‹ Œuvres de CapefigueChapitre 108 sur 165 · DERNIÈRE PÉRIODE DU RÈGNE DE LOUIS VII · texte numérisé non relu

DERNIÈRE PÉRIODE DU RÈGNE DE LOUIS VII

Origine de ta rivalité entre la France et l’Angleterre. — Avènement Oc® Plantagenets. — Henri II. — La race poitevine. — Discussion pour l’hommage. — Alliances et batailles.— Invasion du comté de Toulouse. — La lignée du roi. — Traité de paix avec Henri II. — Vieillesse du roi Louis VII. —Actes d’administration après la mort de Suger. — Fiefs.— Communes.— Églises.— Pèlerinage en Angleterre. — Maladie du roi. — Sa mort.

Le caractère des expéditions actives de Louis le Gros, le père de Louis VII , avait été tout féodal ; ses guerres s’étendaient aux nombreuses et fortes châtellenies des environs du Parisis : on l’avait vu lutter contre les sires de .Montmorency et de Luzarchc, contre les seigneurs de Corheil et de Senlis, II n’y eut sous son règne qu’un seul mouvement national, dont Suger a écrit l’histoire (1); il se ma-

longues année®, je visite bien «auvent la Bibliothèque royale, et pas une seule fois je ne la quille sans admirer et saluer ces beaux livres d’heures couverts de rubis , de topazes et d’ivoire 1

(2) Voyez le chap. txxvi de ce livre.

(5) Je fais partir de cette époque le véritable caractère de la nation et do la monarchie française Philippe-Auguste y

nifesta contre la race germanique, qui menaçait les frontières par l'invasion. On vit alors les Aquitains confondus avec les Francs et les Champenois dans les batailles communes. La première période du règne de Louis VII est absorbée par la croisade ; toute raUeniion de la chevalerie est portée vers la Palestine; peu de goufanons pendent encore sur les castels en France, en Normandie et en Champagne. Suger réprime avec fermeté les dernières entreprises des féodaux possesseurs de petits ftef* dans le territoire de Paris.

La guerre va prendre désormais un caractère plus vaste, plus national. La rivalité entre deux couronnes et deux familles se manifeste ; l’Angleterre et la France vont entrer en lice, et les haines de peuples se déploieront pendant des siècles (2). Guillaume le Bâtard avait soumis l’Angleterre par la conquête à la race normande; les vieux fils des Scandinaves, les châtelains de Rouen, de Eayetix et d’Évreux avaient passé les mers pour porter en •Angleterre leurs lois et leurs coutumes belliqueuses; de là était née une première cause de rivalité , car les ducs de Normandie ne furent jamais bons vassaux de la couronne de France. Déjà plus d’une fois les lances s’étaient croisées sur les champs de guerre, et les cris de bataille s’étaient fait entendre ! Mais ce qui grandit encore cette rivalité , ce fut l’avénemenl n la couronne de Henri II, l'alné de la maison d’Anjou , issu de ces Plantagenets dont l’histoire est si merveilleuse dans les vieilles chroniques. La race des comtes de Poitou s’était souvent soulevée contre les suzerains de France (3); ces comtes appartenaient tous à cette famille méridionale qui s'étendait depuis la Loire jusqu’en Provence, et parlait ainsi une commune langue. Le ressentiment des Plantagenets contre Louis Vil tenait aussi à d’autres causes , et j'ai besoin encore de revenir sur les temps.

Quand l’assemldée de Beaugency eut prononcé le divorce de Louis VII et d’Aliénor, le beau fief d’Aquitaine, les terres plantureuses de l'Anjou et du Poitou formaient un trop beau lot pour ne point exciter la convoitise de tout le baronnage. Aliénor se donna corps et âme à Henri l'iantagenet de la race angevine , qui déjà possédait sous l’hommage le duché de Normandie. Voyez donc quels fiefs ! quelles terres immenses ! quelles nombreuses châtellenies depuis Caen jusqu’à Bordeaux , en passant

mil la dernière main, Voir mon Résumé de Philippe- Auguste.

(3) Besly, Hist. des Comtes de Poitou, lom. iv. V Histoire chevaleresque des Plantagenets est un beau tableau féodal jusqu'à Richard Cœur de Lion. Voyez les comte® de Poitou dan® YArl de vérifier les Dates des Bénédiction, tom. iii. in-4°.

HUGUES CAPKT. - 1150-1180.

par le Poitou , l’Anjou, le Limousin, dont la chevalerie était si vaillante ! Salut donc à toi , duc de Normandie , Henri Plantagcnet , comte d'Anjou , duc d’Aquitaine, car tu étais noble et fier chevalier; tu aimais les trouvères, les troubadours, les grandes et vieilles chroniques , tout ce qui parlait enfin à l’imagination aventureuse (t) ! A la mort d'Etienne, roi des Anglais , le noble Planlagenel tut appelé à la couronne, dans une cour plénière à Winchester; tous les possédant fiefs lui firent hommage, et le goût des Poitevins pour les fêles joyeuses se révéla dans les magnifiques somptuosités des tournois à Londres, à Durham, à Winchester; Henri 11 parut là avec Aliénor; plus d’une lance fut brisée pour la suzeraine, cl Henri fut reconnu parles barons comme leur roi. Ainsi, du chef de sa mère , Henri possédait le Maine et la Normandie ; puis , comme époux d’Aliènor, sa bannière pendait sur les châtellenies du Poitou , de la Saintonge, d'Auvergne , du Périgord, du Limousin, de l’Angoumois et delà Guienne. Quel souverain puissant ! Henri était dans la force de sa vie; il avait vingt et un ans; un noble feu de conquêtes circulait dans tous scs membres; il était rusé autant que fort, habile autant que téméraire , et avec cela que pouvait tenter contre lui le roi de France? qu’avait-il à craindre «le ses lances moins nombreuses que les siennes (2) ?

Louis VII, vieilli, macéré par le jeûne, avait vu avec amertume le mariage d’Aliënor et de Henri Planlagenel ; il détestait la race poitevine et ses comtes; il n'avait jamais passé la Loire que pour batailler, comme ses ancêtres, avec les sires d’Aquitaine; il n’avait ni la finesse ni la ruse des Plantagenels ; s’il pouvait combattre contre eux à fer émoulu, avait-il assez «le dextérité pour empêcher un méridional d'arriver à ses fins? Quand le sang normand sc mêlait à la race du Midi, comme cela était arrivé à la lignée de Bohémond en Sicile , est-ce que jamais la race frampie et germanique aurait pu lutter de souplesse dans une négociation ? Qu'on s’imagine la fureur de Louis VII lorsqu'il apprit le mariage d’Aliénor et de Henri Planlagenel ; il fut comme le sanglier pris dans les toiles «lu chasseur habite; Louis avait eu «leux filles de la dame d’Aquitaine; elles devenaient les héritières d’Aliénor si elle fût restée en veuvage : mais féconde comme les races du Midi. Aliénor aurait sans doute une lignée mâle avec Henri d’Angleterre ; et alors comment

(1) Comparez Gervabios et Bhovpton , Chroniq. 1154- 1155, dans la Co/tect. fit' s ffisl. anglais , pag. 1045-1377.

(2) Bénédictins, Art de vérifier tes Dates , t. u, iu 4".

(3) Duc ange. G lots., v® Homag. Frudum.

(4) Suivant le chroniqueur Alhéric, la guerre commença «le» 1157. Mi*. Fontanicii. vol. xm et xir.

(5 La paix cil de l'année 1 lfiO; elle c*l citée par Roger

invoquer les droits «les deux filles du roi de France ? Quand In colère était dans Pâme des barons, ils sc précipitaient les uns sur les autres, et bientôt les batailles commencèrent en Normandie. Dans le «Iroit féodal, à l’avénement «le chaque grand possesseur de fiefs, il était tenu à l'hommage; il devait se présenter la tête nue , le bras déganté , et s'agenouiller en face de son suzerain , mettre ses mains «lans les siennes , jurer féauté comme le supérieur, qui à son tour devait protection au vassal (3). Voyez comme aurait été grande l’humiliation d'un Plantagenet , seigneur de si riches terres, agenouillé devant son rival, l’ancien époux d’Aliénor (4) !

Il y eut donc refus. Henri aima mieux appeler la bataille, un choc de chevalerie en Normandie: ces hommes de fer se heurtèrent comme des rochers , et les coups de masses d'armes retentirent comme sur des enclumes. On fit ensuite un traité «le paix ou «le trêve , pour mieux «lire , car lorsque la chevalerie était fatiguée, lorsque le vassal avait fait son service selon les termes de la coutume, il s’en revenait tout simplement en son manoir, sans suivre plus longtemps le gonfanon de son seigneur. Il arrivait ainsi que souvent les suzerains étaient obligés de traiter par le refus d’armes de leurs vassaux , qui s’en retournaient chez eux , leur service étant fini; il n’y avait plus de guerre parce qu'il n’y avait plus de lances. On fit plusieurs trêves entre Louis VU et le Plantagcnet , puis paix et fiançailles entre Marguerite, fille du roi Louis VII , Agée de deux ans , et Henri , qui en avait trois à peine, issu du roi d’Angleterre, duc «!' Aquitaine et «le Gascogne. Marguerite recevait en dot les châteaux «le Néaufle et de Gisors (5). Ces murailles crénelées | étaient remises aux mains des templiers comine en bonne garde; les vieux chevaliers du Temple recevaient en tutelle les biens en minorité des «leux enfants royaux. Ainsi étaient suspendues pour un moment les vieilles querelles entre Louis VII et Henri II , sauf à renaître ensuite à la première circonstance.

Suger mourait alors , à un Age avancé «le la vie , dans sa soixante et dixième année (6). Il s’était retiré «les affaires mondaines pour se consacrer entièrement au monastère de Saint-Denis . qu’il avait orné de si nobles joyaux. T.e dernier acte de son administration politique fut la résolution de conduire lui-même une croisade (7). Les malheurs «lu dernier

do llovedcn, apud Docieskb, tom. iv , pag. 429. Cette époque, fort brouillée parla chronologie, a été très-imparfaitement éclaircie mémo par les Bénédictins, j (6)!.a mort de Suger e*tdu 12 janv. 1151. Félibibs, Hist.

1 de St. -Denis, Preuve*, p. 20f>. tiall. christ., t. vil, p. 370.

I (7; C'est ion biographe, le moine Guillaume, qui rapport)' ce fait, liv. i*v, n° 8.

pèlerinage n’avaient pas corrigé les esprits; une expédition en Palestine était la pensée et le but de la génération ; partout se manifestait cette idée de conquêtes, partout le cri de Jérusalem se faisait entendre, et Suger, qui s’était tant opposé à la croisade de saint Bernard, fut entraîné à préparer lui-même un nouveau pèlerinage armé dans la Palestine. La mort le surprit dans celle préoccupation pieuse et politique. Ce fut à Saint-Denis en France que la maladie le conduisit au tombeau ; le deuil fut grand; Louis Vil suivit à pied le convoi de son ministre, il pleura quand il le vil descendre dans le caveau silencieux de l'abbaye. Suger avait administré longtemps la monarchie ; il mit de l’ordre dans une époque désordonnée, et cela fil sa grande réputation ; il gouverna la France avec la même sollicitude qu'il avait fait pour son monastère. Les chroniqueurs le louent surtout comme homme d’église; l’un «les moines de Saint-Victor, du nom de Simon Chèvre-d’Or, s’écrie en parlant de Suger : « Elle n’est plus celte fleur de l'Église, celte pierre précieuse , celte brillante couronne ; le drapeau , le bouclier, la bannière de la chrétienté, l’abbé Suger, l’exemple des vertus, grave avec de la pieté, pieux avec de la gravité (1) , magnanime , sage et honnête ; le roi gouverna par lui avec modération son royaume, et, régent, il fut presque roi; tandis que Louis restait plusieurs années pèlerin en Orient, Suger décora cette église et orna sa chaire, le chœur de ses brillantes parures. Qu’il repose donc en paix dans l’éternité. »

Ainsi disaient les chroniques en parlant de Suger, et elles avaient raison , car l'abbé de Saint-Denis avait fait dominer l'Église arec sa pensée d’ordre moral, au milieu de l’anarchie féodale. Partout il avait préparé le triomphe du catholicisme, qui était alors le mobile de la civilisation et de la police des sociétés. L’administration régulière était dans la royauté , l’ordre moral dans l’Église ; il en résulta pour Suger la gloire d'avoir placé la féodalité sous ce double frciu de l'unité ecclésiastique et de l'administration royale; il avança les idées de gouvernement. Tel est son titre dans l'histoire.

On avait besoin d’unité et de nationalité en France, car la puissance anglaise s’accroissait dans d’immenses proportions , et avec elle la rivalité instinctive entre les «leux couronnes; la paix conclue en Normandie entre Louis VII et le Planlagenet n'avait pas tout fini ; la question de l’hommage était

(1) Voici te texte de l'épitaphe :

Déchut Ecctetiœ ftos , gemma , corona , cotumna,

VextUum •, ciypcui , galea, lumen , apex ,

At/bat Suger tut, tpecimcn vlrtultt et utqut,

Cum pki ale gravit, cum gravi taie plus.

[2) Foy. le* extraits publiés par Fonlaoicu, mas., t.xm b xiv.

vidée ; Henri prêta sa foi par procureur en cour plénière (2). Celait bien sans doute, mais pouvait-on priver longtemps la chevalerie de conquêtes et de batailles? El tout à coup, en pleine paix , on apprit que les Poitevins, avec Henri leur sire à la tête, s’élaient précipités sur le comté de Toulouse. Qu’allaient-ils faire dans la Provence? quelles querelles avaient-ils à chercher contre les féodaux de Saint- Gilles, «le Narbonne, «le Montpellier et de Nismes? Ici je «lois vous dire encore les belles histoires de In race provençale; j’éprouve toujours bonheur à les narrer dans leur naïveté.

Aux vieux temps, Ponse IIIa du nom . comte de Toulouse, mourut laissant plusieurs fils en sa lignée; l’alné fut Guillaume IV, comte de Toulouse, et le puîné Raymond IV, comte de Saint- Gilles; or, sachez que Guillaume IV, féodal plein de largesse et de luxe, vendit pour de bons écus «l’or son comté de Toulouse à son frère Baymond, le«juel nous avons vu, joyeux et pimpant, avec les Provençaux dans sa croisa«le eu Palestine (3). Guillaume, après avoir vendu son comté, eut une fille du nom de Philippia, laquelle fut l'aïeule d’Aliénor. Voilà donc <(ue Henri II vint réclamer le comté du chef de sa femme, comme s’il n'avait pas été vendu eu bons deniers ; ledit comté était au pouvoir alors de Bertrand, bâtard du comte Baymond, noble troubadour qui partit aussi pour la Palestine; qu’ad\inl-il ? C’est que, traître et mécréant, le comte de Poitiers s’était emparé de la terre du pauvre pèlerin, contrairement aux bulles; mais les communaux elle peuple se soulevèrent au profit du dépouillé; ils chassèrent honteusement le vautour qui était venu dévorer le nid de la merlelte, tristement en mer pour la Palestine ! Dignes communaux , ils avaient tant de vénération pour les pèlerins! Ils se soumirent au comte Alphonse, le fils légitime de Raymond de Saint-Gilles; le bâtard était mort en sa roule. Alphonse fut surnommé Jourdain, doux nom , pour souvenir de son baptême dans les eaux saintes durant te pèlerinage de son père (4).

Entendez-vous le son rauque des trompes et biicciues ? C'est le roi d'Angleterre Henri 11 , qui vient réclamer le fief de Toulouse du chef de sa femme, contre les communaux. Il approche avec scs épaisses nuées de lances normandes cl angevines ! L ue chevalérie nombreuse l’accompagne ; la poussière soulevée sous les pas des chevaux forme comme la \apciir noire de l’orage. Dieu vous soit

(3) Catel a écrit merveilleusement cette chronique, Hist. de* Comtes de Toulouse, p.'g. 119 à 133.

(4) Foyez toujours Catel, Hist. des Comtes de Toulouse, pag. 180. 1/abbé de Camps a fort bien éclairci celte chronologie dans ses Carlu/aires (article Traités de paix, Règne de Louis FU).

Ht GUES CAPET. - 1130-1180.

en uiile , dignes bourgeois île Toulouse ! Les communaux s'adressent à leur seigneur suzerain Louis VTI , roi de France; ils le supplient de porter aide et secours à leur comte et à leur cité; l'ambition de Henri H est insatiable : arrive sur les terres de Toulouse, dans la compagnie du duc de Gascogne et de quelques autres féodaux mécontents , le roi d’Angleterre impose l'hommage à tous, il veut être le suzerain des terres méridionales; son ambition est de hisser sa bannière sur les hautes tours de Toulouse (I). Le roi Louis VU peut-il le permettre? Sa sœur Constance a épouse le comte de Toulouse ; elle n'est pas heureuse sans doute avec son mari , seigneur et maître ; elle se plaint à son frère, car elle n'a ni hôtel ni denrées ; elle a quitté la cour du comte; elle est très-inquiète , parce qu'elle craint qu'il n’écrive contre elle ou roi (2). Comme toutes les femmes du Nord, Constance se déplaît au milieu des cours du Midi : la vie y est trop active, trop familière; elle aime ce froid respect des vassaux de la Germanie, de Flandre et de Normandie ; Constance , avec scs fades manières, était fort déplaisante aux seigneurs de Narbonne, de Toulouse et de Montpellier. Louis VII ne répond pas aux plaintes de Constance , car son but est de combattre à outrance les batailles de lances anglaises cl angevines de Henri II ; les Francs (lassent la Loire et marchent sur Toulouse pour délivrer le comte ; ils mènent à leur suite quelques châtelains du Poitou mécontents de Henri J I . Les suzerains s'habituent à se servir des vassaux révoltés [tour soutenir leur ambition; mauvaise coutume, qui affaiblit les liens de fidélité. Cette guerre méridionale se continue plusieurs années ; elle est suspendue par des trêves , puis elle recommence ; le comte de Toulouse est tout entier dans l'hommage de Louis VU son suzerain; la féodalité du Midi s'accoutume à prêter foi au roi des Francs, dont la force est si loin pourtant, et c'est ut| progrès pour la couronne. La féodalité est en correspondance active avec le roi ; Ermcngardc, comtesse de Narbonne, écrit à Louis VII (3) les paroles les plus soumises : « A mon très-révérend seigneur Louis, par la grâce de Dieu roi des Francs, très-illustre; Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, votre fidèle et humble vassale , salut et le courage de Charlemagne. Ayant plu à Voire Hautesse, très-illustre seigneur, de m’écrire par votre envoyé et par votre lettre, j’en ai beaucoup de

(1) Le roi te trouve fréquemment en rapport avec les icapi(oiili<|eToulou*e; je trouve une cbarire par laquelle* il*

le félicitent de la naissance de Philippe son fils. Dlcuesse, Epistol. 415, tom. iv. pag. 714.

(2) lieux de ces tel! res originales de Constance ont été recueillies par Duchesse, tom. iv, pag. 725.

I Joie, et j’en rends toutes les actions de grâces possibles à Votre Majesté. Quant à l’ordre que vous m'avez donné de fuir le commerce de vos ennemis, et de persister dans l'atU-ction que j'ai eue pour vous dès le commencement , je prie Voire Noblesse d’être entièrement persuadée que je n'ai point fait d'alliance avec les ennemis de votre couronne, et que je n'aurai jamais de familiarité avec eux. Je souhaite et veux vous aimer sincèrement, cl je m'attacherai â vous rendre en temps et lieu lotis les services que je pourrai. Je souhaite de maintenir les intérêts du comte de Toulouse, et j'exécuterai vos ordres sur ce sujet lorsqu’il en sera besoin. Mais si Votre Majesté venait elle-même protégerai défendre le comte de Toulouse, je vougf (livrais dans les armées a\ec bien plus de constance et de bonne volonté. J’ai beaucoup de douleur, et ce n’est pas moi seule; mais tous ceux de notre pays sont dans un chagrin extrême de voir que ces provinces, auxquelles la bravoure des rois des Français avait acquis une liberté si glorieuse , passent par votre défaut, pour ne pas dire par votre faute, sous la domination d’un prince à qui elles n’apparlienncnl par aucun droit. Que je ne chagrine point Votre Altesse, mon très-cher seigneur, si je lui parle avec tant de hardiesse ; je ne le fais qu'à cause I qu’étant plus spécialement vassale de votre cou- I renne, j’ai plus de peine à voir diminuer son éclat ; et sa grandeur qu’un autre n'en aurait. Ce n’est j point seulement à la ville de Toulouse que vos ennemis en veulent, leur dessein est de se rendre maîtres de tout ce qui est entre le Rhône et la Garonne ; ils s’en vantent et le publient eux-mêmes; et s’ils s’empressent tant de prendre Toulouse, ce n’est qu'ufin qu’ils puissent aisément se rendre maîtres des autres villes, après avoir soumis la capitale. Que votre courage se réveille et s’arme de force, notre très-cher seigneur; entrez dans notre pays à la lèle d’une puissante «armée, «afin de réprimer l’audace de vos ennemis, de consoler vos amis, et de relever leur espérance (4). » Ici se montre la respectueuse soumission de la dame de Narbonne, scellant sa lettre et l’adressant à Celui qu’elle couvre du nom de Charlemagne, grande renommée qui dominait tout le moyen âge.

Batailles et trêves, telle élail la vie féodale. Après donc beaucoup de sang répandu , ou arrêta une | entrevue entre Louis VII et Henri II sur la rivière i de l’Epte , qui fut si souvent témoin des traités

(3) Cette lettre a encore été recueillie par Duchesse, De Ucb. Franc. Epistol. f tom. rv. p.ig. 713, Set. 38.

(4) Il faut remarquer Ici rapporta intime» qui déjà te préparent entre la couronne du France et les races méridionale»; la conteste de Narhonnu déclare que le roi d’Angleterre u'a aucun droit : dd quem minimè speclant. Duchesse, ibid.

entre les suzerains (le France et les ducs de Normandie. Au mois de mai , quand les fleurs sont épanouies, l’an 1161, les otages furent respectivement donnés; mais il survint des incidents de toute espèce : au moment où l’on allait apposer le scel sur les Chartres, le roi de France apprend que Henri II vient de faire célébrer les noces de Henri son fils, âgé de cinq ans, et d'Alix fille de Louis VII, qui n’en avait que trois, et tout cela pour obtenir les terres de la dot ; les templiers , qui en étaient détenteurs, traîtres au roi de France, les délivrèrent à Henri II. Et ici nouvelle guerre (1) : les lances se croisent avec fracas, le sang se répand à grands flots en Normandie et dans le comté de Toulouse; de part et d’autre on s'assure des alliances et des forces : Henri se ligue avec le comte de Flandre et toute la race du Nord , tandis que Louis VII va chercher dans les sires du Poitou , de l’Anjou mécontents , des auxiliaires contre leur seigneur et maître , Henri II d’Angleterre. Faut-il suivre et répéter ces tableaux monotones comme les peintures qui reproduisent toujours des champs de bataille avec des morts amoncelés? Pendant dix ans ce n’est qu’une lice de chevalerie continuellement ouverte aux grands coups de lances ; on se rapprochait par des conférences , on les brisait tout aussitôt.

Henri II était furieux contre ses vassaux du Poitou , qui le trahissaient pour Louis Vil. Il faut lire dans les épilres de Jean de Sarisbery les difficultés que présentaient ces négociations , rompues à peine entamées : il y eut des pourparlers entre les clercs , que fatiguait la guerre à outrance ; les évêques s’interposèrent de leur austère parole , et il fut arrêté: «Que le roi d’Angleterre devait rentrer en l’hommage du roi de France, et lui promettre par la foi de son corps , dûment jurée par lui-même publiquement, et en présence d’un chacun, de le servir fidèlement pour le duché de Normandie , de même que ses prédécesseurs ducs de Normandie ont accoutumé de servir les prédécesseurs du roi des Français. Le roi d’Angleterre serait tenu de céder à Henri , son fils aîné , les comtés d’Anjou et du Maine avec les hommages et féautés des grands qui ont des fiefs mouvants de ces comtés, et que ce même fils en ferait hommage et féaulé au roi (Louis VII) pour et contre tous, sans être tenu envers le roi d’Angleterre son père , ni envers ses frères , fils de ce roi , qu’aux devoirs que la nature exige (2). Le roi de France donnerait , sous les

(1) Comparer, «ur tous ces événements, Cfironfc. Norrnann. 1 101; Robert ou Mont, apud Sigib. adann. 1161; Gcill. de Nbcbrice. lih. xn.

(9) I.es curieuses lettres de Jean de Sarisbery ont été publiées par Duchesse, tom. iv, pag. 472, acl. 39. ciriusoi.

mêmes conditions, le duché d’Aquitaine à Richard, fils du roi d’Angleterre, et lui accorderait de plus sa fille en mariage, mais sans dot, cette princesse restant néanmoins apte à recevoir lin présent «le noces, s’il plaît au roi son père de lui en faire (3). » Ce traité habile et décisif divisait la puissance du grand féodal . il appelait les fils de Henri II à une participation dans les fiefs d’un père trop puissant. Henri et Richard recevaient de vastes terres sous la suzeraineté directe du roi de France.

En signant ces trêves , il y avait souvent volonté de recommencer la guerre. Les traités prenaient toujours un caractère de mauvaise foi; les suzerains ne s'adressaient plus seulement à la force des armes, l’usage s'introduisait de s'assurer secrètement des alliances ; elles armaient les fils contre les pères, les vassaux contre les suzerains ; il y avait une politique qui divisait les forces et affaiblissait l'ennemi au préjudice de la loyauté. Tout changeait dans le droit public de l’Europe ; le seul caractère qui domine dans cet ensemble d’événements , c’est la rivalité profonde entre les deux couronnes de France et d’Angleterre ; les guerres germaniques ne sont plus qu’un accident , tout s’absorbe dans cette vaste lice, qui a pour théâtre les fiefs qui s’étendent depuis la Flandre jusqu’à Toulouse. Pendant des siècles la guerre se circonscrit en Normandie et en Guienne entre les rois de France et d’Angleterre ; les hostilités féodales s’effacent devant le grand conflit qui fait tout converger vers la rivalité des deux couronnes.

Au milieu de cette activité de chevalerie et de féodalité, quand le gonfanon du roi était levé depuis Toulouse jusqu'à Amiens, Louis VII avançait dans l’existence; il dépassait cinquante ans déjà, et il avait usé son activité dans des expéditions incessantes. Après son divorce avec Aliénor, il épousa Constance, fille du roi de Castille , morte subitement, et il prit alors pour troisième femme Alix , fille de Thibault , comte de Champagne, dont il n’eut point d’hoirs mâles jusqu'en 1163; c’était tristesse aux châtellenies lorsque naquit son fils Philippe, dont j’ai narré avec bonheur la grande histoire (4). Louis VU , fatigué de tant de guerres, venait passer l’hiver en ses manoirs ; alors il s’occupait à régler ses fiefs , à fixer les principes et les droits d’administration et d’Église. Après la mort de Sugcr, il gouverne lui-même la monarchie selon son privilège féodal déjuger et de prononcer en matière de fiefs et de justice. Une grande discus-

(3) Il faut comparer à ces lettres île Jean de Sarisbcry le chroniqueur Robert du Moût, apud Sigil». ad anu. 11G9.

(4) Pour tout cc qui louche à l’enfance de Philippe-Auguste, je suis obligé de renvoyer à mon travail spécial sur Philippe-Auguste, tom. 1er.

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sion s’élève devant le roi entre l'évèque de Langres et le duc de Bourgogne; Louis VII prononce souverainement, et la chartre est scellée par les mains de Hugues le chancelier (1). Voici maintenant le roi dans l’assemblée de Soissons ; le plaid des barons s’ouvre le 4* jour des ides de juin en présence des archevêques de Reims, de Sens, du comte de Flandre, de Bourgogne, et du comte de Ne vers. L'assemblée proclame la trêve de Dieu pour dix ans; nul ne pourra piller les terres du royaume, ravager les champs, troubler la sécurité des pâturages et des grands chemins , sous peine de subir le jugement de la cour (2). Puis vient dans le livre des Chartres la confirmation des coutumes de Lorris, privilège communal dans sa plus grande extension. « Quiconque possédera une maison dans la paroisse de Lorris ne payera que six deniers de cens , sans rien devoir comme impôt pour sa nourriture, pour son travail, pour ses récoltes ; que nul ne puisse être commandé pour un service qui sc prolonge au delà d'un jour ; la liberté la plus entière sera donnée pour le commerce et les foires aux marchands ; nul ne doit la corvée, et tous peuvent vendre librement. Quiconque habitera la commune de Lorris un an et un jour sera libre, alors même qu'il aurait une origine de servage : les habitants ne répondent pas des dégâts causés par leurs animaux domestiques, l'âne, le bœuf, la brebis, dans les forêts royales; et ces beaux privilèges sont conférés aux habitants de Chantelonp comme à ceux de Lorris (3). » D'autres lettres du roi sont relatives à la régale de Laon, droit épiscopal maintenu dans les Gaules (4). En même temps l’évêque de Mende reconnaît la souveraineté du roi complète et absolue (3). Une chartrc assure le revenu de Paris aux religieuses de l'abbaye d’Hicres pendant les vacances du siège (G); une autre abolit les mauvaises coutumes de la ville d’Orléans, et défend d’ordonner le duel pour une créance au-dessous de U sous (7). Des lettres accordent aux bourgeois de Paris le droit exclusif de vendre les marchandises sur les foires et marchés (8); enfin une chartre affranchit tous les esclaves de corps ( femmes et hommes ) qui demeurent à Orléans. « Qu'ils soient tous libres, dit le roi, aujourd'hui et à perpétuité (0). »

Il y avait dans ces siècles un grand respect pour les droits de tous, pour les privilèges des corpo-

(1) Bénédictins, préface des Hist. de France, lom. xiv, pag 47, i la ootc.

{«) Ibid., pag. 387.

(3) Cette chartre est une simple confirmai ion. Ordonn. du Louvre , lom. xi, pag. 200.

(4) Ordonn. du Louvre, tom. i«r, pag. 15.

(5) Ibid., tom. xvi, pag. 255.

rations spécialement , et en voici un exemple : Louis Vil , entraîné par la chasse ardente aux sangliers dans une forêt sombre, demanda gîte et hospitalité à un serf de l’Eglise de Paris aux environs de Créteil; le suzerain arriva là avec sa meute, ses valets, et occasionna du dégât dans la maison du serf de l’Église ; quami l'évêque fut instruit du préjudice souffert par son homme de corps, il porta plainte au roi et demanda dommages; et comme il y eut un premier refus , il jeta l'excommunication et l'interdit sur le diocèse de Paris jusqu'à ce que réparation fût faite. Ainsi le suzerain , l’homme de la force brutale, cédait devant le droit, et l'homme d'armes était obligé de reculer en face du pauvre serf qu'il avait outrage (10). I/Église avait ses lois de protection et ses garanties dans tout le moyen âge.

Le bruit de guerre ne se fait il plus entendre? les trêves ont-elles suspendu définitivement les batailles de Normandie et d'Aquitaine? La vieillesse glace-t-elle le bras de Louis VII ? le roi est plus que jamais décidé à poursuivre ses querelles avec l’Anglais, il reçoit en sa cour de Paris les clercs et les féodaux mécontents de Henri U, il accueille toutes les rébellions. Le roi Louis VII s'agenouille devant Thomas Beckel, l’immense archevêque de Cantorbéry, violemment persécuté par le roi d’Angleterre, comme expression de l’unité catholique luttant contre la force brutale. Tout gonfanon rebelle à Henri II est srtr de trouver protection en France; tout clerc qui résiste à l'impérieux suzerain d’Angleterre reçoit l’encens dans les basiliques. La chevalerie de Louis VII envahit la Normandie c l’Aquitaine; on combat encore à outrance. Que veulent-ils donc? Les rois vont-ils ensanglanter de nouveau les champs de batailles?

Croisade ! croisade ! fut le cri qui désarma les paladins prêts à courir les uns sur les autres I Le pape Alexandre III a* ait partout écrit des lettres encycliques sur les malheurs de la terre sainte , proclamant cette grande maxime catholique du moyen âge, <> que tout ce qui était chrétien devait être libre. » La croisade n’élait-elle pas un graud moyen de délivrance pour les chrétiens d'outre-mer ? Douce pensée pour Louis VU que de retourner en Palestine ! U n’avait pas été heureux dans une première expédition , mais qu’importaient encore ccs souvenirs un peu tristes lorsqu’ils se mêlaient

(6) Preuves des Llbert. de l’Église gai/., tom. i*r, p. 98.

(7) Dccange, v» Due/Ium.

(8) Ordonn. du Louvre , lom. ti, pag. 435.

(0) Ibid., lom. xi, pag. 214.

(10) Ce fait c«t rapporté par les Rénidictin* , Àrt de vérifier les Paies, lom. il, in-4% art. Louis I II.

aux joies voyageuses d'un pieux pèlerin ! La race chevaleresque était active; une fille de Louis VII venait d’être fiancée au fils de l’empereur de Constantinople, une expédition devait sourire au roi. Partout où l'influence des papes se faisait sentir, partout dominaient bientôt les pensées de paix et de gouvernement. Le cardinal de Champagne était arrivé comme légat du pape; magnifique figure encore au moyen âge que ce cardinal aux blanches mains , comme le disent les chroniques, qui exerça une si grande puissance sur les événements (1). Le cardinal de Champagne fut le promoteur de la paix entre Louis VII et Henri II; il se posa dans les négociations avec l’idée d’une royale fraternité , d’une ligue de peuple pour la croisade. Il se fil ainsi l'intermédiaire puissant qui amena l’hommage définitif de Henri II au roi Louis VII son suzerain, et la paix entre les vassaux; celte formule d’hommage existe encore , et il est curieux de la recueillir des Chartres contemporaines. «Moi, Henri d’Angleterre, j'assurerai au roi des Français , comme à mon seigneur, ses membres et son royaume, s’il m’assure comme à son homme et à son vassal , mes membres et les terres qu’il m’a données par accord fait entre nous (2), et pour lesquelles je suis son vassal , et à cause de la soumission, de l’honneur et de l’amour que je dois au roi des Français mon seigneur, je ferai une paix finale et un accord avec le comte Thibault, et je mettrai au jugement de l’archevêque de Reims, de l’évêque de Noyon, du comte de Flandre , touchant les différends qui sont entre nous ; et si cela ne plaît pas , je me mettrai , pour la seule considération du roi , à l’arbitrage de huit personnes bien instruites de nos prétentions réciproques , dont il en choisira quatre et moi quatre ; et ensuite, si je lui dois quelques services, je le lui ferai ; je déclarerai le reste de vive voix et plus amplement (3). s* Par cet hommage , fier encore dans ses expressions respectueuses , les querelles étaient apaisées; les fiefs que le roi Henri II possédait en France étaient partagés entre ses fils ; le puissant vassal n'avait plus à sa disposition toutes les forces ; on pouvait exciter les jalousies entre le père et les enfants. Ce fut frère Bernard, du même nom que l’abbé de Clairvaux, solitaire du bois de Vincennes, homme alors d’une certaine puissance intellectuelle, qui fit sceller ces Chartres d'hommage ; et l’on vit

(f) Sur le* merveilleuses influences du cardin il de Champagne, lisez Sainte-Marthe, GalHa Christian., tom. i«r, pag. 157; lom. u, pag. 400. Mar lot, ///*/. Remens., liv. ni, pag. 405 à 453 , et Dccuesne, Preuves de l'Histoire des cardinaux français, pag. 119.

(9) Et terras quas mihi couvent ionavit ( Epis toi. 18. ÜuciESftE, tom. iv, pag. 584.

(5; Colfcct. K pi s toi DicnciNt , lom. iv, pag. 584.

arriver è la cour de Paris Henri II en personne; il habita le palais du roi sur la Seine, et Louis VH , pour lui faire honneur, se relégua pendant quelques mois de fêtes au vieux palais de Notre-Dame. La courtoisie la plus généreuse présidait aux festins , aux cours plénières. Une seule pensée préoccupait la chevalerie : la terre sainte , la délivrance du tombeau du Christ. Dans toutes les querelles qui surgissent, dans toutes les batailles qui se commencent, il y a toujours un besoin de paix pour tourner les armes contre les Sarrasins, les véritables ennemis des chrétiens. Comme il arrive , quand une génération se préoccupe d’une grande guerre, toutes les autres hostilités sont considérées comme des batailles civiles. L’expédition chrétienne devait se diriger vers la terre sainte, et le peuple ne fut satisfait que lorsque , par un traité , Louis VII et Henri II , cessant leurs querelles particulières , résolurent une nouvelle croisade avec toutes les forces de l’Occident. Quel beau jour que celui-là dans les châtellenies de France (4) !

Ces idées de pèlerinage étaient si répandues que, déjà vieux , Louis VII demanda la permission à son vassal de visiter, en Angleterre, le tombeau de saint Thomas de Canlorbéry, où brillaient tant de miracles. Il allait, pauvre pèlerin , s’acheminer vers la cathédrale pour demander la santé de son fils Philippe, le seul héritier de sa couronne , fort malade dans le château du bois de Vincennes. Louis VII accomplit son vœu ; il accabla de riches présents , pierres précieuses et lampes d’or, la châsse du saint (5) ; et, après avoir visité les royales demeures de Henri II, les forêts séculaires où retentissait le cor de la Saint-Hubert , les solitudes mystérieuses, les abbayes antiques de Saint-Alban, Louis VH se disposait à quitter l'Angleterre lorsque la maladie le saisit ; il éprouva une sorte de paralysie sous les voûtes froides de l’abbaye ; il en avait déjà subi les fatales atteintes. 11 revint en toute hâte à Paris; sa maladie fut longue, douloureuse; il mourut le 18 septembre 1180 (6). Son corps fut inhumé à l'abbaye de Barbeau qu’il avait fondée, et sous ces voûtes sombres du monastère , Alix , sa femme , lui fit élever un tombeau de bronze , de marbre, d’argent , d’or et de pierres précieuses. On lisait là des" épitaphes qui parlaient des misères de la vie et du néant de l’homme. Le roi était loué surtout pour

(4) Roger de Hovedcn cil fort curieux pour toute celte époque. Ad ann. 1 170. Dcchesne . tom. iv, p. 435, acte 43.

(5) Bénédictins, Art de vérifier les Dates, lom. ti, in-4".

(6) Sur la maladie cl la mort de Louis VII, comparez Rigord, Gest. Philippe-Auguste ; Uccnts.Nt , lom. iv, p. 7 ; Vincent, Beltov. Specul. Ad ami. 1180; DucikiNc, t. iv, pag 442.

sa générosité envers les églises ; il les avait accablées tle dons, multiplié leurs revenus et les offrandes; il fut dit dans l’épitaphe « que le roi était digne de Dieu par sa chasteté, sa piété, son abstinence et scs vertus chrétiennes. Louis VU n’avait eu que des filles d'A liéuor et deConslance de Castille; Philippe-Auguste naquit d’Alix de Champagne.

Maintenant si, adorateur du vieux temps, vous voulez lire l'histoire de cet enfant merveilleux , conservé par les prières de son père au tombeau de saint Thomas, j’en ai recueilli les précieux débris. L’époque de Philippe-Auguste complète le règne de Louis VU , elle est comme le couronnement de l’administration de Suger (1). Louis Vil prépara le règne de son fils ; nous retrouverons Philippe-Auguste brisaut une lance avec Richard

(1) L'Histoire de Philippe-Auguste se lie essentiellement au règne de Louis Vil; on ne peul même comprendre mes idées que par cette double lecture, el voilà pourquoi j’jr

Coeur de Lion, comme Louis VI! avait heurté le poitrail de son cheval de bataille contre le beau coursier de Henri II. La rivalité de la France et de l’Angleterre va désormais devenir l'histoire : chaque époque est ainsi sous l’empire de certaines idées ou de grands faits: au douzième siècle c'est la féodalité qui lutte contre l’Église ; un peu plus lard vient la croisade : après la croisade la rivalité de la France et de l’Angleterre; puis la réforme contre le catholicisme ; puis l’esprit révolutionnaire contre l’esprit monarchique. Les générations se tiennent par un lien mystérieux dont Dieu seul a le secret; les systèmes se dévorent ou croulent les uns sur les autres, mais au fond de la société il existe une sorte d'unité morale qui traverse les siècles pour dominer les temps!

renvoie ai souvent le lecteur. Il ne faut pas oublier que mes travaux isolés se rattachent à un grand ensemble historique.

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