Odos or. Deuil, liv. vil
(4) Ici Guillaume de Tyr est fort curieux à consulter.
Ailèle, comtesse de Toulouse; Sibylle de Flandre; Berlhe, comtesse de Blois; Maurillc, comtesse de Roussy ; toutes dignes d’exciter des joutes à fer émoulu et le bras courtois des chevaliers ; Antioche voluptueuse appelait les jeux et l’amour ; on se baignait dans l’Orontc . les essences les plus odorantes étaient prodiguées par des esclaves qui, selon les mœurs d'Orienl , répandaient l'huile de rose de llnmas sur les blondes et noires chevelures des dames de la l.anguc d’oc et de la Langue d'oil ; les pieds des châtelaines foulaient les épais tapis de Perse ; les repas les plus somptueux venaient distraire des jeux et des joules; le vin de Chypre coulait à pleins hurds dans les coupes d’améthyste ou d’émeraude ; le doux sommeil , dans les longues journées, réparait les veilles du soir sous les orangers fleuris , à la face du ciel scintillant de mille étoiles, comme on le voit en Orient. Le comte Raymond, qui avait besoin de retenir Louis VII pour diriger 1rs forces chrétiennes contre Édesse , multipliait les fêtes et les plaisirs pour gagner le cœur d’Aliénor de Guienne. Mais le massacre de Vitry-lc- Brûle avait jeté sur l'âme du roi une teinte sombre (S); il avait besoin d’accomplir un pèlerinage à Jérusalem , parce que le sépulcre seul du Christ et le linceul sanglant de la passion pouvaient répondre à la douleur de son âme couverte de crêpe. Ainsi Louis VU voulait quitter Antioche; les distractions ne détournèrent point son cœur du saint but du pèlerinage , et ici la vie austère du roi franc sc séparait encore des mœurs galantes et dissolues d’Aliénor, la noble fille de la race méridionale! Quoi! quitter Antioche pour le stérile pays de la Palestine , visiter des sables , passer le Liban sur des chameaux solitaires, quand on avait l’Oronte ombragé et les doux parfums du rivage de la mer (6)? Raymond, prince il' Antioche, agissait sur l'esprit d'Aliénor sa nicce, et Louis VIT éprouva presqu'une rupture avec Raymond. Rien ne détourna pourtant le pieux et royal pèlerin de son but de repentance 1 II s’embarqua pour Jérusalem ; le sépulcre du Christ était sa pensée, il voulait visiter le temple , arroser île scs pleurs la grande tombe. L'âme triste et flétrie du pénitent pouvaitelle plaire â cette folle fille du Midi, à cette Aliëuor de Guienne, qui s’enivrait de sensualisme dans Antioche? La reine, qui se réjouissait au milieu
parce qu’il a vécu au milieu îles populations ctirClienues de la Palestine. Voyez liv. xvi.
(5) O don de Deuil, le célèbre chroniqueur, rappelle souvent au roi le massacre de Vitry comme pour l'inviter à la pénitence. Ad ann. 1147 1148.
(G) Comparez anonyme Gest. Ludovic. / //( Ducsssxe, tom. iv, Odoj de Deuil, liv. vu, et Guillaume de Txr, liv. xvi.
des tournois et des devises, aurait-elle pris le bourdon et l'escarcelle de voyage à travers le désert? Aliénor laissait la tristesse au roi ; Jérusalem ne devait avoir de charmes que pour une âme douloureusement affectée! Jérusalem avec ses murailles, son tombeau vide, ses cérémonies lugubres, ressemblait à ces ciels grisâtres et mélancoliques qui ne plaisent qu'aux cœurs profondément frappés. Les existences joyeuses ne recherchent que le soleil réjouissant , les fêtes et les plaisirs ! Quand on porte avec soi une plaie profonde , on est importun à qui la vie sourit !