POUR LA FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE
Si jet. Dieu a choisi ce qu'il y avait de plus foible dans le monde, pour confondre les forts; et il a pris ce qu'il y avoit de moins noble et de plus méprisable , même les choses qui ne sont point, pour détruire celles qui sont.
Pensée bien humiliante pour les sages et les grands du monde, mais bien consolante pour les petits et pour les pauvres. Cette conduite de Dieu a paru admirablement dans sainte Geneviève.
Division. Simplicité de Geneviève , plus éclairée que toute la sagesse du monde : première partie. Foiblesse de Geneviève , plus puissante que toute la force du monde : deuxième partie. Et, pour parler de la sorte, bassesse de Geneviève, plus honorée que toute la grandeur du monde : troisième partie.
Première partie. Simplicité de Geneviève, plus éciairée que toute la sagesse du monde : 1° par l'union qu'elle voulut avoir avec Dieu ; 2° par les saintes communications que Dieu eut réciproquement avec elle.
1. Par l'union qu'elle voulut avoir avec Dieu. Dans ce dessein elle se consacra à lut par le vœu de virginité, mais après avoir consulté là-dessus deux grands évéques, ne voulant pas suivre ses propres lumières; en cela d'autant plus sage qu'elle se défia plus d'elle-même et de sa sagesse. Pour mieux observer son vœu et pour se tenir plus étroitement liée à Dieu , elle se sépara du monde, et embrassa la retraite elle s'employa aux exercices les plus bas de la charité et de l'humilité, et elle pratiqua une austère pénitence. Voilà quelle fut la sagesse de Geneviève; ce fut une sagesse évangélique, et la sagesse «le l'Evangile passe toute la sagesse du monde.
2. Par les saintes communications que Dieu eut avec elle ; car c'est aux simples que Dieu se communique : et de quels dons ne combla-t-il pas Geneviève ? Quelleeonnoissances , quelles vues, quel discernement des esprits!
Quatre règles pour engager Dieu à répandre sur nous ses lumières : 1° suivre le conseil de nos pasteurs et de nos directeurs; 2° fuir le monde et les vains commerces du monde; 3° s'adonner à la pratique de bonnes œuvres; 4° se purifier par la pénitence.
Deuxième partie. Foiblesse de Geneviève plus puissante que toute la force du monde : 1° pour la guérison des corps; 2° pour la guérison des âmes.
1. Pour la guérison des corps. Tant de miracles publiés, connus , avérés , le font bien voir. Il n'y a que pour elle-même qu'elle n'usa point de ce don des miracles; mais sa patience dans les maux de la vie ne fut -elle pas un miracle encore plus grand que tous les autres?
2. Pour la guérison des âmes. Combien de conversions a-t-elle opérées? combien d'afflictions a-t-elle soulagées , soit pendant sa vie , soit depuis sa mort ? Assez forte dans sa foiblesse même pour fléchir les puissances du ciel, pour humilier les plus Hères puissances de la terre, pour confondre toutes les puissances de l'enfer.
Voilà pourquoi nos pères ont mis sous sa protection cette ville capitale; et combien de fois en avons-nous éprouvé les salutaires effets? Mais nous avons bien lieu de craindre <]ue nos désordres ne les arrêtent; car qu'est-ce que Paris, et quelle corruption de mœurs!
Troisième partie. Bassesse, pour ainsi dire, de Geneviève, plus honorée que toute la grandeur du inonde. Honorée, 1° par les princes et par les rois; 2° par les évéques et les prélats de l'Eglise.; 3° par les Saints. Ce n'est pas qu'elle n'ait eu des persécutions à soutenir; niais ou sait avec quel éclat elle en a triomphé.
Surtout depuis Qu'elle jouit de la gloire dans le ciel , quel culte lui a-l-on rendu
mv la terre. ? Culte le plus solennel, culte le plus universel , culte le plus ancien et îe plus constant , culte Je plus religieux. C'est ainsi que la mémoire du Juste , selon la parole du prophète , est éternelle , et que celle des pécheurs périra. Aspirons , non pas aux mêmes honneurs en ce monde , mais à la même gloire dans l'éternité bienheureuse.
Sujet. Dieu l'a fait saint par l'efficace de sa foi et de sa douceur.
C'est l'éloge que l'Ecriture fait de Moïse, et qui convient parfaitement à saint François de Sales. Sa douceur a été tout évangélique , et doit nous servir d'instruction et de modèle.
Division. François de Sales , par la force de sa douceur , a triomphé de l'hérésie : première partie. François de Sales, par l'onction de sa douceur, a rétabli la piété «ans l'Eglise : deuxième partie.
Première partie. François de Sales, par la force de sa douceur, a triomphé de l'hérésie. En quel état se trouvoit le diocèse de Genève, lorsqu'il en fut fait évéque? L'hérésie y étoit dominante; et ce saint pasteur y convertit plus de soixante-dix mille hérétiques. Mais par où opéra-t-il ce miracle? ce fut surtout par sa douceur : 1° douceur patiente, qui lui rendit tout supportable ; 2° douceur entreprenante et agissante , qui lui rendit tout possible.
t. Douceur patiente. Il a eu à supporter les calomnies , les insultes, les révoltes , les attentats; mais sa douceur à souffrir tout et à pardonner tout le faisoit aimer de ceux mêmes qui s'étoient élevés contre lui , et par-là il les gagnoit.
2. Douceur entreprenante et agissante. Il a paru dans les cours des princes comme un Elie. De tous les avantages qu'ils lui ont offerts, il n'en a accepté aucun ; et l'unique grâce qu'il en voulut obtenir, ce fut l'extirpation de l'hérésie. Combien de courses apostoliques et de voyages lui en a-t-il coûté? combien de veilles et de travaux? Mais ce qui donnoit à tout cela une merveilleuse eflicace , c'étoit sa douceur. Par la doctrine on convainc les esprits; mais par la douceur on gagne les cœurs.
De là, double instruction. 1° Apprenons à estimer notre foi , pour laquelle François de Sales a si dignement combattu, et cultivons-la dans nous-mêmes comme il l'a cultivée dans les autres. 2° Traitons le prochain avec douceur : c'est par-là que nous le corrigerons , plutôt que par une autorité dominante et par une sévérité outrée. Si nous sommes sévères, soyons-le plus pour nous-mêmes que pour les autres.
Deuxième partie. François de Sales, par l'onction de sa douceur, a rétabli la piété dans l'Eglise. 11 l'a rétablie, 1° par la douceur de sa doctrine, 2° par la douceur de sa conduite, 3° par la douceur de ses exemples.
1. Par la douceur de sa doctrine. Ce n'est pas qu'elle ne fût très-sévère dans ses maximes : mais l'onction qu'il y mettoit , soit en préchant, soit en conversant , soit en écrivant , lui donnoit une grâce particulière , et la faisoit recevoir avec plus de fruit.
2. Par la douceur de sa conduite dans le gouvernement des âmes : témoin cet ordre illustre de la Visitation qu'il a institué, et dont le principal esprit est un esprit de charité.
:j. Par la douceur de ses exemples. La Providence l'a attaché à une vie , ce semble, assez commune, afin qu'elle nous devint imitable. 11 a borné toute sa sainteté aux devoirs de son ministère, et c'est surtout dans les devoirs de notre condition que doit consister notre piété. Mais , du reste , que celte parfaite observation des devoir? de chaque état coûte dans la pratique! qu'il faut pour cela se faire de violences et remporter de victoires !
Sujet. Je suis le plus petit dans la maison de mon Père.
C'est ce que disoit Gédéon , et c'est ce qu'a dit après lui l'humble François do Paule. L'humilité fut sou caractère, et doit faire le sujet de son panégyrique.
Division. Espèce de combat entre Dieu et François de Paule. Saint François de Paule a employé tous les efforts de son humilité pour se faire petit dans le monde : première partie. Et Dieu a employé tous les trésors de sa magnificence pour le faire grand : deuxième partie.
iv. 40
Première partie. Saint François de Paule a employé tous les efforts de son humilité pour se faire petit dans le monde. Dès l'àee de treize ans il se retira dans un désert, afin d'y mener une \ie cachée , et d'y cacher son humilité même.
Cependant , après six années de retraite , sa sainteté malgré lui le lit connoître. Un grand nombre de disciples se joignirent à lui , et il devint fondateur d'un nouvel ordre dans l'Eclisc. Mais de quel ordre? d'un ordre qu'il établit sur le seul fondement de l'humilité; d'un ordre qu'il gouverna par le seul esprit de l'humilité; d'un ordre qu'il distingua par le seul caractère de l'humilité.
Son nom se répandit dans les cours des princes. Un de no? rois l'appela auprès de joi , et il parut à la cour de Fiance. Mais s'il entra à la cour, ce ne fut que par la porte de l'humilité ; s'il y demeura , ce ne fut que pour y exercer l'humilité; s'i! en sortit, il en remporta toute son humilité.
Ce fut par le même esprit d'humilité que , non content de renoncer à l'épiscopat , il renonça même au sacerdoce. Soyons humhlps, par proportion , comme lui. L'humilité est l'abrégé de toute la perfection chrétienne, puisqu'il n'y a point de désordre que l'humilité ne puisse corriger, ni de vertu qu'elle ne nous fasse acquérir»
Deuxième partie. Dieu a employé tous les trésors de sa magnificence pour glorifier saint François de Paule et pour le faire grand. 11 l'a glo :fié en deux manières : 1° par soi-même , 2° par le ministère des créatures.
1. Dieu l'a glorifié par soi-même, en lui communiquant deux des caractères les i -s essentiels de sa divinité , savoir, la science et la puissance : la science , pour prévow les choses futures , et pour découvrir les secrets des cœurs ; la puissance, pour opérer les plus grands miracles. En combien d'occasions François de Paule a-t-il fait éclater ce don des miracles et ce don de prophétie ?
2. Dieu l'a glorifié par le minstère des créatures. Tous les éléments lui ont obéi , toutes les puissances de la terre l'ont honoré , surtout Sixte. IV , pape ; Louis XI , roi de France ; Charles VIII , successeur de Louis.
Mais si Dieu l'a tellement glorifié pendant sa vie , combien plus encore l'a-t-il glorifié après sa mort? Son sépulcre , selon l'expression du prophète, a été un des plus glorieux : et de quelle gloire jouit son àme bienheureuse dans le ciel ? telle est la véritable grandeur où nous devons aspirer. Nous ne devons pas souhaiter de briller dans le monde comme saint François de Paule ; mais nous devons travailler à devenir grands comme lui auprès de Dieu et dans l'éiernité.
Sujet. Il y eut un homvxe envoyé de Dieu , qui s'appeloit Jean. Ce fut lui qui tint pour rendre témoignage à la lumière.
Voila le véritable caractère de saint Jean-Baptiste , et sa principale fonction en qualité de précurseur. Il a été le témoin de Jésus-Christ, et il est venu pour cela.
Division. Témoignage de Jean-Baptiste en faveur de Jésus-Christ : première partie. Témoignage de Jésus-Christ en faveur de Jean-Baptiste : deuxième partie.
Première partie. Témoignage de Jean-Baptiste en faveur de Jésus-Christ. Ce divin précurseur a eu toutes les qualités d'un parfait témoin : 1° témoin fidèle et désintéressé ; 2° témoin instruit et pleinement éclairé: 3° témoin sûr et irréprochable ; 4o témoin zélé et ardent ; 5° témoin constant et ferme.
1. Témoin fidèle et désintéressé. On voulut le reconnoilre pour le Messie; mais il protesta hautement qu'il ne l'étoit point.
2. Témoin instruit et pleinement éclairé. Tout ce que nous savons de Jésus-Christ et tout ce que nous en devons savoir, c'est Jean-Baptiste qui nous l'a enseigné le premier, par les différents témoignages qu'il a rendus à Dieu ce Sauveur.
3. Témoin sûr et irréprochaUe. C'étoit un saint, et réputé saint par les Juifs mêmes.
4. Témoin zélé et ardent. Avec quel zèle parloit-il aux Juifs , leur reprochant leur incrédulité et les appelant race de vipères ? Il est venu avec l'esprit d'Elie.
5. Témoin constant et ferme. Depuis sa conception jusqu'à sa mort, il n'a point cessé de remplir son ministère. Mourir comme il est mort , pour la justice, c'étoit mourir en témoin de Jésus-Christ.
Rendons nous-mêmes témoignage à Jésus-Christ par l'observation de sa loi; et 6oyons des témoins fidèles , zé'és , irréprochables et constants.
Deuxième partie. Témoignage de Jésus-Christ en faveur de Jean-Baptiste. Le Sauveur du monde, pour honorer son précurseur, a rendu témoignage , lo à la grandeur de sa personne ; 2° à la dignité de son ministère; 3° à l'excellence de sa prédication ; 4o à l'efficace de son baptême ; 5° à la sainteté de sa vie et à l'austérité de sa pénitence.
1. A la grandeur de sa personne. Je vous dis en vérité : Parmi les enfants des hommes, il n'y en a point de plus grand que Jean-Baptiste.
2. A ia dignité de son ministère. Je vous déclare que Jean est encore plus que prophète. Car c'est de lui qu'il est écrit : Voici mon ange que j'envoie devant vous , pour vous préparer la voie.
3. A l'excellence de sa prédication. Toute l'excellence de la prédication consiste à éclairer et à toucher : or, selon le témoignage de Jésus-Christ , Jean-Baptiste étoit un flambeau luisant et ardent.
4. A l'efficace de son baptême. Le Fils de Dieu voulut lui-même le recevoir.
5. A la sainteté de sa vie et à l'austérité de sa pénitence. Qu'étes-vous allé voir dans le désert? un roseau que le vent agite? un homme vêtu mollement? Ainsi parloit le Sauveur du monde , pour faire connoitre la constance de Jean , et sa vie austère et mortifiée.
Tachons, par la sainteté de nos mœurs, à mériter que Jésus-Christ nous reconnoisse un jour devanL son Père; et craignons au contraire qu'il ne rende témoignage contre nous , par l'opposition qui se rencontrera entre notre conduite et celle de saint Jean.