POUR LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE
Sujet. En même temps une femme de la ville, qui était de mauvaise vie , ayant su que Jésus- Christ mangeoit chez un pharisien, y apporta un vase d'albâtre plein d'une huile de parfum ; et s'étant prosternée à ses pieds , elle commença à les arroser de ses larmes , et elle les essuya avec ses cheveux.
Cette femme, c'est Madeleine, qui nous donne ici le modèle d'une parfaite pénitence.
Division. Pénitence de Madeleine , pénitence prompte pour surmonter tous ces retardements si ordinaires aux pécheurs : première partie. Pénitence généreuse, pour triompher de tous les obstacles , et en particulier de ces respects humains qui arrêtent tant de pécheurs : deuxième partie. Pénitence efficace , pour sacrifier à Dieu tout ce qui avoit été la matière et le sujet de son péché : troisième partie.
Première partie. Pénitence prompte. Dès qu'elle connut, elle ne délibéra point. Elie marcha , elle exécuta. Se convertir, ce n'est point raisonner, mais conclure et agir. On ne se convertit point sans connoitre ; mais aussi connoitre, à l'égard des prédestinés , est le point décisif de la conversion.
Mais encore que connut Madeleine ? Deux choses : 1° que cet homme qu'elle cherchoit étoit sauveur, et sauveur des âmes; 2° que ce sauveur étoit dans la maison du pharisien , c'est-à-dire que celte maison étoit le lieu marqué dans l'ordre de la prédestination divine , où elle devoit trouver l'auteur de son salut. Voilà ce qui la rendii si diligente et si active. Surtout, en connoissant , elle aima., et son amour acheva de la déterminer.
Appliquons-nous cet exemple. Nous savons qu'il faut nous convertir, mais nous différons toujours. De nous représenter l'injustice et la témérité de ces retardements, c'est ce qui nous touche communément assez peu. Que nous manque-t-il donc pour devenir plus prompts et plus agissants ? Un peu d?; cette charité qui triompha du cœur de Madeleine. Or à quoi tient-il que ce feu divin ne prenne dans nos cœurs Madeleine connoissoit-elle mieux Jésus-Christ que nous ne le connoissons ; et même ne peut-on pas dire que nous le connoissons mieux qu'elle ne le devoit alors connoitre? Faisons une fois ce que tant de fois nous avons proposé de faire.
Deuxième partie. Pénitence généreuse. Le plus grand obstacle que la pénitence ait à vaincre, c'est le respect humain : mais Madeleine sut bien le surmonter. Elle ne craignit point de se produire au milieu d'une assemblée. Elle quitta , pour ainsi dire , le luxe d'une mondaine, mais elle en retint tout le front; ou elle convertit l'effronterie du péché dans une sainte, effronterie de la pénitence.
Mais à quel respect humain pouvoit-elle être sensible, puisque c'éloit une pécheresse déjà connue? 11 est vrai, c'étoit une pécheresse connue; mais quel est l'elfet du péché ? de nous rendre honteux pour le bien , autant que nous sommes hardis
pour le mal. Or c'est cette honte que Madeleine eut à surmonter, et qu'elle surmonta. La pénitence , par un ell'et tout contraire , la rerîdit honteuse pour le mal , et hardie pour le bien.
Soyons bien persuadés de. cette maxime , que quand le respect humain nous dominera, nous ne senms point propres pour le royaume de Dieu. Disons comme l'Apôtre: Si je cherchais à plaire aux hommes , je ne ser ois pas serviteur de Jésus' Christ. Y a-l-il un respect humain que nous ne surmontions pour une fortune temporelle? comment trouvons-nous si difficile pour Dieu ce qui nous devient si facile pour un intérêt périssable?
Troisième partie. Pénitence efficace. L'efficace de la pénitence , selon saint Paul , consiste à faire servir pour Dieu ce qu'on a fait servir pour le péché. Or telle est la pénitence de Madeleine. Elle emploie ses yeux à pleurer, ses cheveux à essuyer les pieds de Jésus-Christ, ses mains à répandre sur les pieds de ce même Sauveur les liqueurs précieuses, et les parfums dont elle se servoit pour contenter ses sens.
Voilà pour tant de femmes du m oncle la solide preuve d'une sincère conversion: faire à Dieu le sacrifice de tout ce qui a servi à l'offenser ; toute autre marque esv équivoque et trompeuse. Comment détruire le péché , lorsqu'on n'en veut pas couper la racine ?
Parce que la pénitence de Madeleine fut efficace , ce fut une pénitence durable ; et moins cette sainte pénitence s'épargna dans toute la suite de sa vie, plus elle goûta cette paix intérieure dont la grâce la remplit lorsque le Fils de Dieu lui dit, en lui remettant ses péchés : Allez en paix. C'est ce que nous éprouverons nous-mêmes; Dieu , dans notre pénitence , nous rendra aimable ce qui paroissoit d'abord insupportable à la nature.
Sujet. Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés à la compagnie de son Fils Jésus-Christ Notre- Seigneur.
C'est ce que disoit l'Apôtre aux chrétiens de Corinthe , et ce qui convient parfaitement à saint Ignace.
Division. Fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace : première partie. Fidélité d'Ignace à suivre la vocation de Dieu : deuxième partie.
Première partie. Fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace. 1° Fidélité envers l'Eglise ; 2° fidélité envers Ignace même.
1. Fidélité de Dieu envers l'Eglise, pour l'intérêt de laquelle il suscita Ignace, en lui inspirant le dessein d'une vie apostolique : c'étoit un temps où l'hérésie s'élevoit de toutes parts ; et Dieu , pour la combattre et pour défendre son Eglise , appela saint Ignace. Voilà ce qui a rendu les enfants d'Ignace si odieux à tous les hérétiques: haine dont ils doivent se glorifier. Quelle étoit la source la plus commune des désordres qui régnoient dans l'Eglise? L'ignorance des vérités de la foi. Dieu donc* envoya Ignace pour enseigner et par lui-même et par ses successeurs, pour catéchiser, pour instruire la jeunesse , pour ouvrir des écoles publiques , où l'on apprit, non point précisément les sciences profanes, mais la science du salut.
2. Fidélité de Dieu envers Ignace, le rendant capable de soutenir une si sainte entreprise, et par les dons extraordinaires de la grâce, le mettant en état de l'exécuter. C'étoit un homme sans lettres et sans études ;mais Dieu tout-à-coup l'éclaira dans sa retraite , et lui communiqua les plus sublimes connoissances. Non-seulement Ignace fut éclairé d'en haut pour lui-même, mais pour la conduite des autres: il n'y a, pour en être convaincu , qu'à lire ce livre admirable des Exercices qu'il composa. C'étoit un étranger, un mendiant, un inconnu : mais Dieu lui promit de lui être propice à Rome, et il le fut. Cependant le ciel permit qu'Ignace fût persécuté : il esl vrai ; mais être persécuté pour la justice, et tirer de ses persécutions de nouveaux avantages pour faire connoitre et aimer Dieu , ne sont-ce pas des grâces et des effets de la fidélité de Dieu ? En quelque état que nous soyons , si c'est Dieu qui nous y engage , il nous y soutiendra.
Deuxième partie. Fidélité d'Ignace à suivre la vocation de Dieu. Fidélité nécessaire, et sans laquelle il ne pouvoit être un parfait ministre du Dieu vivant. Fidélité qui se réduisit à deux choses : 1° au soin qu'il prit d'acquérir toutes les disposi-
lions requises pour son ministère ; 2° au zèle qu'il lit paroi Ire dans 1 exercice de son ministère.
1. Soin qu'il prit d'acquérir toutes les dispositions requises pour son ministère. Ce fut en effet pour cela qu'li,'nace travailla d'abord à acquérir toutes les vertus que demande le ministère évangélique, surtout une parfaite mortification. Comment se traita-t-il dans la grotte de. ManrèzePCe fut pour cela qu'à l'âge de trente-trois ans, il s'abaissa jusqu'à se renfermer avec des enfants dans une école, pour y apprendre 1rs lettres ; pour cela , qu'il vint continuer ses études à Paris, mendiant luimême son pain de porte en porte, afin de fournir à sa subsistance. Chose merveilleuse! c'est là que ce zélé disciple devint bientôt maître, et qu'il jeta les premiers fondements de son institut, en s'associant des compagnons.
2. Zèle qu'il fit paroitre dans l'exercice de son ministère. Sans parler de tout le reste, il suffit déconsidérer cette compagnie dont il forma le dessein, dont il fut l'instituteur et le conducteur, et dont l'unique fin est la gloire de Dieu et la sanctification des âmes. Dire d'Ignace qu'il a été le fondateur de la Compagnie de Jésus, c'est faire en un mot l'éloge complet de son zèle ; car c'est donner à entendre que , non content de glorifier Dieu par lui-même , il l'a glorifié encore par tant de missionnaires , de prédicateurs , de directeurs des consciences , de savants hommes ,de martyrs. Soyons fidèles à Dieu comme ce grand saint, en remplissant les devoirs de notre élat. La fidélité de Dieu consiste à nous donner sa grâce; et notre fidélité doit consister à agir avec la grâce de Dieu.
pour la fête de notre -dame des anges ; sur l'indulgence de portiuncule. Sujet. Ce pauvre a prié , et le Seigneur l'a exaucé.
Ce pauvre, c'est saint François priant dans l'église de Portiuncule, et demandant à Jésus-Christ , par l'intercession de Marie, une indulgence plenière pour tous les pécheurs qui visiteroient celte église avec les dispositions convenables.
Division. François qui prie pour les pécheurs , et qui par le mérite de sa personne est digne, d'être exaucé : première partie. Marie qui intercède pour François, et qui s'y trouve engagée par les plus puissants motifs : deuxième partie. Jésus-Christ qui accorde, en faveur de l'un et de l'autre, une indulgence que nous devons regarder comme un des dons de Dieu les plus estimables : troisième partie.
Première partie. François qui prie pour les pécheurs , et qui , par le mérite de sa personne, est digne d'être exaucé : car qu'éloil-cc que François? 1° Un pauvre volontaire, 2° un pauvre crucifié , 3° un pauvre désintéressé pour lui-même et zélé pour le prochain.
1. Un pauvre volontaire, un pauvre év&ngélique, instituteur d'un ordre de pauvres, parfaits imitateurs de la pauvreté de Jésus-Christ. Un falloit-il davantage pour lui faire trouver grâce auprès de Dieu, qui se plait à écouter jusqu'aux simples désirs des pauvres?
2. Un pauvre crucifié, c'est-à-dire un pauvre revêtu de la mortification de Jésus- Christ , jusqu'à porter les stigmates de ce Dieu Sauveur. Quelle austérité de vie , quels jeunes , quel renoncement à tous les plaisirs! Esprit de pénitence qu'il a laissé en héritage à ses enfants. Or combien Dieu devoit-il être touché de la prière d'un homme en qui il découvroit des traits si marqués et une si parfaite image de son Fils ! Jésus-Christ prie pour nous dens le ciel , en montrant à son Père les cicatrices de ses plaies; et François prioit sur la terre, en montrant à Dieu les mêmes bles- Bures imprimées sur son corps.
3. Un pauvre désintéressé. Pour qui adressoit-il ses vœux au ciel? Pour les autres , cl non pour lui-même. Nos prières n'ont pas la même efficace auprès de Dieu , parce que nous ne sommes ni pauvres de cœur, comme saint François, ni crucifiés au monde, ni charitables, ni désintéressés.
Deuxième partie. Marie qui intercède pour François , et qui s'y trouve engagée par deux grands motifs : 1° motif de piété maternelle; 2° motif d'intérêt propre.
1. Motif de piété maternelle envers saint François : car la mère de Dieu ne ûevoitelle pas spécialement chérir un homme qui faisoit une profession particulière de lui appartenir, et qui, dans l'église de Portiuncule, voulut contracter une alliance étroite avec elle , en se dévouant à son service, et la choisissant pour chef de son
ordre? Quand done François, à la tête de ses enfants , prioit au pied de l'autel, Marie, prosternée devant le trône du Seigneur, lui présentoit elle-même leur prière.
2. Motif d'intérêt propre. De quoi s'agissoit-il dans la concession de l'indulgence que demandoit saint François ? L'église de Portiuncule, érigée : ous le nom de Marie et sous le glorieux titre de Notre-Dame des Anges, étoit dans bn abandon qui la déshonoroit , et il étoit question de la mettre dans un nouveau lustre , en y attirant les peuples et en y rétablissant le culte de la reine du ciel. De plus, il s'agissoit de favoriser un ordre qui , de tous les ordres de l'Eglise, devoit être, un des plus ardents défenseurs des privilèges de cette vierge, surtout de son immaculée conception. Ce n'est point en vain qu'on honore Marie et qu'on se confie en elle, lorsque ce n'est point un stérile honneur qu'on lui rend, ni une confiance présomptueuse qu'on a dans sa médiation.
Ttoisième partie. Jésus-Christ qui accorde, en faveur de Marie et de saint François, une indulgence que nous devons regarder comme un des dons de Dieu le plus estimables. Entre les autres indulgences , celle-ci est une des plus authentiques et des plus assurées, 1° parce que c'est une indulgence accordée immédiatement par Jésus-Christ ; 2° parce que c'est une indulgence attestée par les miracles les plus '•ertains ; 3° parce que c'est une indulgence répandue parmi le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes..
1. Indulgence accordée immédiatement par Jésus- Christ r donc indulgence qui doit être infaillible. François néanmoins en communiqua avec le souverain pontife : cartel est l'ordre et l'esprit de Dieu , que toute révélation soit soumise au tribunal et. au jugement de l'Eglise. En quoi la conduite de saint François condamne bien celle des hérétiques, qui ne veulent s'en rapporter qu'à eux-mêmes.
2. Indulgence attestée par des miracles certains, quoi qu'en puissent dire ces prétendus esprits forts qui demandent des miracles pour croire , et qui ne veulent croire nul miracle.
3. Indulgence répandue parmi le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes : c'est ce qu'ont éprouvé tant de pécheurs convertis , tant de chrétiens lâches excités et ranimés, tant de Justes même sanctifiés! Du reste, pour gagner cette indulgence plénière , il faut renoncer pleinement au péché ; et voilà pourquoi il y en a très-peu à qui elle soit appliquée. Ne négligeons rien pour profiter d'un avantage !• précieux.