‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 120 sur 124 · POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE

Sujet. Pierre lui répondit .- Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant.

C'est ainsi que saint Pierre confessa le premier la divinité de Jésus-Christ ; et c'est en conséquence de cette confession , aussi bien que pour son amour envers le Fils de Dieu , que Jésus-Christ l'établit chef de l'Eglise.

Division. Foi de saint Pierre , opposée à notre infidélité : première partie. Amour de saint Pierre , opposé à notre insensibilité : deuxième partie.

Première partie. Foi de saint Pierre , opposée à notre infidélité. Nous devons apprendre de lui deux choses : 1° à confesser comme lui la foi que nous avons dans le cœur ; 2° à réparer comme lui par une fervente pénitence notre lâcheté , si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de ferveur et de courage dans la confession de notre foi.

1. A confesser la foi que nous avons dans le cœur. La foi de saint Pierre fut une foi pratique qui se produisit par les œuvres ,etla nôtre n'est qu'une foi oisive et sans action. La foi de saint Pierre fut une foi généi-euse , en vertu de laquelle il abandonna tout ce qu'il possédoit et tout ce qu'il étoit capable de posséder ; et la nôtre ne nous fait renoncer à rien. La foi de saint Pierre fut une foi pleine de confiance , qui le fit marcher sur les eaux ; et la nôtre s'étonne du moindre danger. La foi de saint Pierre fut une foi à l'épreuve de tout scandale ; et le plus léger scandale déconcerte la nôtre. Ce n'est pas que la foi de cet apôtre fût d'abord parfaite, et nous en avons toutes les imperfections sans en avoir les perfections. Mais après tout , malgré les imperfections à quoi il étoit encore sujet, il confessa hautement Jésus-Christ , et le reconnut comme Dieu. Sans une confession haute et publique de notre foi , selon que les occasions le demandent , il n'y a point de salut à espérer pour nous.

2. A réparer par une fervente pénitence notre lâcheté, si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de courage dans la confession de notre foi. Saint Pierre renonça Jésus-Christ ; et en combien de rencontres le renonçons-nous? Chute de saint Pierre qui doit nous faire trembler, et qui procéda de trois causes : savoir, de sa présomption , de son orgueil et de son imprudence. Mais par quelle pénitence se releva-t-il d'une telle chute ? Pénitence la plus prompte , la plus sincèrr , la plus constante. Si nous tombons comme lui, faisons pénitence comme lui.

Deuxième partie. Amour de saint Pierre opposé à notre insensibilité. Ce fut par son amour pour Jésus-Christ , que cet apôtre mérita l'entier accomplissement de la promesse que le Fils de Dieu lui avoit faite , de lui confier le soin et la conduite de l'Eglise. Aussi le Sauveur du monde, avant que de l'établir pasteur de son troupeau, lui demanda-t-il par trois fois : M'aimez-vous , et m'aimez-vous plus que les autres ? Amour de saint Pierre, l°amour humble. 2° amour généreux.

J. Amour humble. Pierre ne répondit pas à Jésus-Christ, Je vous aime plus que les GUtres , mais simplement , Je vous aime , ne voulant pas se préférer à eux. Il ne répondit pas même absolument , Je vous aime , mais, Vous savez que je vous aime , comme se défiant de lui-même et de son propre sentiment. Enfin , il s'attrista voyant que Jésus-Christ lui demandoit plusieurs fois : M'aimez-vous? car il commença à craindre en ell'et de n'aimer pas autant cet aimable maître qu'il le croyoit.

2. Amour généreux, c'est-à-dire amour fervent, patient , héroïque. Fervent : avec quelle ardeur précha-t-il Jésus-Christ? patient : que n'eul-il point à souffrir pour le nom de Jésus-Christ ? héroïque : quel martyre cndura-t-il pour la cause de Jésus- Christ? Est-ce ainsi que nous aimons Dieu et Jésus-Christ ? Avons-nous cet amour fervent? nous ne faisons rien pour Jésus-Christ, ou le peu que nous faisons , nous ne le faisons encore qu'avec froideur. Avons-nous cet amour patient? la moindre peine nous abat. Avons-nous cet amour héroïque? puisque les plus légères difficultés nous étonnent , peut-on penser que nous soyons dans la disposition de sacrifier notre vie? Ranimons dans nos cœurs ce saint amour; et si nous ne l'avons pas, demandons-le à Dieu.

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE , SUR t'ODÉISSANCE A L'ÉGLISE.

Sujet. Et moi je vous dis que vous Êtes Pierre , et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.

C'est à cette Eglise dont saint Pierre a été le fondement que nous devons notre obéissance et une parfaite soumission.

Division. Nous devons à l'Eglise une double obéissance: l'obéissance de l'esprit, pour croire les vérités qu'elle nous propose ; première partie : l'obéissance du cœur, pour suivre les lois qu'elle nous impose ; deuxième partie.

Première partie. Obéissance de l'esprit , pour croire les vérités que l'Eglise nous propose. Elle est la dépositaire , l'organe et l'interprète de la vérité. C'est à elle à nous mettre en main le sacré dépôt de la parole de Dieu , et à nous l'expliquer ; elle a pour cela un pouvoir qu'elle a reçu du Fils de Dieu. Or elle ne peut user de ce pouvoir qu'autant que nous sommes obligés de nous soumettre à ses décisions et de la croire. Ce qui faisoit dire à saint Augustin qu'il ne croitoit pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eslise ne l'y engageoit. En effet, sans cette autorité, de l'Eglise, il n'y auroit plus de règle fixe et certaine pour connoitre le vrai sens de l'Evangile.

Maxime de saint Augustin , sans laquelle on ne peut conserver dans l'Eglise de Dieu ni la paix , ni l'ordre , ni l'unité de la doctrine , ni l'humilité de l'esprit. Maxime si nécessaire , que l'Eglise protestante elle-même en a reconnu la nécessité. Maxime qui présuppose l'infaillibilité de l'Eglise, et d'où suit toujours l'obligation indispensable de lui obéir.

Quatre choses sur celte obéissance de l'entendement. 1° C'est, à proprement parler, cette obéissance qui nous unit à l'Eglise , et qui nous fait membres de soi) corps : exemple de Tertullien. 2° Sans celte obéissance, il ne sert à rien d'être extérieurement dans le corps de l'Eglise , car l'extérieur de la profession et du culte n'est point ce qui nous lie à l'Eglise : exemple des donatistes. 3° Cette obéissance a été de tout temps l'épreuve à quoi l'on a distingué les vrais fidèles : exemple des saints Pères, et en particnlier de saint Jérôme. 4o Cette obéissance doit être une obéissance pratique, et non de paroles seulement. Voilà sur quoi nous serons jugés de Dieu. En vain aurons-nous pratiqué de bonnes œuvres, et marché dans la voie étroite • sans la soumission à l'Eglise, nos œuvres sont inutiles ; et l'on peut même diie que , pour certains esprits, la voie étroite est en partie de renoncera leurs sentiments pour prendre ceux de l'Eglise. 11 est vrai que l'Eglise est f— veinée par des hommes; niais elle n'en est pas moins infaillible, puisque ces hommes sont conduits par l'esprit de Dieu.

Deuxième partie. Obéissance du cœur pour suivre les lois que l'Eglise nous impose, jo L'Eglise est notre mère , donc elle a droit de nous commander ; 2° ce qu'elle nous commande est d'une obligation étroite et rigoureuse; 3° nous ne pouvons violer ses commandements, sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu ; 4° la témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Eglise, ne procède souvent que d'un fonds de libertinage.

1. L'Eglise est notre mère, donc elle a droit de nous commander. La vérité de cetie conséquence se découvre d'elle-même. Il n'y a eu que les hérétiques qui n'aient naa reconnu sur cela le pouvoir de l'Eglise, par une prévention d'esprit; et il n'y a que les mauvais catholiques qui, le reconnoissant , refusent de s'y soumettre par une dépravation de cœur.

2. Ce que l'Eglise nous commande est d'une obligation étroite et rigoureuse. 11 faut bien que cela soit , puisque les ordres d'un père obligent un fils , sous peine de péché; puisque Jésus - Christ veut qu'on tienne pour païen et pour publicain celui qui n'obéit pas à l'Eglise ; puisque le. même Sauveur a donné pouvoir à son Eglise de nous excommunier, lorsque nous lui sommes rebelles. Ainsi en particulier saint Augustin a-t-il parlé du jeune ordonné par l'Eglise, comme d'un jeûne de précepte. D'autant plus criminels quand nous désobéissons à cette mère, qu'elle ne nous commande rien que de raisonnable.

3. Nous ne pouvons violer les commandements de l'Eglise , sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu : cai Dieu, dans sa loi , nou? commande d'obéir à l'Eglise.

4. La témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Eglise, ne procède souvent que d'un fonds de libertinage. Ceci ne regarde point ceux qui ont eu le malheur de naitre dans l'hérésie , mais les calholiques. Quel autre esprit qu'un esprit de libertinage peut les porter à violer des préceptes dont la pratique demande si peu d'efforts , et que l'Eglise a pris tant de soin de proportionner à notre foiblesse ? Honorons notre religion, en honorant l'Eglise ; édilions nos frères nouvellement convertis , et soutenons par nos bons exemples ce que la grâce a fait en eux.

Page 1