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CHAPITRE VII

GOUVERNEMENT ET ORGANISATION INTÉRIEURE DE LA SYNA- GOGUE, DEPUIS LA RUINE DES ROIS ET DES TÉTRARQUES HÉRODIENS JUSQU'A JUSTINIEN.

L’indifférence générale du polythéisme pour les coutumes des peuples, l’esprit du gouvernement de Rome qui laissait aux nations vaincues leurs mœurs et leurs superstitions , avaient presque toujours permis aux Juifs d'organiser, au sein de leur captivité, une sorte d’administration intérieure, pour diriger leur société dispersée. Le large despotisme de l’antiquité ne s’inquiétait jamais que des entreprises qui pouvaient blesser directement son action ; et pourvu que l’obéissance ne Pût point douteuse, que les impôts fussent régulièrement acquittés, il abandonnait les associations qui n’avaient pour but que la direction particulière d’un culte ou la discipline d’un peuple vaincu : dans l’Égypte, l'Assyrie, la province d'Afrique , comme dans la Gaule et la Germanie , les fédérations de villes, les communautés commerçantes, s'organisaient paisiblement sous l'indifférente surveillance d’un procurateur ou d'un proconsul.

L’autorité religieuse ne pouvait longtemps disparaître d’une société théocratique dont les membres étaient étroitement unis par la puissance des souvenirs et la marque indélébile d’une origine commune; après avoir vu périr les antiques objets de leur respect et de leur obéissance, les Juifs devaient élever une autre autorité qui pût faire entendre la voix des commandements et prescrire ses devoirs nombreux a la synagogue proscrite. Au milieu des malheurs publics, dans ces temps où les peuples embrassent les autels, l'influence des docteurs s’était considérablement accrue ; dans les murs de Tibériade et de Jafné, les écoles publiques étaient restées debout, et, chaque année, elles se remplissaient d’une multitude de jeunes Israélites qui venaient écouler les leçons du maître et les préceptes de la loi. Les rescrils rigoureux de Vespasien ne permirent pas è ces réunions de docteurs d’exercer toute l’influence qu’elles devaient naturellement avoir sur les débris d’Israël ; les Juifs étaient alors heureux, lorsqu'ils pouvaient se rassembler à la dérobée dans quelques oratoires secrets que la main du soldat avait respectés dans la destruction commune. Hais à mesure que la persécution devenait

(1) La captivité d'Orieot formera le sujet d'un livre particulier dan* cette histoire.

| moins vive, et que les lois des Mnrc-Aurèle et des Antonin proclamaient des maximesde tolérance et de ! liberté, des formes plus régulières de gouvernement s’établissaient : chaque classe de sacrificateurs avait, sous la loi de Moïse, un chef particulier, et tous ces chefs obéissaient à leur tour à un sacrificateur suprême , qui présidait aux fonctions du temple. Ces traditions hiérarchiques s’étaient conservées dans les livres des docteurs et dans la mémoire des vieillards; et lors de l’organisation nouvelle de leur gouvernement, elles servirent aux Juifs comme de type sur lequel ils établirent des rangs et des prééminences scolastiques, sous l’autorité d'un chef qui , dans la captivité d’Occident, porte le litre de rosk-abbot ou patriarche, et, dans la captivité d’Orient, celui de prince de la captivité (1).

Les rabbins reportent à des temps très reculés l’origine du rosh abbot ou patriarche; dans la Chaîne des lraditionsy que nous a transmise un des docteurs de la synagogue, le premier pontife qui recueillit le double héritage de la royauté et du sacerdoce fut llillel , surnommé le Babylonien ; il ne vint à Tibériade que dans une extrême vieillesse, environ cent ans avant la ruine du temple; le peuple l’élut è la haute dignité de patriarche. Il enseigna la loi à mille disciples ; et lorsque la mort vint mettre un terme à ses pieux travaux, Israël en pleurs s’écria : « Il n’est plus, le nouveau Moïse, le disciple d’Esdras , qui enseigna le peuple dans sa captivité ! » Simeon , son fils, lui succéda. Les annales juives ne lui donnent aucune de ces qualités brillantes qui distinguaient Hillel; mais quelques interprètes chrétiens voient en lui le pontife Siméon, ce vieillard de l'Évangile qui rendit hommage au Messie nouveau-né, et chanta le cantique d’action de grâces, au milieu des prêtres et des lévites, dans le temple de Jérusalem. Après lui, Jochanas fut élu à la dignité de patriarche. Pendant quarante ans il avait fait le commerce, et consacré vingt autres années à la défense, «levant le sanhédrin, des veuves et «les orphelins d’Israël ; il avait tant écrit , que, suivant le style métaphorique des rabbins, si la surface des cieux n’était qu’un large papier, les arbres des stylets, les fils d’Adam autant de scribes, ils ne I pourraient suffire à transcrire ses pensées et à répéter ses paroles. Lorsque le temps des malheurs d'Israël approcha, et que les armées romaines envahirent la Judée, il Ht entendre ces prophétiques accents au milieu du sanctuaire : « O temple! pour- « quoi te troubles-tu? Mont Liban, ouvre tes flancs superbes, car la foudre va consumer tes « cèdres (2). »

(?) Le gouvernement religieux des Juifs dans l'empire romain a fait l'objet d'une dissertation qui fait partie des

Les Juifs célèbrent encore la piété et la science île Gamaliel de Jafné , qui remplissait les fonctions de patriarche lorsque Jérusalem fut réduite en cendres. Il régna sur la captivité d’üccident , et ses ordres, reçus avec respect , réglèrent pendant de longues années les coutumes et les lois cérémonielles des synagogues ; il prépara , par de sages leçons, Siméon II , son Ris, à l’étude de la science, de telle sorte qu’à sa mort on ne s’aperçut pas qu’il n'était plus au milieu des écoles. Parmi les règlements de sa pieuse sollicitude , les rabbins ont particulièrement célébré un sage statut qui diminuait le prix des colombes offertes dans les purifications. Ainsi l’épouse ne fut plus condamnée à de pénibles sacrifices pour exécuter la loi de Dieu ; et lorsqu’elle avait augmenté Israël d’un nouveau rejeton, elle put acheter à la porte de la synagogue, moyennant le faible tribut d’une drachme, les deux oiseaux de purification prescrits par la loi de Moïse.

Tels sont les premiers patriarches qu’indique la chron ologie rabbinique. La critique historique ne peut accorder cette haute antiquité aux patriarches chez 1 es Juifs. Le désir naturel à tous les peuples de rendre vénérables leurs institutions religieuses et politiques, en reculant leur origine , a séduit plus particulièrement les historiens de la synagogue; et cette chronologie doit inspirer peu de confiance, lorsqu’elle est contredite surtout par des contemporains. Il serait, en effet, bien extraordinaire que, sous la tyrannie jalouse d’Hérode et de ses fils , lorsque le temple avait encore son pontife suprême, la puissance tout à la fois civile et religieuse du patriarcat se fût élevée dans le sein même d'Israël sans exciter l’attention inquiète du monarque et de la tribu qui présidait aux sacrifices. Il serait encore plus extraordinaire que Josèphe , en exposant dans son ouvrage spécial et détaillé l’histoire des institutions judaïques, eût omis de parler du patriarcat, dignité assez imposante et dont il ne pouvait ignorer l’existence. D’un autre côté , dans les Évangiles où les compagnons de Jésus ont raconté les rapports de leur maître avec le temple et les synagogues, on ne trouve aucune trace du patriarcal des Juifs. Jésus ne voit jamais que le sacrificateur suprême , le capitaine du temple , les scribes et les pharisiens , tandis que le pouvoir politique se trouve concentré dans les mains du procurateur de Rome. Anne et Caïphe se partagent l'autorité pontificale et régnent dans le sanctuaire où Jésus enseigna la loi. Lorsque le Messie est traduit devant

manuscrits non encore cotés de la bibliothèque <lu roi. W»ich a publié aussi une histoire de ce gouvernement sous ce titre : Hiat. patriorch. quorum in jure romano fit

le tribunal îles anciens et des jnges d’Israël , on ne voit point agir le patriarche ; ce n'est point lui qui prononce la peine des imposteurs contre le Messie, qui ordonne de le conduire â la mort ; et cependant le prince de Juda, comme l'appellent les rabbins, le chef de la nation dans la terre promise, devait intervenir dans la punition de ce grand crime , que les décisions des docteurs frappaient du supplice de la croix. Peu de temps après, la guerre éclate dans la Judée ; la nation se lève contre les Romains : dans ce mouvement général , voit-on le patriarche , le chef d’Israël , agir, se montrer comine le prince et le maître des synagogues? Cette dignité figure-t-elle une seule fois dans celte série de docteurs et de capitaines qui tirèrent le glaive pour défendre Jérusalem ?

H est donc à croire que la succession des patriarches , telle que la décrivent les rabbins , n’est point exacte ; l’origine de la dignité des patriarches ne peut remonter au delà de Trajan et d’Antonin, vers le siècle de Marc-Aurcle. Origène soutenait que les Israélites n’avaient que depuis quelques années des chefs héréditaires qui dépendaient de l’empire et exerçaient une autorité limitée sur les Juifs dispersés. La première trace du nom et de l’autorité des patriarches se trouve dans une lettre qu’Adrien écrit d'Alexandrie au consul subrogé , son ami et son collègue. « Il avait visité l’Égypte, et, dans les loisirs de la solitude , il avait souvent médité sur l'inconstance et la légèreté des peuples de ce vieil empire. Parmi les usages des prêtres et de la multitude , il avait remarqué que le patriarche ou chef des synagogues de Judée venait chaque année dans Alexaudrie , et que les uns le priaient d’adorer le Christ, et les autres Serapis, divinité bienfaisante de l’Égypte (1). » Les savants qui se sont appliqués à commenter celte épUre de l’empereur, ne doutent pas que ce patriarche ne fût celui des Juifs, qui parcourait les synagogues pour raffermir la piété des Israélites et recueillir lesauinôues destinées aux docteurs de Jafué et de Tibériade.

Le premier patriarche dont l'existence paraît incontestable est Gamaliel 11, qui régna sur la nation cinq ans après que Je soc de la charrue eut passé sur Jérusalem ; il avait échappé comme par miracle au grand désastre de la Judée. Les chronologistes juifs, qui relèvent les actions les plus indifférentes des rabbins , quand elles se lient â l’histoire nationale ou aux rites hébraïques , parlent avec enthousiasme des sentences du patriarche sur les premiers nés , la sainteté des sacrifices et

mentio. Comparez avec lei notes de Godefroy au litre du Code Théodosien, de Judœis et cœticotis .

(IJ Vopiscus, in Saturnino, p. 243.

la pureté des victimes offertes. Son successeur et son fils, Simeon III , se rendit célèbre par sa dispute avec le rabbin Meier : on rapporte que , tous deux étant entrés dans l'école de Jafné, les vieillards et les enfants se levèrent pour leur rendre les mêmes hommages. Siméon ne put supporter qu'on plaçât son autorité souveraine au niveau des pouvoirs d’un simple docteur, et les rabbins citent une décision du patriarche pour régler les préséances des sages et des docteurs dans les oratoires et les synanogues.

Après lui parut Juda le Saint, que les historiens modernes du peuple juif placent au-dessus des rois et des princes de la terre. Le même jour qu'Akkiba mourut f disent-ils, Juda le Saint fut donné au monde comme pour accomplir ces paroles prophétiques de Salomon : Un soleil se couche et Vautre se lève (1). La petite ville de Tsipuri vit naître le grand docteur qui devait faire briller toutes les merveilles de la science. Son enfance fut environnée de périls. Un édit sévère d’Adrien avait défendu le signe sacré de la circoncision; Juda eut •néanmoins le bonheur de le recevoir secrètement de la main des docteurs. Après quarante années de travaux et d’études , il fut élevé à la dignité de rosh abbot, et c'est alors qu’il conçut la pensée de ce grand recueil de traditions, connu sous le nom de la Mischna (2), fondement de la jurisprudence hébraïque. Avant sa mort, il régla la hiérarchie civile et religieuse au milieu d’Israël dispersé (3). Son fils Siméon, qui lui succéda, n’eut qu’à continuer l’ouvrage de son père; la puissance passa de ses mains en celles d’HilIcl. Parmi les œuvres utiles de ce patriarche que louent également et la synagogue et l’Église, on cite la fixation des années juives , et le compul régulier des grandes époques de l’h i s loi re sacrée. Jusqu’au patriarche llillel , fils de Siméon , les rabbins avaient choisi arbitrairement dans leur antiquité nationale, le point de départ de leurs calculs historiques : les uns adoptaient le moment de la création , le principe de toutes choses ; les autres se restaient à l'époque de la fuite d’Égypte , lorsque les flots de la mer s’abaissèrent devant Israël et engloutirent le Pharaon ; quelques autres enfin commençaient à compter les années de l’édit d’Alexandre le Grand en

(1) Ganz, Tsemac/i.f pag. 99 à 115.

(2) La première édition de la Mimcbna est de Naples 1499, avec Ici commentaires de Maimonide. H. l'abbé Chiarini, dans sa toute récente théorie du judaïsme, a dooné des notions précises et souvent impartiales sur la Miscboa et les deux Talmudi, Paris , 18Ô0.

(3; Roui, Biblioth. rabblniq., au mot Juda N <usi ou Akkadosc, et comparez Wolf et Bartolocci, plus savants , mais d'une érudition moins éclairée.

faveur des Juifs et du temple de Jérusalem. Hillel adopta la première de ces époques , et depuis cette suprême décision du patriarche, la synagogue fait remonter sa chronologie aux premiers temps de la Genèse, lorsque le Créateur lança le monde dans l’espace. Le fils d’Hillel , que les invectives d’Épiphane ont rendu célèbre , présidait à la synagogue au moment où Julien entreprit de relever le temple de Jérusalem (4). C’est à ce patriarche que le prince adressa l’édit sur l’abolition du didrachme judaïque et la restauration du sanctuaire. Après Hillel ou Jules, comme l’appellent les monuments grecs, le catalogue des patriarches indique Gamaliel , le dernier des chefs de la captivité d’Occident. Dès ses plus jeunes années (3) , Gamaliel s’était appliqué à l’étude de la médecine ; Marcellus Empiricus loue ses cures merveilleuses et le remède qu’il a inventé contre les doule urs aigues qui saisissent le foie et la rate. L’empereur Théodose et ses fils llonorius et Arcadius le revêtirent de la préfecture honoraire, une des plus éminentes dignités de la hiérarchie impériale. Les livres juifs parlent peu de Gamaliel, mais plusieurs lois des empereurs répriment les abus qu’il avait fait de sa juridiction , et confient au préteur le jugement de plusieurs questions civiles, qui étaient décidées antérieurement par le tribunal du patriarche (6).

Les pouvoirs politiques du patriarche dépendaient de la volonté absolue des empereurs , mais son influence religieuse au sein de la synagogue était inflexiblement réglée par les décisions des rabbins et la parole des docteurs. La dignité de patriarche héréditaire, comme la royauté de David et les antiques fonctions du temple, se transmettait dans la famille , et le fils, même encore au berceau , succédait è son père. Cependant , pour ne pas abandonner les débris d’Israël aux fragiles volontés d’un enfant , le jeune patriarche devait être placé sous la tutelle protectrice des vieillards de la synagogue et des savants de Jafné et de Tibériade (7). Toutes les fonctions du gouvernement et de la religion dépendaient du patriarche et étaient à son choix ; il désignait les chefs et les docteurs , depuis le rabbin qui enseignait dans les écoles, jusqu'aux ministres inférieurs qui appelaient les Israélites à la prière ou psalmodiaient les cantiques

(4) Walcb , Hist. patriarch. quorum in jure romano fil mentio, et lez note» de Godefroy zur le Code Théodosien.

(5j Le docteur Josl, qui a écrit eo allemand une histoire du judaïsme, où il y a des recherches et de la critique, a publié une table chronologique des patriarches juifs; l'abbé Chiarini l*a reproduite, t. II, p. 42.

(6) Godefroy, Note du Code Tàèodot. , liv. xvi , sur le litre : De Judœis et cœ/ico/is.

(7) Kpiphane, de Hcercs. Eblonit.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

de l’Écriture. Palladius, l’ami, le défenseur de Chrysostôme , accuse les patriarches juifs de ▼endre la dignité des synagogues , et de prostituer à prix d’argent le pouvoir que les docteurs leur avaient confié. Lorsque la communauté des Juifs avait obtenu des empereurs l'autorisation d’élever une synagogue ou un oratoire dans la cité, le patriarche en prescrivait l’ordonnance, fixait les heures des réunions cl la forme des prières; il présidait aux controverses dans les écoles, et distribuait le salaire et les récompenses parmi les sages et les docteurs. Dans le cas d’une contestation solennelle sur un point de doctrine, sur une question religieuse, le patriarche donnait son avis, qui devenait une règle fondamentale pour la synagogue : les lois de la Mischna et les commentaires des Talmuds lui reconnaissent le droit môme de prononcer la peine de mort et de gouverner Israël comme les anciens princes de la nation. C’était dans la ville de Tihérias , au milieu même des rabbins , que le patriarche avait fixé sa demeure. Chaque année une procession bruyante proclamait son nom en présence d’Israël , et les docteurs souhaitaient au prince et à sa race les longues prospérités d'un règne héréditaire (1).

Les écrivains de l’Église chrétienne sont loin de faire un éloge si pompeux de la dignité de patriarche et de la considération qu’inspirait le chef suprême de la synagogue. Dans ses commentaires sur Isaïe, saint Jérôme applique aux Juifs de son temps cette prédiction des prophètes : Et voilà que des gens efféminés régneront sur eux (2). «Jetons les yeux, ajoute-t-il , sur les patriarches juifs , jeunes et dissolus, et reconnaissons que les prophéties de l’Ancien Testament reçoivent leur accomplissement. » C’est encore dans ces termes de mépris que Cyrille de Jérusalem parle de cette dignité nouvelle de la synagogue ; il soutient que ces chefs profanes qui demeurent à Tihérias ne sortent pas de la race de David, et que, descendants incertains des Asmonéens ou d’IIérode, ils ne peuvent prétendre à la royauté légitime de David et de Salomon. Épipbanc cherche leur origine dans la famille de ce Gamaliel que les légendes de l’Église primitive placent parmi les partisans secrets de la foi de Jésus-Christ (ô).

Quoiqu'il en soit de ces témoignages, inspirés par l’enthousiasme de l’esprit de secte ou les préventions d’une rivalité jalouse, il est certain que , pendant la durée de son existence, le patriarcat fut la dignité la plus élevée de la synagogue. A ses côtés

(1) VValch, But. Palriarch.j p. 197.

(2) Hieron., in Isaiam, S 7.

(S) Épiphaoe, in Ebion.

(4) Code Théodos., loi 8, liv. xvi.

se plaçait le conseil de ceux que les constitutions des empereurs désignent sous le nom de primats ou pères (4) , et que les commentateurs appellent anciens . Ce conseil ou sanhédrin participait de la puissance du patriarche dans les décisions sur les matières religieuses ou les cas de conscience. Les lois des empereurs défendent aux tribunaux ordinaires de reviser ses sentences (5). Ses attributions en matière civile furent variables comme les caprices de la législation impériale. D'abord il fut chargé de prononcer sur toutes les contestations civiles nées entre Juifs , en même temps qu’il reçut la mission de punir les délits contre la communauté. Mais, suivant l’expression d'Origène, les Israélites ne purent plus lapider, sur leur propre jugement , ni la femme adultère , ni le prophète imposteur. Bientôt même une constitution d'Honorius et d’Arcadius priva le sanhédrin de sa juridiction civile, et les tribunaux de l’empire purent seuls appliquer la loi et veiller à son exécution (6). Son autorité se réduisit alors à un simple pouvoir d’arbitrage, qu’il dut tenir de la volonté des parties, et, à la différence des évêques chrétiens , qui reçurent des empereurs , à cette même époque, le droit de juger en dernier ressort les contestations entre les fidèles qui s’adressaient à eux , les anciens d’Israël durent soumettre leur sentence arbitrale à la sanction des tribunaux ordinaires de l’empire.

L’autorité du patriarche et du sanhédrin s'appliquant à une société répandue dans l’Occident, il fallait, pour ainsi dire, rendre présente cette autorité dans tous les lieux et sur tous les points qui en réclamaient l’exercice. La dispersion d'Israël nécessita l’institution d’hommes sages et prudents qui parcouraient les synagogues à des époques déterminées, pour consoler leurs frères et veiller aux rites des tribus. Ils furent appelés apôtre s â cause de la nature de leurs fonctions (7). Les patriarches et le sanhédrin les chargèrent spécialement de recevoir le didrachme imposé aux Juifs dispersés, pour les besoins des écoles et la nourriture des docteurs. Ce didrachme avait remplacé la dime sacerdotale qui cessa d’être perçue après la destruction du temple de Jérusalem. Les apôtres devaient le déposer avec fidélité dans le trésor du patriarche, qui en faisait la répartition entre les deux académies de Jafné et de Tibériade. Mais après l'abolition du patriarcat, une constitution de l’empereur Arcadius attribua au fisc cette contribution sacrée. Une législation plus indulgente le rendit par la suite â sa destination première, et les apôtres continuèrent à

(5) Cod. Théodos. , loi 8, Ut. 8, liv. xvi.

(6) Ibid., loi 10, De juridictions et ubiquis convenlre debet.

(7) Godefroy, $ur le Code Théodos., liv. xvi, lit. 8.

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le recueillir pour les bcsions du sanhédrin et des docteurs (1).

Les monuments du temps distinguent encore une hiérarchie de prêtres et de rabbins qui exerçaient, soit au sein de la synagogue mère, soit dans les assemblées particulières, des attributions religieuses. Les uns, sous le titre de pères , présidaient aux prières publiques et à la direction des synagogues ; les autres, qui prenaient celui d 'archisynagogues t formaient une grande congrégation de rabbins vénérables , absorbés nuit et jour dans la prière et la méditation des livres saints. Lors des grandes solennités de l’année, dans ces jours où tout Israël se réunissait pour invoquer l'Élernel, les archisynagogucs haranguaient le peuple et lui annonçaient les grandes vérités de la religion. Enfin , les monuments nous révèlent une classe de docteurs qui , sous le titre de didascales , remplissaient à peu près les mêmes fonctions que les archisynagogues , maintenaient la paix dans les familles et la foi parmi les Juifs (2).

Cette administration générale de la synagogue d’Occidcnt exerçait une grande influence sur la société des Juifs ; elle avait pour principal auxiliaire les grandes écoles publiques où s’élaboraient, dans des discussions assidues, les sentences des docteurs et les commentaires de la loi. Les principales de ces écoles, dans la captivité d’Occidenl, furent celles de Tibériade et de Jafné. Les rabbins appellent Jafné la maison des écoles , et la sagesse de la loi . Le tzmach David et le livre de Juchasin (3) en attribuent la fondation à Jochanam , fils de Zacharie , qui , des ruines de Jérusalem , vint y chercher un refuge, et gouverna l'académie (vendant plus de trente années. Rabbi Gamaliel succéda à la direction des écoles, où trois mille élèves s’abreuvaient à la source de la science. L’académie de Tibérias, plus célèbre encore, fut établie à peu près à cette même époque de malheur et de captivité. Il n’est sorte d’éloges que les docteurs juifs ne donnent à cette institution : « Tibérias, dit Maiu roonide, était la plus noble des cités. C’est là « que fut transporté le sanhédrin et la maison des u sages. » Le Talmud de Jérusalem célèbre aussi Tibérias, la ville de la science et de la lumière. Le rabbin Juchasin a fait un traité particulier sur le mode d’enseignement dans les écoles , et quoique la plupart de ses exemples soient puisés dans les académies de la captivité d’Orient, de la Mésopotamie et de Babylone , il est è croire que les mêmes

(1) Code Justinien, t. il, Hv. i«r#

(2) Il peut être utile de remarquer que l'organisation hiérarchique de la synagogue se rapproche beaucoup à celle époque de la hiérarchie intérieure de FEglise chrétienne.

usages étaient observés dans les écoles d’Occident. Deux fois par an , savoir , dans le mois de février et dans le mois d’aoill , les disciples se rendaient aux différentes académies, pour y être interrogés sur les livres saints et les pieux commentaires dont l’étude leur avait été recommandée par les chefs des académies. Ces disciples formaient plusieurs classes, qui chacune était composée de dix jeunes Israélites. La première , distinguée de toutes les autres, fournissait les docteurs, appelés princes dans la synagogue; les autres classes occupaient des bancs inférieurs dans une hiérarchie déterminée. Le dernier jour du sabbat, au mois de février, le chef de l’académie interrogeait les disciples. Il commençait par les princes , et pendant qu’il leur adressait des questions sur la loi et les décisions des docteurs, les autres disciples, pleins de respect, gardaient le silence; ensuite ils dissertaient eulrc eux sur les points douteux ou controversés , et lorsqu'un passage de l’Écriture ou des prophètes offrait un sens incertain ou une solution difficile, les maîtres et les rabbins le paraphrasait pour le rendre intelligible à tous. Le dernier samedi qui précédait la pâque , on lisait le livre de la Mischna sur le sanhédrin 9 que les disciples s’expliquaient mutuellement. Lorsque l'un d'entre eux montrait de l’ignorance , les princes de l’académie lui adressaient de vifs reproches. Quelquefois les disciples argumentaient contre les chefs eux-mêmes, et les discussions graves et respectueuses étaient consignées par un scribe dans les registres publics (4).

Au milieu de ces académies, on comptait plusieurs sectes de docteurs qui occupaient leurs veilles à l’élude et aux explications de la loi. La synagogue en distinguait alors quatre ordres principaux : elle donnait le nom de lanaïtes è ceux qui conservèrent les traditions , depuis Esdras jusqu’à l'époque où Juda le Saint composa la iUischna. Quelle que soit la haute antiquité que les Juifs attribuent aux tanaltcs , ils ne peuvent justifier leur origine au delà des premiers temps du Messie. Les rabbins portent une vénération enthousiaste à ces maîtres d’Israël : ils les qualifient du nom de sages et de saints f et le Talmud offre plusieurs traits de leur vie miraculeuse. Chauiua , un des fameux docteurs tanaltes , avait , suivant eux , des rapports avec les anges, et c'est de leur bouche qu’il reçut les pieuses communications qu’il transmit à la postérité. Simeon , fils de Juda, exerça son empire sur les dé-

(3) Rabbi Juchasin, Ri tut s tudendi , publié par Bariolocci, voyez ci-aprés.

(4) Ritus s tudendi in academid Judœorum , in Babiloniâ, Sord et In Pumbeditd, Bai lolocci, Bibliolh. Rab-

{ binic., 485, 1. 1«.

HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

raons. Quatre-vingts femmes faisaient des opérations magiques dans une des grottes d’Ascalon. Simeon leur opposa quatre-vingts jeunes hommes d'Israël qui rendirent leurs efforts impuissants; aussi les docteurs tanaïtes acquirent-ils de grands biens et une grande puissance. Le Talmud donne à Éliéser, fils d’Harsum , mille villes sur terre et mille vaisseaux sur mer ; et les successeurs d’Assuértis, les grands monarques, étaient moins riches qu'Akkiba et le faux Messie, dont il proclama la sainteté (1).

Les gémaristes , qui forment le second ordre «les docteurs, doivent leur nom aux deux gémares , c'est-à-dire , aux commentaires des rabbins sur la Chaîne des traditions ou la Mischna. Les travaux des gémaristes sont encore plus estimés de la synagogue que ceux des tradilionnaires ou tanaïtes. « L'Écriture est comme l’eau , disent les rabbins ; u la tradition ressemble au vin , mais la gémare est u semblable à ces liqueurs mêlées d'aromates , qui u foi» t les délices de la table des grands (2). Celui « qui pèche contre Moïse peut être absous , mais m on mérite la mort lorsqu'on contredit les géma- « rist.es. » Cependant ces décisions tant respectées portent presque toutes sur des questions puériles et des cas si bizarres , qu’on s’étonne que des hommes de sens et de raison les aient écrites. On ne peut se faire une idée de toutes les subtilités des gémaristes et de la futilité des questions qu'ils résolvent. « Peut-on passer dans un champ le jour dû sabbat? Non , répond le commentateur, car on pourrait fouler des grains avec le pied et les semer involontairement. La femme adultère d'un aveugle peut-elle être poursuivie devant le sanhédrin? Non, répond-il encore, car l'Ecriture dit qu’elle ne sera punissable que si elle a cherché à dérober son crime aux yeux de son mari : or comment se serait-elle dérobée aux yeux de celui qui ne voit pas (3)? »

Les gaons ou parfaits formaient une classe de docteurs savants qui pénétraient dans le sens des Écritures par une sorte d'illumination soudaine ; c'étaient les hommes les plus éclairés d’Israël. Ils n'acquéraient le titre de gaons qu’après de nombreuses épreuves. Les plus savants d’entre eux

(1) Rabbi Abraham, dans son Juchasim, Gedalia dans le Schlaschelet-hakkabala, Ganz dans le tzmach David, ont suivi la chaîne ou série des docteurs tradilionnaires dans (es temps antérieurs à Jésus-Christ ; mais Us ne s'entendent ni sur les temps, ni sur les hommes. Varitius, dans ses Observations sur la chronologie des Juifs, pag. 213, a fait ressortir ces contradictions.

(9) Comparez , sur ces opinions, Rodriguez de Castro, Blbliolh . espanola , Prolog. , p. 3 et suivantes , et l’abbé Chiarini, Théorie du judaïsme, t. II.

(3) I. 'ouvrage de l’abbé Chiarini contient l'analyse de la

devenaient chefs des académies , et les autres se répandaient dans les provinces , où leur savoir attirait le respect des peuples (4).

Rien n'était indifférent dans la société pieuse des Hébreux. Les docteurs massorèthes s'occupaient de la ponctuation des livres saints (5). La massore, dont ils empruntèrent leur nom , a pour objet de préciser les pointe, les voyelles et les accents qui, dans la langue hébraïque, ont une si grande importance sur le sens des Écritures. On ne peut indiquer l’époque précise où fut compose cet ouvrage, parce qu'on y a travaillé en des temps différents. Tout porte à croire qu’il a été commencé par les premiers docteurs de l’académie de Tibériade , et successivement continue par les rabbins. Cependant la ponctuation hébraïque est une innovation plus moderne, et l’on pourrait soutenir que la massore n’a pas une si haute antiquité (6). Les travaux des massorèthes ont sans doute contribué à l’intégrité du texte du Vieux Testament; mais dirigés en général par un esprit étroit , ils n'ont pas produit tous les résultats qu'on pouvait en attendre. Les docteurs se sont attachés à distinguer les différentes lettres initiales, finales et intermédiaires; ils ont compté vingt mille sept cent treize mots dans la Genèse, et soixante et dix-huit mille cent lettres. Tous les autres textes de la Riblc sont ainsi commentés, et Aben Kzra a ingénieusement comparé les massorèthes à des malades qui , pour apprendre les moyens de se guérir, au lieu d'étudier un livre de médecine, en compteraient les lignes et les feuilles.

Les cabalistes ont joui d'une réputation plus grande encore dans la synagogue que les massorèlhes ; ils la durent à la cabale, science des nombres % et des figures , qui fut longtemps en vénération chez les Juifs, et que l’on peut définir le moyen de trouver dans les lettres et dans les mots isolés ou unis un sens mystique et caché, ou bien encore, d’en faire sortir certaines vertus magiques. Dans le premier cas , la cabale est appelée spéculative ; dans le second, elle est pratique ; l'origine de celle science occulte n’appartient point à la captivité «TOccidenl, elle a son principe dans le mystère de l’Égypte, et

plupart de» dédiions des rabbins sur les cas les plus usuels de la vie; nous craignons que le savant compilateur ne sc soit un pen trofi arrêté au sens littéral des commentaires.

(4) Rodriguez de Castro, Biblioth. espanol., Prolog., pag. 1 et soiv.

(5) On fait dériver le root massore du verbe asar (lier), d’où l’on tire le substantif masoretles ( lien qui attache ) ; on le dérive aussi de masor (donner, transmettre). Foytz quatrième dissert. de l'abbé de Vencc, sur F.sdras.

(6) Comparez Buxtorf et les Exrrcitations du père Morin, n,cbap. ▼ etn.

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c’est lâ que nous en développerons les caractères secrets (1).

Des divisions plus graves que celles des docteurs étaient nées au sein du judaïsme; quelque sévères et précises que fussent les prescriptions de Jéhovah, il s'éleva néanmoins des schismes et des opinions qui déchirèrent la synagogue dès son origine. La plupart de ces sectes subsistent encore : le samaritain a ses temples et ses autels particuliers ; les caralles, les saducécns se soutiennent, avec tout le scepticisme de leur croyance, au milieu des persécutions et du mépris de leurs frères des synagogues, tandis que les pharisiens dominent la population juive et possèdent encore toute l’influence. II serait donc difficile de connaître les caractères de la captivité d’Occident qui nous occupe, sans définir d’abord les opinions de ces sociétés particulières nées au sein du judaïsme.

Les samaritains forment moins une secte qu’un grand schisme, une division complète de la société et du temple ; dix tribus d’Israël , fatiguées du despotisme de Roboam, secouèrent sa puissance, et se réfugièrent à Samarie sous leur chef Jéroboam. Gomme les liens qui unissaient la société des Hébreux étaient tous religieux , une séparation politique produisit un schisme dans le culte ; un temple fut élevé sur le mont Garizim non loin de Samarie, et les dix tribus n’allèrent plus à Jérusalem célébrer en commun les solennités prescrites par Moïse. Samarie eut ses prophètes, ses hommes saints; Osée, Amos vécurent non loin du Garizim, et prédirent la grande ruine qui frappa Samarie sous Salmanassar; les habitants de Samarie furent alors dispersés dans les plaines de la Chaldée, et le pays peuplé d’une race idolâtre, les Culhéens ; quelques 0 débris des Samaritains étaient cependant restés dans leur antique patrie; il se fit un mélange entre la doctrine d'idolâtrie apportée par les Culhéens et les vieilles traditions judaïques; le schisme devint dès lors encore plus prononcé entre Jérusalem et Samarie (2). La vie du Christ nous fournit quelques exemples de la haine que se portaient mutuellement les deux sectes rivales. Lorsque, assis sur le puits de Jacob , Jésus demanda à une femme de Samarie à se désaltérer dans le vase dont elle était munie,

(1) Les savants qui se sont occupés des éludes cabalistiques ne nous parafent pas avoir saisi sous un véritable intérêt le rapport que celte science mystérieuse peut avoir avec les doctrines religieuses et philosophiques de l'ancien monde; nous chercherons , plus loin, i l'envisager sous ce point de vue. La dissertation de la Nauze ( Mémoires de l’Académie des inscriptions, vol. IX ) est savante, exacte, mais étroitement pensée.

(S; Comparez Reland, Dit sert, de monte Garizim.; Cellarius, Hitl. Samaritan.

la femme s’étonna que, venant de Jérusalem, il adressât la parole et demandât un service â une fille de Sichem.

Les samaritains n’eurent point cette rigidité de croyance qui distinguait la synagogue de Jérusalem; leur foi, plus facile, rendit hommage aux divinités de Rome, et Samarie éleva des statues à Néron dans son temple , et des monuments « aux « dieux augustes et immortels. * Sur une médaille frappée en l’honneur de Commode par Sébaste , on voit un cyste entouré de serpents comme ceux des mystères de Bacchus; sur un autre monument samaritain, la déesse Astarté , la tète chargée d’une tour, tient de ses mains une petite image d’Osiris (5). Sous les empereurs chrétiens de Constantinople, les samaritains furent constamment persécutes , et perdirent tous leurs privilèges politiques et religieux. La communauté tout entière ne put se dispenser du service des flottes ; elle dut transporter à Constantinople les blés de l'Égypte (4). Honorius les priva du titre d 'agents , sorte de fonction subordonnée , qui consistait à porter de province en province les ordres (5) de l’empereur sur la montagne sacrée du Garizim ; l'empereur Zenon éleva un temple à la Vierge, et les samaritains, au lieu de révérer l'antique monument de leur foi, furent obligés de fléchir le genou devant l’objet d'un nouveau culte (6). Justinien ordonna la destruction du temple et des maisons religieuses des samaritains, et les déclara incapables d’exercer le moindre emploi public; il les priva de la faculté de donner et de recevoir par testament. Le pieux empereur affranchit tous leurs esclaves quel que ftU le litre ou l’origine de cette possession , et il punit du bannissement ceux d’entre eux qui , devenus Chrétiens , retourneraient à leur croyance primitive (7).

Ces croyances différaient de celle des Juifs plutôt par les formes de culte que par les dogmes. Les samaritains n’accordaient une confiance absolue qu’aux cinq livres de Moïse, qui , selon les Juifs, n’étaient point au-dessus des traditions. Ils recevaient les livres historiques, mais ils ne leur attribuaient pas la même autorité qu’à la loi ; ils avaient une chronique particulière qui différait sur quelques points des saintes Écritures. Leur morale était

(5) Noril, Epoca syro. Maced. Disserl. , p. 215, signifie dans cette médaille (de* grand* dieux).

(4) Tbéodo*e les soulagea un peu de cette pesante charge. Code Théodosien, lit. 5, liv. xvm, p. 47, til. 4.

(5) Ibid., t. 8, liv. xvi, p. 232.

(G) En 530, II y cul une révolte de samaritains. F'oyez Cyrille, in f itâ Sabce apud Cotl. de monument, eccleùcc grccccc, l. III, p. 3-70.

(7) Novell. Justin, an. 129, et Justin., 144.

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plus rigide que celle des rabbinistes . ils considéraient la polygamie, que l’Ancien Testament avait autorisée, comme un outrage à la morale: les mariages entre l’oncle et la nièce , le cousin et la cousine, étaient également défendus chez les samaritains, quoique la synagogue les tolérât. Leurs rites aussi étaient plus rigoureux; ils se soumettaient à des ablutions plus fréquentes , jeûnaient avec une grande ferveur, et jamais ils ne laissaient passer le huitième jour sans circoncire les enfants; ces formes, ils les observent encore aujourd'hui; quoique dispersés sur un territoire stérile et réduits à la plus profonde misère (1),

Si les samaritains différaient des Juifs orthodoxes par les cérémonies et les formes extérieures, les saducéens s’en«sëparaient par le dogme ; c’était le scepticisme dans la synagogue , une sorte d’incrédulité raisonnée. Les saducéens niaient la providence de Dieu et son intervention directe dans les affaires de celte vie ; le Dieu d'Israël était indifférent au bien et au mal ; la résurrection des corps, les châtiments ou les récompenses d’un monde futur étaient des chimères qu’il fallait abandonner à la multitude trompée, llien n’existait au delà de la vie . pas même ce monde d’intelligence et de lumière, ces anges spirituels empruntés aux mythologies de la Perse et de l’Assyrie. La morale «les saducéens était sévère, et ils remplissaient par une rigidité excessive le vide que laissait pour le vulgaire le défaut de croyance. Les châtiments les plus exemplaires punissaient les moindres fautes, et les sectateurs n’excusaient ni l’ignorance qui se trompe, ni la faiblesse qui sc laisse entraîner (2).

Les saducéens suivaient dans les formes extérieures le culte saint ; ils allaient au temple, assistaient aux cérémonies judaïques et célébraient avec le grand prêtre les pompes et les fêles. Dans les derniers jours d’Israël . dans ces temps surtout où la race des Machabées et les rois hérodiens obéissaient à la puissance romaine, les saducéens dominaient la nation et occupaient presque toutes les dignités. Les saducéens , aussi bien que les pharisiens, sont signalés, dans les Évangiles , pour leur doctrine corrompue; celte secte fut toujours l’objet d’une politique inquiète ; les lois des empereurs chrétiens bannirent les saducéens, parce que c’étaient des hommes assez criminels pour

(1) Comparez, »ur le» dogme* de* samaritains, le textedes lettre* écrite* parle* samaritains! leur* frère* d’Angleterre, et le* excellents Mémoires de M. de Sacy , dans le t. XII des Notices cl extraits des manuscrits de la Bihlioihèquc du roi.

(4) Dissertation sous ce titre: Conjecturée Mstorico crtlicœ de saduceorum Inter Judœot tecld novam lucem acccndentes. Hall», t779; Bartolocci , Blblioth. rabbinic., 1. 1, p. 580.

ufcrisoi.

professer l’athéisme et nier la résurrection des corps et le dernier jugement (3).

La doctrine «les caraTlcs est une modification du sadncéismc, moins incrédule et moins hardie; il ne s’agit plus du dogme, de la morale, des grandes destinées ittin monde futur, mais des libres investigations de récriture ; les caraïtes jugeaient avec toute indépendance d’esprit les textes sacrés ; ils ne s’arrêtaient pas aux interprétations des docteurs, aux commentaires des rabbins; ils prenaient l’Ancien Testament jusqu'à la tradition orale , qu’ils rejetaient comme l'ouvrage des hommes et que la libre intelligence pouvait suivre ou repousser à son gré ; c'était la critique rationnelle appliquée au judaïsme, religion essentiellement d’obéissance. Cette secte avait pris naissance sous les Machabées à l’époque où les traditions vinrent compliquer la simplicité primitive des livres de Moïse ; ce fut en quelque sorte un protestantisme dans la synagogue (4).

La perfection ascétique et fes dogmes des essé niens appartiennent à la captivité d’Égypte , il faudra les suivre alors au milieu de toutes les sectes religieuses et philosophiques nées dans l’ancien monde et rajeunies par le christianisme. Ce sera un spectacle curieux de voir ces dogmes et ces sectes luttant les uns contre les autres et produisant une sorte de syncrétisme ou de mélange confus des grandes doctrines de l’Orient. Quant aux pharisiens, qui ont dominé et qui dominent encore la synagogue, ils formaient une secte tout entière prosternée devant les pratiques extérieures; leurs dogmes , révélés par le prêtre Josèphe qui professait pour eux une vénération profonde (3), n’é* •(aient pas restreints aux doctrines de l’Ancien Testament. Ils faisaient de la Providence une sorte de fatalité inflexible, dominant toutes les grandes masses de faits qui se produisaient dans la vie humaine. Néanmoins l’homme conservait son libre arbitre pour le bien et le mal ; la Providence n'agissait que sur l’ensemble des événements ; la volonté restait indépendante dans les accidents de l’existence ; les pharisiens avaient emprunté aux doctrines de l'Égypte et de l’Inde la métempsycose. Dans une théorie du pharisianisme que nous a présentée le prêtre Josèphe , Pâme des méchants devait être renfermée dans une prison éternelle et

(3) Justinien. Novell. 146. Quoique les saducéens ne soient pas nominativement désignés, les commentateurs ne font pas de doute que l’empereur ne veuille ici parler des saducéens.

(4) Triglandius, deSect. Cœraor.

(5) Josèphe, Anliq judalq., liv. u ; ch. xvu; Guerre judalq., liv. h, chap. vu.

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n’en sortir que pour visiter des corps inertes et stupides, tandis que Pâme des bons devait trouver un facile retour à la rie d'intelligence. Ce qui distinguait surtout les pharisiens , c'était leur mensongère austérité , ces formes extérieures de vertu; ils marchaient les yeux baissés, le visage macéré par le jeûne , et le corps couvert de vêtements grossiers. Ces démonstrations de piété leuraraient donne un grand ascendant sur la mullulide, qui adore tout ce qui fait spectacle; les pharisiens, présentés par le Christ sous la belle image de sépulcres blanchis, gouvernaient la Judée dans les derniers jours de sa décadence ; ils poussèrent le peuple dans ces folles entreprises contre la grande puissance de Rome, et amenèrent ainsi la ruine de Jérusalem ; ils remplissaient le sanhédrin , le temple ; ils soulevaient à leur gré la population de la Judée, et , pour nous servir de l’expression d’un rabbyi, femmes et enfants se levaient à leurs paroks de feu.

Tel fut l'intérieur de la synagogue d’Occident , avec ses dogmes et scs rites , jusqu’à Justinien. La publication du Talmud fit , à cette époque , une grande révolution. Avant de pénétrer dans celte vaste et bizarre législation qui, comprenant toules les captivités . ne peut être bien interprétée qu’alors que la situation politique des Juifs sera partout connue , il nous reste à jeter un rapide regard sur le commerce des Israélites dans l’empire romain , c’est-à-dire , sur leurs moyens d’exister en dehors de celte terre des promesses qui ne leur offrait plus que des sujets de larmes et de désespoir.

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