‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 117 sur 124 · POUR LA FÊTE I)E SAINT FRANÇOIS-XAVIER · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE I)E SAINT FRANÇOIS-XAVIER

Sujet. Voici un miracle de la vertu de Dieu , qui fait bien voir que le bras du Sei gneur n'est -pas raccourci, et qu'il peut encore sauver son peuple.

Ce nouveau miracle , c'est saint François-Xavier, ou plutôt ce sont les merveilleui succès de sa prédication ; d'où nous pouvons tirer une preuve sensible et toute récente de l'incontestable vérité de la foi qu'il a préchée aux plus fières puissances de l'Orient.

Division. De tous les miracles qui se sont faits dans l'établissement de l'Eglise chrétienne , un des plus grands , c'est l'établissement de l'Eglise même par le ministère des apôtres. Or, dans ces derniers siècles , saint François-Xavier a renouvelé ce miracle. En deux mots , Xavier, pour la propagation de la foi . a fait , comme les apôtre*

des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines : première partie. Xavier, comme les apôtres , a fait ces prodises de zèle par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine: deuxième partie. Voilà ce que nous devons appeler le miracle de l'Evangile.

Première partie. François-Xavier a fait, comme les apôtres , pour la propagation de la foi , des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines : il a converti tout un monde. Examinons ce miracle.

Xavier est appelé par le roi de Portugal pour passer aux Indes. Il s'embarque à Lisbonne , il aborde dans l'Inde, le voilà rendu au cap de Comorin , et d'abord vingt mille idolâtres viennent le recevoir pour l'ambassadeur du vrai Dieu. 11 paroit chei les Mores , fameux insulaires, et dans l'espace de quelques jours il réduit sous le joug de la loi chrétienne jusqu'à trente villes. Le Japon l'attend : il y va, et il y confond les faux prêtres des idoles, il y baptise les rois, il y sanctifie les peuples, il y établit de nombreuses et de florissantes églises.

Or, pour peu qu'on raisonne , et que l'on considère les circonstances de tous ces faits , ne doit-on pas les regarder comme autant de prodiges ? Il est vrai que Luther et Calvin pervertissoient au même temps et atliroient à eux l'Occident et le Septentrion : mais ces deux hérésiarques préchoient une religion commode à la nature, e pour établir une telle religion il ne falloit point de miracle , au lieu que Xavier pré-t choit une loi contraire à tous les sentiments naturels.

Quelle gloire pour cet homme apostolique, quand au jugement de Dieu il produira les fruits de sa mission et de si heureuses conquêtes! Mais quel sujet de condamnation pour nous, qui profitons si peu des soins de tant de prédicateurs, et de la sainte parole qu'ils nous annoncent!

Deuxième partie. François-Xavier, comme les apôtres , a fait de si grandes choses pour la propagation de l'Evangile par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine. Comment se disposa-t-il au ministère évangélique? Par un renoncement entier à tous les avantages du monde ; surtout par cette victoire qu'il remporta sur lui-même , à l'égard d'un malade dont l'infection et la pourriture auroient dû, ce semble, rebuter la plus héroïque vertu.

De là il devint insensible à tout , pour n'être sensible qu'aux impressions de la charité. Les hôpitaux devinrent pour lui une demeure ordinaire et agréable. Les nations les plus sauvages se trouvoient forcées de l'aimer, voyant qu'il aimoit jusqu'à leurs misères ; et les peuples , témoins des secours qu'ils en reçevoient dans les infirmités de leurs corps , lui abandonnoient la conduite de leurs âmes.

Quels fonds employa-t-il dans l'exercice de son ministère? point d'autres pour lui qu'une extrême pauvreté. C'est avec le signe de cette pauvreté qu'il parcourt les provinces et les royaumes. Mais n'étoit-ce pas avilir son caractère? c'étoit plutôt le relever, et accréditer la loi qu'il publioit. Car ce désintéressement charmoit les fidèles, et leur faisoit conclure qu'il y avoit quelque chose de surnaturel et de divin dans une religion qui élevoit ainsi les cœurs et les dégageoit de toutes les vues terrestres.

Par quelle voie pénétra-t-il jusque dans la capitale du Japon ? par celle de l'humilité, en se réduisant à la vile condition de serviteur. A quoi s'appliquoit-il avec plus de zèle? A enseigner aux enfants les premiers principes de la doctrine chrétienne, se faisant , pour ainsi dire , enfant comme eux. Or voilà le miracle , que par la pauvreté, par l'humilité, par le renoncement à toute chose et à soi-même, il a fait ce que toute la politique du monde n'eût osé entreprendre , et ce que jamais elle n'eût exécuté.

Il s'est vu comblé d'honneurs : cela est vrai ; mais c'est au même temps ce qu'il y a de merveilleux , qu'on ait ainsi respecté et honoré un pauvre. Il a fait des miracles : mais pourquoi Dieu lui mettoit-il delà sorte son pouvoir dans les mains? parce que c'étoit un homme humble.

Bel exemple pour les prédicateurs et les ministres de l'Evangile. Qu'ils aient le zèlo de Xavier, qu'ils meurent à eux - mêmes comme Xavier, qu'ils prennent comme Xavier cet espril d'anéantissement qui fut ''esprit du Sauveur des hommes et l'esprit de tous des apôtres , alors ils seront les instruments dignes de Dieu . et il s'en servira pour l'avancement de sa gloire et pour le salut du prochain.

Sujet. JVe soyez pas incrédule .mais soyez fidèle.

Dans l'exemple de saint Thomas, nous voyons tout ensemble le désordre de l'incrédulité et le mérite de la foi.

Division. On peut bien appliquer à ce saint apôtre ces paroles du Psaume cent trente-huitième : Sicut tenelrœ ejus , ita et lumen ejus : Sa lumière est comme ses ténèbres , et ses ténèbres comme sa lumière. C'est-à-dire que son infidélité et sa foi , considérées par rapport à nous , nous peuvent "être également utiles et salutaires. Son incrédulité sert à la justification de notre foi : première partie. Sa foi est le remède de notre incrédulité : deuxième partie. Un apôtre incrédule , qui' par son incrédulité même nous apprend à être fidèles : un apôtre plein de foi , qui par la confession de sa foi nous empêche d'être incrédules.

Première partie. L'incrédulité de saint Thomas sert à la justification de notre foi. Justifier la foi par l'infidélité même , c'est opposer les égarements et les désordres de l'infidélité à la sagesse et aux autres avantages de la foi. Or voilà à quoi nous sert l'incrédulité de saint Thomas. Nous y remarquons quatre désordres opposés à quatre avantages de la foi : savoir, l'esprit de singularité, opposé à l'esprit universel de la foi ; la préoccupation du jugement, opposée à l'esprit droit de la foi ; l'opiniâtreté , opposée à l'esprit docile de la foi ; enfin , la petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit , opposée à l'esprit supérieur de la foi.

1 . Esprit de singularité. Saint Thomas se trouva séparé des autres disciples , lorsque Jésus-Christ se fit voir à eux le huitième jour après sa résurrection : Non erat cum eis quandô renit Jésus. Voilà le principe le plus ordinaire de l'incrédulité; on veut se distinguer. Mais si dans tout autre sujet la singularité doit être suspecte , combien plus lorsqu'il s'agit de la foi , laquelle est le sacré lien qui doit unir tous les hommes dans le culte d'un même Dieu et d'un même Seigneur? Le premier avantage donc que nous avons en croyant comme fidèles , c'est de croire ce que croit avec nous toute l'Eglise de Dieu.

2. Préoccupation du jugement. Saint Thomas, prévenu de sa pensée, sans rien examiner davantage , conclut d'aoord qu'il ne croiroit pas : Non credam. Autre principe de l'incrédulité : on se prévient contre la foi. Dieu veut bien qu'en matière même de foi nous nous instruisions des choses : mais il veut aussi que nous fassions cet exa. men sans prévention ; et voilà le second avantage de la foi , de nous dégager, par une simple et sage simplicité , de tous préjugés.

3. Opiniâtreté. Tout portoit saint Thomas à croire la résurrection de Jésus-Christ: mais il s'obstina dans son erreur. Troisième principe de l'incrédulité : on se fait une fausse gloire de ne point revenir de son sentiment. Force d'esprit mal entendue. Lo lidùle , par un troisième avantage , trouve dans sa docilité la vraie force , qui consiste à se soumettre et à se captiver.

4. Petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit. Saint Thomas dit: Si je ne, vois les marques des clous dont les mains de Jésus-Christ ont été percées je ne croirai point qu'il soit ressuscité : Nisi videro, non credam. Quatrième principe de l'incrédulité : on veut juger de tout par les sens , comme si les sens étoient juges compétents des mystères de Dieu , et qu'ils ne fussent pas sujets à mille illusions. Mais la foi nous élève au-dessus des sens , et nous fait ainsi pénétrer jusque dans les secrets de Dieu les plus cachés : quatrième et dernier avantage. Beati qui non viderunt , et crediderunt.

Deuxième partie. La foi de saint Thomas est le remède de notre incrédulité. Distinguons trois états ou la foi de cet apôtre peut être considérée : le premier, où il l'a professée hautement ; le second , ou il l'a préchée apostoliquement ; le troisième , où il l'a ccjisommée saintement. Or, dans ces trois états, la foi de ce grand Saint sert à guérir notre infidélité.

l. Il l'a professée hautement, lorsqu'il reconnut Jésus-Christ pour son Seigneur et son Dieu. Or, puisque saint Thomas a cru, nous devons croire. Car ce n'est point par foiblesse qu'il a cru , ce n'est point par légèreté, ce n'est point par une aveugle déférence au sentiment et au rapport des autres. 11 ne fut que trop éloigné de telles dispositions. C'est donc par la seule évidence de la vérité : et qui ne croiroit pas

Goi ANALYSES DES SERMONS.

au témoignage d'un homme obligé de se rendre à la seule force de la vérité qu'il cornbaltoit? Ainsi saint Paul convainquoit-il les Juifs par son propre exemple. Mais nonseulement la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc ; c'est encore une leçon qui nous instruit : de quoi ? du point le plus essentiel de la religion , qui est la divinité de Jésus-Christ. Vous êtes, lui dit-il, mon Seigneur et mon Dieu : Dominus meus et Deus meus.

2. Il l'a prechée apostoliquement , jusque dans la région la plus intérieure de l'Inde, où il a soumis à l'Evangile des millions d'infidèles. Or ce succès de l'Evangile a toujours été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi. Du reste , nous croyons les mêmes vérités qu'il prêchoit : heureux si nous en faisons les règles de notre vie !

3. Il l'a saintement consommée par son martyre. Il a signé de. son sang le témoignage qu'il rendoit en faveur de la foi. Quelle conviction pour nous ! mais en même temps quelle instruction ! Est-ce ainsi que nous sommes disposés à défendre notre foi? Du moins l'honorons-nous et la soutenons-nous par notre vie?

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