‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 47 sur 124 · AUTRE SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

AUTRE SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

Acces&crunt ad ewn discipuli ejtts . et aperiens os suum , docebal eos. Les disciples de Jésus-Christ s'élant approchés de lui , il se mit à les enseigner. Saint Mal' thieu, chap. v.

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C'est pour cela que la sagesse de Dieu s'étoit incarnée , et que le Fils unique du Père étoit descendu du ciel ; c'est , dis-je , pour enseigner les hommes sur la terre. C'est ainsi que ce Dieu-Homme, après avoir longtemps parlé par la bouche des prophètes, qui avoient été ses précurseurs et ses organes , ouvroit enfin lui-même sa bouche sacrée, et formoit des disciples dignes de lui, en leur servant de maître et de docteur : Aperiens os suum, docebat eos. Mais que leur enseignoit-il, et quel étoit le sujet de ses adorables instructions ? une seule chose dont ils avoient besoin, et qu'il n'appartenoit qu'à lui de leur apprendre, je veux dire la science des Saints. Cette science si inconnue au monde, et néanmoins si nécessaire pour le salut ; cette science que Dieu vouloit révéler aux humbles et aux petits, mais cacher aux sages et aux prudents du siècle; cette science aussi solide que sublime , qui rend les hommes parfaits, et qui les conduit au véritable bonheur; en un mot, cette science qui fait les Saints , les prédestinés, les élus : voilà ce que Jésus-Christ enseignoit à ses apôtres, et ce qu'il prétendoit nous enseigner à nous-mêmes dans leurs personnes : opérions os suum , docebal eos. Car il n'instruisoit ses apôtres , dit saint Augustin , que pour instruire dans eux toute son Eglise ; et il ne les remplissoit de cette science, qui devoit sanctifier le christianisme, qu'afin que , par leur ministère , cette science fût communiquée à tous ceux qui leroient profession de la loi chrétienne. Heureux , mes chers auditeurs, si nous l'avons reçue, ou du moins si nous la recevons aujourd'hui, cette science, en comparaison de laquelle toute autre science n'est que vanité ! Vous me demandez en quoi elle consiste , et comment elle peut vous convenir dans le monde , surtout en certains états du monde : c'est ce que j'entreprendrai de vous expliquer , après que nous aurons salué la reine des Saints , en lui disant : Ave Maria.

Il y a une science des Saints : on n'en peut douter, puisqu'il est écrit que Dieu la donna au patriarche Jacob : Dédit Mi scienliam Sancto-

rumx : et ce que l'Ecriture appelle la science des Saints, selon le sentiment de tous les Pères , n'est rien autre chose que la science du salut. II faut donc conclure d'abord, que cette science est aussi nécessaire aux hommes que le salut même : je m'explique. Pour parvenir au royaume de Dieu , et y mériter une place, fût-ce la dernière, il faut être Saint, mais il ne suffit pas, dit saint Jérôme, pour être Saint, de le vouloir être, il faut savoir l'être et apprendre à l'être. Combien en a-t-on vu qui s'y sont trompés, et combien en voit-on encore tous les jours, qui, pensant avoir trouvé la science des Saints , n'ont trouvé que leurs propres erreurs? C'est à moi, comme prédicateur de l'Evangile , de vous découvrir aujourd'hui le fond de cette science. Car , tout mondains que vous êtes , peut-être ce qui vous a jusqu'à présent éloignés de la sainteté, n'est pas tant l'opposition que vous y sentez , que les vaines et fausses idées que vous en avez conçues. Peut-être , si vous la connoissiez , ne pourriez-vous vous défendre de l'estimer et de l'aimer. Or cet amour, joint à l'estime et fondé sur l'estime, seroit déjà dans vous le commencement de la sainteté : et comme le bras du Seigneur- n'est pas raccourci , peut-être, malgré la corruption du siècle, verroit-on parmi vous des Saints, si l'on vous faisoit bien entendre ce que c'est que d'être Saint. 11 est donc encore une fois de mon devoir de seconder au moins vos foibles dispositions , en vous donnant une idée juste de la science des Saints. La voici , tirée de l'exemple de ces glorieux prédestinés, et renfermée en trois importantes maximes qu'ils ont suivies, et qui doivent être pour nous autant de leçons. Ecoutez-les, elles vont partager ce discours, et l'exposition seule que j'en vais faire vous convaincra de leur solidité. Les Saints ont trouvé le secret d'accorder dans le monde leur condition avec leur religion ; c'est la première : les Saints se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition ; c'est la seconde : et , par un heureux retour , les Saints ont profité de leur condition , pour se rendre parfaits dans leur religion; c'est la troisième. Maximes simples, mais à quoi Dieu attache des grâces infinies , et qui ont produit dans la personne de ses élus les fruits de sainteté les plus abondants. Concevez -en bien l'ordre et le progrès. Les Saints ont su faire l'alliance de leur condition et de leur religion ; c'est par où ils ont commencé, et ce sera le sujet de la première partie. Les Saints ont su mettre en œuvre leur religion , pour corriger les désordres et pour accomplir saintement les devoirs de leur condition ; c'est en quoi ils ont excellé, et ce sera la seconde partie. Les Saints ont su de leur condition, quoique mondaine, tirer des motifs et des secours pour se perfectionner dans leur

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religion; c'est ce qui a mis le comble à leur sainteté, et ce sera la troisième partie. Voilà ce que nous devons apprendre d'eux , et ce que j'ai à vous expliquer.

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