DEUXIÈME PARTIE
Dieu l'avoit dit , Chrétiens ; et le plus authentique de tous les signes qu'il avoit promis au monde , pour marquer l'accomplissement du grand mystère de notre rédemption , c'étoit , selon le rapport d'Isaïe, qu'une vierge demeurant vierge concevroit un fils , et que ce fils seroit Dieu ; non pas un Dieu séparé de nous , ni élevé comme Dieu audessus de nous , mais un Dieu abaissé jusqu'à nous , et entretenant, quoique Dieu , un commerce intime avec nous. Car voilà , ajoute l'évangéliste, ce que signifioit l'auguste nom d'Emmanuel : Ecce virgo in utero habebit, et pariet filium: et vocabunt nomen ejus Emmanuel, quod est interpretatum , nobiscum Deus l. Ce prodige, je l'avoue, surpassoit toutes les lois de la nature ; mais après tout , il ne laissoit pas d'être, dans un sens, parfaitement naturel. Car, comme raisonne saint Bernard , si un Dieu se faisant homme , devoit avoir une mère, il étoit de sa dignité , et par-là d'une espèce de nécessité , que cette mère fût vierge ; et si une vierge , par le plus inouï de tous les miracles, devoit , sans cesser d'être vierge, avoir un fils, il étoit pour tlle d'une bienséance absolue et comme indispensable que ce fils fût Dieu : Neque enim aut partus alius virginem,aut Deum decuitpartus aller '. 11 falloit que le Verbe de Dieu, par un excès de son amour et de sa charité , sortît hors du sein de Dieu , et , si je puis ainsi dire, hors de lui-même ; pour se mettre en état d'être conçu selon la chair : mais supposé cette sortie, qui est proprement ce que nous appelons
« Mallh., i. — tBern.
incarnation , le Verbe de Dieu ne pouvoit être autrement conçu selon la chair , que par la voie miraculeuse de la virginité : pourquoi ? Parce que toute autre conception que celle-là auroit obscurci l'éclat et la gloire de sa divinité. Cette pensée de saint Bernard a je ne sais quoi de sublime ; et pour peu détendue qu'on lui donnât , elle rempliroit vos esprits des plus hautes idées de la religion. Mais, sans rien rabattre de la sublimité de cette pensée , il faut encore quelque chose de plus sensible et de plus propre à l'édification de vos mœurs : or c'est à quoi le Saint-Esprit me paroit avoir admirablement pourvu par la conduite qu'il a tenue dans l'exécution de ce mystère, conduite , si vous l'examinez bien, capable de vous inspirer toute la vénération, tout le respect , tout l'amour dû à l'excellente vertu dont je dois présentement vous parler , et qui est la pureté chrétienne. Car en voici, mes chers auditeurs , la plus solide et la plus touchante leçon : étudiezla dans la suite de notre évangile.
Dieu , par un mouvement de son infinie miséricorde , envoie un ange sur la terre , non-seulement pour annoncer , mais pour négocier la divine alliance qu'il est sur le point de faire avec les hommes. Et à qui envoie-t-il cet ange? A une vierge : Missus est angélus à Deo advirginem '. Or vous savez (belle réflexion de saint Bernard sur ces trois noms, ou plutôt sur ces trois personnes, un ange, un Dieu, une vierge ) , vous savez que Dieu , qui est le plus pur de tous les esprits et la source de toute pureté , engendre éternellement son Fils par la plus pure et par la plus sainte de toutes les générations; d'où vient que saint Grégoire de Nazianze , en parlant du Père céleste, l'appelle vierge par excellence , et le premier des vierges. Vous savez que les anges sont de purs esprits dégagés de la matière, et que ceux qui ont persévéré dans la justice et dans la sainteté originelle où Dieu les avoit créés J'entends les anges bienheureux, ont encore l'avantage d'être spécialement purs et sans tache devant Dieu. Et vous savez enfin , que les vierges , quoique dans un corps mortel , par la profession qu'elles font d'une sainte virginité, sont comme les anges de la terre : Erunl sicut angeli Dei*. Dieu qui députe, l'ange qui est député , Marie à qui la députation est faite , autant de caractères différents de la plus parfaite pureté , selon la différence des sujets qui concourent à ce mystère : angélus à Deo ad virginem.Que veux-je conclure de là? Ce que le Saint-Esprit semble avoir pré^ndu par-là nous déclarer; savoir : que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle, il lalloit ou une pureté angélique, ou une pureté virginale; disons mieux , qu'il falloit l'une et l'autre ensemble , pour concerter entre Dieu et 1 homme cette ineftable et adorable union qui s'est ac-
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complie dans le Verbe fait chair. Mais encore , reprend saint Bernard, laquelle de ces deux sortes de pureté, l'angélique et la virginale , a eu plus de part à ce mystère ; et pour laquelle Dieu paroît-il avoir eu plus de considération ? Ah ! répond ce saint docteur , en peut-on douter , après l'exemple que ce Dieu de gloire nous en donne aujourd'hui lui-même , c'est-à-dire après la haute préférence qu'il donne aujourd'hui à la pureté virginale sur la pureté angélique? Vous me demandez en quoi consiste cette préférence : le voici. Le Verbe de Dieu, dans le dessein de s'incarner, choisit une vierge pour mère, et il lui députe un ange qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Elle est donc , en vertu de ce mystère , aussi élevée comme vierge au-dessus de l'ange, que le nom de mère qu'elle reçoit surpasse celui de ministre et de serviteur. Tantô melior angelis , pourrois-je dire, en me servant des termes de saint Paul , quanta differentiùs prœ Mis nomen hœreditavit '.
Dieu , prêt à se faire homme , oblige l'ange à s'humilier devant cette vierge, et lui-même, tout Dieu qu'il est , par un honneur anticipé qu'il veut bien lui faire comme à sa future mère, il commence en quelque sorte à dépendre d'elle , puisque , dans la plus importante négociation , il demande son consentement. Ne vous en étonnez pas, poursuit saint Bernard ; c'est qu'en effet la pureté de celte vierge étoit d'un mérite qui la rendoit bien plus précieuse et plus estimable devant Dieu, que celle des anges. L'ange qui saluoit Marie étoit pur, il est vrai : mais comment? par nature et par un privilège de béatitude et de gloire ; mais Marie étoit vierge par choix , par vœu , par esprit de religion. La virginité de Marie étoit donc comme un sacrifice continuel qu'elle faisoit à Dieu , une oblation de son corps qu'elle immoloit comme une hostie vivante et agréable aux yeux de Dieu , une consécration de sa personne qui devoit être le sanctuaire et la demeure de son Dieu. Voyez avec quelle prudence et quelle circonspection elle conserve le trésor de sa virginité -, admirez la constance et la fermeté qu'elle témoigne pour ne le pas perdre. Deux devoirs des vierges chrétiennes , dont Dieu veut que Marie soit aujourd'hui le modèle. Ecoutez -moi, et instruisez-vous. Un ange se présente à elle , et elle se trouble. A peine a-t-il recommencé à lui parler, que la crainte la saisit , qu'elle paroit surprise et inquiète , qu'elle se sent intérieurement combattue de mille pensées : Turbala est, et cogitabal qualis esset ista salutalio*. Si Marie eût été de ces personnes mondaines, qui ne sont vierges que de corps sans l'être d'esprit, cette visite qu'elle reçevoit n'auroit eu rien pour elle de si surprenant ; et les louanges qu'on lui donnoit , au lieu de l'étonner , l'auroit agréablement flattée.
• Oebr., 1. — s Luc, i.
Mais la profession qu'elle a toujours faite de n'avoir , comme vierge, d'entretien particulier qu'avec Dieu; la loi qu'elle s'est prescrite, et qu'elle a gardée, de fuir tout autre commerce, et de renoncer aux mœurs et aux usages du siècle profane; son exacte et sévère régularité, son attention à ne se relâcher jamais sur les moindres bienséances; la possession où elle est d'une conduite irrépréhensible et à l'épreuve de la plus rigide censure ; la pudeur et la modestie qui lu; sont plus que naturelles; l'opinion dont elle est prévenue, que les louanges données à son sexe et favorablement reçues, que les louanges même souffertes et écoutées tranquillement , sont le poison le plus contagieux et le plus mortel : tout cela lui cause un trouble quelle n'a pas honte de faire paroître, parce que, être troublée de la sorle , c'est le véritable caractère d'une vierge fidèle à Dieu. Voilà sa prudence et sa vigilance : ajoutez-y sa constance et sa fermeté. On déclare à Marie qu'elle doit être la mère d'un Fils qui sera éternellement roi, qui sera le Saint des saints , qui sera le Fils du Très- Haut, qui sera le Sauveur de tout le monde ; et elle demande comment cela se pourra faire , parce qu'elle est vierge , et vierge par un engagement auquel ni la qualité de mère de Dieu , ni celle de reine du ciel et de la terre , ne la feront jamais renoncer : Quomodô fret istud, quoniam virum non cognosco* ? Ah! Marie, s'écrie là-dessus saint Augustin, c'est pour cela même que la chose se pourra faire, et qu'elle se fera , parce que vous ne comprenez pas comment elle est possible : car si vous le compreniez de la manière que tout autre l'auroit compris , dès-là vous seriez incapable d'être à Dieu ce que Dieu veut que vous lui soyez. Il a fallu que votre virginité parût en ce moment-là vous rendre comme incrédule ; il a fallu que la proposition qu'on vous faisoit d'être la mère de votre Dieu vous alarmât d'abord et vous troublât, afin que vous fussiez digne de l'être.
En effet , ce refus de la maternité divine plutôt que de cesser d'être vierge, ce vœu de virginité dans lequel elle demeura ferme ef immobile jusqu'à n'être pas ébranlée par la parole même d'un angfc qui lui promettoit un Dieu pour fils : Immobile virginilalis proposition , quod nec angelo fdium Deum promittente , aliquatenùs titubavit 2 : voilà , dit saint Jérôme, ce que Dieu a considéré dans Marie , et par où Marie , entre toutes les autres vierges , a eu la préférence de l'estime et du choix de Dieu. Or qu'est-il arrivé de là? Une chose , Chrétiens , aussi consolante pour vous qu'elle vous paroîtra merveilleuse. Vous savez quelle fut la cause de ce déluge universel qui inonda toute la terre. Dieu, dans sa colère , voyant la corruption du genre humain, avoit juré que son Esprit ne demeureroit jamais dans l'homme, parce
i Luc, i. — » Hieronym.
que l'homme étoit devenu tout charnel : Non permancbit Spiritus meus in œternum in homine, quia caro est1. Mais aujourd'hui (réflexion admirable de saint Augustin) Dieu révoque, pour ainsi dire, cet arrêt ; et , par un autre serment tout contraire en apparence, mais qui néanmoins s'accorde parfaitement avec le premier , il assure que son Esprit demeurera dans Marie , et que de Marie il se répandra dans tous les hommes : pourquoi? parce que , dans la personne de Marie, l'homme a cessé d'être charnel -, c'est-à-dire parce que Marie est vierge , et vierge par une profession qui, l'élevant au-dessus de l'homme , la rend capable des plus hautes faveurs de Dieu , et de la plénitude même de l'Esprit de Dieu : Spiritus Sanclus superveniet in te s. Au lieu que, dans la création , l'Esprit de Dieuétoit simplement venu pour se communiquer à l'homme en vue de son innocence, et parce que l'homme n'avoit point encore péché ; au moment de l'incarnation, ce même Esprit, selon la parole sacrée, survint dans Marie ; et comment ? avec un surcroît , avec une surabondance, avec un épanchement de dons et de grâces sans mesure , en vue de sa pureté, et parce qu'elle étoit vierge : Superveniet in te.
Ce n'est pas assez : non-seulement Dieu veut que Marie, en conséquence de ce qu'elle est vierge , soit remplie de son Esprit ; mais parce qu'elle a fait , comme vierge , un éternel divorce avec la chair et le sang , c'est par elle que lui-même , qui est un pur esprit , veut faire une éternelle alliance avec notre chair; disons mieux, c'est par elle que lui-même veut être fait chair : car voilà le terme qu'a employé l'évangéliste , pour exprimer le miracle de ce Verbe de Dieu incarné et fait homme : Et Verbura caro factura est \ Saint Jean n'a pas cru qu'il suffît de dire que le Verbe de Dieu s'étoit fait homme , de dire qu'il s'étoit allié à une nature raisonnable , de dire qu'il avoit pris une âme immortelle et spirituelle ; mais il a réduit en quelque sorte tout ce mystère à la bienheureuse adoption que le Verbe a faite de notre chair dans le sein de Marie : Et Verbura caro factura est. 0 mon Dieu ! est-il possible que la virginité ait eu ce pouvoir sur vous; et qu'un Dieu aussi grand, aussi saint, aussi parfait que vous, en soit venu jusqu'à se faire chair? Oui, Chrétiens, c'est ce que Ja fois nous révèle : ce Dieu-Homme , par son incarnation , a ennobli dans sa personne tout l'homme ; mais il a particulièrement ennobli la chair de l'homme par les merveilleux rapports que son incarnation a fondés entre lui et nous. Car c'est selon la chair que cet Homme-Dieu est notre frère, c'est selon la chair que nous ne faisons qu'un corps avec lui . c'est selon la chair qu'il est notre chef, et que nous sommes ses membres : Nescitis quoniam corpora vestra mernbra sunt Christi * ?
« Gènes., 6. — * Luc. i. — 3 Joan., i. — 4 î Cor., 6.
Ne savez-vous pas, mes Frères, disoit saint Paul, et pouvez -vous 1 ignorer, que, depuis qu'un Dieu a bien daigné prendre un corps semblable au nôtre, nos corps, par un merveilleux cbangement, ont cessé, pour ainsi dire, d'être nos corps, et qu'ils sont devenus le corps de Jésus-Christ? N'est-ce pas une des premières leço is qu'on vous a faites dans le christianisme , que vous êtes incorporés à Jésus -Christ, ou plutôt que vous êtes le corps de Jésus - C'irist même ? F'os eslis corpus Christi , et membra de membro '. Après cela, faut-il s'étonner que le même apôtre ait cru avoir droit d'exiger des chrétiens, comme chrétiens, une pureté de mœurs si inviolable, et que, de toutes les choses qu'il leur recommandoit, celle qu'il a paru avoir plus à cœur ait été qu'ils sanctifiassent leurs corps? Supposé ces principes de la foi, que je viens de vous expliquer, pouvoitil trop insister sur ce devoir? Ayant les liaisons que nous avons avec Jésus-Christ, serons-nous jamais aussi purs et aussi saints que nous devons l'être? Notre chair étant la chair de Jésus -Christ, oseronsnous nous plaindre des soins et de l'exacte régularité à quoi nous assujettit ce point de notre religion, comme si c'étoit un excès de perfection? Voulons-nous qu'il ne nous en coûte rien, d'être nonseulement les frères, mais les membres et le corps d'un Homme- Dieu? et cette alliance sacrée que nous avons contractée avec lui n'auroit-elle en nous point d'autre effet que de nous avoir élevés à un si haut rang d'honneur, pour en être éternellement indignes? Après cela même, devons-nous trouver étrange que les Pères de l'Eglise, parlant de l'impureté qui corrompt aujourd'hui tout le christianisme, en aient témoigné tant d'horreur , puisqu'il est certain que ce péché, déshonorant nos corps, déshonore le corps de Jésus- Christ? Devonsnous être surpris que ce péché , par la seule raison que le Verbe s'esl fait chair, leur ait paru d'une tout autre grièveté que s'il violoit simplement la loi de Dieu; et que l'Eglise des premiers siècles ait été pour cela si rigoureuse et si sévère à le punir, persuadée qu'elle étoit qu'en le punissant, elle vengeoit l'affront personnel qu'en recevoit son époux? Que la chair de l'homme , disoit éloquemment Tertullien, que la chair de l'homme, avant l'incarnation de Jésus-Christ, ait été corrompue e* souillée de crimes, ses dérèglements pouvoient être nlors plus pardonnables; elle n'avoit pas encore la gloire d'être entrée dans l'alliance d'un Dieu; elle n'étoit pas encore incorporée au Verbe de Dieu ; elle n'avoit pas encore reçu celte onction de grâce , en vertu de laquelle elle devoit être hypostatiquement unie à Dieu. Mais depuis que le Fils de Dieu l'a ennoblie , et que , par le plus grand de tous les miracles, il en a fait sa propre chair; depuis que cette
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chair a commencé à lui appartenir; depuis qu'elle a changé dans sa personne de condition et d'état, ah! mes Frères, concluoit-il, ne traitons plus ses désordres desimpie foiblesse; et toute chair qu'elle est, ne l'excusons plus par sa fragilité, puisque sa foiblesse et sa fragilité est l'opprobre de l'incarnation de notre Dieu. Non, Chrétiens, je n'ai pas de peine à comprendre pourquoi Tertullien parloit ainsi. Il outroit quelquefois la morale du christianisme , et il abondoit en son sens : mais sur le point que nous traitons , il n'a rien dit qui ne soit encore au-dessous de la vérité, puisqu'il n'a rien dit qui approche de la parole de saint Paul. Car ce grand apôtre , après avoir supposé que , par le mystère de l'incarnation, tous les hommes , sans en excepter aucun, sont devenus les membres de Jésus-Christ, n'a plus hésité à tirer de là cette affreuse conséquence, dont il n'y a point d'impudique qui ne doive trembler : Tollens ergô membra Christi, faciam membra meretricis '. Si c'étoit un autre que saint Paul qui se fût expliqué de la sorte , nous ne pourrions entendre ces termes; et la pudeur que nous affectons , malgré la licence et le débordement des mœurs où nous vivons, nous feroit rebuter une instruction si nécessaire et si essentielle : mais si c'est l'esprit de la foi qui nous anime et qui nous conduit, quel effet cette conséquence ne doit-elle pas produire en nous? quelle horreur ne doit-elle pas nous inspirer pour le péché que je combats? et si nous en sommes esclaves, quelle indignation ne doit-elle pas nous faire concevoir contre nous-mêmes? Tollens ergù membra Christi, faciam membra meretricis ? Cela seul, bien médité, ne doit-il pas être pour nous plus convaincant que toutes les prédications ; et pour peu qu'il nous reste de religion , en faut-il davantage pour nous préserver de l'emportement des passions impures ? Vous me direz : Mais il s'ensuit donc que le Fils de Dieu , s'incarnant et se faisant homme, a rendu le péché de l'homme plus abominable et plus irrémissible qu'il ne le seroit de lui-même ? Oui , reprend saint Chrysostome , cela s'ensuit et doit s'ensuivre nécessairement. Mais nous sommes donc, en conséquence de ce mystère, plus criminels que nous ne l'aurions été si nous étions demeurés dans l'état de notre première corruption? Rien de plus incontestable et de plus vrai. Mais l'incarnation de Jésus -Christ nous devient donc préjudiciable, quand nous nGUS abandonnons à notre incontinence? C'est ce que toutes les Ecritures vous prêchent. Ah ! Chrétiens, peutêtre y en a-t-il parmi vous d'assez ingrats et d'assez insensibles aux bienfaits de Dieu, pour souhaiter que Dieu ne les eût point tant honorés; peut-être leur infidélité va-t-elle jusque-là; et, s'il étoit dans leur choix de prendre l'un ou l'autre des deux partis , peut-être rc-
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nonceroient-ils à la gloire d'appartenir à Jésus-Christ, pourvu qu'il leur fût permis de satisfaire impunément leurs désirs déréglés, et qu'ils se trouvassent par-là déchargés de l'obligation que ce mystère leur impose, de vivre dans l'ordre. Mais il ne dépend plus d'eux ni de nous que cela soit ainsi, et il ne dépend plus de Jésus -Christ môme qu'il cesse d'être ce qu'il nous est. Soyons libertins tant que nous voudrons , nous serons toujours ses frères selon la chair : jusque dans les enfers, si nous sommes jamais réprouvés de Dieu , nous en porterons le caractère ; et ces désordres de la chair tireront éternellement de lui, malgré que nous en ayons, un sujet particulier, ou un surcroît de condamnation.
Peut-être, mes chers auditeurs, ces désordres ont-ils déjà éteint les plus vives lumières de votre foi, et peut-être ceux à qui je parle ne croient-ils plus que foiblement le mystère de l'incarnation d'un Dieu : car le moyen de le croire et de vivre dans l'habitude de ce péché? Mais croyons-le, ou ne le croyons pas : si nous vivons dans le désordre de ce péché , nous nous faisons de ce mystère, qui par excellence est le mystère du salut , un mystère de réprobation. Si nous ne le croyons pas, notre arrêt est déjà porté, et dès-là nous voilà jugés : Qui non crédit, jam judicatus est* ; si nous le croyons, nous nous jugeons et nous nous condamnons nous-mêmes. Si nous ne le croyons pas , il n'y a point de Sauveur pour nous ; et si nous le croyons, il y en a un, mais pour notre confusion. Car souvenonsnous, Chrétiens , que ce Dieu fait homme est en même temps, selon l'oracle du saint pontife Sitnéon , pour la ruine des uns et pour la résurrection des autres : Positus est in ruinam et in resurrectionem multorum *. Il s'est incarné pour nous sauver ; mais il pourra bien arriver , par l'abus que nous faisons de ses grâces , qu'il se soit incarné pour nous perdre. Or s'il doit jamais contribuer à la perte de quelques pécheurs, comme l'Evangile nous l'assure, sur qui doit-on présumer que tomberont ses anathèmes , si ce n'est pas en particulier sur ces chrétiens sensuels , sur ces voluptueux impénitents et obstinés dans leur péché? Ah ! Seigneur, ne permettez pas qu'une si funeste prédiction se vérifie jamais en nous , et que les mérites de votre vie mortelle , qui , dans les vues de votre infinie miséricorde , doivent servir à notre salut, par un châtiment de votre redoutable justice servent à notre malheur éternel î Et vous , Vierge sainte et toute pure , puissante médiatrice des hommes , et leur mère, puisque vous êtes la mère d'un Dieu-Homme, en nous donnant ce Sauveur que vous portez dans votre sein virginal, et qui vient nous racheter, aidez-nous à recueillir les fruits d'une si abondante rédemp-
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tion , afin que , par les grâces dont votre Fils adorable est la source et dont vous êtes la dispensatrice, nous puissions parvenir à la bienheureuse éternité, où nous conduise, etc.