CHAPITRE LH
Df.PJMIT b’oRIlIM. — DIVORCE DF. LOUIS VII ET d'aLIÊNOR DE GITLYNF..
Mauvaises mœurs des Francs en Palestine. — Atiénor de Gmenne et 1rs nolde» daines à Antioche.— Sonihie caractère de l.ouis VU.— Récit des chroniques franques sur ks amour» «P Atiénor.— Départ du roi. — Visite à Rome. — Question du divorce.— Lignage et parenté.— Les barons francs triomphent. — Renvoi d'.Vliénor.
Les colonies d’Orient offraient à l’esprit austère cl maladif «le Louis Vil un affligeant spectacle «le
$uger A l'archcvéque de Remis «pi’il appelle : Tanguant preliosam de capile coron te regni gemmant.
(5) Suger félicite aïosi le comte d’Anjou qui a plus de zèle que si le roi était présent. Et muttà ditlgentiùs quant si rex prttscns adessef.
Epistol. Ludovic, fil Dicnessr, tom. iv).
dissolution. Que devait dire le roi pieux comme un céuobile , à l’aspect de la cour de Raymond «l'Antioclie ? Le mélange «les mœurs orientales et de l'esprit léger de la chevalerie «le France , la «fournir «lu climat , jointe à la galanterie des barons, avaient produit une corruption profonde (I). Ces têtes ardentes de chevalerie, transportées sous un sol«‘il hiTilaul , éprouvaient toutes les passions du corps et du cœur; il régnait une vie libertine , nue mollesse de coutumes, bien capable de froisser et d’indigner l'Ame flétrie et pieuse d’un monari|lle pèlerin aussi sévère «pic le triste Louis VII , repentant des massacres de Yitry. Quand on veut connaître les habitudes mauvaises d’un peuple, il faut parcourir ses lois pénales, et le plus sincère tableau qu’on puisse trouver «les mœurs épouvantables «les pèlerins francs en Palestine^ se rencontre dans les dispositions du concile de Nnplouse , assemblée religieuse et politique tenue sous U* patriarche Guaramond (2). On frissonne à l'aspecl de ce desordre,car la dureté du châtiment indique la fréquence du délit qu’on veut réprimer : l'adultère est le crime le plus habituel dans la Palestine, et la mort élail infligée A l’épouse ipii s'oubliait sur cette terre où le Christ même avait «lemantlé aux anciens de la loi pour la femme adultère, «que celui «pii n’avait pas péché lui jetât la première pierre. » Si le chrétien osait imiter les mœurs affreuses de Sodomr et 1rs désordres des patriciens et des esclaves sous 1rs palais «le marbre «le Rome , il devait «'Ire brûlé (3); ramoiu- sensuel avec une Karrasine était frappé de la fatale peine «pii flétrit Ab«;lanl (1); et si une chrétienne se livrait à un fils de l’ardente race de Palestine, « Ile «levait être fustig»;e nue sur la place publique (5). Le concile «le Naplouse , «lans ses dispositions nombreuses , prévoit toutes les faiblesses humaines, et les proscrit comme des crimes par des peines terribles; preuve évidente qu'il élail besoin «l’arrêter ces entraînants appétits «1rs sens sous un tel ciel ; car c’est dans une société rorrompue que les peines sont implacables. Tarse , Antioche, Tripoli n*étaient-elles pas «les cités de plaisir et «le dissipation? C’étaient toujours fêles et cours plénières quand la trompette retentissante n’appelail pas les chrétiens au combat pour la foi (6).
(1) Guillaume île Tyr est rhisloiien le plus sévère sur les mœurs dissolues de l'Orient. Foy. liv. xvi.
(2) Ce concile de discipline «e trouve dans Cabohius, ad ann. 1120; et Guillaume de Tyr «n a rapporté- les dispositions expresses, liv. xn, cbap. xm.
(S) Tàm facicnt, f/uàrn patient (dit le concile).
(4) Le concile se sert de «leux expressions, emasculetur, cxtcslificabituv.
(5) Canon xiv.
Au milieu des séductions brillantes d’Antioche , la reine Aliénor avait «l’abord refusé de suivre Louis VII dans son voyage «U; Palestine; elle était si heureuse, la gaie Angevine, au milieu de ces fêtes et de ces plaisirs, alors que Sibylle «le Flandre, Maiirille «le Roussy, les comtesses de Toulouse et de Iîlois, el la duchesse de bouillon prenaient leurs distractions et passe-temps dans les nobles jeux de chevalerie! Poui-ipioi l’entraîner en dehors de ces belles joutes «l’Antioche et de ces bains parfumés «le rose ? Cependant le sévère Louis VII avait ordonné A Alienor «le b? suivre; il l'avait arrachée à la cour «le Raymond , et la reine vint joindre ht royal pèlerin dans la cité «le Jérusalem , mais avec un mauvais vouloir dont chacun s'aperçut bien sous la lente (7).
Toute la chevalerie était en armes; h-s hospitaliers cl les templiers liraient le glaive du fourreau pour aller dans une expédition lointaine; il n était plus qu'un cri dans les rangs pressés «le la chevalerie; on allait inarcher sur Damas, la ville aux beaux vergers (8), «|ui sVtendaii jusque sur l’Auli- Lihan. Là se firent des exploits d’une grande renommée; l’empereur Conrad, comme les grands barons «le Charlemagne, pourfeiulii «l'un coup de son épée un Sarrasin gigautfs«|ue «pii ressemblait à une tour ; Louis VII fut digne de son nom «le suzerain des Francs ; il portait «les coups de masse d’armes A ce point de briser les casipies « t les cuirasses : Damas se racheta par des présents secrets. Déjà commençaient A sc manifester les jalousies profondes entre la chevalerie «FOc.chlenl el les barons établis en terre sainte; il n’y avait plus cette noble fraternité des premiers jours «le la croisade (9). la s barons de Palestine craignaient «pie les chevaliers d’Occidenl ne prissent trop de goût pour leurs fiefs, el «|U*ils ne devinssent ainsi l«-s possesseurs des domaines dans les cités de la Syrie; ils les appelaient à leur aide «piand ils craignaient l’invasion ; mais une fois à l’abri des armées sarrasi noises, ils étaient impatients «le h-s voir s’éloigner de Palestine. Il y eut donc une certaine manifestation «le job- lorsque, parmi les Francs établis en Orient, Louis VII annonça son d«;par! el la fin de son pèlerinage (10). Le roi de France fil un marché avec les Génois cl les Pisans pour le passage; il
(6) Goillu-bc ut T»n, liv. xii, cliap. xm.
(7) Ibid. liv. xvi.
(8) Le siège «le damas est longuement raconté «lans le Ces/a Ludovic. F II, et dans Gui uu xt ot: Tvn, liv. a, $ 13.
(9) Les chroniques orientales pnsenient un grand intérêt pour le siège «le Damas. On peut comparer la Chronique syriaque «rAlKmlfarage , 1148; Alioulfcda, an <lc l'hégyre 543. cl lbu-Alaly r, ibid.
(10; Gesta Ludovici FU, ad ann. 1148.
préféra !a traversée de mer : qui aurait pu lutter de force et de grandeur maritime avec ces républiques d'Italie, puissantes de leurs mille galères pavoisées? Le retour par la voie de terre offrait des périls inouïs; en s'embarquant au port d’Acre, on pouvait être rendu en quelques jours dans Plie de Chypre, et de là dans la Sicile. Le roi ne voulait pas s'exposer aux humiliations que Conrad avait éprouvées à Constantinople ; Louis VII s'était montré vaillant et fort en Palestine, mais il en revenait sans armée, sans ressources, comme un pauvre pèlerin; mieux valait donc faire un bon marché d’argent avec les Italiens pour être transporté sur-le-champ en Europe par la voie de mer, si facile.
Lorsque les voiles latines des galères furent livrées aux vents, les barons remarquèrent qu’Aliénor ne s’embarqua pas sur le même navire que Louis VII ; la reine suivait la galère royale à l’étendard pisan, mais sur un petit bâtiment à part; elle vivait déjà séparée du mari qu’elle n’avait jamais aimé (1). De vives querelles s'étaient manifestées en Palestine entre le roi et la reine; Louis VII avait violemment entraîné Aliénor d'Antioche à Jérusalem, et jamais l'altière et joyeuse princesse n'avait pardonne cette contrainte. Si nous croyons les chroniques franques et normandes, haineuses contre la race méridionale, il se serait passé des faits étranges dans la conduite de la reine ; cette folle fille du Midi, selon Mathieu Pâris, l’austère chroniqueur de la race normande , « celle folle fille s’était diffamée par l'adultère avec un infidèle, fils du diable (g). » Le moine franc Albéric dit : h Que l’incontinence de cette femme fut publique, et qu’elle se conduisit, non comme une reine, mais comme une fille commune (3) » ; et la chronique de Sens ajoute : «Que pendant son voyage en Palestine, Aliénor voulut quitter le roi pour suivre un Turc, et c’est ce qui détermina Louis VII à la ramener violemment dans son royaume (4). » Ces témoignages, tous émanés des chroniqueurs de la race «lu Nord, sont peut-être empreints de la vive partialité qui séparait deux populations jalouses : des divisions profondes partageaient toujours les deux races; Aliénor «le Guiennc avait été reçue avec le même sentiment «le répugnance que Constance, lors du mariage avec le roi Robert ; jamais son origine ne fut pardonnée! On désirait son divorce : Aliénor
fut-elle coupable en Palestine sous un ciel si chaud, aux bords enchantés de l’Oronte, ou bien fut-elle seulement distraite par cette cour d’Antioche sous les frais ombrages, les ruisseaux murmurant aux pieds et le beau soleil sur la tète? La vie triste et chagrine du roi, cette contrition de pèlerin qui en faisait plutôt un moine qu’un prince de chevalerie, tout cela put dégoûter Aliénor et la séparer de Louis VII par une répugnance invincible ; il n’y a que quelques Aines d'élite qui comprennent les profondes douleurs et les empreintes qu’elles laissent sur l’existence; quand une vie porte sa croix, qui veut consentir à la partager et à la suivre? La reine avait de trop vives distractions pour s’occuper de repentance et des pleurs versés dans le saint voyage au tombeau !
En s’embarquant à Acre, on remarqua donc que Louis VII ne montait pas le même vaisseau qu* Aliénor; elle le suivait dans une galère de Pise et «le Gènes, et le roi ne voulait plus la voir alors même qu'elle se montrait sur le pont du vaisseau. Louis VU débarqua en Sicile, d’où il écrivit à Sugcr pour lui annoncer son prochain retour; puis, traversant la Calabre , les monts agrestes et parfumés qui s’étendeot depuis Tarentc jusqu’à Naples , il visita Rome (SS) , la ville sainte ; il y fut accueilli par le pape avec une haute distinction, comme le défenseur de l’Église : à Rome, le roi de France fut glorifié. L'abbé de Saint-Denis lui avait écrit l'agitation et les troubles occasionnés par les féodaux , et comme il lui disait les sinistres projets qu’avaient les barons de briser sa couronne et son sceptre (G), Louis VII sc mil sous la protection du pape; il obtint toutes les immunités des pèlerins, sa terre fut placée sous les privilèges des croisés; tout baron infracteur des droits de la couronne fut frappé de l'inflexible excommunication, et ses fiefs «lurent être mis en interdit. Ces peines violentes, lancées contre les rebelles, étaient de nature à arrêter les féodaux qui auraient voulu méconnaître la puissance royale.
Louis VII laissa Aliénor malade en Sicile; on la disait enceinte ; et plus que jamais décidé à demander son divorce , le roi consulta le pape sur la «piestion de la parenté. On avait fouillé la généalogie des lignages, et on avait trouvé que le roi et Aliénor étaient unis au degré prohibé, d’après le droit
(1) Guillaume de Ttn, liv. xvi, rhap. xxvii. j Jncontine ntiam ipsius mutieris , quee non ut reyina sc
(2) Eodem anno cclebratum est divorthtm inter Ludo- j habebat , sed ferè sc communem exhïbcbat. Albkhici , vkum, regem Francorum,et Jlienomm, reginam suant, | Chronic. ad arm. 1 152, pag, 322.
propiereà quod diffama ta esset de. adultérin, etiam cum (4) Chronig. Suenonens. Desti, preuve de l'histoire des
inftdeü, et gui dégénéré fuit diabo/i. h rat et çonsangui j comtes de Poi tou, pag. 405. nea in quarto gradu. Math. Paris, ad aon.1151, pag. 59. I (ftj Getta Ludovic i Fil.
Ex edit. Paris, an. 1644. (6) Sucer, F.pistol. 89-94-%. Duchesse, tome it,
(3) flanc {AUenoram) retiquit rex Ludovicus, propice ' p. 524-525.
canon (1). Celait une cause de nullité radicale que la parenté jusqu’au huitième degré; le mariage était alors considéré comme incestueux; le pape conseilla au roi ce divorce , qui n'était pas seulement une affaire personnelle , mais encore une question de race ; on se rappelle avec quel enthousiasme Louis Vil partit afin de quérir sa jeune fiancée quand elle quitta la Guienne et Bordeaux sa capitale ; comme le roi Robert pour Constance, il s'était épris de cette enfant du Midi qui arrivait avec sa cour joyeuse , ses troubadours , ses chanteurs , ses baladins. Celte cour magnifique et légère avait vivement excité la colère et le mépris des clercs et des barons du Nord ; les chroniqueurs des monastères de France et de Normandie avaient plus d'une fois exprimé leur haine contre Aliénor, et une des causes qui avaient le plus servi l’agitation dit royaume, fut évidemment le mariage de Louis VII et son pèlerinage intime avec Aliénor; la présence et la domination de cette reine excitaient la plus vive opposition. Le divorce était tant désiré dans les châtellenies de la France , de la Champagne et «le la Normandie! La race du Midi, aux noirs cheveux, était insupportable aux barons qui habitaient les bords de la Seine, de la Meuse et du Rhin; les femmes du âlidi n’avaient-elles pas des vêtements courts , des manières légères et moqueuses? Quand Louis Vil exprima le désir d’un divorce , il fut secondé par tous scs vassaux de la Langue d’oil (2); ce fut une satisfaction que le roi leur donnait; il devint populaire quand il leur eut sacrifié la jeune Aliénor de Guienne, la souveraine de Bordeaux.
Dans ce but, Louis VU fixa une grande assenihlée à Beaugency ; il s’agissait de prononcer la nullité de mariage à cause de parenté ; Aliénor ne mit aucun obstacle à la poursuite que le roi faisait devant les clercs ; la folle femme répétait sans cesse quelle avait cru épouser un roi et non pas un moine (5); elle n'avait pas compris que les entrailles du monarque se brisaient de douleur au souvenir du sang versé au siège de Vilry ; il n’y avait plus rien de gai dans cette âme abandonnée , et le séjour d’Antioche , les conseils de Raymond avaient laissé dans le cœur d’Aliénor d’ineffaçables traces. Ce fut une grave
(1) Continuât. d’AvHoix, liv. r, chap. »v. Gcsta Ludovic) y II, chap. xxix. I.’ahhé de Camps et M.dc Fonlanieu se sont faits les champions de la vertu de la reine Aliénor, tom. xi et xii.
(2) Gcillauxb de Ntuimce, CArottfr. 1140.
(3) Comparez le continuateur d'AYiois , liv. v, chap. iv, Gesta Ludovic) fil t chap. xxix, Dtiuiesne, t. iv, p. 374 et 411.
(4) Voyez , à la colonne suivante, l'arbre généalogique dressé pour le divorce. — On voit que la parenté était Irèséloignée.
assemblée que celle de Beaugency ; on y vit siéger 1rs archevêques mitres, les barons couverts de leur hermine , et quand la demande du roi eut été écoutée, les clercs examinèrent la généalogie (1); il se trouva que Robert, duc de Bourgogne, frère de Henri lrp, avait eu pour fille Hildegarde, laquelle épousa Guillaume VII, duc d’Aquitaine; un fils naquit de cette union , et se trouvait par conséquent cousin de Louis VII ; Aliénor était parente au septième degré dans le lignage, et cela suffit pour la nullité du mariage : le divorce n’était, ail reste, que la séparation «le deux races personnifiées.
Les archevêques prononcèrent d’une voix solennelle qu’il n’y avait plus aucun lien entre Aliénor et Louis VII ; tout cela se fit froidement , sans regrets et sans retour. La belle suzeraine d’Aquitaine recouvra ses riches Etals des mains du chancelier royal ; elle reprit ainsi les magnifiques fief» de ses aïeux , et avec la Guienne la Gascogne , le comté de Poitou, et presque toutes les terres au delà de la I,oire. La race des barons francs fut satisfaite ; la haine put se manifester ; la fille du Midi s'éloigna des cours plénières «lu Nor«l , pour habiter de nouveau ses belles châtellenies de Poitiers et de Bordeaux sur la Garonne; elle eut scs banderoles flottant de nouveau sur les plus hautes tours de la Langue d’oc, et la monarchie , qui avait tant acquis par le mariage d’Aliénor et de Louis VII, se vil réduite au plus triste morcellement par le divorce (15). Ce fut ici encore une réaction de races contre races ; on l’avait tentée sous Robert contre Constance , on l’accomplit sous Louis VII contre Aliénor.
Ces terres plantureuses , ces belles seigneuries d’Aquitaine, du Poitou, du Limousin, dans quelles mains allaient-elles tomber? Les dignes barons de haute race ne manqueraient point pour époux à Aliénor: qui pouvait ne pas souhaiter un si bel héritage, un si magnifique patrimoine, un fleuron si éclatant pour la couronne? Le duché d’Aquitaine comprenait la plus riche partie des Gaules. Toute la chevalerie mériilionale s’offrit à Aliénor ; elle choisit parmi eux un époux de la race poitevine, Henri , fils de Mathilde et de Geoffroy, comte
Rodfrt . roi «le fronce.
Henri I«r, ,
Philippe 1er,
Louis VI , Louis VU {
Hobcrl, Une de Bourgogne,
nildegarde. femme «le Guillaume vu d'Aquitaine .
Guillaume VIII.
Gullaume IX,
) Aliénor.
(6) Ce morcellement inquiète à peine les chroniqueurs francs ; ils sont trop heureux de voir la reine méridionale s'éloigner d’eux et des cours plénières «tu Pariais, forez Gcsta Ludovic) fil.
HUGUES GAl’ET. — 1130-1165.
d'Anjou et duc de Normandie. Il y avait là conformité «le moeurs , d’origine et de sang. Henri était gai, magnifique, comme il le fut depuis roi d’Angleterre ; il aimait les troubadours et encourageait les chants de Geste dans les batailles. A seize ans il avait hérité du duché «le Normandie, à vingt dit comté «l’Anjou, et le nom de l’Ionlngenot rayonnait sur son front et sur le blason de ses armes (1). Son mariage avec Ali«;nor en faisait le plus puissant vassal «le la couronne; il réunissait sous son bâton de «lue et de comte toute la race méridionale; puis enfin la Normandie, soumise au comté d’Anjou; et bientôt Henri, élevé à la couronne d’Angleterre, «levait devenir le plus formidable rival de bonis VII et «le si s suec«*sseurs. Les haines «le races pouvaient librement se manifester; la Guienne devait fournir les bons archers à l’armée anglaise ; la Normandie la pesante cavalerie , avec ses coursiers au beau l«>itrail . à la forte encolure ; l«*s Poitevins étaient bons tireurs «l’arc ; les Gascons serraient leurs rangs dans la montagne ou bondissaient «le rocher en rocher ! Le divorce «l’Aliénor et «le Louis VU allait donner tous ces auxiliaires à la race anglaise et saxonne (2) ; ce fut moins un acte «le jalousie «lomestiifiic «pi’une répugnance «les barons francs, «pii craignaient de voir envahir les cours plénières par les hommes «lu Poitou, «le l’Anjou et «le la Gascogne ; les antipathies étaient si vivaces , les haines si profondes! Les barons n’nvaient pas une polititjuc assez raffinée pour envisager les conséquences «lu «livorce ; ils n’y voyaient «jii’un seul résultat : ils pouvaient «lire que les MériMionnux ne seraient plus les maîtres «le la cour «le leur suzeraine, et c’était pour eux un triomphe. Tous ces hommes aux habits courts, à la chevelure noire, au teint bruni, à la mine rieuse, ne vicn«lraicnl plus insulter la noble race «les sévères et hauts barons «le France , la Langue d’oc devait rester séparée «le la Langue d’oil , les histrions demeureraient éloignés «les clercs austères ; la gaie science d’amour ne viendrait plus dominer les rpopets cl les graves chants «le Geste.
Le divorce «l’Alicnor et «le Louis VII fut ainsi comme le symbolisme «le la haine «les «leux races; Alicnor la Poitevine épousa un Angevin ; ce «pii était «le la race méridionale demeurait avec son caractère indélébile d’origine. Aliéner sc montra une suzeraine digne «le son beau «luché ; elle sc retira dans le grand fief d’Aquitaine; elle affranchit
(O Chroniq. de Normandie , et Bkomptox «tans la l'ol~ lect. des historiens anglais, pag. 1013.
(2) Une étude curieuse *craii i'IiUtoiie militaire de* races par les rôles féodaux qui existent encore dans le* cartulairc*. f-'tyez l'abbé i>f. Camps, Cariai, de Louis ni.
(5) Sfldks . Mare cfausum, soudent que !«.*• lois d’OIé-
scs sujets «les mauvaises coutumes, et le vieux co«le «b* la mer, les lois (TOléron (3), furent son ouvrage. Uiénor. en visitant l’Orient . avait élmlié les basiliques «les empereurs , les lois de Uhodcs ; et de retour en sa bonne ville «le Bordeaux , la suzeraine promulgua les lois d’OIéron, les grandes coutumes de la mer !