‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 18 sur 124 · SERMON SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

SERMON SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

Dlxit autem Maria ad angelum : Ecce ancilla Daminl, fiât mihi secundùm verbum tuum. Alors Marie dit à l'ange : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soii fail selon votre parole. Saint Luc , chap. i.

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C'est de cette réponse de Marie que dépendent l'accomplissement du glorieux mystère que nous célébrons. Ce consentement étoit, dans Tordre des décrets éternels de Dieu, une des conditions requises pour l'incarnation du Verbe; et voilà, mes chers auditeurs, l'essentielle obligation que nous avons à cette reine des vierges, puisqu'il est de la foi que c'est par elle que Jésus-Christ nous a été donné , et à elle que nous sommes redevables de ce Dieu Sauveur. Car si le Fils même de Dieu descend de sa gloire; si dans les chastes entrailles de Marie , il vient, pour le salut des hommes, se faire homme, c'est au moment quelle a dit, et parce qu'elle a dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole : Ecce ancilla Domini; fat mihi secundùm verbum tuum. Ne séparons donc point dans ce discours la mère du fils, et le fils de la mère : ne séparons point l'éloge de Marie du mystère adorable et incompréhensible de l'Homme-Dieu ; mais tachons à tirer de l'un et de l'autre de quoi nous instruire et de quoi nous édifier. Saint Augustin disoit que , pour parler dignement et utilement du Verbe incarné dans le sein de la Vierge , il falloit que la parole de Dieu s incarnât en quelque sorte tout de nouveau dans la bouche des prédicateurs , et que le ministre de l'Evangile devoit avoir le même zèle que saint Paul , pour pouvoir dire à ses auditeurs comme cet apôtre : Filioli mei, quos iterùm parturio , donec formetur in vobis Christus ' : Mes chers enfants , pour qui je me sens pressé des mouvements les plus vifs d'une tendresse paternelle, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous. C'est la grâce qui m'est aujourd'hui nécessaire. Il faut qu'à l'exemple du Docteur des nations, je travaille à former Jésus-Christ dans vos âmes , et que vous conceviez spirituellement le Verbe de Dieu, tandis que je vais vous annoncer sa conception substantielle et véritable. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit, qui survint dans Marie: et c'eçi par l'intercession de cette Vierge toute-puissante que nous les devons demandei ; Ave, Maria.

C'est le sentiment de tous les Pères de l'Eglise, que Marie, sans avoir pu proprement mériter que le Verbe divin s'incarnât, a pu

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néanmoins, par sa correspondance aux desseins de Dieu, servir à l'accomplissement de ce mystère ineffable. Car, au moment qu'il fut sur le point de s'accomplir, elle s'y trouva préparée par des sentiments intérieurs et par des vertus qui la rendirent non -seulement ('igné, mai^ la plus digne et la seule digne d'être la mère du Rédempteur. C'est pour cela que Dieu l'avoit comblée de tant de grâces; pour cela qu'il l'avoit préservée de tout péché; pour cela que, dès ses plus tendres années, elle s'étoit séparée du monde; pour cela qu'en se présentant dans le temple, elle s'étoit elle-même consacrée à Dieu, parce qu'elle étoit dès-lors destinée à être le temple vivant et le sanctuaire de Dieu. Le point est de savoir quelles furent en particulier ces dispositions de Marie, et à quoi Dieu eut surtout égard pour la faire entrer en participation de ce mystère, et pour l'élever à la maternité divine. Les uns prétendent que ce fut par son humilité profonde, par son obéissance héroïque, par sa parfaite soumission aux ordres de Dieu, qu'elle trouva grâce devant Dieu. Les autres attribuent cette grâce, ou, pour mieux dire, cette gloire qu'elle reçut de Dieu , à sa pureté angélique, par où elle étoit déjà, comme vierge, l'épouse de Dieu. Joignons, Chrétiens, l'un et l'autre ensemble; et disons, avec saint Bernard, que cette Vierge incomparable conçut le Verbe de Dieu, et par son humilité, et par sa virginité : Virqinilate placuit , humilitalc concepit1. C'est à cette pensée que je m'attache avec d'autant plus de raison, qu'elle me paroît fondée sur les paroles de mon texte, puisqu'il est constant que la disposition la plus prochaine qu'apporta Marie à l'incarnation de Jésus-Christ fut le consentement qu'elle donna à la parole de l'ange, en lui disant : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. Or ce consentement fut tout à la fois, et une protestation sincère de son humilité, et une solennelle profession de sa virginité. Car, en se reconnoissant la servante du Seigneur, elle s'humilia; et , en ne voulant accepter l'honneur de la maternité divine qu'à condition que tout s'accompliroit selon la parole de l'ange, c'est-à-dire par l'opération du Saint-Esprit , elle déclara non-seulement qu'elle étoit vierge . mais qu'elle vouloit toujours l'être. Ainsi il est vrai de dire qu'elle conçut ce Dieu de gloire , et par l'humilité de son cœur, et par la pureté de son corps : par l'humilité de son cœur, qui, de la condition d'une simple fille , l'éleva jusqu'à la dignité de mère de Dieu ; ce sera la première partie : par la pureté de son corps , qui , comme parle saint Ambroise, eut le pouvoir d'attirer sur la terre le Verbe de Dieu; ce sera la seconde partie. Donnez -moi, s'il vous plaît, une favorable attention.

i Etru. .

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