qui vient dans les uns d'un oubli général de leurs devoirs; dans les autres, d'un
xcès d'amour-propre ; dans ceux-ci , d'un esprit d'orgueil ; dans ceux-là , d'un fonds de libertinage. Que nous prêche au contraire l'exemple de Jésus-Christ ? une dépendance entière de Dieu : tel est le premier fruit que nous devons retirer de celte solennité. Je ne suis pas à moi , mais à Dieu , donc je ne dois vivre que pour Dieu : *'est dans cet esprit que tout chrétien a du se présenter aujourd'hui devant les autels, pour faire à Dieu un sacrifice parfait de lui-même.
2. Comme source de tous les biens. Des Juifs offroient à Dieu leurs premiers-né3 en mémoire du bienfait signalé qu'ils avoient reçu , lorsque Dieu , pour les délivrer de l'esclavage de Pharaon , avait fait périr dans une seule nuit tous les premiers-nés d'Egypte ; et Jésus-Christ, qui étoit la fin et le consommateur de la loi , est aujourd'hui offert comme premier -né de tout le genre humain, en action de grâces des ■obligations infinies que nous avons à Dieu. De sorte que ce Sauveur des hommes est 1° le modèle de noire reconnoissance envers Dieu ; 2° le supplément de notre Teconnoissance envers Dieu ; 3° la perfection de notre reconnoissance envers Dieu. Mais au lieu de cette reconnoissance , quelle est notre ingratitude ! nous méconnoissons les bienfaits de Dieu , et nous en abusons. Cependant nous lui en rendrons •«omple; et s'ils ne servent pas à notre sanctification , ils serviront à noire damnation.
3. Comme vengeur du péché. Jésus- Christ est offert à Dieu comme la victime du péché , et c'est ici , aussi bien que dans sa circoncision, qu'il paroit sous la forme de pécheur , ou qu'il se substitue en la place des pécheurs : du reste , celte oblation de Jésus-Christ ne nous dispense pas du devoir de la pénitence ; au contraire, elle doit nous y exciter en nous faisant voir combien Dieu hait le péché, et jusqu'à quel point il doit être haï et puni par nous-mêmes : mais c'est ce que nous ne voulons point comprendre.
Deuxième partie. Jésus-Christ offert et immolé pour nous, nous apprend à nous connoître nous-mêmes. Rien de plus nécessaire que cette connoissance de nousmêmes ; et en particulier, rien de plus utile que la connoissance de noire vraie grandeur. Or , ce mystère nous découvre l° noire excellence , 2° notre dignité.
1. Notre excellence, c'est-à-dire ce que nous valons dans l'estime de Dieu. Pouvons-nous l'ignorer en voyant Jésus-Christ livré pour nous? Voilà , homme, ce que votre âme et votre salut ont coûté à Dieu. Tellement qu'il y a de la proportion entre votre salut et le sang d'un Dieu , entre votre âme et la vie d'un Dieu , entre vousmême et la personne d'un Dieu. Cela supposé, quel est notre aveuglement , d'abandonner le soin de cette âme et de ce salut! Le Fils de Dieu disoit autrefois : Quel échange l'homme donnera-t-il pour son âme ; mais nous pouvons bien dire à présent : Pour quel échange l'homme ne donneroit-U pas son âme , et ne la donne-t-il pas tous les jours? Or c'est ce prodigieux aveuglement que Jésus-Christ est venu guérir.
2. Notre dignité , c'est-à-dire ce que nous sommes parla vocation et par la prédestinât! u de Dieu; car, en conséquence de cette rédemption que le Sauveur des hommes vient de commencer en se présentant pour nous , nous appartenons spécialement a Dieu. Appartenir aux hommes, c'est un esclavage qui nous humilie. ; mais appartenir à Dieu , c'est un état de liberté qui nous relève en nous dégageant de la servitude du monde et de l'enfer : deux conséquences que tiroit l'Apôtre de ce principe : Empli eslis prelio magno : Vous avez été achetés à un grand prix. 1° Glorifiez donc Dieu , et porlez-le dans vos corps en vous revêtant de la mortification de Jésus-
Christ; 2° ne vous engagez donc plus dans la servitude des hommes : servitude si pernicieuse pour le salut, et même si dure pour la vie présente. Appliquons-nous à nous-mêmes cette parole de l'évangile de ce jour : Sanctum Domino vocabitur .- car, selon le sens qu'elle ex'„:!me, nous sommes chacun le saint du Seigneur , c'est-à-dire que nous sommes totalement dévoués au Seigneur; Compliment au roi.
IIIe SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE.
Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moise, ils Portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur.
C'est ainsi que nous devons nous présenter nous-mêmes à Dieu.
Divistox. Jésus-Christ se présente à Dieu pour reconnoitre et pour honorer le domaine de Dieu : domaine essentiel que nous devons reconnoitre, omme Jésus- Christ , par une sincère oblation de nous-mêmes; première partie : domaine universel que nous devons reconnoitre , comme Jésus-Christ, par une entière oblation de nous-mêmes ; deuxième partie : domaine éternel que nous devons reconnoitre, comme Jésus-Christ , par une prompte oblation de nous-mêmes ; troisième partie.
Première partie. Domaine essentiel que nous devons reconnoitre, comme Jésus- Christ , par une sincère oblation de nous-mêmes. De tous les tributs que nous devons à Dieu comme au souverain Seigneur, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu , c'est cette oblation de nous-mêmes ; car nous ne nous devons nous-mêmes qu'à Dieu : voilà l'important devoir que Jésus-Christ nous enseigne dans ce mystère. Il sait que le domaine de Dieu son Père a été violé, et il en vient réparer la gloire : comment? en s'offrant lui-même. Mais que sert de nous offrir ainsi nous-mêmes, puisque nous appartenons déjà essentiellement à Dieu en qualité !e créatures ? Il est vrai , nous appartenons d'une façon à Dieu parla nécessité inséparable de notre être : mais comme il nous a faits libres , nous pouvons d'ailleurs ne lui pas appartenir par ie choix injuste et criminel de notre volonté. Or il veut qu'en nous présentant nousmêmes à lui , nous lui appartenions volontairement, comme nous lui appartenons déjà nécessairement : voilà ce qui fait en quelque sorte la perfection de son domaine , ce qui fait sa gloire et la nôtre.
Qu'est-ce proprement que nous-mêmes, et qu'entendons-nous par nous offrir nous-mêmes ? C'est offrir notre cœur, qui est comme notre premier-né. Dieu veut l'avoir ; il en est jaloux , et il le mérite bien : serons-nous assez injustes pour le iui refuser? Nous lui avons dit cent fois que nous lui donnions ce cœur; mais par le péché nous le lui avons ravi : et pourquoi ? pour une passion qui nous dominoit. Faisons-lui le sacrifice de cette passion , et il nous comblera de ses grâces.
Vous me direz : Mais cette passion est criminelle ; comment donc l'offrir à Dieu? Voici le miracle de la grâce : c'est que ce qui nous rend criminels sert à nous sanctifier par le sacrifice que nous en faisons. Ainsi , il faut , ou que nous soyons saints pour nous offrir à Dieu, ou qu'en nous offrant à Dieu nous devenions saints; car nous le devenons en effet, puisque s'offrira Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est se sanctifier. Il n'en est pas ainsi à l'égard des grands : on peut se donner à eux , et n'en être pas meilleur : à quel autre maître dois-je donc plutôt me consacrer qu'à Dieu?
Deuxième partie. Domaine universel que nous devons reconnoitre , comme Jésus- Christ , par une entière oblation de nous-mêmes : car le mérite de la religion , dit 6aint Ambroise , est de faire à Dieu l'oblation de soi-même dans une étendue proportionnée à celle du domaine de Dieu. Jésus-Christ s'ollVe à son Père sans réserve, et jusqu'à s'engager même à lui sacrifier tout son sang et sa vie. Et si nous voulons user de réserve avec Dieu , c'est que nous ne connoissons point encore assez bien le domaine de Dieu d'une part , et de l'autre la tyrannie du monde : le domaine de Dieu , de qui tout dépend ; la tyrannie du monde , qui prétend qu'on lui sacrifie tout, et pour qui en effet nous n'épargnons rien.
Avons-nous jamais bien pénétré le sens de ces paroles que Dieu dit à Moïse , et sur
quoi est fondée la cérémonie de ce jour : Mca suvt omnia : Tout est à moi? Tout est
à Dieu, parce qu'il est l'auteur de tout, parce qu'il est le conservateur de tout,
parce qu'il dispose de tout : de là apprenons comment nous devons cire à Dieu; et
iv. il
toutefois pomment y sommes-nous? uous occupons-nous de lui? agissons-nous pour lui:1 nous sou mettons -nous à lui et à ses ordres:'
Vouloir retepir quelque chose et le refuser à Dieu , c'est n'avoir plus pour Dieu cet amour de préférence qui le met à la tête de tout ; et ne le pas aimer de cet amour de préférence, c'est se rendre indique de sa t.'iàce : voilà ce qui arrête tant de conversions. Un pécheur voudroit se donner à Dieu ; mais ce qui le relient ( et ce qui fait évanouir tous ses projets , ce n'est souvent qu'un seul point. Disons à Dieu comme David ■ Lœtus obtuli universa .• C'est avec joie , Seigneur , que je vous offrirai toute? choses : pourquoi P Tu dominaris omnium : C'est que toutes choses vous appartiennent.
Trosième partie. Domaine éternel que nous devons reconnoitre, comme Jésus- Christ , par une prompte ohlation de nous-mêmes. En conséquence de cette éternité de domaine , il n'y a pas un moment où nous ne devions être à Dieu , puisqu'il n'y a pas un moment où nous ne dépendions de Dieu. D'où saint Thomas conclut que l'homme, dès le premier, instant qu'il connoit Dieu, est obligé de l'aimer et de s'élever vers lui; et c'est en ce sens que saint Augustin disoit à Dieu : Beauté si ancienne , je vous ai aimée trop tard. C'est encore par cette règle que les prophètes ne demandoienl pas moins à l'homme qu'une éternité de culte et d'adoration , c'est-à-dire un culte de toute la vie.
Jésus-Christ nous donne là-dessus un grand exemple. Dès sa plus tendre enfance il se présente à son Père ; mais nous , nous voulons être à Dieu : quand ? toujours pour l'avenir, et jamais pour l'heure présente. Est-ce là honorer Dieu, ou n'est-ce pas l'outrager ? Mais que fera-t-il ? il nous méprisera à son tour , et il nous privera de sa grâce ; en sorte que nous ne reviendrons jamais à lui. Cela néanmoins ne doit pas désespérer ceux qui jusqu'à présent ont passé de longues années sans se donner à Dieu ; car il y en a eu, après tout, qui , malgré d'aussi longs retardements , ont été appelés et reçus de Dieu ; mais aussi , comme il y en a plusieurs à qui Dieu n'a pas fait la même miséricorde, c'est ce qui doit instruire et saisir de frayeur ceux qui , dans un âge moins avancé , sont en état de consacrer à Dieu les prémices de leurs années. Ne durerons donc pas ; mais offrons- nous , comme Jésus-Christ, de bonne heure, et par Marie.
Compliment au roi.
I" sur. l'assomption de la vierge.
Sujet. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.
Ce mystère de l'assomption de Marie est par excellence le mystère de sa gloire; mais si nous savons bien nous l'appliquer et en profiter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance.
Division. Nous donnons communément dans deux erreurs sur le sujet de la gloire de Marie : l'une regarde les moyens par où elle y est parvenue ; et l'autre , les avantages qui nous en doivent revenir. Or voyons, pour nous garantir de la première erreur , quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie; première partie : voyons, pour nous préserver de la seconde, quelle est la mesure du pouvoir de Marie; deuxième partie. Voilà de quoi exciter tout à la fois et régler notre espérance.
Première partie. Quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie, c'est-à-dire pourquoi Marie est-elle aujourd'hui glorifiée dans le ciel? est-ce parce qu'elle a été mère de Dieu? Non ; mais , 1° parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu ; 2° parce qu'elle a été humble devant Dieu.
1. Parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu. C'est ainsi que le Sauveur du monde s'en déclara , lorsque cette femme de l'Evangile lui ayant dit , Bienheureux le sein qui tous a porté', il lui lit cette réponse: Mais plutôt , heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! Par où il donnoit à entendre , reprend saint Augustin, que c'étoil l'obéissance et la fidélité de Marie qui faisoit son bonheur, et non pas la maternité divine. Or ce qui faisoit alors le bonheur de Marie c'est ce qui a fait depuis sa gloire dans le ciel. Avoir été mère de Dieu, c'est un bonheur qu'a reçu Marie; mais avoir été fidèle à Dieu, c'est un mérite; et Dieu, dans sa mère même, ne couronne que le mérite.
2. Parce qu'elle a été humble. C'est en ce sens que saint Ambroise prend ces parole»
de Marie : Quia respexit humilitatem ancillœ suœ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes : Parce que le Seigneur a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, et qu'il a été louché de l'aveu qu'elle en faisoit; pour cela , et pour cela spécialement , elle sera béatifiée. Les anges, dit saint Bernard, voyant Marie monter au ciel avec tant de pompe , eurent bien lieu de s'écrier comme les compagnes de l'épouse : Quœ est ista ? Qui est celle-ci ? mais on eût bien pu leur répondre ce que saint Paul disoit du Fils de D\eu : Qucd avtem ascendit , quid est, nisi quia et descendit ? Elle est élevée , parce qu'elle s'est abaissée.
Voilà , encore une fois, ce que le Sauveur du monde a couronné dans Marie, sans considérer en aucune sorte qu'elle étoit sa mère : pourquoi? parce qu'en la couronnant , il n'agissoit ni en fils , ni en homme , mais en Dieu et en juge souverain. Ainsi l'avoit-il déjà traitée par avance aux noces de Cana et en d'autres occasions. On peut dire néanmoins d'ailleurs que sa maternité a contribué à sa béatitude : comment ? en ce qu'elle a eu , comme mère de Dieu , de plus grandes grâces dont elle a rempli la mesure par sa fidélité ; en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humilité : mais toujours est-il vrai que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été sa maternité divine , et que c'a été seulement sa fidélité d'une part , et de l'autre son humilité.
Puissants motifs, 1° pour exciter notre espérance : Marie ne parvient à la gloire que par le même chemin qui nous est ouvert à tous ; 2° pour nous inspirer un saint mépris de tout ce qui s'appelle distinction et grandeur dans le monde; ce n'est point par-là que nous mériterons la gloire du ciel ; 3° pour nous faire même peu compter sur certaines grâces , quoique d'un ordre surnaturel , à moins qu'elles ne soient soutenues par la sainteté de notre vie.
Deuxième partie. Quel est dans le ciel le pouvoir de Marie pour nous secourir? 11 est certain que nous pouvons saintement et utilement invoquer la mère de Dieu; car on s'adressoit bien à elle lorsqu'elle étoit sur la terre, et l'on employoit Lien sa médiation auprès de Jésus-Christ pour obtenir de loi des grâces : maintenant qu'elle est clans le ciel , pourquoi le pourroit-on moins? 1° Est-ce qu'elle ne voudroit plus s'intéresser pour nous? mais dans le ciel sa charité est plus ardente que jamais; 2° estce qu'elle ne peut plus nous secourir ? mais dans l'état de sa gloire , seroit-elle moins puissante qu'elle ne l'étoil parmi nous, et dans ce lieu d'exil? 3° est-ce qu'elle ne connoit plus nos besoins, et qu'elle n'entend plus nos prières? mais les anges, à qui Dieu a confié nos personnes, nous entendent bien ; 4" est-ce que l'usage de l'invoquer blesse l'honneur de Dieu? erreur pitoyable ; car nous l'invoquons , non comme celle à qui il appartient de donner la grâce , mais comme celle qui peut nous l'obtenir. Nous pouvons donc invoquer Marie , et ce droit de recourir à elle est un des plus fermes appuis de notre espérance. Nous avons dans cette vierge, 1° une avocate toute-puissante auprès de son Fils , qui est notre juge ; et quand nous l'appelons toutepuissante , ce n'est pas à dire qu'elle soit au-dessus de son Fils, mais qu'elle peut tout obtenir de lui , et par la prééminence de sa dignité, et par le mérite de sa personne ; 2° une mère de miséricorde pour les pécheurs , puisque c'est aux pécheurs mêmes qu'elle est en quelque manière redevable de toute sa gloire.
Voilà notre espérance : mais quel en est l'abus ? c'est que nous osons nous promettre de la protection de Marie, l° des grâces chimériques et impossibles; 2° des grâces possibles , mais miraculeuses ; 3° des grâces , s'il y en avoit de telles , incapables de nous sanctifier , et beaucoup plus capables de nous pervertir ; 4° des grâces selon notre goût et les désirs corrompus de notre cœur. Or ce n'est point pour cela que la mèra de Dieu est puissante. Espérons en elle , mais que notre espérance soit juste etr^ 'ée.
Prière à la Vierge.
Il* POUK LA FÊTE DE L'ASSOMPTION, SLR LA DÉVOTION A LA VIERGE*
Sujet. Jésus entra dans une bourgade, et une femme le reçut dans sa maison.
Cette femme , selon le sens que l'Eglise donne à l'Evangile de ce jour , c'est Marie qui reçut dans ses chastes entrailles le Fils de Dieu : et c'est elle-même aussi qui est aujourd'hui reçue par cet Homme-Dieu dans le séjour de la gloire. N'entreprenons point d'expliquer avec quelle pompe elle entre dans le ciel; mais voyons quelle doit ^iro. sur la terre notre dévotion envers cette glorieuse mère.
Division. Trois devoirs en quoi consiste la dévotion à la Vierge : l'honorer , mais l'honorer judicieusement; première partie : l'invoquer, mais l'invoquer efficacement; deuxième partie : l'imiter, et l'imiter religieusement; troisième partie.
Première partie. Honorer Marie, mais l'honorer judicieusement. S'il peut y avoir parmi les personnes adonnées au service de la Vierge quelques dévots indiscrets, il faut aussi convenir qu'il peut y avoir parmi ceux qui censurent les dévots de la Vierge , des censeurs indiscrets. 11 se sont plaints , l° qu'on rendoit des hommages à Marie comme à une divinité; 2° qu'on lui donnoit des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice ; 3° qu'on lui attribuoitrV "fluveaux privilèges qui ne nous étoient révélés ni dans l'Ecriture ni dans la tradition. Examinons ces plaintes ; et de là même tirons des règles sûres pour honorer discrètement la reine du ciel.
1. On s'est plaint que les dévols de Marie l'honoroient comme une divinité. .Mais , ciàce à la Providence , l'Eglise de Jésus-Christ n'avoit pas besoin de l'avis prétendu salutaire qu'on a voulu nous donner là-dessus ; car ce. n'est point à Marie que nous oll'rons , comme à Dieu , des sacrifices : nous l'honorons d'un culte inférieur à celui de Dieu , mais supérieur à tout autre que celui de Dieu, et c'est l'honorer judicieusement.
2. On s'est plaint que les dévots de Marie lui donnoient des titres d'honneur qui ne lui appartenoient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice. Mais puisqu'elle est mère de Dieu , y a-t-il un titre d'honneur qui ne lui convienne ? et , en particulier, saint Bernard ne l'appelle-t-il pas expressément médiatrice et réparatrice , et ne témoigne-t-il pas que de son temps c'étoit ainsi que toute l'Eglise l'appeloit? Or c'est encore honorer judicieusement la Vierge , que de lui attribuer les qualités que toute l'Eglise lui attribue. Il n'y a qu'un médiateur de rédemption , qui est Jésus -Christ; mais il y a d'autres médiateurs d'intercession, et Marie, entre ceux-ci , ne doit-elle pas avoir la première place?
3. On s'est plaint du zèle que font paroitre les dévots de Marie à défendre certains privilèges qu'ils reconnoissent en elle : privilèges de grâces dans son immaculée conception, privilèges de gloire dans sa triomphante assomption. Mais raisonnons toujours sur le même principe : de tous les privilèges qui , sans préjudiciel- aux droits de Dieu, servent à rehausser l'éclat de la maternité divine, y en a-t-il un seul que nous puissions raisonnablement lui contester? n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de l'Eglise , autorisés par la créance commune des fidèles , appuyés au moins sur les plus fortes conjectures et les témoignages les plus solides ? Or tels sont les privilèges que nous honorons dans Marie , et c'est par-là que nous les honorons prudemment. Faut-il donc, que le ministère de la parole de Dieu soit aujourd'hui nécessaire pour maintenir le culte que nous rendons à la plus sainte des vierges? mais , malgré tous les eiforts de l'hérésie, le culte de Marie a subsisté, et il subsistera.
Deuxième partie. Invoquer Marie, mais l'invoquer efficacement. Nous pouvons invoquer Marie , puisque l'Eglise a défini que nous pouvons invoquer les Saints, et que d'ailleurs il est certain que cette mère de Dieu a toute la miséricorde et tout le pouvoir nécessaire pour nous aider de son secours; c'est ainsi que les Pères ont raisonné. Non-seulement nous pouvons invoquer Marie , mais nous le devons : pourquoi ? pour nous conformera l'Eglise, pour nous attirer la grâce, pour nous procurer contre les dangers du monde une puissante protection , pour assurer notre «alut. Mais lf. point est d'invoquer cette vierge efficacement, c'est-à-dire de telle sorte qu'ellf puisse agréer nos prières, et que nous ne l'invoquions pas en vain ; sur quoi il y f deux extrémités à éviter, l° trop de confiance dans la protection de Marie ; 2« rop peu de confiance dans celle même protection.
1. Tror de Confiance ; car nous lui faisons quelquefois des prières présomptueuses, et par-Jà injurieuses à Dieu, indignes de la mère de Dieu, et pernicieuses pour nous-mêmes; or de telles prières ne peuvent être efficaces.
2. Trop peu de confiance. 11 semblera entendre parler les censeurs du culte de la Vierge, qu'un pécheur , dans l'état de son péché , ne peut avoir recours à elle^ parce qu'il n'est pas actuellement contrit et pénitent , et parce qu'il n'a pas l'amour de Dieu. Mais , sans être actuellement contrit et pénitent , ne peut-il pas demander, par l'iptcrcession de Marie, la grâce de la pénitence? et, sans avoir actuellement
l'amour de Dieu , ne peut-il pas le désirer, et l'obtenir par Marie? Dans un siècle où nous voyons tant d'àmes s'égarer et se pervertir, ne leur fermons pas les voies du retour et du salut. Or une de ces voies les plus assurées , c'est une sincère confiance en Marie.
Troisième fartie. Imiter Marie : l° ce que nous devons imiter dans Marie; 2° pourquoi nous le devons imiter.
1. Ce que nous devons imiter dans Marie, c'est sa sainteté : 1° la plénitude de sa sainteté ; 2° la perfection de sa sainteté ; 3° la persévérance et la fermeté invariable de sa sainteté.
2. Pourquoi nous le devons imiter : pour avoir part à la gloire dont elle prend aujourd'hui possession; c'est par le secours de cette vierge que nous pouvons imiter ses exemples. Adressons-nous à elle pour cela , dévouons-nous à elle comme un de nos rois , et faisons une profession publique de notre dévouement.
Piière à la Vierge.
Ier POCR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS.
Sujet. Dieu est admirable dans ses Saints.
Admirable dans leur prédestination, dans leur vocation , dans toute l'économie de leur salut, dans leur béatitude et dans leur gloire. Mais n'en demeurons pas là ; car il y a des choses qui doivent encore plus nous toucher.
Division. Dieu est admirable de nous avoir donné les Saints pour intercesseurs et pour patrons , première partie : admirable de nous avoir proposé les Saints pour modèles et pour exemples ; deuxième partie.
Première partie. Admirable de nous avoir donné les Saints pour intercesseurs et pour patrons: pourquoi? 1° parce qu'en cela Dieu nous découvre visiblement les trésors de sa sagesse et de sa providence: 2° parce que la gloire des Saints en est infiniment relevée; 3° parce que nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut.
1. Dieu, en nous donnant les Saints pour patrons , nous découvre visiblement les trésors de sa sagesse et de sa providence : car c'est ainsi qu'il établit le plus bel ordre et la subordination la plus parfaite qu'il puisse y avoir entre les hommes. Nom dépendons des Saints , et notre dépendance nous est aimable , parce que nous savon* que les Saints s'intéressent en notre faveur. Leur élévation , au lieu de les enfler, leur donne des inclinations bienfaisantes pour nous; et, au lieu d'exciter notre jalousie, elle nous inspire une reconnoissance affectueuse pour eux. De plus, c'est ainsi que Dieu a trouvé le moyen d'entretenir une sainte correspondance entre l'Eglise triomphante dans le ciel, l'Eglise militante sur la terre, et l'Eglise souffrante dans le purgatoire.
2. La gloire des Saints en est inDniment relevée. En effet, nous apprenons de là quel est le pouvoir des Saints : et s'ils sont si puissants pour les autres , quels trésors de gloire ne possèdent-ils pas pour eux-mêmes? quelle gloire d'être nos médiateurs auprès de Dieu , et des médiateurs à qui Dieu accorde tout! C'est par -là même encore que Dieu nous engagea les honorer nous-mêmes : en sorte qu'ils ont tout à la foi et les honneurs du ciel , et les honneurs de la terre.
3. Nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut. Les Saints prient pour nous ; et comme leurs prières sont plus efficaces que les nôtres, elles contribuent dans un sens à notre salut plus que les nôtres: plus efficaces , dis-je, que les nôtres, soit par la dignité des Saints plus relevée , soit par leur charité plus épurée, soit par leur attention beaucoup plus constante et plus fixe, enfin , par leur ferveur beaucoup plus ardente : aussi combien de fois les hommes ont-ils éprouvé les salutaires effets de leur protection! ^«
Mais comment répondons-nous à leurs soins? Nous les déshonorons sur la tene, nous violons les temples que l'Eglise a érigés sous leur nom , nous profanons leurs fêles. Aurons-nous après cela bonne grâce de reprocher aux hérétiques de notre siècie le mépris qu'ils ont fait du culte des Saints ? A cet abus qui regarde leur culte , nous en ajoutons un autre, qui est l'abus de leur invocation. Ne parlons point de ces prières abominables qui feroient des Saints, s'ils les écoutoient, les fauteurs de nos vices ; ne parlons point de ces prières mondaines et intéressées qu'on fait aux Saints
pour des biens temporels, sans jamais leur demander des biens spirituels. Le grand abus de l'invocation des Saints dans les prières même en apparence les plus religieuses , c'est que nous voulons qu'ils demandent à Dieu pour nous ce que Dieu , selon les règles de sa sagesse, ne veut pas nous accorder, et ce qu'il n'est pas à propos qu'il nous ao»"<jrde. Nous les invoquons; et du reste , comptant sur leur intercession, nous prétentions vivre sans vigilance, sans pénitence , sans gène. Souvenons-nous que si les Saints sont puissants auprès de Dieu , ils ne le sont pas au préjudice de Dieu même, et de ce que nous lui devons; et prenons garde qu'au lieu d'être nos protecteurs , ils ne deviennent nos accusateurs et nos juges.
Deuxième partie. Admirable de nous avoir proposé les Saints pour modèles et pour exemples ; car cet exemple des Saints opère en nous trois merveilleux effets •■ 1° il nous persuade la sainteté; 2° il nous adoucit la pratique de la sainteté; 3° il nous ôte tout prétexte par où nous pourrions nous défendre d'embrasser la sainteté.
1. L'exemple des Saints nous persuade la sainteté : comment? En nous faisant comprendre d'une simple vue toute la perfection et tout le mérite de la sainteté : car qu'est-ce qu'un Saint? C'est une idée réelle , visible , palpable et substantielle de toute la sainteté évangéliqne ; et Dieu , en nous le montrant, nous dit : Inspice , et fac secundùm exemplar : Regarde , et conforme-toi à ce modèle. Or il n'est pas possible devoir la sainteté , je dis la vraie sainteté, telle qu'elle a été dans les Saints , sans l'estimer : cette estime en fait naître l'amour et le désir; et nous inspirer ces sentiments à l'égard de la sainteté , n'est-ce pas nous la persuader ? L'exemple de Dieu n'étoit pas propre à faire sur nous le même effet , car , outre que Dieu est invisible , .1 n'est pas saint de la manière que nous devons l'être ; notre sainteté doit consister lans la pénitence, dans la soumission , etc., et tout cela ne peut convenir à Dieu. Il falloit donc qu'il nous proposât des hommes comme nous , et de même nature que nous : or c'est ce qu'il a fait. C'est par de semblables exemples que l'illustre Matathias confirma ses enfants dans le culte du Seigneur, et c'est dans le même dessein que l'Eglise a ordonné qu'on exposât à nos yeux les images des Saints.
2. L'exemple des Saints nous adoucit la pratique de la sainteté : car il nous apprend , 1° qu'il n'y a rien d'impossible dans la sainteté, puisqu'il n'y a rien que les Saints n'aient pu et qu'ils n'aient soutenu ; 2° qu'il n'y a rien même de si difficile qui ne puisse nous devenir agréable , puisque les Saints y ont trouvé et goûté les plus pures douceurs. Ces pensées réveillent notre courage , et le courage facilite tout.
3. L'exemple des Saints nous ôte tout prétexte par où nous pourrions nous défendre d'embrasser la sainteté. Détail des divers prétextes que l'exemple des Saints détruit : ils pouvoient les alléguer aussi bien que nous. Qu'aurons- nous donc à répondre quand Dieu , dans son jugement dernier, nous demandera compte de l'alfreuse différence qui paroitra entre leur vie et la nôtre?
Compliment au roi.
Il5 POUR LA FÊTE DE TOCS LES SAINTS.
Sujet. Les disciples de Jésus -Christ s'étant approches de lui, il se mit à les
enseigner.
Que leur enseignoit ce divin Maître? La science des Saints.
Division. Les Saints ont trouvé le secret d'accorder dans le monde leur condition avec leur religion : première partie. Les Saints se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition : deuxième partie. Les Saints , par un heureux retour, ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion : troisième partie. Telle a été la science des Saints , et telle doit être la nôtre.
Première partie. Les Saints ont accordé dans le monde leur condition avec leur religion : 1° ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur condition ; 2° ils se sont sanctifiés jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté; 3° par le moyen même de la pénitence , ils ont acquis la sainteté dans les conditions où ils s'étoient engagés sans avoir consulté Dieu , et où le seul mouvement de leurs passions les avoit fait entrer.
1. Ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur condition ; mais ils s'en sont tenus à la maxime de saint Paul, quand il disoit aux Corinthiens : Que chacun travaille à se sanctifier dans l'état et selon l'état jù il se trouvoit lorsqu'il a embrassé
Ja foi ; car voilà le sens de ce passage : Unusquisque in qud vocatione vocatus est . in ed permaneat opud Deum. Ainsi les saints, sans se déranger et sans se déplacer, ont accordé !a sainteté, les uns avec la grandeur , et les autre? avec l'humiliation; les uns avec l'opulence, et les autres avec la pauvreté , etc. Or ce qu'ils ont fnit lorsqu'ils étoieut à ma place , pourquoi ne le ferois-je pas comme eux? n'y va-t-il pas de tout mon intérêt?
2. Ils se sont sanctifiés jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté : combien se sont sanctifiés au milieu de la cour? combien se sont sanctifiés dans la profession des armes? C'est donc une erreur de croire que ma condition m'empêche d'être Saint : erreur qui ne sert qu'à nous déccirager; au lieu
lue la pensée qu'on peut se sanctifier dans son état , donne de la confiance et anime.
t'est encore une autre erreur , de se persuader qu'on seroit plus à Dieu , et qu'on y
pourroit plus être, dans une condition moins exposée; car celle où Dieu vous a appelé est celle où il vous a préparé plus de grâces , et par conséquent la plus sûre
90ur vous : voilà ce qui a fixé les Saints.
3. Ils se sont sanctifiés, par le moyen de la pénitence, dans les conditions mêmes où ils s'étoient engagés sans avoir consulté Dieu , et où le seul mouvement de leurs passions les avoit fait entrer. Ne pouvant plus sortir de ces conditions, ils ont cherche dans leur religion une ressource à leur malheur ; et c'a été de pleurer devant Dieu , et de réparer, par une vie plus austère, plus exemplaire , plus régulière , le crime de leur imprudence : c'est ainsi que les Saints ont su accorder leur condition et leur religion. Ce merveilleux accord leur a coûté; mais en peut-il trop coûter pour acquérir une science si salutaire?
Deuxième partie. Les Saints se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition. Ce que Salomon disoit de la sagesse en demandant à Dieu qu'elle travaillât toujours avec lui , les Saints l'ont fiensé de la religion. Elle leur a servi , 1° pour éviter les désordres à quoi leur condition étoit sujette; 2° pour accomplir les devoirs dont leur condition étoit chargée.
1. Us se sont servis de leur religion pour éviter les désordres à quoi leur condition étoit sujette. 11 y a dans chaque condition certains désordres essentiels que la religion seule peut corriger ; mais les Saints, en conformant leur condition à leur religion , s'en sont préservés; sans cela la prospérité les eût éblouis, l'abondance les eût corrompus : mais parce qu'ils s'étoient fait de leur religion comme une armure divine pour se défendre de toutes les tentations , rien ne les a pu pervertir : et voilà ce que les païens mêmes ont révéré. Or puisque je professe la même religion , pourquoi n'en ferois-je pas le même usage ?
2. Ils se sont servis de leur religion pour accomplir les devoirs dont leur condition étoit chargée. 11 y a dans toutes les conditions certains devoirs pénibles et mortifiants ; et , sans la religion , les Saints auroient pris seulement de leurs conditions ce qu'il y avoit d'utile et de commode, et se seroient déchargés du reste; mais parce qu'ils agissoient par principe de religion, ils ont satisfaite tout ; et en y satisfaisant, leur religion leur a tout fait rapporter à Dieu. Que vous êtes admirable dans vos Saints , ô mon Dieu ! et que la science.de vos Saints est profonde ei sublime !
Troisième partie. Les Saints, par un heureux retour, ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion. Us ont trouvé dans leur condition, 1° de puissants motifs pour s'exciter à la pratique de leur religion ; 2° des moyens de glorifier Dieu et d'honorer leur religion ; 3° des croix dont ils ont fait la matière de leur pénitence , et des sacrifices qu'ils ont eu le bonheur d'offrir à Dieu dans l'esprit de leur religion.
1. Des motifs pour s'exciter à la pratique de leur religion. Ce que leur condition les obligeoit- à faire pour le monde ne suffisoit-il pas pour leur apprendre ce qu'ils dévoient faire à plus forte raison pour Dieu?
2. Des moyens pour glorifier Dieu et pour honorer leur religion. Combien ont fait pour Dieu de grandes choses, parce que leur condition les metloit en état de les faire? Si saint Louis n'eût pas été roi , auroit-il porté tant de saintes lois? auroit-il bâti tant d'hôpitaux? Cependant, sans faire ce que saint Louis a fait, je trouverai toujours dans la médiocrité de ma condition de quoi marquer à Dieu mon zèle et de quoi l'honorer.
3. Dec croix dont ils ont fait la matière de leur pénitence , et des sacrifices qu'ils
ont eu le bonheur d'offrir à Dieu clans l'esprit de leur religion. Par-là ils ont eu Jang les conditions les plus relevées, et jusque dans les cours des princes, plus d'occa- 6lons de se sanctifier qu'on n'en a partout ailleurs. Soyons soumis et patienta commf eux : c'est par la patience qu'on parvient à la même gloire qu'eux- Compliment au roi.