POUR LA. FÊTE DE SAINT ETIENNE
Sujet. Etienne , plein de grâce et de force , faisoit des prodiges et de grands miracles
parmi le peuple.
Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons à considérer, et, autant qu'il nous est possible , à imiter dans la personne du glorieux martyr saint Etienne.
Division. Etienne a été plein de. grâce dans l'accomplissement de son ministère , et cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s'est iervi pour commencer à former les mœurs du christianisme naissant,: première partie. Etienne a été plein de force dans la consommation de son martyre, et cela seul est, non pas un prodige, mais plusieurs prodiges ensemble qui ont obscurci tout l'éclat et toute la gloire des vertus du paganisme : deuxième partie.
Première partie. Etienne plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère. 11 étoit diacre , et même le premier des diacres de l'Eglise. Charge honorable , mais qui l'engageoit à deux choses : l'une , d'administrer les biens de l'Eglise , dont il étoit par office le dispensateur ; l'autre , de gouverner les veuves qui , renonçant au monde , se consacroient à Dieu dans l'état de la viduité. Charge où la sainteté même trouvoit des risques à courir ; mais où Dieu vouloit que saint Etienne, par sa probité et par sa sagesse , servit d'exemple à tous les siècles futurs.
1. Comme dispensateur des biens de l'Eglise, Etienne étoit responsable de sa conduite à Dieu et aux hommes : première épreuve de sa vertu , où paroît sa probité et toute la grâce dont il fut rempli ; car dans un tel ministère , qu'y a-t-il de plus difficile que de conserver devant Dieu tout le mérite d'un parfait désintéressement , et d'en avoir devant les hommes toute la réputation ? Tel fut le double avantage de saint Etienne ; et qu'il seroit à souhaiter que les biens ecclésiastiques fussent de nos jours ainsi dispensés !
2. Comme directeur des veuves qui vivoient séparées du monde , Etienne ctoit chargé de leur conduite : autre épreuve bien dangereuse ; car à quels périls , à quels discours et à quels soupçons n'est-on pas exposé dans un emploi où l'on est obligé de traiter souvent avec les personnes du sexe? Que n'en coùta-t-il point à saint Jérôme? mais parla-t-on jamais de saint Etienne qu'avec respect et avec éloge ? 11 n'y a aue la probité, et la probité reconnue, qui puisse être de la sorte au-dessus de tous lc:> jugements du monde; et voilà le fruit de la grâce dont Etienne eut la plénitude. Erreur , si nous prétendons, surtout dans un siècle comme celui-ci , échapper à la malignité du monde par une autre voie que par celle d'une exacte et constant? régularité.
A cette probité se trouva jointe une sagesse toute divine. Pour en être persuadé, V. n'y a qu'à lire ce beau discours qu'il fit aux Juifs; et ce qu'il leur disoit , à combien de chrétiens pourroit-on encore le dire : Dura cervice et incircumeisis çordibus tl auribus , vos semper Spiritui sancto resistilis.
Deuxième partie. Etienne plein de force dans la consommation de son martyre. Deux miracles, où il a fait éclater cette force : miracle de patience dans toutes les circonstances de sa mort; miracle de charité envers les auteurs de sa mort.
1. Miracle de patience dans toutes les circonstances de sa mort. C'a été le premier martyr dont l'exemple a fortifié tous les autres, mai? qui, marchant à leur télé comme leur chef, avoit besoin d'une plus grande force. 11 a souffert de tous les genres de martyre un des plus cruels; et , au milieu de son tourment , il conserva toute la paix de son ;ïme. Et nous, que voulons-nous souffrir? Saint Etienne a triomphé des tourments et de la mort , et tous les jours nous sommes vaincus par la mollesse et par les douceurs de la vie.
2. Miracle de charité envers les auteurs de sa mort. Non-seulement il leur pardonna , mais il pria pour eux , et avec plus de zèle que pour lui-même ; car en priant pour lui-même il se tenoit debout , mais en priant pour ses bourreaux il fléchit les genoux. Dans une telle charité , quelle force ! Aussi Dieu l'écouta-t-il ; et de là vint la conversion de Saul. Un des signes les plus certains de notre prédestination bienheureuse , c'est cette charité envers nos ennemis. Pardonnons , et Dieu nous pardonnera.
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN l'ÉVANGÉLISTE.
Sujet. Pierre, se retournant , vit venir après lui le disciple que Jésus aimoii , et qui ■pendant la cène s'étoit reposé sur son sein.
La plus glorieuse qualité de saint Jean a été d'être le disciple bien-aimé de Jésus- Christ ; et par son exemple il nous apprend comment nous devons participer nousmêmes à un avantage si précieux.
Division. La faveur des grands a communément trois défauts essentiels. Elle est injuste de la part du maitre qui la donne, orgueilleuse et lière dans la conduite de celui qui la possède , et odieuse à ceux qui n'y parviennent pas. Mais la faveur spéciale dont Jésus-Christ a gratifié saint Jean eut trois caractères tout opposés. Elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de cet apôtre : première partie. Elle a été solidement humble et bienfaisante dans la manière dont cet apôtre en a usé : deuxième partie^ Et elle n'a lien eu d'odieux à l'égard des autres disciples, auxquels tel apôtre semble avoir été préféré : troisième partie.
Première partie. Faveur parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de saint Jean , t" parce que cet apôtre a été vierge ; 2° parce qu'il a été fidèle à Jésus- Christ dans la tentation.
1. Il a été vierge ; et qui ne sait pas combien la virginité plait à Jésus-Christ , qui est la pureté même? Comme donc le Sauveur des hommes voulut avoir sur la terre une mère vierge , ne nous étonnons pas qu'il ait voulu pareillement avoir sur la terre un favori vierge , et que ce soit lui qu'il ait fait reposer sur son sein.
2. 11 a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation. Les autres apôtres abandonnèrent cet Homme-Dieu , mais saint Jean le suivit jusques au Calvaire; et voilà pourquoi ce Dieu Sauveur lui confia sa mère. C'est ainsi que nous mériterons la faveur de Jésus- Christ, soit par la pureté de l'âme et du corps , soit par la constance dans les dégoûts et les désolations.
Deuxième partie. Faveur solidement humble et bienfaisante dans la manière dont saint Jean en a usé : l° humble par rapport à lui; 2° bienfaisante par rapport à nous.
1. Humble et modeste par rapporta lui. Comment parle-t-ilde lui-même dans tout son Evangile ? sans se nommer jamais. C'est ce disciple, dit-il toujours , comme s'il parloit d'un autre. S'il eût dit : C'est ce disciple qui aimoit Jésus , il eût fait connoitre en cela son propre mérite ; mais il dit : C'est ce disciple qui étoit aimé de Jésus. Or, à être aimé, il n'y a ni louange ni mérite. Quand il s'est nommé ailleurs, c'est pour s'appeler seulement notre frère : Jean, votre frère.
2. Bienfaisante et utile pour nous. Si saint Jean est entré dans tous les secrets de Jésus-Christ, c'a été pour nous l^s communiquer. C'est à lui que nous devons la connoissance des personnes divines , et des plus profonds mystères de la religion. Telle est la manière dont nous devons user nous-mêmes des faveurs et des grâce* du ciel. Soyons humbles en les recevant , et ne cherchons point à nous en glorifier. Faisonsen part au prochain , et employons -les à son utilité. Par exemple, sommes-nous riches , soulageons les pauvres.
Troisième partie. Faveur qui n'a rien eu d'odieux par rapport aux autres disciples, auxquels saint Jean semble avoir été préféré; car elle ne l'a pas exempté plus que les autres de boire le calice de Jésus-Christ et de souffrir. Au lieu d'un martyre que les
aul i ? ont souffert, il en a enduré trois, 1 un au Calvaire, le second dans Rome , et le troisième dans son exil.
1. Au Calvaire , et ce l'ut le martyre de son cœur. Que ne souffrit-il pas en voyant expirer son maître?
2. Dans Rome, et ce fut un martyre de sang. Quel supplice d'être plongé peu à peu dans l'huile bouillante!
3. Dans son exil , où il mourut. C'est ainsi que Dieu aime ses élus , et n'espérons pas qu'il nous aime autrement. Nous buvons tous le calice des souffrances : mais combien le boivent en réprouvés, au lieu de le boire comme les amis et les élus de Dieu?