‹ Œuvres de CapefigueChapitre 113 sur 165 · US · texte numérisé non relu

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puissance romaine en Asie. Jérusalem nVlail pas éloignée de Damas et d’Alexandrie; et le cri d’indépendance pouvait bientôt retentir des bords du Tigre et de l’Euphrate aux rivages du Nil.

Tandis que les sénateurs et les consuls sollicitaient les dieux du Capitole pour la prospérité de l’empire menacé, Néron se rappelait que les astrologues lui avaient prédit que si le sceptre du monde échappait à ses mains déhiles, il obtiendrait pour se consoler la souveraineté de l’Orient et de Jérusalem. Il tremblait que la révolte ne lui fermât encore ce refuge , et que le vin de Jaffa et les fruits suaves de la Syrie (2) ne manquassent à ses sens énervés en même temps que les délices de la Grèce et de l’Italie. Au milieu de ces craintes, il réfléchit s’il ne prendrait pas lui-même la direction de cette guerre importante : mais, suivant l’expression de Perse, « le cocher du cirque, l’habile joueur de flûte, ne put s’arracher aux applaudissements du théâtre ; il préféra le bruit du char rapide que conduit dans l’arène le honteux affranchi , au glorieux' retentissement de la trompette «les fils de Romulus (3).

Cependant le choix d’un chef habile pour diriger les légions de Rome dans cette guerre lointaine , paraissait difficile à l’inquiète tyrannie de Néron. L’empire ne manquait point encore dc’fipnstds ft de tribuns capables de conduire les légions à la victoire ; mais il était plus im|K>rtant pour le prince jaloux de son pouvoir, de ne point placer à la tête d’une armée imposante un chef ambitieux qui pût tourner contre César les forces que l’empire lui confiait. Enfin , après avoir longtemps hésité entre Othon et Vilcllius, il sc décida pour Vespasicn, alors relégué dans une petite ville d’Italie.

Vespasien, fils d’un simple publicain, avait com>mencé sa carrière dans les emplois de l’édilité et de la préture. Par le crédit de Narcisse, il obtint, sons le règne de Claude , le commandement d’une légion qu’il conduisit dans la Bretagne et la Germanie, et ses exploits lui méritèrent les honneurs du triomphe , le double sacerdoce et le consulat. Cette fortune subite, la protection de Narcisse, excitèrent contre lui les ressentiments jaloux d’Agrippine; et pendant qu’elle régna sur l’esprit de son fils, Vespasien vécut ignoré dans l’Afrique, dont il avait obtenu le proconsulat. Si l’on en croit Tacite,

comprend le règne de Néron. Tant que Crevier a en d* grands modèles sous les yeux, il les a suffis avec exactitude ; j’oserai même dire qu’il est souvent digne d’eux . Mais il est malheureux que pour les derniers volumes, au moment où finissent les douze Césars, il n’ait pas consulté avec plus de soin l’htiloire Augustalc, où sc trouvent réunis tant de faits précieux.

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celle province *e plaignit souvent île sa sévérité, | et, dans une émeute à Adrumcte, la multitude irritée lui jeta des raves à la tête<1). Après la mort d’Agrippine , il revint à Rome, où de folles entreprises causèrent sa ruine. Abîmé de dettes, il s’abaissa à des trafics indignes de lui; et c’est à cette occasion que Tacite remarque qu’unique entre tous, les grandeurs et la pourpre de l’empire le changèrent en mieux (2). Il accompagna Néron dans ses voyages au milieu de la Grèce, où l’envie de plaire au fils d’Agrippine ne put lui faire supporter les sons aigres et les gestes maladroits du mime couronné; il s’endormait souvent dans ces représentations scéniques, ou bien il en fuyait le spectacle. César, furieux de son indifférence, ordonna son exil dans ■ne petite ville de l'Italie. Il y attendait la mort, lorsqu’un tribun vint lui apporter les ordres de l’empereur pour la guerre de Judée , et le commandement suprême des légions qui devaient marcher sur Jérusalem.

Il était important de précipiter les mouvements militaires , et de prévenir par une marche rapide toute résistance combinée. Vespasicn voulait surprendre les Juifs dans ce premier instant de la révolte, où les séditieux , sans aucun plan arrête, ne pourraient encore opposer qu’une résistance irréfléchie aux attaques régulières des légions. Il écrivit sur- Je-champ à Titus son fils et à Trajan , tous deux tribuns, et qui commandaient les 5® et 10® légions, alors à Alexandrie, de s’avancer à marches forcées sur la Judée, tandis que les troupes romaines de la Syrie marcheraient d’un autre côté , pour sc réunir sous les murs de Jérusalem. Vespasien luimême se hâta de passer l’Hellespont et de gagner les frontières de la Palestine , déjà envahie par les deux légions de Trajan et de Titus. Un voyait aussi sous les lentes romaines une multitude de cohortes alliées; Agrippa, à la tète d’un corps nombreux de Juifs plus attachés aux faveurs de l’empire qu’à la cause de Jérusalem; les rois Auliochus et Soème à la tête des Syriens, et une multitude d'Arabes

fl Tacite e t Suétone parlent très-diversement du proconsulal de Vespasien en Afrique. Selon Suétone , il gouverna avec une intégrité parfaite : Tacite dit au contraire qu'il y acquit une très-mauvaise répulat ou. Suétone avoue cependant le fait que nous avons cité dans notre texte, sur ia •édition d’Adrumètc. Tacite, tiist., ii, U7. Suétone, in fespasian i à iv.

(â) Ambigua de Vcspasiano fama , solusque omnium ante se pr'.ncipum in metius mutatus est. Tacite , Hist.f i, 50. L'hntorien reconnaît scs grandes qualités militaires -.yespasianus acer militiez, anteire agmen , tocum cas tris capere, noctu diuque consillo, ac , si res poscerei, manu hostibus obniti ,cibo fortuite), veste habituque vlx à gregario milite discre'pans ; prorsùs , si avaritia

| qu’une haine ancienne et le désir du pillage réunissaient contre les habitants de la cité de David (3).

Jérusalem et les villes principales de la Judée offraient alors l’aspect d’un vaste 'camp. A la voix des prêtres et «les lévites, les Israélites couraient de toute part aux armes; les pharisiens rappelaient d’anciennes prédictions sur les jours de la délivrance. « La couronne d’or et la puissance de Salomon allaient reparaître, disait-on, plus brillante et plus belle; » et dans son enivrement, le peuple se partageait déjà le butin et les dépouilles des nouveaux Amalécites qui osaient menacer la ville de Jéhovah. Cependant à ces espérances la superstition mêlait quelque sombre crainte. On avait vu dans le temple de sinistres présages : le parvis s’était ébranlé ; la porte par où le peuple avait coutume de se rendre aux sacrifices, avait paru s’ouvrir, comme poussée par une force surnaturelle ; on avait entendu des gémissements et des cris de douleur; et dans les rues de Jérusalem, la multitude avait lapidé un lévite du temple, qui, la tête couverte de cendres et les reins entourés d’un cilice, faisait entendre ces paroles lugubres : Malheur à Jérusalem (4)!

Les hommes sages en Israël n’avaient pas besoin de ces sinistres présages pour comprendre que les jours de malheur s’avançaient. La puissance de Rome , la vengeance des Césars , d’autant plus terribles qu’elles avaient été plusieurs fois provoquées, se présentaient a leur imagination , et il était facile de voir que la ruine de la Judée et de ses villes les plus florissantes serait l’inévitable conséquence d’une résistance audacieuse. D’un autre côté, les Juifs étaient alors divisés en mille partis différents; et les opinions, armées les unes contre les autres, oubliaient les dangers communs de la patrie. Aussi, pour éviter d’affreux malheurs, beaucoup d’Israélites vinrent chercher un refuge sous les tentes romaines. Les Chrétiens, encore connus sous le nom de Nazaréens, avertis parles prédictions du Messie sur la ruine prochaine de la cité sainte, sortirent

abesset, antiques duclbus par. Tacite, Hist., ii, 5.

(3) Tacite, Hist., v., 10. Josèphe, de Beltojud., lit, i.

(4) Basnage, avec son scepticisme ordinaire, discute ces prédictions et ccs prophéties; il admet les unes et rejette les autres, quoique, à vrai dire, il n'y ait pas plus de raison pour en adopter quelques uoesque pour les admettre toutes. .Mais Basnage était bien aise de critiquer les prédictions du christianisme; cl il sacrifie la patience de scs lecteurs à une longue discussion sur un passage de Lactauce, relatif à une prédication de saint Pierre, qui annonçait la captivité de Jérusalem. Je n’ai pas plus de crédulité que ba*nagc; mais il me semble que ces discussions sont au moins oiseuses dans le cadre général d'une histoire. La critique élague , mais elle n’ennuie pas par des discussions inutiles.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

de ces murs voués à la destruction , et s’établirent à Pella (I). Ils y préparaient déjà leurs agapes et leurs catacombes, lorsque les premiers corps de l’armée de Vespasien s'ébranlèrent pour envahir les frontières de la Judée.

Cette armée se formait alors sous les murs de Ptolémaïs. Les 5e et 10* légions étaient arrivées dans celte grande cité. Vingt-trois cohortes et une nombreuse cavalerie levées en Égypte et dans la Syrie, étaient réunies sous l’aigle romaine. Neuf mille guerriers, légèrement armés, et six mille Arabes . habiles à manier l’arc, suivaient les rois Agrippa, Antioc' us et Soèrae;el toute cette armée était pleine d’impatience et d’ardeur. Ses chefs avaient l’expérience de la guerre. Titus avait mérité les honneurs du triomphe avant la pourpre des Césars, et les tribuns désignaient Trajan comme le modèle de la fermeté et du courage (2).

I.es terres qu’allaient traverser les armées romaines pour parvenir à Jérusalem, étaient peuplées de villes fortifiées, telles que Lydda, ÉmaQs, Jéricho et Joppé. Jérusalem offrait elle-même de nombreux moyens de résistance : les traditions du Capitole, les fastes militaires de l’empire, rappelaient les longs travaux des légions devant la cité de Solyme , lors du consulat de Pompée; et l’on ne pouvait se dissimuler que la force et la discipline les plus éprouvées ne triompheraient que difficilement de l'ardent fanatisme des Juifs. Vespasien réunit autour de lui les tribuns et les centurions des légions de Syrie, pour délibérer sur l’expédition importante que César confiait à leur prudence et à leur valeur. Dans ce conseil , le tétrarque Agrippa et le roi des Arabes proposèrent d’envahir d’abord la Galilée, alors considérée comme une des portes de Jérusalem. Cet avis fut approuvé par Vespasien, et les légions marchèrent vers Séphoris.

On divisait alors la Galilée en deux provinces, toutes deux environnées de la Phénicie et de la Syrie, leur capitale était Gamala, aussi nommée la vitle des cavaliers , parce que les rois asmonéens, et après eux llérode, avaient coutume d'y envoyer les soldats qu’ils licenciaient. La basse Galilée s’étendait depuis Tibériade jusqu’à Zabulon et Ptolémaïs; et, dans sa largeur, elle louchait

(t) Eufèhc , liv. ni , chap. v. Saint F.piphane auure que ce fut un ange qui avertit les premiers Chrétiens de fuir la Cité de Jérusalem, sur laquelle allaient s'accomplir les malédictions célestes. Epipb. de Ponderibut, n° 14, pag. 171 du lom. Il de ses oeuvres.

(2) Josèphe, de tieüojud,, liv.iu.

(3) C'est toujours dans l'historien Josèphe qu'on trouve ces détails sur la situation des deux Galilée».

(4) Josèphe a écrit lui-mérne l'histoire de sa vie dans un ouvrage spécial ( de FiUi sud ). Scaliger a spirituellement

d’un côté au bourg de Xaloth , et de l’autre à Bersabée; là commençait la haute Galilée, jusqu’au village de tiaca, qui la séparait de la Syrie (5). Ces deux provinces, les plus fertiles de la Palestine, étaient remplies de villes opulentes, et l'Ecriture célèbre plus d’une fois leurs riches campagnes et leurs grasses récoltes. Sur toute le surface de son vaste territoire, la Galilée nourrissait presque tous les fruits à l’envi. La vigne y croissait en abondance à l'ombre de l'olivier et du palmier ; et tout près de Tibériade, suivant l’expression d’un talmudisle, Jéhovah protégeait ta poire qui désaltère le docteur sur tes bancs de l'école , et la pçç/ie^ qui craint le désert. Une terre aussi fertile avakflUiré une population nombreuse : à chaque pas on rencontrait des bourgs et des cités; et si nous ajoutons foi au récit d’un historien, le plus petit de ces bourgs comptait une population d’au moins 15,000 âmes. Celte population était turbulente et guerrière ; et l’on conservait la mémoire en Israël qu’au milieu des dissensions civiles et des invasions étrangères, la Galilée avait toujours gardé une sorte d’indépendance politique.

Les deux Galilées venaient d’être confiées à Josèphe, fils de Mathias , le guerrier historien qui a décrit les derniers malheurs de la nation des Hébreux (4). Dès les premiers jours de la révolte de Jérusalem , le grand prêtre et le peuple l’avaient désigné pour préparer la résistance des deux provinces qui, selon toutes les apparences, verraient, avant toutes les autres, les légions de Rome, et subiraient ainsi la vengeance de César. Josèphe s’était rendu dans Gamala , avait réuni le peuple autour des synagogues, l’invitant par ses paroles à l’union et à la concorde, afin de résister à l’ennemi commun» Par ses ordres, un sanhédrin ou assemblée de soixante et dix vieillards fut chargé d’administrer la haute et la basse Galilée. Dans chaque ville, un conseil de sept juges, choisis parmi les anciens du peuple, dut décider les affaires moins importantes, selon les rites et les coutumes d’Israël. Les villes principales de la basse Galilée , Jotapa , Rersabëe, Jaffa, Taricbée, Tibériade, furent fortifiées , ainsique le mont Itahyrius , et les cavernes profondes qui ne sont pas loin du lac de Gënésa-

fail observer que Josèphe n’est pas un de ce* hommes dont la postérité puisse jamais oublier le nom cl les service» ; il a eu soin d'y pourvoir. Dans ses ouvrages même les plus généraux. Il fait encore plus d'attention à sa personne qu'à son sujet ; et l’on dirait tuéme qu'il n'a traité son sujet qu'à l'occasion de sa personne. Ce défaut n'en e»t plus un dans l'histoire qu'il a écrite de sa vie. On trouvera une notice sur Josèpho et ses ouvrages, dans la partie de celte histoire qui traite de l'histoire littéraire des Juifs.

SIS HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

rcth. Dans la hante Galilée, Josèpbe fil relever les murailles de Jepté, Jamnia el Méro. Ceul mille jeunes hommes, de l’âge prescrit par Jéhovah, prirent les armes, et leurs chefs s’efforcèrent d'introduire sous les étendards de Jérusalem les lois de la discipline et la hiérarchie militaire des Romains (1). Cependant , au milieu de ces efforts généreux pour la cause commune , quelques ambitions privées s'agitaient : l'historien de la guerre sainte a raconté avec un soin minutieux tous les obstacles qui s’opposèrent à ses patriotiques desseins. Des chefs s’élevaient à ses côtés pour lui disputer le potnoir; les factions ensanglantaient les cités et les provinces, el ce qui indique bien l'état des esprits et des opinions dans ces malheureuses contrées , c’est qu'au milieu des calamités de la patrie , Jean de Giscala tournait les armes de la multitude contre Josèphe, qui devait commander dans la Galilée, au nom des pontifes de Jérusalem, tondis que Simon, fils île Gioras , pillait les hourgs et livrait aux flammes le champ des sacrificateurs et des lévites (2).

Au bruit de ces discordes déplorables , les vieilles légions de Vespasien, sorties de Ptolémaïs, s’avançaient sur les frontières de la Galilée. L'aspect majestueux de cette marche militaire frappait en même temps «le respect et de crainte. Josèphe a décrit lui-même les impressions qu’il éprouva, lorsqu’il \ il pour la première fois les légions déployées au delà de Ptolémaïs. » Les troupes auxiliaires,

« dit-il, s’avançaient les premières : couvertes « d'armes légères, elles devaient, avec la hache et u la lance, visiter les bois et prévenir les embusu cades ; dix soldats , choisis dans chaque centurie,

« les suivaient immédiatement*, ils étaient chargés « de déterminer l’espace des camps et de les con- « struireà la hâte. Vespasien marchait ensuite avec u les cohortes de cavalerie et deux légions; on rou- » lait, derrière ce corps de bataille, les machines « de guerre, autour desquelles les centurions et « les Irihuns avaient groupé les pionniers. Ensuite « brillait l’aigle romaine, celle aigle que les Césars

(I) La discipline des troupes juives el leur organisation régulière furent un projet difficile dans tous les temps. Josèphe a décrit lui-méme les obstacles qu’il rencontra , liv. ni, de Bel/ojud., i. Comparez en même temps l'exacte discipline que Vespasien établit parmi les légions el les soldats auxiliaires. Suétone, /'espasien , 4.

(9) Ces querelles de l'ambition tiennent une grande place dans le récit de Josèphe, et surtout daus l'histoire du sa vie. Avec le caractère de cet historien , il est naturel que des ambitieux qui lui disputaient l'autorité , el une faction qui lui refusait la capacité de commander, pussent occulter son attention, et lui paraître des circonstances trèsgras es , dignes d'étre transmises h la postérité, parmi les exemple» île l’ingratitude de» peuples. Comparez Jo-

« ont choisie comme symbole de celte puissance « qui domine toute la terre : les autres enseignes » glorieuses pour lesquelles les légions ont des « autels, étaient portées à ses côtés; mais l’aigle « d’or planait encore au-dessus d’elles; tout le « corps d’armée les suivait en ordre, les soldats u marchant six de front ; les bagages étaient pro- « tégés par une cohorte de cavalerie (3). »

L’aspect seul de ces formidables légions porta l'effroi parmi les soldats juifs que Josèphe avait réunis pour combattre ; ces soldats se dispersèrent dans les campagnes , et , la tète couverte de cendres, ils annoncèrent aux Israélites que toutes les forces du cruel royaume d'Édom s’avancaient contre eux ; que les hommes eussent à se préparer à la mort , tandis que les filles d’Israël seraient traînées captives dans la nouvelle Rahylone. Quelques débris de celte armée se retirèrent avec leurs chefs dans les villes fortifiées. Pendant ce temps , les légions arrivaient devant Gadara;el quoique les habitants de celle cité n’eussent opposé qu’une faible résistance (4), ils furent mis à mort ou vendus aux marchés publics. Dans une lettre que Vespasien adressa à Néron pour lui annoncer les premiers succès des armes romaines , u il lui présente ces rigueurs militaires comme île justes représailles , et un sacrifice agréable aux mânes des vétérans que les Juifs avaient égorgés dans la forteresse Antonia, au mépris d’une capitulation solennelle. »

De Gadara , les légions s’avancèrent vers Jolapa, le bourg le plus important de la Galilée. Jolapa , situé à quelque distance de Tibériade, est bâti sur un roc escarpé environné de vallées profondes (5). Le côté du septentrion, le seul accessible, avait été mis à l’abri d'une attaque soudaine par de nombreuses fortifications. L'historien Josèphe , que les vieillards avaient élu capitaine du peuple, el quelques troupes d’Israélites, s'étaient réunis pour défendre le boulcrard de la Judée , comme les traditions appellent celle cité. Le 20 mai , l’armée romaine parut au sommet de la montagne , se dé-

sèphc , de Vilà sud, el de Bet/o jud. , liv. ni, 2.

(3) Tou* le* modernes conviennent que les détails les plus curieux sur l’organisation de la légiou , sur l’art des siégea depuis le règne de Néron, se trouvent dans Josèphe : je ne sais même pas si Polybc cl Végèce . pour d'aulres époques, sont plus cureux cl peuvent offrir des détails aussi précis. Le Beau, Gibbon, le chevalier Folard, dans ses Commet ttalres sur Polybe,GuiK\i*rtiiiint ses Mémoires militaires, ont souvent emprunté des notions intéressantes à Josèphe.

(4j Crevier dit que Gadara fut emportée d’emblée , liv. vi de son Histoire des empereurs.

(5) Josèpbe consacre près de trente pages à la description du siège de Jolapa, liv. ut . J'ai cherché J réduire son pro. iixe récit, sans rien omettre d’essentiel.

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ployant du côté du nord. Tout aussitôt le retentissement de la trompette donne le signal de l’attaque ; les légions s’ébranlent ; Titus et Trajan se précipitent vers les murailles, persuadés de la victoire. Les Juifs résistent à leurs efforts : du haut des tours, ils font pleuvoir une grêle de traits et des métaux fondus sur le toit impénétrable que forment les boucliers des vétérans. Départ et d’autre, les chefs animent les soldats; et tandis que , dans ses exhortations guerrières, VeSpasien rappelait les victoires récentes des armées romaines , l'historien Josèphe racontait les merveilles de Jéhovah au temps de Moïse et de Josué. Après des exploits inouïs, Vespasien ordonna la retraite, et les légions rentrèrent dans leur camp. Le peu de succès de cette attaque trop prompte commanda la prudence. On résolut de commencer un siège régulier (1). Bientôt s’élevèrent ces immenses terrasses, prodige de la patience des Romains , et ce fatal bélier, qu'un talmudisle compare à l’épée de l’ange exterminateur (2). Jotapa , comme cerné au milieu des camps, paraissait une cité entourée de cités. Les vivres étaient en abondance ; mais les citernes et les puits n'olfraient plus de secours à l’Israélite mourant de soif. Rendant plusieurs jours , le dévouement de quelques hommes courageux pourvut aux besoins des habitants. Non loin de la ville était une source d’eau pure qui se perdait dans un bois de palmiers et de sycomores et qui avait échappé à la surveillance attentive des Romains : lorsque la nuit avait répandu son voile épais sur les campagnes, quelques Israélites adroits se couvraient de peaux d’animaux fraîchement dépouillés, et, traversant les défilés et les bruyères à la manière du chien des montagnes, allaient remplir des vases d’eau qu’ils transportaient dans la ville. Des cavaliers arabes s’aperçurent de ce stratagème , et cette dernière ressource fut enlevée aux Israélites. Alors tout fut dans la désolation. » Qui peut résister aux ardeurs de la soif ? s’ecrie à celle occasion un pieux rabbin. O Jéhovah ! pourquoi tes rochers sont-ils aujourd’hui stériles? Que fait la saveur de l’agneau et des herbes amères de la pâque à celui dont les lèpres desséchées cherchent la cruche d’eau et la pèche de Damas? » Réduits au désespoir, les Juifs se précipitèrent plusieurs fois sur le camp des Romains ; autant de fois ils furent repoussés. Sur ces entrefaites, un transfuge vint annoncer à Ves-

(I) Ctovier dit que Vespasien avait i'espéranee de mater par (a disette d'eau t* opiniâtreté des assiégés .

(2j Chaque légion traînait à ta suite dix machines de guerre d’une extrême hauteur, et cinquante-cinq d’une moindre dimension. Elles lançaient, selon la position et le besoin, des pierres el des dards, t'oyez l’intéressant traité du chevalier Foiard sur les machines de guerre des Romains,

| pasien qu’à la deuxième heure, les Israélites, accablés de fatigue, prendraient quelque repos sous le toit des maisons et dans le lit de t'épouse. Aussitôt des ordres sont donnés. Au signal des tribuns, les légions sc réunissent en silence. La nuit était sombre; un brouillard épais couvrait la ville et le camp : on s’avance jusqu’au pied îles murailles sans éveiller la vigilance des sentinelles ; des échelles sont dressées; le soldat s’élance à leur sommet, et les Juifs se réveillent aux cris de triomphe où se mêlaient les noms de César, de Rome el de la victoire. Tous les Israélites capables de porter les armes reçurent la mort , tandis que leurs filles et leurs femmes, captives, furent destinées aux marchés de l’Italie (3).

Dans ce grand desastre, Josèphe , qui commandait à Jotapa, avait cherché lin refuge avec plusieurs de ses frères dans les citernes et les canaux qui se prolongeaient sous la cité : l’entrée de ces vastes souterrains n’était connue que des prêtres et des Israélites zélés pour la cause nationale. Rendant quelque temps l’historien et ses compagnons vécurent d’aumônes que la piété des femmes d’Israël avait recueillies ; mais Vespasien ayant promis une forte récompense à celui qui découvrirait leur retraite, des révélations furent faites , cl bientôt on connut le lieu qui les dérobait aux recherches des vainqueurs.

Durant les longueurs du siège et les périls d’une attaque glorieuse, les soldats romains n’avaient pu se défendre d’un sentiment d’estime pour le chef qui, avec si peu de ressources, avait su résister pendant si longtemps aux forces de la république. Quoique naturellement enclin à la sévérité, Vespasien avait une âme généreuse, et dans ses conseils siégeaient Titus et Trajan , modèles de clémence et d'humanité. Il ordonna d'épargner Josèphe, qu'il destinait d’ailleurs à orner son triomphe, et à prendre place, dans la voie Appienne, parmi les chefs des nations vaincues. Un tribun reçut l’ordre de lui promettre la vie sauve, ainsi qu'à ses compagnons, s'ils consentaient à venir dans le camp de Vespasien. Josèphe accepta celte proposition du vainqueur; mais tandis qu’il se préparait à suivre le tribun, ses compagnons s’écrièrent : « Il est écrit qu’il vaut mieux subir le glaive d’un idolâtre que ses bienfaits. Périssons dans ce triste réduit, plutôt que de devoir nos jours aux cruels enfants

dans ion Commentaire sur Potybc, lom. Il, pag. 233-290. Foiard , qui se passionne pour le système militaire des Romains, préfère ces machines aux canons el aux mortiers des temps modernes.

(3) Le siège de Jotapa dura sept semaines ; Vespasien y fut hlesié el trente mille Juifs y périrent. Josèphe, de

| Belto jud.t lib. iii, cap. vm.

«lu royaume d'Édom. « Vainemeul Josèphe invoquai il les plus beaux préceptes «le la philosophie contre l’homme qui attente à son existence ; scs compagnons demnntlèrenl la mort avec un tel enthousiasme, qu’il fut obligé de se soumettre à la loi commune. On convint que le sort désignerait la première victime qui serait frappée du glaive , et qu’ainsi successivement chacun «les Israélites tomberait sous les coups de ses frères jusqu'au dernier qui, demeuré seul, se frapperait lui-même; vingtneuf succombèrent sous le fer meurtrier. Josèphe survécut à celte scène sanglante. Le hasard Payant réservé pour le «lcrnier sacrifice, il réfléchit longtemps s’il se donnerait la mort, et, suivant son récit, quelques pieuses idées , les maximes philosophiques de Platon , triomphèrent de ses serments patriotiques ; il préféra la vie et se plaça sous la protection de Vespasien (1).

Tandis qu’on «lelibérait dans le c:tmp si l’on enverrait Josèphe immédiatement à Rome ou s’il suivrait les légions romaines pour éclairer leur marche et servir leurs desseins, celui-ci se présenta sous la tente de Vespasien , couvert de la tiare «les pontifes et des ornements du sacerdoce; alors, élevant la voix, il s’écria d’un ton solennel (â): « César! pourquoi m’envoyer à Rome? Pourquoi veux-tu que j’adore une majesté qui n’est pas la tienne? Vespasien , je te salue Auguste; je vois déjà la pourpre et les lauriers «le l’empire briller sur ton front. Le Capitole t’appartient, et le monde romain se gouvernera sous tes glorieux auspices. » Ces paroles indiscrètes , prononcées en présence «les centurions et des tribuns , inspirèrent à Vespasien une secrète terreur : Néron régnait alors; et le tyran de Rome , qui, dans ses tristes soupçons, frappait les sénateurs et les chevaliers accusés «le consulter les entrailles «1«*$ victimes ou de solliciter les oracles sur ses destinées , u’eûl pas manqué de livrer au licteur celui que la superstition publique et la voix solennelle des prêtres d’Orient présentaient comme son successeur à l’empire. Vespasien menaça «loue le prêtre de Jéhovah d’une sevère punition pour son adulation séditieuse, et lui ordonna, en présence des légions assemblées, de respecter désormais la majesté légitimé de Néron , le dernier rejeton du divin Auguste. Cependant , comme il n’elait pas exempt de crédulité et d’ambitiou , les

(1) Ployez tout ce que dit Josèphe »ur \' estime qu'il avait inspirée aux chefs et aux soldats romaius, liv. m, cbap. vin.

(9) La prédiction de Josèphe à Vespasien , qui pourrait logiquement s'expliquer par les simples combinaisons d'une prévoyance commune el la situation de l’empire romain ju moment où elle fut faite, a été l'objet de plus-eursdissertations critiques; j'ai distingué cellequi porte ce litre: Ceorg.

paroles de Josèphe , que confirmaient d’aulres oracles encore récents, firent une impression profonde sur son esprit. Longtemps après que Vespasien eut pris la pourpre, on racontait celte prédiction au milieu de Rome, et Tacite, en «lëcrivant les présages qui annoncèrent l’élévation du nouvel Auguste à l’empire, ne manque pas de rappeler l'oracle du Carmel (3) et les paroles d’un pontife qui habitait non loin de Jérusalem.

La prise «le Jolapa rendant l'armée romaine maîtresse de la Galilee, Vespasien visita encore une fois Ptolémaïs, où il réunit toutes les forces naguère arrivées d'Égypte. Il laissa «leux légions à Césarée; deux autres furent placées à Scythopolis, tandis qu’une cohorte «le cavalerie s'avançait en toute bâte versJoppe pour hsurprendre.Ses habitants s étaient rendus célébrés par leurs pirateries ; leurs flottes hardies parcouraient toutes les mers, el plus «l’une fois elles avaient inquiété les vaisseaux qui, chaque année, transportaient le blé «le l’Egypte aux rivages du Tibre. Lorsque les habitants aperçurent la cohorte romaine, ils se réfugièrent sur leurs navires el gagnèrent la mer; mais à peine approchaient-ils de l’isthme «pie les malheurs d’Andromède ont rendu célèbre, qu’ils furent assaillis par une effroyable tempête. Ces vaisseaux, qui portaient la cité tout entière, se brisèrent contre les rochers du rivage; cl les malheureux que la tempête avaient épargnés, furent impitoyablement massacrés par les Arabes du «léserl, troupes auxiliaires de l’armée de Vespasien. Sur les débris de Juppé, bientôt une tour s’éleva. Deux centuries de vétérans furent chargées de veiller à la sûreté de ces |«arages , et particulièrement à ce que les pirates ne pussent plus se réfugier dans leurs retraites inaccessibles.

Vespasien établit les camps d’hiver pour son armée dans la têtrarchie d'Agrippa ; el ce prince , indigne descendant des sacrificateurs, qui n’avait poiul quitté les tentes des Romains durant toutes les expéditions militaires contre son antique patrie, s’empressa d’offrir aux protecteurs de son autorité naissante, les jeux publics de la Grèce et les pompes du cirque. Au printemps, les légions s’avaucèrent de nouveau vers la Judée; une cohorte de cavalerie s’empara de la montagne d’Itahyrius, protégée par de fortes murailles; deux légions détruisirent Giscala en Galilée, tandis que Vespasien,

Olear. de Faiklnlo Josephi, 1736. Schudt, dam l'ouvrage que j'ai déjà cité, discute ce point avec toute la foi d'uu catholique. Basnagc refuse tout à fait à Josèphe la qualité de prophète, liv. i, cbap. xix.

(3) Comparez, sur l'oracle du Carmel, el en général sur la prédiction deJosépbe, Suétone, in f'etpat., v; Tacite, Histor., lib. n, 78, et la dissertation de Schudt, dans ton Hisl. de Juifs, cbap. v.

Titus et Trajan marchaient vers Gamala. Gamata était située sur le lac de Génézareth , à l’opposé de Tarichée : elle portait aussi le nom de Damel ou chameau, à cause de sa situation; car, suivant l’expression d’un talmudiste, elle formait une sorte d’élévation sur une montagne, et c’est pourquoi les Arabes et les pasteurs lavaient souvent comparée au chameau du désert. Protégée par sa position et le fanatisme héroïque de ses habitants, Gamala résista pendant plusieurs mois à toutes les forces romaines. Vespasien et Titus furent blessés durant un siège meurtrier î à la fin la ville succomba; la citadelle qui la défendait, escaladée à la faveur d’un tourbillon de sable que le vent du midi soulevait, éprouva le même sort. Il ne restait plus d’obstacles qui pussent arrêter la marche des légions sur Jérusalem ; toutes les villes importantes avaient été prises , beaucoup d’autres avaient fait leur soumission; et Vespasien ne pouvait plus trouver de résistance sérieuse qu’au pied des murailles de la ville sainte. Au moment où les centurions et les tribuns donnaient ordre de lever le camp et de déplacer les autels militaires, des nouvelles arrivées de Rome suspendirent la résolution des chefs et des légions (1).

Néron venait de se dérober, par une mort volontaire, à l’indignation publique. Avec lui s'éteignait la famille d’Auguste, chère au peuple et aux soldats. Galba, vénérable vieillard, avait été salué par les vétérans de l’Espagne; il était arrivé victorieux à Rome , où son intégrité avait conquis le sénat, et sa rigueur envers la légion de la marine avait étonné plus encore que dompté les prétoriens, troupe faible et turbulente. Vespasien avait servi sous Galba dans la province d’Afrique , et conservait pour sa personne ce long respect que laissait dans l’âme du soldat la discipline romaine : la plupart des armées s’empressaient de reconnaître l’autorité du vieil empereur, et les légions de la Judée paraissaient elles-mêmes disposées à le proclamer selon les usages militaires ; Vespasien résolut donc d’envoyer Titus à Rome pour offrir sa soumission à Galba et l’obéissance fle l'armée de Syrie et de la Palestine. II sollicitait en même temps des honneurs pour son fils : quelques-uns le soup-

(1) Tacite, Hlstor., lib. il.

(3) Titus respasianus è Judea, Incoluml adhue G al bd, missus à pâtre , causant profeclionis, ofllcium erga principem et maluram petendis honorlbus juventam fere bat; sed vu/gus fingendi avidum, disperserai accitum in adoptioncm : materla scrmonibus senium et orbilas princlpiset intemperantiacivilatis, donec unus eligatur multos destlnandl. Tac., liv. ».

(Z) De Bell.jud., lib. ni. Voici comment s'exprime Basnage, liv. », chap. lit, sur Bérénice : « Bérénice oc laissait

CA rCFIOUE.

donnaient même d’avoir voulu attirer sur le jeune Titus, que scs vertus militaires distinguaient de la foule des sénateurs et des chevaliers, la faveur d’une adoption que le vieux Galba ne pouvait longtemps retarder (2). Titus était alors à Ptolémaïs. Dans les loisirs des fêtes publiques, il avait contracté de tendres liens avec la reine Bérénice, sœur du tétrarque Agrippa, comme lui de la famille des Asmonéens. Élevée dans Jérusalem, Bérénice s’était unie dès l’enfance à Hérode, son oncle, roi de Chalcide. Josèphe. qui avait vécu longtemps auprès d’elle, nous la peint comme une pieuse princesse , aveuglément soumise aux prescriptions de Jéhovah (3). Lorsque Jérusalem se révolta contre Cestius et secoua l’autorité de César, Bérénice était dans la ville sainte pour célébrer la pâque, et les rabbins louent son attention à s’abstenir des viandes défendues et à remplir les ablutions prescrites par la loi : à Rome, cependant, on assurait que des liens criminels l’unissaient au tétrarque Agrippa son frère; et Juvcnal, dans une de ses plus sombres satires, nous parle « du diamant fameux devenu « plus précieux au doigt de Bérénice; Agrippa « l’avait reçu autrefois d’un barbare et donné à son « incestueuse sœur, dans ce pays où les rois célè- « brent le sabbat d’un pied aviné, et conservent « une antique indulgence pour les vieux porcs (4).» Bérénice possédait un esprit cultivé, et plusieurs fois Vespasien lui -même n’avait pas dédaigné ses avis pour la conduite de ses armées dans la Palestine. De plus tendres sentiments l’unissaient à Titus; elle aimait le jeune tribun; et lorsque Vespasien lui confia la mission de saluer l’autorité naissante de Galba au milieu de Rome, Titus se sépara difficilement de la sœur d’Agrippa. II était dans l’Achaïe, lorsque des révolutions nouvelles changèrent encore une fois la situation de l’empire.

Galba ne régnait plus. Ni la sévère justice de son gouvernement , ni l’adoption de Pison , issu des antiques familles de Rome, ni les formes républicaines rajeunies , n’avaient pu sauver son pouvoir des caprices du soldat; les prétoriens avaient salué Othon, jeune voluptueux, naguère favori de Néron, tandis que Vilellius, revêtu de la pourpre des

pas de faire la dévote. On dit que les femmes qui ont le cœur tendre pour les bommes, se tournent plus facilement du côté de Dieu. Bérénice, dont toutes les passions étaient fort vives, se fil raser, etc. »

(4) ... Dcindc adaraa» noilislmiu et Bérénices

la dlRlto factus pretloslor . hune «ledit ellm Barbants, Inicilx dédit buuc Agrippa sorori , Observant ubi testa me ru pede sabbata reges,

Et velus induigcl scnlbus ciemeutia porc.*.

JOVBJt a, In/.'Vl, vert I5G.

Ïi22

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Césars par les armées demi-barbares de la Germanie et de la Gaule , s’avançait è marches Forcées sur Tltalie. Titus, en apprenant ces nouvelles, suspendit son voyage : il devait se prononcer entre Othon et Vitellius, également méprisés, et un secret pressentiment lui avait révélé la grandeur future de sa famille ; il se détermina donc à retourner auprès de son père. « Quelques-uns prétendent , dit Tacite, que son amour pour la sœur d'Agrippa ne fut point étranger à cette résolution : à la vérité , il ne haïssait point Bérénice ; mais cet amour ne le détourna jamais de ses devoirs; et s’il passa sa jeunesse au sein des plaisirs , sa propre raison , plus encore que l’autorité de son père, sut le retenir dans de justes bornes. » Titus visita les lieux les plus célèbres de la Grèce et de l'Asie Mineure, les Iles de Chypre et de Rhodes, et, débarquant dans la Syrie, il vint consulter l’aruspice célèbre de Paphos (1). Tandis que les pontifes lui promettaient encore le laurier des Césars et la robe consulaire , il apprit que les légions de la Palestine avaient salué son père du nom d’Auguste et d'empereur.

Lorsque Vespasien connut la triste fin de Galba et le triomphe des prétoriens . il crut devoir suspendre ses opérations militaires dans la Judée. Après avoir ravagé les environs de Jérusalem et s’êlrc empare de toutes les positions difficiles, il vint placer ses tentes autour de Césarée. attendant que le sénat eût prononcé sur l’empire du monde. Mais les légions de la Syrie murmuraient hautement contre le privilège que s’attribuaient les prétoriens, tourbe oisive de Rome, et les soldats demi-barbares de la Germanie, de donner un empereur aux citoyens et aux autres armées. « Galba méritait le respect « par ses services ; mais que pouvaient inspirer un « Othon perdu de dettes, un Vitellius qui avait sous* « sa tente plus de cuisiniers que de soldats? » Des groupes se formaient dans Césarée. Les vétérans montraient leurs blessures, rappelaient leurs services : devraient-ils désormais les consacrer à un Vitellius? On parlait de la gloire qui rejaillirait sur les légions de la Syrie et de la Palestine , si elles proclamaient un empereur dans leurs rangs. Les centurions exaltaient les vertus et les services de Vespasien et de son fils. Dès ce moment, plus de retard : on court à sa tente que l’aigle d’or distingue parmi toutes les autres; on le prie, on le presse d’accepter la pourpre ; il la repousse par la pensée des dangers ou par une feinte modestie. Quelques vétérans tirent leurs glaives et le menacent;

(1) Tacite, Hlst , lib. u, cap. n.

(2; Cou» parez Josèphe, «pii eit très-détaillé turl'élévaüon de Vespasien, de Bell. jud., lib. v, cap. X. Suéloue, in yctpas.y cap. vi, cl Tacite, UUt., lib. i, iv,47.

leurs murmures ne permettent plus un refus. Vespasien accepte le litre d 'imperator ; et bientôt l'Égypte , l’Asie romaine , Mulianus et les légions le reconnaissent pour successeur du divin Auguste (2).

Titus arriva assez à temps dans Césarée pour assister aux solennités de l’élection nouvelle. Si nous ajoutons foi au récit de Josèphe, Vespasien , dans ces pompes militaires , attribua au Dieu du ciel les grandeurs que les légions faisaient reposer sur sa tête. Se souvenotit alors des prédictions du prêtre juif, il le fit appeler sous sa lente , et déclara, en présence de ses soldats, qu’il ne pouvait plus retenir dans la captivité celui qui lui avait prédit les honneurs de la pourpre : tout le camp applaudit à ces intentions généreuses ; et cette circonstance donna une si haute idée de la sagesse de Josèphe , qu’il n’y avait personne qui ne fût dispose à ajouter foi è ses révélations. Vespasien ne perdit point de temps dans le vain appareil de ses pompes nouvelles. Par ses ordres, Mulianus marcha vers Rome à travers la Cappadoce et la Phrygie; Antonius Primus s’avança contre Cécina avec les légions de la iMœsie ; et, avant de partir lui-même, Vespasien chargea Titus, qui l’avait accompagné dans Alexandrie, de suivre l'importante expédition de Judée et de marcher sur-le-champ vers Jérusalem (3).

L’antique capitale d'Israël , quelque temps délivrée des terreurs d’un siège à la faveur îles guerres civiles qui agitaient l’empire, s’élâit elle-même précipitée dans les désordres et les divisions publiques. Lorsque les provinces de l'Orient eurent reconnu l’autorité de Vespasien, le grand prêtre Ananus et le parti des hommes modérés demandèrent avec instance que la cité sainte et le temple de Jérusalem fissent leur soumission au nouveau César, et qu’on cherch.1t ainsi à calmer, par une adhésion spontanée, l'irritation naturelle qu’avait fait naître parmi les soldats romains la longue résistance de la Judée : ruais la populace , qui se plaît toujours au milieu du tumulte, les zélateurs et les sicaires, étaient loin de reconnaître cette nécessité, et, proclamant une indépendance qui devait être fatale à Israël , menaçaient d’une ruine prochaine l’empire d'Édom agité et les princes divisés de la nouvelle Babylone. Irti lutte des opinions , toujours déplorable même dans les temps calmes , avait pris dans ces jours d’orage le caractère violent des guerres civiles. Les zélateurs et les sicaires ne se contentaient pas de piller le trésor public , de se partager les dépouilles des Israélites qui n’adoptaient pas leurs doctrines et leurs folles espérances, mais ils retenaient dans

(3) Josèphe, de Bell, jud., lib. v, cap. xiv. Tacite dit : Ij/ilur validisiimam cxcrcitùs parlent Tito tradit , ad reliqua judaici belli perpetranda. Histor. , lib. iv , cap. li.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE les fers 011 conduisaient au supplice les hommes les plus sages de Jérusalem, sous le prétexte qu’ils favorisaient par leurs actions, ou au moins par leurs vœux criminels, le triomphe de la cause romaine. Le temple même ne fut point à l’abri de leurs violences : « Ils osèrent outrager Dieu, dit Josèphe, en entrant avec des pieds souillés et des âmes criminelles dans le sanctuaire du saint des saints (1). »

Tant que les zélateurs et les sicaires n'avaient fait que dé|>ouiller les riches et persécuter les classes supérieures, qui inspirent toujours dans les sociétés une secrète jalousie, la multitude, souvent complice de ces désordres , avait applaudi : mais le peuple de Jérusalem, à travers des révolutions malheureuses , avait conservé un respect profond pour ses prescriptions religieuses ; et lorsque le grand prêtre Ananus, chassé du temple par les zélateurs et les sicaires, vint annoncer, la tète couverte de cendres, que le sanctuaire avait été violé par des hommes profanes, et que le sang avait coulé sur le parvis, la multitude , qui s’était jointe naguère aux séditieux pour prendre part à leurs excès, se leva tout entière pour les combattre. Chose déplorable et unique dans les annales d'Israël ! le temple fut alors assiégé par le souverain pontife, les sacrificateurs et les lévites expulsés de la maison sainte; les zélateurs et les pharisiens d’un côté, les sacrificateurs et le peuple de l'autre, se disputèrent les enceintes sacrées (2) ; « et dans ces lieux où Israël n’avait vu jusqu’alors que de pieuses offrandes , l’agneau de la pâque et les colombes de purification , on n’apercevait , selon les expressions d’un commentateur de la Mischna, que des épées et des bâtons, tandis que l’horrible sifflement de la pierre et les cris des blessés avaient succédé aux chants d’allégresse et aux hymnes de reconnaissance. »

Le nombre des assiégeants s’accroissait à tout instant, et les flots de peuple sc pressaient déjà autour de la seconde enceinte. Les zélateurs ne pouvaient longtemps résister aux efforts de Jérusalem soulevée par les pontifes, lorsque Jean, du bourg de Giscala, l’un des chefs des sicaires, proposa d’appeler dans le temple les Idiiméens, ces anciens ennemis d’Israël, et qui habitaient non loin du désert. Durant les guerres contre les Romains , les Muméens avaient quelquefois prêté leur secours à la cité de David et de Salomon, et l'intérêt impérieux d’une défense commune avait ainsi rap-

(I) L'histoire des dissensions qui divisaient Jérusalem et de la lutte des partis a été tracée avec beaucoup de détails, et quelquefois avec philosophie , par Basnage , liv. i, ch. vi. Tacite dit : In duat factione scivitas dftcrssit. doncc, propi nquantibut Romanis, betlum externum c oncordiam pareret. Uni., lib. v, cap. su.

(4) Josèphe, de Bello jud., lib. iv.

proché deux peuples que leurs traditions et leurs lois éloignaient l’un de l'autre (3) : mais dans leur alliance, quelle que fût la cause qui l’eùl amenée, il s’élait toujours mêle quelque chose de celte haine religieuse, de ces ressentiments héréditaires qui avaient animé leurs ancêtres, i^es lduméens acceptèrent donc avec joie une proposition qui les rendait maîtres de Jérusalem, en même temps qu’elle favorisait les discordes civiles au milieu d'une cité rivale. Plus de vingt mille cavaliers se trouvèrent en peu de jours réunis autour de ses murailles, prêts à soutenir la cause des zélateurs et des sicaires. Vainement le grand prêtre Ananus, et Jésus, le plus ancien des sacrificateurs , cherchèrent-ils a les détourner d’une entreprise funeste pour tous les peuples de la Palestine , cpie menaçait la vengeance prochaine des Romains. Leurs paroles se perdirent dans les airs , et les lduméens n’en persistèrent pas moins à soutenir la cause de leurs nouveaux alliés. A la faveur d’un orage terrible qui couvrait Jérusalem comme d’un voile de deuil , au milieu des éclairs et de la foudre, les portes leur furent ouvertes. Plus de quinze mille guerriers, ennemis des Juifs , entrèrent dans le temple , et leur haine fut si grande contre les habitants de la sainte cité, qu’on compta le lendemain , sur la place publique, huit mille cinq cents Israélites qui avaient péri par le glaive. Dlns les jours qui suivirent cette nuit déplorable , les lduméens livrèrent au pillage les maisons des riches et des sacrificateurs ; leur fureur s’adressa surtout aux prêtres de Jéhovah : le souverain poulife Ananus fut frappé dans les rues de Jérusalem , et Zacharie , fils de Barulh, de l'illustre race des prophètes, subit une sentence de mort, sur l'accusation incertaine d'avoir voulu livrer la ville de Salomon à Vespasien et aux légions romaines. Tristes spectateurs de ces scènes de désordre , beaucoup d'habitants paisibles quittèrent leur demeure, la maison , le puits et l'amandier des ancêtres , pour chercher un refuge dans les villes soumises à la police tics Romains. Les Iduméens eux-mêmes, fatigués de servir les «ombres haines des zélateurs , abandonnèrent Jérusalem; et les partis, ainsi livrés à leurs propres forces, se trouvèrent encore en présence les uns des autres.

Pendant ce temps, Titus réunissait dans Alexandrie les légions destinées à la nouvelle expédition de la Judée (4) ; tout ce pays, sauf la capitale, avait

(3) Chébron était la capitale de l’Idumée. Les traditions rapportaient qu'Abraham y fixa sa demeure quand il eut quitté la Mésopotamie. Au temps de Josèpbe, on y voyait encore des inscriptions gravées sur le marbre, qui rappelaient ces événements de l’histoire juive. Josèphe, Bello jud., lib.iv.

(4) Tacite, Hlst , lib. v ; Dion. Cass., Ub. ixvi ; Suétone, in TU., $ 14.

clé soumis par Vcspasien , cl la ville sainte était comme cernée par les garnisons romaines. Tilus avait appris par des transfuges l’état des partis dans Jérusalem, et, en chef habile, il ne pressait point le départ des légions , pour laisser se poursuivre et se développer ces guerres intestines qui fatiguaient le fanatisme religieux et l'enthousiasme patriotique des Israélites : on savait d'ailleurs que les partisans des Romains s'augmentaient tons les jours dans Jérusalem ; et les tribuns qui commandaient à Joppc, Ptolémaïs et Ascalon, avaient mandé qu'une multitude de Juifs de toutes les conditions cherchaient un abri sous la protection des aigles victorieuses contre les orages de la guerre civile. Ce ne fut donc qu’aux ides de février que Tilus annonça aux soldats qu'ils eussent à se tenir prêts à marcher vers Solymr. De pareils ordres furent aussi expédiés aux légions de la Syrie; cl l’armée tint se réunir tout entière à Césaree , où l'avéneraent de Ycspasicn serait célébré.

Titus partit d’Alexandrie avec deux légions : la troisième et la vingt-deuxième, naguère armées de la Rrelagne;il suivit la route de terre versNicopolis: là il embarqua scs soldats sur de longs bateaux ; et descendant le cours du Nil , du côté de Mcndrssine et de Thamnis, il vint aborder à Thaois sur la roule d'Uéraclée. Les légions virent ensuite Péluse ; au delà de Péluse, le désert, et le temple de Jupiter Cassius, où elles placèrent leurs tentes. Elles laissèrent de côté l’aride Oslracine , comme perdue au milieu des sables, et Ilbinocolurc, célèbre par ses oratoires d’Isis; dans les ides de mars, elles se trouvèrent à Raphia , la première ville de la Syrie sur cette frontière ; et , traversant rapidement Ascalon, Jamnia et Joppé, elles arrivèrent à Césarée, rcodez-vous général de l’armée romaine. Autour de celle cité venaient de se réunir les trois légions qui avaient servi, sous Vcspasien, dans la dernière guerre de Judée : la 12* brûlait d’une noble impatience de venger la défaite de Cestius , cl ses aigles voilées ne brillaient plus des lauriers de la victoire ; les rois Agrippa et Sohème avaient conduit leurs cavaliers agiles et de nombreuses troupes auxiliaires. On voyait, dans cette multitude, trois mille soldats syriens, troupes efféminées, mais qu’une haine antique attirait sous les murs de Jérusalem, et contre ce temple où l'encens ne brûlait pas pour t enus , protectrice de la Syrie (1).

Après avoir célébré l’avénement de Vcspasien,

(1) Josèphc, de Bcllo iud., lib. iv, cap. uii; Tacite, llist. , lib. v , cl Ici dissertations de fiaioage , tir. i , «h. vin.

(S) D'après des calcula faciles à établir, on peut fixer l'arrivée de Tilus devant Jérusalem â peu près vers les

Titus annonça le départ pour Jérusalem. La 5* légion devait s’avancer par Emmatls ; la 10e fut dirigée sur Jéricho, tandis que Tibère-Alexandre devait envahir la Judée par les frontières de la Syrie. Titus prit la route de Samarie, Gophna, Acanlho-Naulona, et vint camper près du village nommé Gahalh-SaUl , ou colline de Saül. La h* légion vint réunir ses aigles aux siennes ,en même temps que la 10* plaçait ses tentes à six stades de Jérusalem , vers la montagne des Oliviers (2).

La ville sainte parut alors dans le lointain aux regards de Titus cl des soldats de Home. Jérusalem est bâtie sur deux montagnes séparées par une vallee remplie de maisons. La partie de la cité qui est construite sur la montagne la plus élevée et la plus rapide prend le nom de ville haute ; c’est là que brûlaient le temple et la forteresse Anlonia. La ville basse est assise sur l'autre montagne que les enfants d’Israël ont appelée Acra , et dont la pente plus douce est égale de tous les côtés. Jérusalem , ses maisons carrées , ses galeries et ses sycomores chantés par les prophètes , étaient entourés d'une triple muraille. La première enceinte , ouvrage antique de David et de Salomon , commençait à la tour d’Hippicos , continuait du côté de l’orient vers le palais de marbre où s'assemblaient les vieillards et les sages , et allait finir au portique du temple. Du côté de l'occident, elle s’étendait vers Betso, jusqu’à la porte des Esséniens ; de là , tournant au midi, elle passait au-dessous de la fontaine de Siloé, de l’étang de Salomon, et venait encore aboutir aux portiques; la seconde enceinte touchait tout à la fois à la porte de Gcnath et à la forteresse Anlonia; la troisième enfin, ouvrage tout récent du tétrarque Agrippa , prenait encore a la porte d’Hippicos, passait non loin du sépulcre d’Hélène, mère du roi Izale, et des tombes royales des anciens princes de Juda , et venait rejoindre l’ancien mur vis-à-vis la vallée deCédron. Ce triple mur était défendu par quatre-vingt-dix tours. Celle de Pséphina, de forme octogone et de la hauteur de soixante et dix coudées, paraissait comme une montagne ; on distinguait aussi la tour d’ilippicos , de Phasael et de Mariamnc, monuments que l’amour et la reconnaissance du roi Hérode avaient élevés, il y avait moins d’un siècle; elles étaient bâties en pierres larges, cl lorsque les rayons du soleil venaient à les frapper, elles ressemblaient à des charbons ardents, suivant l’expression d’un rabbin (3).

fête* de Pâque, par conséquent au mois d'avril , l'an de J.-C.70.

(3) Le travail le plus complet qui ait été fait sur Jérusalem,e*l inconieiialilcmcnt celui dc<t'An*ille,dan**a dissertation sur l'étendue de l'ancienne Jérusalem; les

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Le monument le plus remarquable était sans contredit le temple de Salomon, que Tacite considère aussi comme la plus formidable des fortifications de Jérusalem. Il s'élevait sur le sommet de la ville haute; garanti par une double muraille, il était encore cerné par des portiques et des enceintes que le zèle patient des Hébreux avait multipliés en l’honneur de Jéhovah. La forteresse Antonia, située dans l’angle des galeries , protégeait le temple comme le temple protégeait Jérusalem, aussi les légions romaines, toutes les fois qu’elles avaient soumis la ville de Juda, ne manquaient jamais d’occuper cette position militaire, afin de maintenir l’obéissance sur tous les points de la cité.

Par une circonstance particulière, au moment où Titus se présenta devant Jérusalem, une population nombreuse s’y était réunie. Suivant l'antique usage d’Israël , la célébration de la pique et les observations légales avaient attiré, dans le lieu des promesses, des Juifs de tous les points delà terre (1). On voyait , pieusement recueillis dans le temple, l’Israélite qui habitait l'Euphrate, et celui qui avait fixé sa demeure dans la Grèce ou l'Italie. 11$ célébraient encore leurs cérémonies sacrées et les rites de la synagogue, lorsque la trompette des lévites annonça qu’on avait aperçu du côté d’Émmatts et de Jéricho, l'armée des Amalécites, et que le jour était arrivé où Israël devait se lever comme un seul homme. Dès ce moment, la défense de Jérusalem et de son temple devint le premier besoin et l’unique pensée de la multitude assemblée; les docteurs et les pharisiens réchauffent un zèle crédule , par de pieuses exhortations et les promesses antiques d’un Messie conquérant. Un fanatisme guerrier anime tous les courages, et les Juifs rêvent déjà des jours de prospérité et de domination universelle.

Cependant , si le nombre des défenseurs de Jérusalem pouvait en rendre la conquête plus difficile et prolonger la résistance, il était à craindre, d’un autre côté, que les vivres, réunis à la hâte dans la cité, ne pussent longtemps nourrir cette multitude en armes. Des pluies bienfaisantes avaient rempli les citernes et les puits ; mais on ne pouvait se dissimuler que le blé dispersé dans des émeutes populaires , le petit nombre de boeufs et de brebis , suffiraient à peine deux mois aux Juifs réunis dans la ville sainte, à leurs serviteurs, leurs filles et leurs

travauxde l’abbé Guénée dans les Mémoires de l' Académie des inscriptions, quoique moins spéciaux, contiennent des détails importants. Tacite et Josèphe sont bonjours cependant la source à laquelle il faut puiser.

(1) D'après les calculs de Basnage, la population de Jérusalem pouvait bien s’élever, au moment de la pâque, à

femmes : cette triste pensée n’affaiblit pas cependant l'enthousiasme belliqueux des Israélites; et à mesure que l'armée romaine s’approcha de Jérusalem, elle eut l’occasion deprouver plus d'une fois ce que pouvaient encore le courage et le dévouement patriotique des enfants d’Israël. Titus s’élait avancé d'Acantbo-Naulona à la tète d’une cohorte de cavalerie, pour reconnaître les positions militaires. Déjà il avait fait le lour d’une partie des murailles sans rencontrer d’obstacles, lorsque, au signal donné par un vieillard vénérable qui secoua sa robe au-dessus de la lour de Pséphina, pour avertir Israël que le moment était venu , la multitude se précipita dans la plaine , et parvint à entourer Titus et une partie de sa cohorte ; les cavaliers romains n’eurent que le temps de tirer le glaive et s’ouvrirent un passage difficile à travers les rangs épais des guerriers de Jérusalem. Peu de jours après, la 10* légion fut assaillie dans son propre camp, lorsqu'elle commençait à entourer ses tentes et à creuser ses fossés ; surpris sans armes, les soldais romains se reliraient en désordre, lorsque Titus, prévenu à temps , vint soutenir et repousser le choc impétueux des Israélites (9).

Plus les Juifs de Jérusalem montraient de courage et de hardiesse, plus les tribuns et les centurions augmentaient de précautions et de prudence dans leurs ofWralions militaires. Dès les premiers jours du siège , Titus ordonna de détruire toutes les maisons et tous les bois qui entouraient la ville assiégée. Les rabbins déplorent , dans leurs ouvrages, ces magnifiques bâtiments, ces jardins plantés de cyprès et de sycomores, où les docteurs allaient enseigner la loi à leurs nombreux disciples. Dans l’espace de quelques jours, ilâ disparurent; les matériaux, recueillis avec soin , servirent à élever de formidables plates-formes , et ces machines de guerre qui ébranlaient les murailles ou lançaient arec fracas d'énormes pierres. Lorsque ces machines furent construites , Titus les fit approcher de Jérusalem : un plomb jeté avec dextérité servit à mesurer les distances , et aussitôt un tribun de la 19° légion donna le signal de l'attaque. L’historien Josèphe , qui était dans le camp des Romains , nous a laissé la description du jeu effroyable de ces machines merveilleuses : « Chaque légion , en avant de ses tentes, avait plusieurs de ces instruments terribles qui portaient la destruction et la mort dans la cité

deux million s sept cent mille personne», liv. x, cbap. vin.

(£) La pâque fut célébrée, le 14 avril , dans Jérusalem. Les furieuses sorties des Israélites cessèrent tout à coup. Les rabbins et la multitude avaient à remplir, selon Josèpbe, de plus grands devoirs que ceux de la défense personnelle. Suétone rapporte l'action courageuse de Titus, in Tito , v.

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île Juda ; ils lançaient des pierres de la pesanteur d'un talent à plus de deux stades, et frappaient ceux-là mêmes qui se croyaient en sûreté à l’abri des murailles. » Pour s’épargner des coups si meurtriers , les Juifs avaient placé de jeunes hommes sur le sommet des tours ; et lorsqu’ils apercevaient ces énormes carrés de pierres éblouissantes par leur blancheur, ils criaient avec toutes les forces de leur voix : Israël ! le pis vient ! Alors les défenseurs de Jérusalem, avertis par ces paroles, se prosternaient sur la terre , et les pierres lancées passaient sur leurs têtes sans les atteindre. Les Romains s'étant aperçus de ce stratagème, peignirent en noircies quartiers de roche recueillis sur le mont des Oliviers, et l’oeil exercé des sentinelles ne put plus alors les suivre dans leurs mouvements rapides; ils frappaient et renversaient des rangs entiers au delà des murs de Jérusalem (1).

Quelques jours après, le bélier commença à jouer par trois côlés differents. Le sourd retentissement des murailles ébranlées se mêlait aux sifflements horribles de la pierre et des flèches. Un sable brûlant couvrait l’horizon, et les rayons du soleil pénétraient à peine à travers l’épaisse poussière qui s’élevait du côté du camp et dans la ville. Au milieu de ce sinistre nuage, les torches et les traits enflammés que lançaient les Juifs pour incendier les machines de guerre, paraissaient comme la foudfe qui éclaire un moment l’horizon au milieu des ténèbres de l’orage. A des intervalles irréguliers, les Israélites se précipitaient hors de la ville pour surprendre le camp : dans ces furieuses sorties , l’enthousiasme religieux d’un côté , la patience et la discipline de l’autre, engageaient des luttes terribles, et les Romains, les Juifs, tour à tour vainqueurs et vaincus , couvraient les champs de cadavres. Enfin, la b* des ides de mai, les soldats de Jérusalem ayant abandonné la première enceinte , les troupes auxiliaires d’Alexandrie y pénétrèrent parla brèche, et bientôt les portes furent ouvertes aux légions romaines (2).

La présence d’un grand danger avait réuni les partis divisés dans Jérusalem. Simon et Jean, chefs des zélateurs et des sicaires , longtemps ennemis l’un de l’autre, avaient suspendu leurs sanglants démêlés; ils s’étaient réconciliés à la voix des pontifes, et depuis leurs soldats occupaient en commun

(!) Joièphe, de Betlojud., lib. v, cap. vu.

(2) Sur celle partie du siège, Hégéspc offre quelques détails qu’on ne trouve pas dans Josèphe, auteur qu'il a cependant presque toujours copié. De Belle judalco, xvm. La première enceinte de Jérusalem fut prise le 7 du mois arlémisius, qui répond au mots de mai.Tillemont, note 53, Histoire des empereurs ( règne do Vespasien ), substitue

les postes les plus difficiles. Dix mille combattants, sous les ordres de cinquante capitaines du temple, s'étaient retranchés dans la seconde enceinte : Sofa, fils de Jacques, y commandait en outre cinq mille Iduméens. Une multitude de guerriers les plus courageux occupaient le temple ; Simon et plus de dix mille zélateurs s’étaient joints à eux pour s’ensevelir dans le sanctuaire.

Cependant la faim, la triste faim, fil bientôt sentir ses terribles angoisses à l’immense population de Jérusalem. Le blé avait disparu des greniers publics, et l’on commençait à se livrer à ces perquisitions sévères qui finissent toujours |>ar augmenter le mat en exagérant les craintes et les méfiances. On vit alors des hommes pieux vendre la maison et le puits des ancêtres pour une mesure de froment, ou arracher par la violence quelques gerbes de blé que le pauvre allait recueillir dans les campagnes au péril de sa vie (5). Enfin , les progrès de la famine devinrent si efFrayants, que plus de trois mille Israélites succombèrent avant la célébration du cinquième sabbat du siège. Je n'ose ajouter foi à l'épouvantable histoire que Josèphe a recueillie en décrivant les malheurs de sa patrie et la ruine de Jérusalem. Il y avait, depuis quelque temps, dans la cité sainte , une femme du nom de Marie, fille d’Elzéar, du bourg de Balhechoz et des champs d’Hysoope; elle était riche de son patrimoine, et ses troupeaux paissaient tranquilles sur le bord du Cédron : cependant , au milieu des guerres civiles, les zélateurs l’avaient dépouillée , de sorte que son .opulence n’était plus qu’un souvenir importun : elle avait sollicité la mort ; mais , par un raffinement de barbarie peut-être , on l’avait épargnée ainsi que son enfant, qui touchait à peine à la deuxième année de sa circoncision. Depuis trois jours, elle n’avait pris aucune nourriture, et ses membres engourdis éprouvaient déjà le froid de la mort. Dans un des funèbres intervalles où le délire prête une énergie passagère aux sens éperdus , elle arrache son enfant du sein qui l*a nourri : Malheureux, lui dit-elle, quel temps Jéhovah a choisi pour le faire naître ! I*a faim me presse, je succombe sous ses terribles atteintes. Si lu me survis, quel sera ton sort? L’esclavage sur une terre étrangère, ou la mort de la main d’un soldat infidèle. Eh bien 1 que mon corps brûlant devienne

le 28 avril ; cette date s’accorde mieux avec celles des événements postérieurs.

(3) tu contemplant de si grandes misères, le pienxCrevier ne peut s’empwher de rappeler la prédiction de J.-C. • Erit enim tune trlbulatlo magna, gu a lis non fuit ab initio mundi usgue modo, negue fiel. Mallli.lxxiv,21, el Marc., xiu, 19.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

ton sépulcre ! En achevant ces mots , elle plonge | un poignard dans le cœur de son enfant; elle sourit ] alors, mais d’un de ces sourires affreux que Philon compare au frémissement que cause l'attouchement d’un cadavre : elle prépare de ses mains celte épouvantable nourriture, et dévore les membres encore sanglants de la victime (1).

Le récit de celte déplorable histoire, la triste situation de Jérusalem , parvinrent dans le camp des légions. Titus prit à témoin les dieux du Capitole qu’il n’était point railleur de tant de maux, et qu'il avait offert plusieurs fois à la ville séditieuse le pardon de César et la clémence des vainqueurs. L’historien Josèphc , qui se trouvait encore dans le camp de Titus, voulut tenter un dernier effort sur ses frères de Jérusalem : il s'approcha de la seconde enceinte , remplie de zélateurs et de pharisiens. Dans des exhortations que lui-même nous a conservées, il prie les hommes sages d’avoir pitié d’eux-mêmes, du temple saint et de leur patrie; que s'ils voulaient enfin entendre la voix tardive de la raison , et se soumettre aux lois glorieuses de Rome , Titus leur conserverait les rites et tes coutumes des ancêtres, tandis qu’en courant vers une folle indépendance, ils cxposaieul leur religion et leurs familles à une ruine certaine et à une désolation qui effrayerait les siècles à venir. Les zélateurs et les Iduméens accueillirent par des moqueries les promesses et les menaces de Josèphc; vainement l’historien rappela-L-il les souvenirs du passé, les victoires et la puissance des Romains , les enthousiastes défenseurs de Jérusalem l'écoulèrent à peine; et lorsqu'il retournait vers le camp, plein de tristes pensées, ils lui lancèrent du sommet des tours une grêle de traits, parce qu’il était écrit qu' Israël devait jeter la pierre aux traîtres et aux apostats. Dès ce moment, Titus et les chefs des légions fermèrent leur cœur à la c!émeuce,et résolurent de pousser avec vigueur le siège de Jérusalem. Par un de ces miracles qu’enfantaient la science militaire et la discipline des Romains, dans moins de troisjours les Juifs virent s’élever une sorte de cité environnée d’un mur que treize tours défendaient; d’immenses terrasses, des machines formidables furent construites avec la même hardiesse et la même activité. La seconde enceinte tomba bientôt au pouvoir des légions; la troisième disparut sous les coups redoublés du bélier : enfin le victorieux Titus sc présenta

(1) Josèphe, de Bellojud., lib.

(9) Tacite dit que Titus voulait précipiter le siège et délirait revoir Rome, oti la grandeur, l'oputehce et le plaisir l'attendaient. Tito Borna , et opes , voluplaletque ante ocuivs , et ni statim Werosolyma conciderent , movari videbantur. Tacite, Hist., lib. v, cap. n.

devant les majestueux portiques du temple, au pied de ces murailles élevées par la magnificence des rois et la piété des Juifs (2). Il était très-important d’abord de se rendre maître de la forteresse Antonia, qui commandait au temple et à la cité. Titus fit approcher les machines de guerre ; elles ouvrirent un passage à l’intrépidité du soldat. Au milieu d’une nuit obscure, quelques vétérans de la 20* légion pénétrèrent par la brèche jusqu’au sommet de la muraille; et comme les gardes étaient endormis, ils purent s’en emparer sans résistance. Aussitôt ils font retentir le bruit de la trompette, comme si plusieurs cohortes s'étaient réunies : les Juifs éperdus abandonnent tous les postes; et lorsque les premiers rayons du soleil éclairèrent la campagne , l’aigle de Rome planait du haut de la tour Antonia sur la sainte cité de Jérusalem (3). Titus se serait emparé du temple dans ce jour même, sans la résistance glorieuse qu'opposèrent les zélateurs et les Iduméens. sous la conduite d’Alexas et de Gypbteus, de Malachie, de Judas fils de Jaïr et de Jacob fils de Sosa, tous de la faction de Jean. Renplies d’un pieux enthousiasme, ces troupes rentrèrent dans le saint des saints, après avoir repoussé pendant plus de six heures les efforts réunis de l’armée romaine.

Le temple restait encore debout et obéissant au zèle imprudent des pharisiens: la vue du sanctuaire, le souvenir de la puissance de Jéhovah, qui, de sa main droite, extermina les armées innombrables des Amalécites et souleva les eaux contre le Pharaon orgueilleux, réchauffaient l’ardent courage des Israélites; et lorsque Titus leur fil parvenir, pour la dernière fois, des paroles de clémence et de pardon, lorsqu'il les supplia de sauver l’illustre monument encore tout plein de la grandeur de leurs ancêtres, les Juifs repoussèrent atec orgueil ces propositions indulgentes; dans leur patriotique aveuglement, ils résolurent de résister, à l’abri du sanctuaire, contre toutes les forces de l’empire romain. Alors les tribuns et les centurions reçurent l’ordre de se préparer au combat. Vers la neuvième heure du jour, Cérialis, à la tète de cinq mille vétérans, attaqua la première enceinte du temple. Un combat s’engage sous les portiques, que les Romains sont forcés d’abandonner. La multitude des Juifs se précipite sur le camp de Titus avec tant de furie, que les légions s’ébranlent et se retirent. Au milieu de

(3) Tillexnont, Ruine des Juifs, n® 70, reporte la priie de la forteresse Antonia par les Romains, à la cessation des sacrifices. Josèphe dit que le sacrifice cessa faute d'hommes: ceci me parait une erreur de teste; au lieu d bommes, il faut lire d'agneaux.

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ccs combats et de ces chocs impétueux, que le rabbin David Ganz compare aux flots d'une mer agitée, l’incendie consume l’immense galerie qui unissait le temple à la forteresse Antonia. Sous l’un des portiques sacrés, le soufre et le bitume dévorent trois centuries de la 5* légion avec leurs tribuns et leurs glorieuses enseignes. Enfin le temple est en flammes ; de longs tourbillons sillonnent l’air. A cet horrible incendie se mêle le bruit des combats que multiplie sur tous les points le désespoir des Juifs. Les Romains sont plusieurs fois repoussés; plusieurs fois ils reviennent à la charge. Les portes de cèdre sont brisées, et les gonds d’airain se séparent des murs que la pierre de Tyr a formés. Titus pénètre dans le sanctuaire ; et tandis qu’il en admire la simple et majestueuse ordonnauce, tandis qu’il contemple le chandelier d’or et les tables de proposilion , des sacrificateurs et des lévites , cachés der* rière le voile d’or , se précipitent sur ses gardes, les mettent en fuite, et les forcent à chercher un refuge au delà des galeries. Lorsque Titus revint au combat, l’incendie dévorait le temple. A travers l’épaisse fumée, sur les parvis encombrés de cadavres, quelques pontifes se défendaient encore; ils furent immolés. Dans lesjoursqui suivirent cette effrayante catastrophe, les légions irritées n’épargnèrent personne : chaque maison était devenue une sorte de citadelle que les soldats prenaient d’assaut. Les Israélites qui ne recevaient pas la mort se la donnaient eux-mèmea. La cité et les campagnes, à plusieurs lieues , étaient remplies de sang, et les eaux du Jourdain se teignirent d’une sinistre couleur.

Je détourne les yeux d’un tel spéciale, et ma plume se refuse à décrire toutes les fureurs du soldat irrité. CVsl en rappelant celle horrible destruction , que le savant rabbin Abravancl s’écrie dans une exhortation pathétique : « Pleurez, fille de Juda , la maison n’est plus! Le soldat impie a immolé les pontifes sur le parvis et dans le sanctuaire. Le sang de nos pères a roulé des rochers d'une coudée dans le lit du Jourdain , et l'olivier s’est flétri à l’approche de ces flammes cruelles qui ont dévoré l’espérance de Jacob ! Que sont devenues les pompes superbes de nos fêles? Fille de Sion , pourquoi vos yeux cherchent - ils encore l’époux de votre cœur? Voulez-vous encore donner une postérité à celui qui n’a pas une pierre pour reposer sa tète? Prenez les cheveux du veuvage, fuyez le lit nuptial et les dix suzims de la dot. Israël, couvre la tète de cendres ! le saint des saints n’est plus (1)! »

(1) Ahravanel, Commentât-, in F.taam ; f.ugdiini Batavor. 1051, in-8°.

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