‹ Œuvres de CapefigueChapitre 115 sur 165 · FONT. MAX. T*. POT. X. IMP. XVII. XIII P. P · texte numérisé non relu

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du divin Titus, fils de Vespasien Auguste, qui a détruit les plus pernicieux des ennemis de la république.

Il a suffi de faire connaître les grands événements qui agitèrent la nation des Juifs, l’impression profonde que durent faire au milieu de Rome les résistance» des Israélites et I» durée des guerres de la Judée, pour comprendre que ces événements ne durent pas être favorables aux débris de la nation dispersée dans 1’empire. Quelque magnanime que pût être la clémence de Titus, elle ne pouvait que lutter faiblement contre les cris de l’opinion , qui se prononçait contre les Juifs, avec line unanimité déplorable, sur toute la surface du monde romain.

Le siège de Jérusalem et la chute mémorable de cette grande cité , loin d’exciter une juste admiration ou du moins de la pitié pour un peuple qui s’était enseveli sous les débris de ses foyers domestiques , n’avaient fait qu’augmenter le ressentiment de la populace. Il n’appartient qu’aux nobles âmes d’apprécier la valeur dans ses ennemis ; le vulgaire n’y voit qu’un nouveau motif de haine et de vengeance. Aux yeux des Romains , d'ailleurs , la résistance des Juifs était confondue avec la rébellion. Cette nation vaincue , qui avait voulu secouer ses chaînes , méritait un châtiment exemplaire , et , plus longue avait été la lutte avec César, plus grand était le crime envers César. Ainsi, la destruction de fa cité sainte , la captivité des villes de Juda , ne furent pas seulement un malheur religieux pour les Juifs de Jérusalem; cette catastrophe influa sur le sort de- la nation tout entière. Souvent, en effet, au milieu de Rome, la populace soulevée exhalait ses mépris et ses haines contre les malheureux Israélites ; souvent elle leur rappelait que son dieu impuissant était captif dans le Capitole ; et suivant les expressions de Lucien, « le retentissement de ses chaînes annonçait à la pauvre nation de Solyme que les fêles de pourceau étaient passées , et que les danses du sabbat ne se feraient plus désormais que d’un pied boiteux.»

Cependant, au milieu même du palais de Titus, les Juifs trouvèrent souvent une protection assurée. La reine Bérénice gouvernait encore le cœur du jeune César ; et la clémence naturelle du prince, secondée par les inspirations de l’amour , sauvait

L'assertion que Jérusalem n’avait jamais été prise avant Titus est une de ccx fastueuses louanges dont les inscriptions sont remplies ; elle n'est point exacte. Pompée, comme on l'a vu, a'était emparé de Jérusalem. Voir, sur celte inscription , Gronovius, Thetaur. antiq. rom. , lom. III, pag. 5. (I) * * 4 -

(3) Ces médailles, de différentes formes, sont figurées dans la grande compilation de âcbudt. Juditchcr Merkwurdiÿkulen, etc., lom. IV, pag. 188, in-4«.

333 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

tics excès de l'opinion populaire les malheureux Israélites dispersés au milieu de Rome et de ('Italie. En même temps, Agrippa , toujours fidèle au parti des Romains , avait gagné la confiance des maîtres du monde , et Josèphe écrirait sous leurs yeux l'histoire de la guerre de Judée et du siège de Jérusalem. Si nous ajoutons foi au témoignage de cet historien , Titus prenait plaisir à entendre réciter , dans la langue pure et brillante de la Grèce , scs exploits dans la Palestine et devant la sainte cité, et il voulut copier de sa propre main l’ouvrage de l'historien juif , témoin oculaire, qui n’arait épargné ni les éloges de la vertu romaine, ni ceux de Vespasien cl de son fils.

Mais la protection souveraine qui abritait les Juifs contre les ressentiments populaires, dut naturellement s'affaiblir lorsque Titus, se revêtant de la pourpre des Augustes, fut contraint, pour satisfaire à l'opinion bruyante du cirque , de renvoyer de son palais Bérénice , qui avait partagé pendant de si longues années sa coucbe et ses amours. « On accusait de débauche le César Titus , dit Suétone , à cause de l’amour qu'il portail à la reine Bérénice; mais dès qu’il gouverna seul , il ne fut plus l'esclave de ses passions, et se montra continent quoique Bérénice fût revenue à Rome(l). » — Bérénice, ajoute Dion, était dans tout l’éclat de sa beauté, et, par celte raison, elle vint à Rome avec son frère Agrippa : celui-ci obtint les honneurs du prétoire ; elle habita dans le jardin et dans le palais de Livie , et eut de fréquents rapports avec Titus. On croyait que le jeune prince l’epouserait ; car il agissait déjà vis-à-vis du peuple comme si elle eût été sa femme : mais s’apercevant que les Romains supportaient avec peine son union avec la reine des Juifs, il la renvoya pour faire taire les bruits qui se répandaient parmi les grands et dans la foule (3).

Cette disgrâce, pour ainsi dire commandée par l'opinion, montre combien les esprits étaient alors irrités contre la nation des Juifs. Si la fidélité longtemps éprouvée du télrarque Agrippa , si le tendre dévouement de Bérénice , et les éloges prodigués par Josèphe à la nation romaine , ne pouvaient les sauver eux-mèmes du mépris public et de la haine générale, l’obscure multitude de Solyme devait subir une condition plus humiliante. Le témoignage des historiens et des poètes de cette époque nous apprend que les dédains superbes du peuple romain s'étaient accrus lors de la ruine de Jérusalem et de

(1) Suétone,//! Tito , vu.

(9) Dioo Camus. Hist., lib. txvi.

(3) Xyphüim, in Fetpaslano, 127.

(4) Suétone, 1, vin, psg. 187.

la dispersion des Israélites. A partir de cette époque, les princes et les magistrats gardèrent peu de ménagements : Titus lui-même soumit tous les Juifs qui voudraient conserver leur religion et servir en secret le dieu de leurs ancêtres, à payer un didrachme au Jupiter du Capitole (3); on leva sur eux des cens comme sur les prostituées , et leur police fut confiée au préteur des tavernes, des nautoniers du Tibre , qui faisaient une classe à part dans les lois et les mesures du gouvernement. Nous avons déjà rapporté, d’après Suétone (4), les indécentes perquisitions auxquelles les Juifs furent condamnés pour faciliter la perception d’un impôt exigé d’après les signes inaltérables de la circoncision ; et les receveurs du fisc , l'avide publicain , exagérèrent bien souvent ces mesures rigoureuses , surtout pendant l’administration violente de Domilieu. Lorsque Nerva ceignit le laurier des Augustes, il modifia les lois barbares de ses prédécesseurs. Beaucoup de Juifs exilés de Rome obtinrent la permission d’y rentrer sous certaines conditions communes à tous les étrangers. Il abolit en même temps ces poursuites contre le crime (T impiété et de judaïsme , singulière association d’idées, qui, sous la sanglante époque de Domilien , servit de prétexte aux accusations dirigées contre les Chrétiens et les Juifs qui habitaient l’Italie. On trouve aussi sur une médaille que ce prince abolit le pesant tribut Judaïque (B): expressions obscures , mais qu’explique un passage d’Origène : « Le didrachme ordinaire ne cessa pas d'être payé ; mais toutes les vexations des pubiicains, les contributions secrètes et arbitraires que ceux-ci levaient pour le trésor public ou à leur profit particulier, furent sévèrement défendues (6). »

Ces mesures de sagesse et de police dont le prince pouvait suivre l’exécution à Rome, reçurent, dans les provinces de l’empire, une application plus lente et plus difficile. Les populations grecques et syriennes de l’Égypte et de l’Asie Mineure, qu’une vieille haine séparait des Israélites, demeuraient sous la première impression qu’avaient produite le siège de Jérusalem et les mesures violentes des règnes précédents ; elles ne pouvaient pas croire que la protection de César pût couvrir des séditieux qui , naguère, avaient osé résister aux légions. Souvent, dans Alexandrie ou dans Antioche, la multitude s’armait contre les Israélites qui y habitaient en grand nombre. Dans les théâtres , au milieu du cirque, dans ces réunions enfin où les esprits

(5) Voici le texte de l'inscription :

CALOMNIA - FISC!- JODAICI. 60SLATA.

Voyez la dissertation de Basnage sur cette inscription, liv. vi, chap. vin, de son Histoire des Juifs.

(6) Orig. ad Jfrican., pag. 243.

s'exaltent par des communications faciles et des exhortations passionnées, le peuple demandait â grands cris l'expulsion des Juifs ; quelquefois , s’armant de pierres et de bAtons , il se précipitait sur le quartier des Israélites, et des luttes déplorables s'engageaient dans la cité commune. Les propréteurs, ou le proconsul de la prorince , indifférents au milieu de ces querelles , n'interposaient qne rarement l’autorité des Césars; ou bien , lorsqu’ils jugeaient cette intervention nécessaire, ils apportaient dans leurs décisions suprêmes plus encore des préventions intéressées que le calme du magistrat ; et comme les Syriens et les Grecs professaient les opinions religieuses de l’univers romain , comme ils étaient les plus riches et composaient surtout la brillante société d’Alexandrie et d'Antioche , il était rare que les Juifs pussent faire entendre leurs plaintes avec quelque espérance de succès , et dénoncer les injustices devant un magistrat impartial.

Cette sujétion perpétuelle des Israélites , la conduite imprudente ou injuste des proconsuls romains, n’étaient pas propres à changer le penchant irrésistible de ce peuple malheureux pour la sédition et la révolte. Quarante ans s’étaient â peine écoulés depuis la prise de Jérusalem et le triomphe de Titus , que trois révoltes éclatèrent successivement; l’une à Cyrène, ville de la Libye, l’autre dans la Mésopotamie , la troisième enfin , la plus crnrllc île toutes, dans l’Ile de Chypre.

Il y avait plusieurs siècles que les Juifs habitaient Cyrène, lorsque des querelles entre les habitants grecs et les Israélites de cette cité amenèrent un mouvement général dans la Libye. Les enfants de Jacob parvinrent à chasser les gentils de toute la surface du pays ; plus de deux ceot viogt mille de ces infidèles périrent, suivant le témoignage des historiens hébreux. Trajau , dans son extrême vieillesse, fut obligé d’envoyer Marcius Turbo, le plus habile de ses généraux , pour calmer la révolte ; et tant fut cruelle celte guerre d'extermination, qu'Adrien eut recours , quelques années après , aux colonies , pour peupler ce pays désert (1).

En même temps , la Mésopotamie était le théâtre d’une sédition non moins déplorable. Les Juifs avaient hautement murmuré contre le gouvernement romain , et menacé de secouer le joug de l'empire. Far l'ordre de Trajan, Lucius Quintus s’avança, avec plusieurs légions, vers la Mésopotamie. Selon le récit d'Eusèbe , les soldats massacrèrent encore un si grand nombre de Juifs, qu’il

(I) Gaux , Chronic., pag. 104. Salon» ben Virgœ , Tribu Judœ , pag. 65.

t*J Euieb., Hit!., lib. IV; Xjfphiiitt, ex Dion,, L V 111 ; Orose, lib. vu, cap. au.

n’en resta presque plus un seid dans cette vaste étendue de pays (2). Dans l’Ile de Chypre , la révolte fut encore plus générale, et se montra surtout accompagnée des circonstances les plus capables d’exciter les vengeances publiques contre les Juifs. Dans le récit de eet événement épouvantable , nous laisserons parler Dion, historien exact et impartial: a Les Juifs, guidés par un chef nommé André, « mettent à mort , sans distinction , les Grecs et les « Romains. Dans leurs horribles festins, ils se « nourrirent de la chair des hommes ; et tout cou- « verts de sang , ils arrachèrent la peau des cada- « vres pour en faire d’exécrables vêtements. Des « malheureux furent précipités du haut des mon- « tagnes, d'autres livrés aux bêtes. Dans l’ile de ■ Chypre seulement , il périt deux cent quarante « mille hommes , victimes de cette cruelle superstiu lion; de sorte qu'Adrien, après avoir dompte « cette nation barbare , ordonna de mettre à mort « tous ceux d'entre ce peuple qui aborderaient > dans l'ile , lors même que les hasards de la navia galion ou les fureurs de la tempête les jetteraient a sur ses cèles (3). » Les rabbins déplorent l'injustice de cette loi de vengeance ; mais en racontant les excès effrayants de leurs frères, ils s'abstiennent de leur adresser le moindre reproche ou de manifester la moindre surprise (4).

Tous ces mouvements , que les habitants de l'empire virent sans doute avec étonnement et effroi , ne furent cepeudaut pas encore comparables au soulèvement général des Juifs sous le faux Messie Barchochéba. Durant tes plus longues et ses plus cruelles épreuves , Israël avait presque toujours vu s'élever dans son sein des hommes qui , suscités de Dieu , étaient devenus les libérateurs de son peuple. Dans les temps de calamité , les cœurs se tournent si aisément vers l'espérance , que le mensonge et l’imposture peuvent plus facilement profiler de la crédulité naturelle des esprits. Fendant la captivité de l'empire romain, comme dans celle de Babylone, de faux prophètes vinrent souvent réveiller le courage des Juifs, et leur rappeler cette promesse d’une domination universelle que les rabbins réchauffaient chaque jour par leurs écrits. l'Ius les temps étaient malheureux et la soumission pénible , plus les Israélites soupiraient apres ces jours de bonheur , où le Messie , sous les traits d'un conquérant , imposerait ses lois et le signe d’alliance à l’univers connu , où les trônes et les générations adoreraient dans les siècles la grandeur et la puissance de Jéhovah.

Après les deux dernières révoltes qui avaient

(3) bien Canins, lib. xivin. Confère* avec Xyphilin,

(4) Gaux, C'AnmJc., pag. 103.

Mi HISTOIRE PHILOSOPHIQUE DES JUIFS AU MOYEN AGE.

fatigué la vieillesse de Trajan , la législation et les mesures du gouvernement étaient devenues encore plus sévères contre les Juifs. L'empressement que mettaient les Israélites à visiter Jérusalem et son temple, avait fait naître et fortifié l'opinion que tant que les débris de celte capitale subsisteraient avec leurs noms et leurs souvenirs, la naliou rebelle trouverait dans ces ruines mêmes un point d'union cl de ralliement. Afin d'effacer jusqu'aux dernières traces de liens puissants d'une antique patrie, Adrien ordonna d'élever une ville nouvelle sur les débris de Jérusalem. La cité de Salomon cl de David changea sa dénomination en celle d'ÆliaCapitolina, du nom de son nouveau fondateur. Sur les lieux naguère occupés par le sanctuaire de Jéhovah, Jupiter reçut des hommages dans un temple magnitique que le prince cl le sénat firent construire avec le didrachme annuel que les Juifs versaient au trésor de la république , cl qu'ils destinaient autrefois à leurs pontifes et à leurs sacrificateurs. L'euccus cl les sacrifices profanes remplacèrent les saintes adorations et les cérémonies sacrées de l’Écriture (1). En môme temps, Adrien, à l'imitation de Domilicn et de Ncrva, défendit la circoncision. Les Juifs, sous des peines sévères , ne purent plus présenter leurs enfants aux rabbins, et les marquer du signe sacré que Jéhovah imposa auxgénéralionsd’israel (2).

Ces mesures sévères, suivies et exécutées sans ménagement pour les opinions et les scrupules de la conscience, causèrent une fermentation générale parmi les Juifs. Mais la présence d'Adrieu et «les légions dans l’Égypte arrêta le mouvement qui commençait à se manifester : les Israélites se contentèrent, dit un historien, de vendre de mauvaises armes aux légions, afin que le glaive trahit leur courage et leur refusât la victoire dans l'Orient (•!).

Mais à peine Adrien et scs soldats se furent-ils éloignés de la Judée, que les séditions éclulèrenl sur tous les points. Les docteurs juifs racontent «l’une manière bizarre l’origine première «le ce soulèvement des Israélites. C'était une de leurs plus antiques coutumes , qu’à la naissance d'un de leurs fils, ils plantassent un cèdre devant leur maison en signe d'allégresse; lorsque c'était une fille, on se contentait de planter un pin : ces deux arbres croissaient ensemble, et on les arrachait au moment

(1) Xypliilin, in Adriano , p. SGS.Eusihe, lib. m, cap.vi, ne place racbùremei)td’.£ï/aC'a;'//o///taqu'aprè« la révolte •ou» Adrien.

(2) Spartianui, In Adriano, pag. 7; Modeitioui apud Cataubou., in Spartian., pag. 27, el Jules-Paul , Bcccpt. Sentent., lib. v, lit. 52. Ou trouvera, dam les ouvrage» de ce jurisconsulte, des renseignement! assez curieux sur la législation relative à la circoncision juive.

du mariage des enfants, afin d’employer le bois au lit de l’époux el«le l'épouse. Les rabbins supposent qu'une fille d'Adrien (quoique Adrieu n'ait jamais eu de fille), parcourant la Judée sur un char rapide, s'arrêta dans une des villes les plus populeuses pour faire réparer ses essieux fracassés ; el comme le bois était rare , d’insolents officiers osèrent arracher un cèdre qui s'elançail déjà de ses racines noueuses (4). La ville se souleva à l'aspect de celte profanation, el bientôt Israël prit le glaive. 11 n'est pas dou leux que cette circonstance insignifiante, à laquelle les rabbins attribuent le soulèvement de la nation des Juifs, si elle est vraie, ne fut qu'un accident qui put précipiter le mouvement des esprits saus le faire naître. Les causes <|ue nous avons indiquées , la défense de la circoncision, l'élévation d'un temple au Jupiter du Capitole sur les débris du sanctuaire, durent bien autrement émouvoir la superstition et préparer les cœurs à la révolte.

Ce fut sur ces entrefaites que parut Coziba ou Barchochéba. Les traditions rabbiniques donnent une royale origine à ce Messie couronné. II était, dit-on, fils de Coziba, roi des Juifs : mais tel est le caractère de ces traditions mensongères, qu'elles exagèrent toujours l'éclat de la naissance cl de la dignité des hommes un peu célèbres de leur nation ; et quelquefois le litre pompeux de roi n'exprime <|u'une fonction «le la synagogue, ou un rang dans le sanhédrin. Quoiqu'il en soit, au milieu des calamités publiques , Coziba s'annonça comme le Messie libérateur, ce Messie qui devait dompter les nations rebelles. On lit dans le Sedcr olam , qu'afin de s’attirer la confiance de scs frères, il accomplit plusieurs conditions nécessaires pour prouver la vérité de sa mission. Il chaugca d'abord son nom en celui de Barchochéba, qui signifie fils de Vélode, afin de faire croire qu’il était cette étoile que Italaam avait vue de foin ; il reconnaissait les coupables, seulement par son odorat, condition non moins essentielle imposée parle Talmud à ceux qui prétendent aux saintes destinées du Messie (5). 11 se choisit un précurseur, ou, pour parler le langage singulier de Basnage , un écuyer, comme saint Jcan-Uaptiste avait été f écuyer de Jésus-Christ.

Ce précurseur fut le vieil Akkiba , qui joue un rôle non moins important dans celle révolte géné-

(3) Xypliilin, pag. 202.

(4) Basnage rapporte ce roman talmudique , liv. vi , chap. ix de ton Histoire des Juifs.

(5) Comparez, sur tout cet fait! : Ralibi Abraham, Cabal. historié., apud l’elil. Observât, sac. , ad anu. 388. Jud., lib. m, cap. iv, David Ganz, p. 102; Sedcr olam, c. xxxi; ex Gemar., lit. Sanhédrin, cap. xi.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE raie. O rabbin , dont les décisions sont encore aujourd’hui tant respectées , parce que Dieu lui avait révélé ce qu'il avait caché à Moi se (1), avait passé une grande partie de sa vie dans les enseignements et la prière. Vingt-cjualre mille écoliers avaient suivi ses leçons , et les académies de Tibériade et Jafné avaient longtemps relenti de ses sages paroles; si bien que le temple n'aurait pas suffi pour contenir tout ce qu'il arait dit et fait de remarquable. Il était chef du sanhédrin au moment ou Barchochéha parut dans la Judée; et lorsque celui-ci vint visiter les écoles , Akkiba s’écria d’une voix inspirée : u Voici venir l’étoile qui doit sortir de Jacob? » Et ces paroles, répétées de rang en rang parmi les disciples , suffirent pour réveiller les espérances d'Israël, qui prit les armes pour suivre le Messie conquérant.

Si nous ajoutons foi au Talmud, deux cent mille guerriers se trouvent réunis comme un seul homme , et tant leur force était grande , que chacun d'eux aurait pu, en courant à cheval , arracher un cèdre du Liban. Les rebelles choisirent pour le siège de leur gouvernement Bither ou Béthoron , ville fortifiée, située non loin de Jérusalem et que les rabbins appellent encore la Maison des espions , parce que les Romains y avaient placé des gardes afin d’épier les Israélites qui se rendaient à Jérusalem pour adorer contre la défense des empereurs. Les traditions rapportent que celte cité avait été donnée en dot par le pharaon d'Égypte à sa fille, lorsqu'elle épousa Salomon, et que le prince l’avait ensuite cédée aux lévites dans le lot desquels elle se trouvait. Le Messie imposteur y reçut l'onction des rois , et des monnaies frappées en son nom attestent la nature suprême de son pouvoir (8).

Tant que Barchochéha ne manifesta pas sa folle ambition hors de l’étroite enceinte des synagogues, et qu’il n’annonça pas le puéril dessein de conquérir le monde. Adrien ignora ou méprisa de ridicules jactances; mais lorsqu’on apprit a Rome qu’une insurrection avait éclaté sur tout le territoire de la Judée, qu’elle s’étendait de jour en jour , et que si l’on n’y portait un prompt remède, il était à craindre que la Syrie tout entière ne secouât le joug de l’empire, Adrien ordonna à Terentius R u fus démarcher sur-le-champ contre les rebelles, et d'exterminer cette nation implacable. Les succès ne couronnèrent pas ces premiers efforts; les vétérans de Rome furent vaincus par la multitude enthousiaste qui suivait l'étendard du Messie. Adrien

(1) Ganx, Chronlc . , pag. 00. Akkiba a compoié deux ouvrages cabalistiques qu'on trouvera analysés dans la partie de cet ouvrage destinée A l'histoire littéraire de la synagogue.

se vit obligé d’appeler dans la Palestine Julius Sévérus , qui commandait les légions de Bretagne , et bientôt d’y marcher lui- même. Tels furent le caractère de cette guerre opiniâtre , les succès difficiles et les revers sanglants des armées romaines , qu’Adrien , en écrivant au sénat , ne se servit pas de la formule consacrée pour féliciter les pères conscrits sur les victoires de la république (3). La prise de Bither mil fin à cette longue guerre, à la puissance et à la vie de Barchochéha.

Les chroniques juives ont rapporté qu’il y avait dans celle ville, lors du terrible siège qu’elle soutint , plus de quatre cents académies composées de plus de quatre cent mille élèves, et qu’il suffit à cette multitude d’écoliers de s’armer du poinçon qui leur servait à transcrire la loi et les décisions des docteurs , pour résister aux forces de l’empire romain. Barchochéha , qui animait tout par sa présence, succomba le second mois du siège. Les talinudistes racontent qu’ Adrien ayant voulu contempler les traits de ce rabbin , les soldats qu'il avait chargés de transporter son corps trouvèrent un serpent autour de la tête; ce qui leur fil bien voir que la puissance était en cet homme , et que Dieu seul avait pu renverser le cèdre du Liban.

Durant cette sédition de tout Israël , plus de cinq cent quatre vingt mille personnes succombèrent dans les combats ; sans compter, ajoute Dion, celles qui périrent par la faim , la misère et le feu. Les rabbins ont déploré la mort de tant de maîtres savants , et de plusieurs générations d'écoliers appliqués jour et nuit à l’étude de la loi. On lit dans la Miscbna, qu’Akkiha , le principal instigateur de la révolte , fut déchiré avec un peigne de fer, et qu' ainsi V honneur de la loi s'évanouit . Il était si scrupuleux observateur des préceptes , que, dans sa prison, il employait aux ablutions prescrites l’eau qu'on lui donnait pour étancher sa soif. Ischbad , l’un des scribes , livré à In mort , succomba vers l’heure de la prière , et son cadavre, privéde sépulture, devint la proie des chiens et des corbeaux sauvages. Chanina, fils de Thaxdion, et scs nombreux écoliers qui avaient uni leurs efforts pour défendre Bither , furent liés avec le livre de la loi et jetés dans le feu , pour avoir voulu enseigner malgré la sévère défense d’Adrien. Dans cette déplorable catastrophe , il périt plus d’Israélites , selon le Talmud , qu’il n'en était sorti de la captivité de l’Égypte. Des ruisseaux de saug entraînaient vers la mer des pierres de quatre livres ; et les terres, engraissées par les cadavres , fournirent pendant

(8) Comparez les témoignages recueillis par Basnagc, liv. vi, chap. ix.

(3) X y pli * l . , pag. 105. Comparez avec Dodwcl, Dissert.

in tren., J 8.

m HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

sept nns une abondante récolte, sans qu'il fût besoin du soc de la charrue. Les Juifs ont conservé le souvenir de celte guerre malheureuse. On trouve dans leur liturgie un hymne où Israël déplore la prise de Bither et la mort de tant de maîtres célèbres. Plein de tristes pensés et de désirs de vengeance, le peuple y compare Adrien àNabuchodonosor, roi de Ninive, le plus grand persécuteur de la maison de Jacob, et il prie le Seigneur , le Dieu des armées , de se rappeler que ce prince cruel détruisit quatre cent quatre-vingts synagogues dans le seul pays de la Judée. Un jeûne rigoureux est observé dans la synagogue , en commémoration de ce grand désastre (1).

Après avoir dompté, suivant l'expression de l'historien Dion , la nation implacable du Jourdain, Adrien redoubla de sévérité envers les Israélites de son empire. L'enceiule d'Ælia Capilolina fut agrandie ; des colonies grecques cl syriennes vinrent habiter la nouvelle cité; et comme pour augmenter la douleur religieuse du peuple vaincu , on fil servir les pierres du temple détruit à un cirque magnifique , où les jeux profanes des gladiateurs et des mimes se célébraient avec toutes les pompes du paganisme. « Enfin, dit saint Jérôme , le prince fit placer sur les portes d’/Klia la figure d‘un pourceau , pour en éloigner les Juifs (3). Comme il était à craindre que, malgré l’horreur qu'inspirait celte image proscrite , ils ne vinssent contempler les saints lieux de Jérusalem, Adrien posta des camps militaires tout autour ; et lorsqu’un Israélite cherchait à franchir la limite, des gardes impitoyables punissaient sa pieuse curiosité. » Dans ces temps, on voyait, continue saint Jérôme, des vieillards couverts de haillons, des femmes vêtues de deuil, se rendre péniblement sur le mont des Oliviers ; et quand ils fixaient leurs regards sur les grandeurs profanes de la cité d'Adrien , des larmes inondaient leur visage, on n'entendait plus, sur celte montagne sacrée , (pie des sanglots et des cris de douleur. Les soldats des légions, les tribuns, leur vendaient , à prix d'or , le triste privilège de pouvoir pleurer à l'aspect de Jérusalem ; et ceux qui avaient acheté de Pilate le sang de Jésus-Christ, étaient obligés, par une terrible expiation, d’acheter de l'avarice des Romains le droit de verser des larmes (3). >• Le plus grand nombre des Juifs que les chances de la

(1) Pour ne point trop multiplier les citation», compares Joannes à (.eut, de Judœorum pseudomessiis , pag. 17 et suiv.; Mischna, in Sot. 515, p. 303; Ganz.Tscmah David, pag. 103; la Gemare , fit. Sanhed., secl. 14; le Tatmud, même titra; Wagentellius , in Sota ; et la Bibliothèque rabbi nique, de Bartolocci , an mot Akkiba.

(2) Sancli Hieron. Chronic., pag. 108.

(3J Ibid., in Zachar., pag. 500.

guerre avaient fait tomber au pouvoir des légions, furent vendus dans le marché du Térébintbe au même prix que les plus maigres chevaux du désert. Un rabbin remarque qu'Israel fut soumis à ce trafic honteux dans les lieux où Abraham fut visité par les anges du Seigneur.

La pensée d’Adrien , dans cette guerre, avait été d'elfacer jusqu'aux derniers vestiges de la religion judaïque. Dans uue médaille frappée en l’honneur de ce prince victorieux , la Judée , toujours sous les traits d’une femme, offre de l'encens à genoux aux dieux de Rome et de l'empire, comme si elle se soumettait enfin à leur culte et reconnaissait leur pouvoir. La fumée sort du trépied et s'élève en longs tourbillons vers l'Olympe. I.a Judée, inclinée, porte dans ses bras deux enfants quelle semble consacrer aux dieux de Rome. Dans une autre médaille, c’est à l'image du prince qu’elle adresse des vœux et son encens : l'empereur la relève, et semble l'admettre au sang des fidèles provinces de son empire (4).

Cependant la défense de la circoncision , la triste nécessité de s’éloigner de Jérusalem , et les outrages profanes dans le temple même de Salomon , avaient profondément irrité la nation des Juifs; et un sentiment de faiblesse plutôt que le désir véritable d'obéir aux lois de Rome et à la volonté des Césars, maintint la paix publique pendant les dernières années du règne d’Adrien. A peine le vertueux Àntonin lui avait-il succédé a l'empire , qu'il fut encore une fois obligé de porter ses armes dans la Judée. Les Juifs s’étaient levés, suivant l'expression de Tertullien, pour reconquérir le signe d’alliance ; et tel était le caractère de sagesse et de modération d’Antonin, qu’après avoir réprimé cette sédition par les armes, il voulut ôter aux Israélites tout nouveau prétexte de révolte, en leur rendant la liberté de la circoncision (3).

Tels sont les récits généraux de l'histoire sur la situation des Juifs dans l’empire romain jusqu’au règned'Anlonin le Pieux. Mais la synagogue possède des traditions particulières sur celte époque : plusieurs rabbins ont écrit les annales des Israélites pendant l'administration glorieuse de Trajan , d’Adrien et d’Antonin, et leur récit, tout plein d'erreurs chronologiques et de singulières circonstances, petA servir néanmoins è nous faire con-

(4) Cette médaille porte pour légende :

ADVENTCS AUC. JDD* A.

roy. le commentaire de Tristan, Hist. Adrian., p. 303.

(5) Comparez , sur la législation d’Antonin par rapport aux Juifs, avec Origène, contra Celium, lib. n , pag. 08 ; saint Justin. martyr, Apologies pro Chris liants , n, p. 7 i; Dialog. cum Tryph., psg. 234.

naître les formes particulières dont se revêt l'histoire sous la plume des rabbins.

Tandis que les armées romaines, conduites par Marcius Turbo, envahissaient les villes de la Judée, et que le nom de Trajan portail l'effroi au milieu des populations israélilesde la Libye, les docteurs de la loi, qui indiquent à peine cette guerre terrible, retracent avec un saint enthousiasme les sentences religieuses et les miracles du rabbin Josué. Le monde s'ébranlait, et cependant toute l'occupation des talmudistes est de rappeler la pieuse influence de Josué sur l’esprit de l’empereur Trajan et de sa fille Imrah. Imrah aimait à écouter les leçons du maître , et venait souvent dans sa retraite modeste , s’asseoir parmi les plus sages et les plus fervents des disciples. David Ganz rapporte même qu’elle se prit d’une tendre vénération pour le pieux rabbin , et qu’elle s’abstenait de vin et de superbes habits afln de lui plaire (1). Un jour elle lui disait : « Maître, comment une si grande sagesse a-t-cllc pu se renfermer dans un corps aussi frêle que le tien? * El alors le maître répondit : «Tu peux facilement le voir : renferme le vin d’Engaddi et le suc fortifiant de la datte dans des vases d’argent ciselé du poids de cent drachmes , plutôt que dans des vases de terre si légers qu’un esclave pourrait les servir dans les festins. » Imrah obéit; mais le vin s’aigrit presque aussitôt. Trajan s'irrita contre ce sage docteur; mais celui-ci répondit : « Il y a dans cet exemple une sage leçon : un corps frêle est comme un vase de terre cuite; il conserve dans toute sa pureté ce qu’il contient, c’est-à-dire, l’esprit, qui est semblable au vin pour la force. Si l’esprit est renfermé dans un corps trop puissant , il se corrompra tout aussitôt ; car il subira la loi du corps , comme le vin a subi la loi du vase d’argent dans lequel il se trouvait renfermé. » Trajan admira cette réponse, et s’attacha tous les jours davantage au vénérable docteur.

Lors de la révolte de Barchochéba et du soulèvement de la Judée , Terenlius Rufus , qui présidait au gouvernement de la Syrie, sollicita, si l’on en croit les annalistes juifs, plusieurs conférences du rabbin Akkiba ; il les obtint, et sa femme, qui l’accompagnait pour profiler de ces savantes leçons . conçut un amour impur pour le saint docteur (2). « Akkiba pénétra sans peine ses coupables pensées ; et dans un entretien qu’il eut avec elle , dit un commentateur de la Mischna , il cracha , pleura et rit tout à la fois : il cracha, parce qu'il se souvint qu’elle était sortie d’une goutte d’eau impure; il pleura,

(1) Ganz, Chronk., pag.70; Olbo, Hist. doct. Mischn., pag. 1*6.

(2) ExGemard, cap. vii.Cocceim, duo Traet.de Talmud.,

uumei.

en songeant qu’une si merveilleuse beauté allait se flétrir par l'adultère ; il rit enfin, dans la prévoyance que l’épouse coupable se ferait juive , et s'unirait à lui dans la synagogue, n De savants critiques, Scaliger surtout, ont remarqué, à cette occasion , qu’Akkiba, lors de la révolte des Juifs sous Adrien, touchait à sa centième année , et qu'il serait bien étonnant qu’une matrone romaine, habituée aux jeunes embrassements, se fût adressée, dans scs vives ardeurs, aux cheveux blancs d’un rabbin accablé sous le poids de l’âge.

Les chroniques juives sont encore plus extraordinaires dans ce qu’elles racontent d'Antonin le Pieux et de ses longs rapports avec Jttda le Saint. Ce grand prince est peut-être le seul des Césars dont les annales de la synagogue fassent l’éloge; mais lorsque l’univers romain admirait dans le successeur d’Adrien les vertus de Titus et la justice de Numa, les Juifs n’ont loué le pieux Antonin que parce qu’il persécuta les Chrétiens et reçut la circoncision (3). On lit dans le Schiaschelet Hakkabala f ou chaîne des traditions ), qu’ Antonin le Pieux fut échangé, à sa naissance, avec Jitda le Saint, et qu’ayant ainsi sucé le lait juif, il se rendit heureux dans celte vie et dans l’autre (4). Parvenu à l’âge de raison , il eut pour maître , dans l’enseignement de la loi, ce même Juda, avec lequel il avait été échangé ; et ce fut alors qu’il se donna de ses propres mains l'auguste signe de la circoncision , afin de pouvoir manger l'agneau de la pâque. Cependant , comme Antonin commandait à un peuple idolâtre, il ne put manifester au dehors ses véritables sentiments ; mais s’il pratiquait, aux jours des fêtes publiques, dans le temple et dans le cirque, le culte des faux dieux et des divinités du Capitole , dans ses oratoires privés, dans la solitude de son cœur , il servait le dieu d’Abraham et de Jacob. Toutes les nuits il se rendait en silence dans la maison de Juda ; et plaçant deux gardes affidés aux portes extérieures, il se livrait avec son maître à l’étude de la loi et aux combinaisons de la cabale. Quelques rabbins ajoutent même qu’Anlonin seconda le vieux Juda dans ce grand recueil de traditions antiques que les Juifs révèrent encore aujourd’hui sous le nom de la Mischna. Confondant ensuite les temps, les lieux et les empires, ils donnent au successeur d’Adrien un fils du nom d’Assuérus ; et dans leur profonde ignorance de la société et des choses au milieu desquelles ils vivent, ces rabbins transforment le maître du monde, le successeur des Césars, en un rabbin coniroversiste,

p. 375, 270. Les rabbin* appellent le général romain Turnt/s Pu fus, te méchant. — (3) Ganz, Tsemah David, pag. 107.

(4) Gedaliah. Schiaschelet Hakkabala, pag. 07.

838 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

qui dispute tour à tour arec son maître sur l'âme, la destinée du corps . et la nature de l'armee des astres qui adore V Éternel (1).

Quoiqu’on ne doive ajouter aucune foi à ces rapports mystiques, qui , selon le récit des chroniques juives, unissaient, en les rabaissant de toute la hauteur de la raison et de l’empire , les Césars de Rome à quelques docteurs obscurs de la synagogue , il est certain cependant que , depuis le règne d'Antonin le Pieux , la situation des Juifs s’améliora sur toute la surface de l’empire. L’histoire doit sans doute dédaigner les récits mensongers des rabbins et les causes qu'ils assignent à cette révolution importante; mais elle ne pourrait néanmoins la laisser passer sans remonter à son origine même, sans en indiquer les caractères et les résultats. Quelques historiens ont attribué le changement qu’éprouva alors la condition des Juifs, aux vertus personnelles et à l’indulgence philosophique des empereurs qui gouvernèrent le monde romain , depuis Antonin le Pieux jusqu'à Dioclétien ; niais si, dans celte période, quelques bons princes consolèrent l’humanité , des monstres la firent aussi gémir de leurs fureurs et de leurs crimes. Il n’est donc pas douteux que des motifs plus généraux et d’un ordre plus élevé agirent sur l'opinion des peuples et la législation des empereurs : nous croyons qu’une exposition claire et succincte des changements arrivés, è cette époque, dans les opinions philosophiques , les formes religieuses et le culte des Romains, pourra , jusqu’à un certain point, expliquer l'indulgence des lois cl la réforme des préjugés que de fausses notions et les superstitions publiques avaient introduits et fortifiés contre la religion et le culte mal compris des Israélites.

Sous les premiers empereurs de Rome, les sectateurs du polythéisme se divisaient en deux classes distinctes par leurs opinions et leurs principes. Les uns (ils composaient la foule) ajoutaient une foi aveugle et accordaient une croyance absolue au système mythologique de l’antiquité : les mythes ingénieux que l’imagination des poètes avait multipliés, cet Olympe tout brillant de ses dieux , dont le pinceau d’Apelles et le ciseau de Phidias avaient ennobli l’image, étaient l'objet de leur culte et de leur vénération religieuse ; dans les pompes publiques , les temples se remplissaient de celte multitude enthousiaste ; ses offrandes accablaient les autels ; et tandis que le sang des génisses inondait les parvis , que le parfum des sacrifices agréables aux dieux immortels s’élevait en longs tourbillons

(1) Ganz, ( /ironie. , lib. i, pag. 18. Comparez aussi la Gemar. , (il. Sanhed. f cap. xi, S 5, 6 et 7 ; Cocceius, duo Tract, de Tatmud.

(8) J menai, sai.re 7.

vers l’Olympe, elle attendait en tremblant, pour régler sa conduite ou connaître sa destinée, les paroles solennelles de l'augure ou de l’aruspice qui consultait , plein d'un pieux frémissement , les entrailles palpitantes de la victime ou le vol des oiseaux. L’autre classe, celle des philosophes nourris dans le scepticisme d’Épicure, rejetait également toute pensée religieuse : les fables du paganisme, l'idée d’un monde spirituel , se présentaient à leur esprit comme une croyance puérile qu’il fallait abandonner aux enfants et aux vieilles femmes (2). La poésie solennelle se servait encore, pour frapper l’imagination et exciter l'enthousiasme, des noms de Jupiter le maître des dieux et des hommes, et de ces personnages mythologiques qu’un ancien a comparés aux grandes machines d’un théâtre ; Virgile, Tibulle, Properce, avaient assez de motifs pour ne point rejeter les douces fictions de l’Olympe et les mythes des amours : toutefois, sous la plume du poète, le vaste ensemble des divinités du paganisme n’était souvent qu'un vocabulaire ingénieux qui prêtait des couleurs et des emblèmes à sa riche composition ; souvent même les poètes se jouaient des choses les plus saintes ; et sous le siècle poli d’Auguste, Horace fait dire au dieu des jardins que l’ouvrier qui éleva sa statue fragile, hésita longtemps pour savoir s’il ferait d’un tronc de figuier un dieu immortel ou un banc pour s'asseoir (3).

En préseocc de ces deux opinions également hostiles à toute autre croyance , le judaïsme inspirait, comme nous l’avons vu , aux uns celle fureur religieuse qu’excite toujours un fanatisme qui n’est pas le nôtre, ou ce mépris philosophique qui exhalait ses dédains et ses sarcasmes avec d’autant plus de hauteur, qu’il considérait la superstition judaïque comme antisociale. Hais dans le il* siècle, soit que le polythéisme ne suffit plus aux besoins religieux de la multitude ni le scepticisme d’Épicure à la philosophie, soit enfin que la présence de la religion chrétienne et les rapports plus fréquents de l’empire avec l’Asie eussent fait sentir la nécessité et donné le moyen d’opposer une digue à celte nouveauté sublime qui menaçait d’envahir les opinions de l’univers romain, on vit tout à coup s’élever un système philosophique adapté à des formes religieuses toutes nouvelles, et qui inspira aux classes éclairées plus de bienveillance pour les opinions de la synagogue.

La philosophie s'offrit alors, en effet, sous l’aspect de deux vastes théories : 1* l’éclectisme, qui consistait à rechercher dans toutes les opinions prêts) Olim tnincn» eram flculnu», Inutile lignum :

y u uni faber, Inccrlu» icamnum facerclnc PrJapum,

■alult eue clcum.

IIORACC, lib. I, tat. S.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

existantes ou contemporaines, ce qu’elles avaient de beau cl de raisonnable, abandonnant avec toute liberté ce qui n’avait ni l’un ni l’autre de ces caractères; 2° le néoplatonisme, ou l’exagération mystérieuse des doctrines de Platon et de Pythagore, mélangées avec les vastes théogonies de l’Inde et de la Perse. Dans le système de l’éclectisme , l’élude et l’examen comparé de toutes les opinions élaieul la condition première : au milieu de l’école d’Alexandrie, où l'éclectisme avait paru et s’était développé, les opinions et les doctrines étaient pour ainsi dire en famille ; les Juifs Aristobule et Philon étudiaient à côté des gymnosophistes de l’Inde et des graves philosophes du Portique; et dans ces communications fréquentes que les controverses font naître , ils avaient le loisir de connaître et d’apprécier leurs doctrines respectives. Tandis que Josèpheel Philon se nourrissaient avec ardeur des idées de Platon et de la philosophie plus compliquée de Pythagore , Celse et Porphyre étudiaient avec nou moins d’empressement les saintes Écritures de Jéhovah et les livres de Moïse : il arrivait même, dans ces polémiques assidues , que les opinions les plus diverses se faisaient de mutuelles concessions, dont l’éclectisme ou le choix raisonné des idées puisées dans chaque système était, pour ainsi dire, le dernier résultat. Lorsqu’on n’arrivait pas à ces concessions bienveillantes, on obtenait au moins l’examen approfondi et plus impartial de chacun des systèmes; circonstance qui devint, à celte époque, infiniment favorable aux antiquités des Juifs et leurs doctrines philosophiques (1).

Kn effet , dans ce choix libre des opinions que la philosophie avait consacré , présidait cependant une idée fondamentale, l’enthousiasme pour les doctrines de l’Orient, base essentielle du néoplatonisme : ce système , qui reposait sur certains principes, mélanges obscurs des théologies orientales, était une sorte de croyance du siècle, dont il était difficile de s'affranchir ; et comme les livres des Hébreux , surtout depuis la captivité de fiabylone, étaient empreints de cette couleur asiatique , comme la doctrine secrète des rabbins se rapprochait singulièrement de cette métaphysique enthousiaste, de ces combinaisons de nombres, d’idées et d’essences immortelles, l’histoire et la religion des Hébreux n’inspirèrent plus, dans les écoles, ce

(1) On trouvera beaucoup de faits recueillit, avec plus de méthode que de vues philosophiques, dont V Histoire de l’école d' Alexandrie, par M.Malter. J’ai traité avec détail celte question dans ce volume, où j'ai suivi la synagogue d’Égypte.

[2 Tous les témoignages de Numéniut favorables aux saintes Écritures, ont été soigneusement recueillis par le docteur Larduer, dans son grand ouvrage, A lat'gc Collée-

mépris philosophique qui les faisait naguère considérer comme l’expression absurde d'une superstition barbare. Dans les témoignages que nous allons citer, on apercevra plusieurs résultats qu’il est important de signaler comme les indices d’une révolution manifeste dans les opinions contemporaines sur la religion des Juifs.

Dans son livre du souverain bien , le philosophe Niiménitis examine et compare les différentes opinions qui se rapportent au système des platoniciens ; plein d'enthousiasme pour les doctrines du spiritualisme, il place les Juifs au rang de ces heureuses nations de l’Orient qui ne conçoivent rien de corporel dans la Divinité. Qu’esl-ccque Platon, s’écriet-il, si ce n’est Moïse parlant grec (2)? Suivant le néoplatonicien Uermipptis , Pythagore avait appris des Juifs l'auguste système de la philosophie qu’il enseigna aux Grecs dans la suite des âges; il avait parcouru l’Orient, dit Jamblique; et, dans ce pieux voyage, il recueillit les enseignements des mages, les révélations des prêtres de l’Égypte, et l’antique sagesse des Chaldéens et des Hébreux. « Moïse institua un culte saint, s’écrie Diodore de Sicile; il n’éleva aucune statue , aucune image des dieux , parce qu'il pensait que la forme humaine ne convenait point à la Divinité , qui était ce vaste ciel qui entoure la terre de toute part (3). » Dion Cassius paye un tribut d’éloges à la piété*les Juifs, en môme temps qu’il admire ce temple immense et sans toiture, auguste imitation du sanctuaire des mages (4). Dans son livre de la philosophie des oracles , Porphyre prêtre à l'Apollon de Delphes des paroles solennelles sur la sagesse des Hébreux : •» La route des bienheureux est étroite et couverte d’aspérités ; on y entre par des portes d’airain, et les sentiers se multiplient à mesure qu’ou avance dans la voie du bien. Les Égyptiens connurent ces voies saintes, au grand avantage des hommes ; mais les Phéniciens , les Assyriens et les Hébreux , pénétrèrent aussi dans le sanctuaire (3). » Le même oracle, consulté sur les révolutions célestes, répond que les Chaldéens et les illustres Hébreux ont fixé les véritables époques de l’astronomie , eu vénérant le septième jour (G). Telle est aussi la réponse de la Diane d’Épbèse : » Les Chaldéens et les Hébreux ont connu seuls la véritable sagesse; eux seuls honorent d’un culte pur le Roi éternel (7). »

lion of anclent j avis h and heathen Teslimonies of the Iruth of the Christian religion, tou». III, pag. 108.

(3) Diodore de Sicile, llv. XL.

(4) Dion Casssius, liv. xxxvu.

(5) Porphyr. , lib. i, de Philos ophid , apud Euiebium, P rœ parai, t v ange lie., lib. u,cap. v.

(G) Ibid.

<J) Ibid.

510 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Ces témoignages révèlent, comme on le sent, un enthousiasme qui se déguise à peine pour la religion et le culte de Moïse : on y cherche vainement ces sarcasmes des poêles du siècle d’Auguste ou ces dédains philosophiques des épicuriens; les opinions sont tout à fait modifiées . et ne ressemblent en aucune manière aux vieilles idées que nous avons analysées.

On a vu aussi que le motif principal de la haine et du mépris que les polythéistes portaient à la religion des Hébreux , avait son principe dans l’idée fortement empreinte parmi les contemporains, que cette religion était inconciliable avec le culte du monde romain et ses habitudes religieuses. Mais à cette seconde époque du polythéisme , dont nous rappelons l’esprit et le caractère , ce sentiment se modifie encore : la religion des Hébreux n’est plus celte superstition isolée , digne du mépris et de la sombre haine du genre humain ; c’est une branche du grand système , noble et sainte conception des prêtres de l'Egypte et des mages de la Perse ; on les confond dans une admiration commune. Dès lors, la religion des Juifs devient l’objet d’une etude spéciale, comme elle est le principe d’une sainteté particulière : on étudie les livres de Moïse, comme les ouvrages de Pythagore; les sublimes commandements de Jéhovah, comine les sages prescriptions de Zoroastre; et les accents solennels de Daniel et d’Isaïe, comme les oracles et les vers de la sibylle (1).

Le premier résultat de celte large méthode et de cette confusion enthousiaste , fut d’établir une sorte de religion universelle dérivant d’un principe commun. Toutes les formes religieuses, selon les philosophes , se rapportaient à un culte fondamental et primitif qui ne variait plus que dans l’expression symbolique et extérieure. Dans leur opinion, sous le nom de Bacchus , d’Orphée , de Dionystis , d’Osiris et deMilbru , s’était révélée la Divinité créatrice, et tous les peuples lui avaient rendu des hommages communs : toutes leurs cérémonies avaient pour objet de rappeler les révolutions célestes et les grandes époques de la nature ; toutes leurs fêles étaient, pour ainsi dire, une vaste commémoration de ces utiles enseignements qui avaient révélé à l’homme la culture des terres et les arts de la civilisation (2). Dans cette tendance des esprits, le culte, les cérémonies des Juifs, furent soumis à la loi générale. Plutarque, qui avait étudié avec tant d’ardeur la religion fondamentale de Bacchus ou des Dionysies , y rattache, par de singuliers rap-

(1) Les ouvrages de l'école d'Alexandrie et des néoplatoniciens sont particulièrement de ce caractère.

(3) Nous ne faisons ici «pie résumer les opinions générales de Porphyre, Numénius, Diogèuc Liéice , Jambliquc, et de

prochemenls, le culte de Jéhovah. « La religion des Juifs, dit-il, est parfaitement en rapport arec le culte de Bacchus : les Juifs observent . en effet , un long jeûne afin que, pendant la vendange, ils puissent charger leur table des fruits que la nature leur offre. Ils se placent, pendant tout un jour, sous des berceaux que forment le lierre et les pampres, ce qu’ils appellent la Fête des tabernacles. Les prêtres et le peuple célèbrent ensuite les pompes de Bacchus nommé Oredephorné. On les voit portant des branches de palmier , tandis que les thyrsophores entrent dans le temple en poussant des cris et agitant leurs thyrses. Leurs pontifes ont de petits tubes dans les mains, comme les aruspiccs au milieu des bacchanales, pour évoquer la divinité ; quelques autres s’avancent en jouant du luth qu’ils appellent aussi lelius ou lèvius , interprétations qui conviennent également à Bacchus. Je pense aussi que Dionysus n’est pas entièrement étranger aux fêtes du sabbat (3; ; car au milieu des orgies, on se sert, dans la langue mystique, du mot snba , au lieu de Bacchus. Le grand prêtre du temple , aux jours de fêle , porte la mitre ; il est couvert d’une peau de faon enrichie d'or , et d’une tunique qui lui tombe jusqu’aux pieds; il porte le cothurne, et un grand nombre de petites cloches sont attachées à ses vêtements , ainsi qu’au thyrse qu’il agite. Toutes ces choses ne conviennent assurément à aucune autre divinité qu’à Bacchus. Dans les sacrifices , ils n’emploient pas le miel ; car Dionysus remplaça par le suc de la vigne celle nourriture de l'homme sauvage; aussi la loi juive a tellement le vin en honneur, qu'une de ses peines les plus sévères est d’en être privé pendaut un certain temps. »

Quelque inexact que puisse être ce récit, quelque fausses que puissent paraître ces conjectures de Piularque, il n’en résulte pas moins le fait important que nous avons signalé, c’est-à-dire que le polythéisme ne repousse plus la religion des Juifs comme une croyance absurde, comme une superstition séparée des opinions du genre humain ; il daigne même l’admettre dans le grand système qui gouvernait l'univers , et en faire, pour ainsi dire, une expression particulière de la doctrine commune. Cette tendance générale de l’esprit philosophique à cette époque ne resta pas seulement dans le vague des rapprochements et des théories ; des faits d’une haute importance historique nous prouvent qu’il ep vint bientôt à de larges applications. Dans la Vie d’ Antonio Hëliogabale, qui gouverna le monde romain au commencement du ni* siècle,

toute l'école néoplatonicienne, dont Brucker, Hit Cor. philotoph., » il bien recueilli les doctrines.

(3) Plut., Qutvtt. rom. 101; Sympos'ac. , lib. iv , qusæl. A.

Lampride a rapporté « que l’empereur fit clever un temple sur le mont Palatin , non loin du palais impérial : ce temple, consacré au dieu Hëliogabale, dont le prince se déclarait le pontife, devait recevoir et réunir dans une sorte d’alliance les divinités romaines , la mère des dieux, le feu de Yesta et le bouclier de Mars; il voulut même, dit l’historien , que la religion des Juifs et des Samaritains et le culte des Chrétiens y fussent transportés, et qu’ainsi les mystères du dieu Héliogabale comprissent tous les autres mystères (1). » Trente ans après, l’empereur Alexandre Sévère cherchait encore à consacrer cet éclectisme religieux. Suivant le biographe de ce prince, chaque matin le jeune empereur brûlait l'encens des sacrifices dans des oratoires particuliers où brillaient les images des Augustes. Quelques grands hommes, tels qu’Àpollonius de Tyanes, Jésus-Christ , Abraham et Orphée , y avaient aussi leurs autels et leurs statues (2). Quand il voulait désigner un gouverneur de province, il rendait son nom public , invitant le peuple à révéler ses fautes , s’il en avait commis. Ce prince avait l’habitude de dire que, puisque les Juifs et les Chrétiens suivaient cette méthode pour instituer leurs prêtres, à plus forte raison elle était importante à observer lorsqu’il s'agissait de préposer des magistrats qui devaient disposer de la vie et de la fortune des citoyens (3). Dans son impartiale justice il faisait souvent proclamer, par le crieur public, celle belle maxime «ju'il avait apprise de quelque Juif ou de quelque Chrétien : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait toi-même. » C’est à cette époque que Diogène Laerce nous donne quelques détails sur les temples au dieu inconnu , qui se multipliaient dans la Grèce et dans l’Italie , et où l’on ne voyait point d'images peintes ni de statues de marbre. Il y a toute apparence que ces formes de culte furent empruntées au temple de Jérusalem ou aux basiliques des Chrétiens; et l’historien philosophe ne peut s’empêcher de faire remarquer l’immense changement qui s’était opéré dans les opinions, depuis celte époque où Tacite flétrissait de ses

(1) Dicebat prœterea Judeeorum et Samaritanorum rellgiones et chrlstianam devotlonem Ittùc transferen dum, ut omnium culturarum secretum Heliogaba/i sacerdotium teneret. Lamprid., Heliog., cap. tu, pag. 700.

(à) Vsus vivendi eldem hic fuit : primum, ut, si facullas esset, id est, si non cum uxore cubuisset, matutinis horis in tarario suo (in quo et divos principes , sed optlmos , electüs , et animas sancliores, in quels et Apollonium, et quantum scriptor suorum temporum dlcit, Christum, Abraham et Orpheum , et hujuscemodi deos habebat , ac majorum effigies) rem divinam faclebat. Lamprid., Stver. A/exand., cap. xxix , pag. 950.

dédains superbes « le temple vide de Jérusalem et le sanctuaire sans divinité. »

Ce changement se fait sentir, non-seulement dans le jugement des polythéistes sur le système théologique des Israélites, mais encore à l’égard des pratiques et des actes de la vie religieuse, qui avaient tant de fois inspiré le sarcasme des poètes et le sourire du sage. On a vu , en effet, le mépris qu’inspiraient aux philosophes les pratiques de la circoncision , les abstinences de certaines viandes et les cérémonies secrètes du culte judaïque; à partir de cette époque , un changement complet s’opère dans les opinions; ces pratiques vont prendre aux yeux du monde païen un caractère antique et sacré, et les philosophes n’en parleront qu'avec ce respect qu’inspiraient alors aux néoplatoniciens les coutumes empruntées aux peuples de l’Orient (4).

Dans son livre de l’abstinence de la cbair d’animaux , l’enthousiaste Porphyre place parmi les vertus des Égyptiens et des Juifs, la coutume sacrée de s’abstenir du porc. Tandis que les épicuriens, rangés autour de la table des Apicius de Rome, savouraient la chair délicate du porc farci de grives , de jaunes d’œufs et d’andouilles , mets que Macrobe compare au cheval de Troie (5) , les philosophes de l’école nouvelle plaçaient cet animal parmi les productions immondes de la matière. « Le pieux Égyptien , dit Jamblique, regarde avec raison le porc comme un animal immonde; et si quelqu’un , parmi cette nation, le touche involontairement , il va se purifier dans les saintes eaux du Nil ; ceux-là qui conduisent les troupeaux de porcs sont exclus des temples d’isis, et leur alliance est un opprobre dans les familles : ce qui fait qu’ils s'unissent entre eux (6). »

Après avoir décrit l’origine et les mœurs de la nation des Juifs, Plutarque, dans son habitude philosophique d’universaliser les croyances, cherche à expliquer la coutume sacrée de s’abstenir du porc. « Je ne sais si c’est en honneur du porc, ou par aversion , que les Juifs se soumettent à cette abstinence. Calistrate pense qu’il y est en honneur. Mais le porc , dira-l-on , est un animal hideux et sale :

(8) Dicebalque grave esse, qtiùm id Christian! et Judœi facerent in prœdlcandis sacerdotibus qui ordinandl sunt , non fier! in provinciarum rectorlbus , quibus et fortunes homlnum commit terentur et capita. Lamprid., A/exand. Sever., cap. xtv, pag. QU7.

(4) Diogen. Laerl. , in Epimenid., lib. i, segm. 110, pag. 71-72. Une thèse soutenue devant l’université de Cambridge, juillet 1724 , sous ce litre Ara ignoto deo sacra , contient des renseignements curieux sur ce sujet.

(5) Macroh. ; Athénée, lib. ix.

(6j Porphyr., de Antro nympharum.

que conclure de Iâ?JI n’est pas plus ignoble que le griffon , que le chat , que le crocodile, qui reçoivent l’encens des prêtres égyptiens. On trouve d’ailleurs assez de motifs qui ont pu faire épargner le porc î d’abord en ouvrant la terre avec son museau , cet animal a pu donner l’idée du labourage, et indiquer à la cl arrue la route qu’elle doit suivre. Les Égyptiens, qui habitent une terre facile au labourage, ne se servent pas même de la charrue ; mais , après que le Nil a inoudé ces terres grasses, ils envoient des porcs dans les champs , qui remuent le sol par leurs seules habitudes , cl dispersent la semence. Il ne faut donc pas s'étonner si ce motif a suffi pour qu’un peuple s’abstint de la chair de cet animal , lorsqu’on voit, chez les barbares, des animaux adorés pour des motifs qui le méritent beaucoup moins. Les Juifs n’ont donc pas de l’aversion pour le porc; car, s’il en était ainsi, ils le tueraient comme les mages tuent les rats : mais leur religion, qui leur a prescrit d’adorer l’âne , parce qu’il leur a indiqué une source d’eau vive dans le désert, leur prescrit aussi le respect pour le porc, qui leur a enseigné la manière de semer leurs champs (1). » Ainsi donc les abstinences des Juifs, leur horreur pour certains animaux , sont l’objet de sérieux commentaires et d’un examen approfondi parmi les philosophes polythéistes. Ils se trompent le plus souvent sans doute sur les causes et les motifs religieux de ces antiques habitudes ; mais le soin qu’ils mettent à les expliquer, à les généraliser, indique une modification importante dans les opinions. Il n’est pas même jusqu’à la pratique de la circoncision qui ne trouve à cette époque des admirateurs et des adeptes. En effet, tant que les autels des divinités égyptiennes et les idées «le l’Asie avaient été sévèrement bannis de Rome par un sénat austère ou de rigides empereurs, l’usage de la circoncision, comine tant d’autres pratiques de l’Orient , n’avait trouvé que le plus profond mépris dans l’empire , et les philosophes se demandèrent sou vent de quelle utilité pouvait être, pour le culte des dieux ou le bonheur du genre humaiu , celte mutilation douloureuse : mais lorsque les idées orientales, renversant tous les obstacles, triomphèrent à Rome; lorsque des empereurs choisis au milieu de la Syrie, dans l’Egypte, et même parmi les hordes arabes, apportèrent, avec leur pouvoir, leurs dieux et leurs coutumes nationales, la circoncision n’inspira (dus ni étonnement ni mépris. En Égypte, dans la Syrie, chez les Arabes , en effet, il y avait bien longtemps

(t) Plut., Symposiac ., Ilb. iv, quæst. 5

(3; Laropriri. , in Heliogabal., et Victor, de Ccesarib. , in PhUipp.

(3) Consultez, sur toutes ces formes secrètes du paga-

que cette douloureuse pratique était le signe adoptif d’une pieuse nationalité; et dans les temples de Memphis, elle était même prescrite pour les jeunes Elles, coutume que la pudeur avait bantiie du culte des Juifs. Lorsque les empereurs Héliogabale et Philippe , donnant au milieu de Rome le spectacle des pompes syriennes (ï) ou des adorations du désert , s’honoraient de porter le signe de la circoncision , leurs sujets pouvaient bien voir sans murmures un usage dont la sainteté leur était recommandée par l'exemple du prince. On ne disputa plus alors sur sa pureté , ce que toutes les opinions admirent également ; mais, chose extraordinaire, on en vint jusqu'à coolcsler aux Hébreux l’origine première d’une coutume que l’on considéra alors comme vénérable; et suivant l’expression d’un commentateur de la Mischna, les peuples disputèrent entre eux l'honneur d'avoir pratiqué le premier la circoncision , comme naguère sept villes célébrés s’elaient disputé la gloire d’avoir donné naissance à Homère.

En même temps, les assemblées secrètes des Juifs, leurs réunious fréquentes, ne furent plus l’objet des soupçons du peuple et des justes méfiances du gouvernement romain. A l’époque où le paganisme conservait encore toute la publicité de son culte , ses riantes cérémonies au milieu des cirques , le peuple des grandes cités de l’Italie devait voir avec crainte ces réunions mystérieuses qui se séparaient des pompes nationales, comme pour cacher leurs nies et leurs su persistions. On devait craindre que, dans la célébration de ces cérémonies que l’on entourait de la nuit des mystères, des sectaires fanatiques ne cachassent de coupables pensées ou des desseins pervers. Le magistrat veillait donc avec uue sévérité prévoyante, et par de semblables motifs, sur la synagogue des Juifs comme sur les agapes des Chrétiens; et souveul il avait appliqué au culte d'Israël l’édit de Trajan sur les sociétés secrètes. .Mais quand les superstitions de l’Asie vinrent inonder la capitale des Césars , et remplacèrent, pour ainsi dire , la religion publique et nationale des Romains, les mystères et la nuit furent considérés comme le signe d’une sainteté particulière. On se réunit alors dans les antres ténébreux de Milhra, sous les voûtes du temple de Cybèle , dans les réduits obscurs où sc célébraient les tauroboles et les criobole * (3), et lorsque, à l’imitation de ces coutumes, les adeptes des mystères se soumirent à des abstinences, à la circoncision , à des épreuves , on sent qu'il ne fut plus possible de considérer comme séditieuses et

nisme, Ici savante* dissertations de Van Dale, in-4°. C'est à celle source qu'a particulièrement puisé M. de Sainte- Croix, dans ion excellent traité des Hj‘$tères du paganisme, avec les notes de M. de Sac y.

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criminelles les réunions secrètes qui se formaient à leur exemple , et pour ainsi dire à l’abri d’une multitude de saintes associations.

A tous ces motifs, qui peuvent expliquer la faveur soudaine qu’inspirèrent au paganisme la loi de Moïse et les doctrines de la synagogue , il faut encore ajouter l'alliance qui se forma, comme spontanément, entre toutes les opinions contemporaines contre la religion chrétienne, dont la marche cl les progrès les alarmaient toutes également. A mesure que les sectateurs les plus ardents du paganisme étudièrent l’origine et les caractères communs qui longtemps avaient confondu les Chrétiens avec les Israélites, et qu’ils se furent bien pénétrés de la nature de leurs controverses récentes et de l’aigreur de leurs disputes , ils comprirent que le judaïsme, dans ses révélations haineuses, pourrait leur fournir des armes puissantes contre la doctrine des Chrétiens, et que dès lors , aux arguments généraux de la raison et de la philosophie, ils pourraient joindre les objections particulières tirées non-seulement des livres sacrés que le christianisme avait adoptés, mais encore des traditions de la synagogue sur la naissance et les actions du Messie. Presque tous les monuments qui nous restent des disputes religieuses engagées, dans le ni® siècle, entre les philosophes et les Pères de l’Église, sur la divinité du Christ et le caractère sacré de la révélation , nous montrent cette marche nouvelle de la philosophie, qui ne se borne plus à invoquer les traditions universelles du genre humain pour combattre l’Église naissante, mais qui se place sur le terrain des propres origines du christianisme, soit en invoquant la parole des prophètes, soit en rappelant les histoires passionnées des rabbins. Dans le livre que Celse intitula Discours de vérité (1), et qu’il dirigea contre les principes et les mœurs des Chrétiens, le philosophe met tour à tour en scène, un rabbin qui invoque le texte les livres saints et les commentaires de la Mischna pour tourner en ridicule les traditions du christianisme, et un épicurien qui conserve dans la dispute les doutes et le pyrrhonisme de sa secte. Porphyre a suivi la même méthode; et ce qui doit surtout étonner, c’est que le philosophe n’a pas dédaigné de commenter la prophétie de Daniel sur les soixante et dix semaines du Messie, et qu’abandonnant les armes que la critique lui fournissait contre la prophétie elle-même, dont il pouvait nier la date et l’authenticité, il l’adopte comme un livre incontestable, se contentant d’ap-

(1} Il ne nous est connu que par la réfutation qu'en a faite Origène. Ce qu'il y a d'heureux pour l'histoire, c'est que le Père de l'Église a rapporté textuellement les objections du philosophe, circonstance qui peut nous donner au moins une idée de l'ouvrage primitif de Celse. {F'cyeu OrP

pliqncr à Judas Machabée, libérateur dTsraêl , les prédictions de Daniel, que les Chrétiens interprétaient en faveur de Jésus (2). Ajoutons encore que plusieurs fois les pontifes et les sacrificateurs applaudirent ail zèle ardent des Israélites, qui, dans les provinces d’Égypte et de Syrie, dénonçaient les Chrétiens devant le tribunal du proconsul et sollicitaient leur supplice par acclamation au milieu du cirque.

Cependant quelques débris de la philosophie d'Épicure restaient encore debout, et semblaient protester, à de longs intervalles, contre cette condescendance trop facile du néoplatonisme à adopter les traditions incertaines d’une peuplade obscure de la Syrie. Egalement armés contre toutes les doctrines surnaturelles, les épicuriens rappelaient les objections de l’ancienne école contre l’origine et les opinions des Juifs , et combattaient, par un doute absolu ou une critique raisonnée, la cosmogonie de Moïse et l’histoire générale du peuple d’Israël. Mais précisément l’importance qu’ils semblaient mettre à celte controverse, le caractère souvent grave et sérieux de leur argumentation, sont une preuve que les choses sur lesquelles ils disputaient, avaient grandi dans l’opinion. Ce n’est plus, en effet, celte moquerie légère, ces jeux mordants de l’esprit, qui n’atteignent un adversaire que lorsque l’opinion l'a déjà frappé; mais un examen raisonné, où la preuve est à côté de la critique , et dans lequel le sarcasme lui-même a besoin de se justifier : encore faut il dire que le pyrrhonisme, bien que dépouillé de ses formes acerbes et de sa hauteur insultante, n’agit même pas longtemps sur la société. Il y a de ces époques où les mystères et les croyances deviennent une nécessité pour les peuples; la multitude contracte un certain besoin d’émotions religieuses qui ne permet plus au doute superbe d’agir sur les esprits. Tel fut le caractère de cette période qui s’écoula depuis le règne d’Antonin le Pieux jusqu’au triomphe du christianisme sous Constantin. La philosophie se dépouilla de son scepticisme, et , secouant la nature propre de son institution , l’examen et la critique, s’environna elle-mêine de mystères, et sollicita , pour ainsi dire, la sainteté d’un culte.

Tandis que la philosophie accueillait avec une sorte de déférence les opinions du judaïsme, le judaïsme à son tour ne demeurait pas stationnaire, et un échange de concessions cimentait le pacte d’alliance. Quelque rigides que pussent être les

gène , adv. Ce/tum , dans ses œuvres , in-folio, lom. I. )

(9) Les ouvrages de Porphyre nous sont restés presque en entier; tout ce qui est relatif au christianisme et au judaïsme a été recueilli avec un soin particulier dans le savant ouvrage du docteur I.ardner, déjà cité.

344 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

commandements de Jéhovah, quelque positive que fût la défense de ne jamais emprunter les dieux et les opinions des nations étrangères, beaucoup de Juifs, dans la situation nouvelle où la conquête de Jérusalem les avait placés, ne purent résister à cette impulsion universelle qui poussait alors la société vers une fusion complète de systèmes. Si Plotin , Porphyre et Jamhlique célébraient hautement la sagesse des institutions de Moïse et le caractère divin de son fondateur , plus d'un siècle auparavant y Arislobule , Philon et l'historien Josèphe avaient associé les idées grecques, les principes de l’école d’Ionie, au système pur et sévère du judaïsme. Dans leur théorie, plus ou moins ingénieusement développée, la synagogue n’est plus celte société particulière glorieusement séparée du genre humain par la prédilection de Jéhovah , mais la nation des Juifs se trouve mêlée à tous les événements, à toutes les époques de l’histoire ancienne. Pour justifier la haute antiquité de leur origine et appeler le respect des magistrats, ils n’invoquent plus seulement les livres saints et la prédiction des prophètes, mais encore les histoires d'Hérodote et les poésies d’Homère, les aveux de Platon et de Pythagore. Leurs doctrines et leurs annales ne se présentent plus dans leur pureté native et la simplicité de la Genèse; mais la cosmogonie des livres saints, les temps primitifs du monde, se mêlent aux allégories grecques sur le déluge de Deucalion et la boite de Pandore. Le Dieu d’Israël est toujours dans son unité sainte; mais autour de celte majesté sublime se groupe un concert d’essences immortelles, emprunté au système de la Perse et de l’Inde, qu’embellit et régularisa le génie de Platon (1). Au sein delà synagogue se forment les sectes philosophiques des thérapeutes et des esséniens, images des parfaits de Pythagore ; l’école de la cabale naît et se développe, et devient l'expression la plus complète de ce mélangé de doctrines qu’un rabbin a comparé à la confusion des langues et au chaos qui précéda la création.

II a suffi d’exposer cette situation nouvelle du judaïsme pour comprendre que les mesures du gouvernement et les lois des empereurs durent s’empreindre d'un caractère plus équitable. Dans les sociétés politiques , il est impossible que les lois ne subissent pas tôt oti lard l’influence de l’opinion ,et que la pensée publique demeure longtemps étrangère à ce qui en est comme l’expression. A mesure que les peuples admettaient les Juifs, leurs doctrines et leurs mœurs , dans cette communauté

(1) Comparez les ouvrage* de Josèpbc et de Pbilon, et particulièrement ceux de* cabalitte* : il est évident que les doctrine* de l'Orient *ont empreintes de leur* système*.

(9) Ulpien, in Piges!., lit. de Tutti. , 8.

de sentiments qui embrassait l’univers romain , la société politique devait ne plus les proscrire. Il existe encore dans le grand recueil d’Ulpien une loi remarquable, qui porte que les privilèges des Juifs s'étendront à toutes les matières religieuses, et qu’ils seront néanmoins soumis aux devoirs delà tutelle comme les autres sujets de l’empire : cette loi , qui constate d’une part les privilèges dont les Juifs jouissaient à celte époque, prouve un fait d’une haute importance; c’est que les Israélites, par cela même qu’ils sont obligés à la tutelle, sont élevés au rang de citoyens (2). Dans le système général de la législation romaine, la tutelle était inhérente aux droits de la cité , et la prévoyance du législateur n'avait voulu confier l’inexpérience du mineur qu'au patriotisme éclairé d’un membre de la société politique. Sous le règne de Septime Sévère , les historiens rapportent que les jeux séculaires furent célébrés, et que les Juifs, pour prendre part à ces pompes publiques , solcnnisèrent leur jubilé (3) cette même année; preuve toujours remarquable de cette fusion de doctrines et de cet échange de concessions que nous avons déjà signalés.

Jusqu’à l’avcnement de Constantin cl au triomphe du christianisme, nous n’avons plus que quelques faits isolés qui puissent nous guider pour l'histoire des Juifs. Au milieu des révolutions militaires et des agitations publiques qui tourmentaient l’empire, nous voyons les Israélites protégés et exerçant une sorte d’influence sur le peuple et dans le palais. Le compagnon d’enfance de Caracalla était un jeune Juif qui faisait ses délices et partageait toutes scs affections (4) ; Alexandre Sévère se faisait gloire du litre darchisynagogue parmi les dignités brillantes des Césars. Tandis que Dèce lançait un édit sanglant contre les Chrétiens, il ordonnait aux proconsuls et aux pontifes de respecter les Juifs dans leur synagogue ; et s’il faut ajouter foi au récit de Denis d’Alexandrie, la persécution de Valérien contre les sectateurs du Christ, fut inspirée par un archisynagogue d Égypte, expression qui parait encore se rapporter à lin Juif (3).

Celte protection éclatante a été célébrée dans la synagogue ; les rabbins appliquent à cette période de tolérance ces paroles du prophète: Lorsqu'ils seront tombés, ils trouveront un peu de secours ; cl ils n’ont pas manqué de rappeler que lorsque la croix de Jésus de Nazareth se cachait dans d’obscures catacombes , les synagogues se multipliaient

(3) Basnagc, Hat. des Juifs, liv. vr, cbap. IB, $ 8.

(4) Spartiao., in Caracall., cap. t.

(5) Casauboo, de Script, rer. aug. in A texan dr. Se v.

sur Coule la surface du royaume d’Édom : c’est à celle époque qu’ils reportent l'élévation de leur patriarche et de leur gouvernement régulier , la fondation des écoles de Jamnia et de Tibériade. Dans ces écoles , la doctrine brilla de son plus vif éclat; des maîtres furent nuit et jour occupés de renseignement de leurs disciples; et dans le cours de quelques siècles, sortirent de ces réunions savantes, comme on le verra dans un des chapitres suivants, la Mischna et les deux Talmuds, c’està-dire la chaîne des traditions légales , et les commentaires des rabbins sur les questions principales des observances prescrites par Moïse.

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