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I.a Parque a terminé son sort

Pour le bien de l'Etat et celui de l'tglWe.

Le tombeau du roi, par RoUtseau.

France, de ton tyran orne ainsi le tombeau :

Sur la mauvaise fol fondez son mausolée;

! grandes pensées, sont terre à terre dépouiller le cadavre pièce à pièce. Ainsi furent les pamphlétaires pour Louis Y1V; on l'avait loué comme un dieu dans sa puissant e , ou le flétrit après ses malheurs, on «'épargna pas sa tombe. La voix seule de Massillon , remuant la poussière des morts , osa rendre à Louis Yl Y sa puissante mémoire; et son oraison funèbre, en rappelant que Dieu seul est grand, peignait en traits sublimes la magnificence de ce règne (2).

Le duc d’Orléans était moins préoccupé du roi qui touchait Saint-Denis, que du gouvernement qui allait commencer. A peine avait-il conduit Louis XV à Vincennes, qu'il réunit les secrétaires d’Ltat ; aucun n'avait été changé. Tous les minislres de Louis XiV siégeaient provisoirement; le régent n'avait pas désigné encore tous les membres du conseil de régence : ainsi l'on complait parmi les ministres à portefeuille le chancelier Voyein; Torey, secrélaire d'Etat des affaires étrangères; Desmarets, controleur général des nuances ; et Villars, [.avrillière, Armenonville. Il fut pris les mesures nécessaires pour la continuation provisoire du gouvernement. Rien ne pouvait être définitif tant que Louis XV n’avait pas siégé en son parlement de Paris ; c’était le vœu de la grande cour judiciaire. Le petit roi , que cette cérémonie ennuyait fort, et à qui les grandes perruques faisaient peur , n’avait pas encore voulu se rendre an parlement. Jamais la duchesse de Ventadour n’avait pu persuader au royal enfant de se mettre en route pour Paris ; « il avoit fait semblant d’èlre malade ; il s'éloit pris à bouder et i faire le mutin, il n’avoit pas voulu manger , et on avoit été contraint de le mener à

Qss’tl s’élève au-dessus, armé du noir flambeau Dont II brûla Jadis l'Europe désolée ;

Qu’Il y foule 1 scs pieds un peuple gémissant ;

Que pour vertus, au coin d'un marbre teint de sang,

Le désespoir, la mort, la rureur et la ralm Y voilent leur pâleur de tombeaux funéraires ;

Qu'avec la volupté les amours adultères S’empressent d’y graver se# crimes sur l'alraln ;

Et que la haine y trace, en hideux caractères.

Ce titre affreux : Cbgit le fléau du genre huma/n .

81 la France, au moment que ta course est finie,

Tic pleure point, Louis, ne t’en étonne pas;

Ses yeux baignés de pleurs pendant tonte ta vie Se trouvent épuisés au Jour de ton trépas.

Ici gil de qui Icsédlts

Nous ont tous rendus misérables ;

Qu'Il aille droit au paradis.

Et son conseil A tous les diables.

Cl-git le père des Impôts,

Disons- lui des patenôtres;

8*11 est en haut (tour ton repos,

Il y est aussi pour le nôtre.

K Saint-Denis comme A Versailles,

Il est sans coeur et sans entrailles.

il) PHILIPPE 1) ORLEANS. — 1715.

t’rianon , où l'appétit lui étoil revenu arec la lionne humeur; et se voyant là, il s’éloit mis à courir de tout côté pour se divertir avec son houssard (1). >• dépendant la solennité judiciaire était attendue ; le Ut de justice était comme la confirmation du pouvoir judiciaire concède par Sa Majesté aux membres de sa cour. Le roi , vêtu de l'habit de deuil violet , partit du château royal de Vincennes dans ses carrosses de cérémonie ; quand son cortège toucha la porte Saint-Antoine , le canon de la Bastille se fit entendre, et MM. les échevins, vêtus de leurs chaperons et robes rouges, complimentèrent Sa Majesté sur l’honneur qu’elle daiguail leur faire de visiter sa bonne ville ; Louis XV leur répondit par un sourire, en frappant ses petites mains l’une dans l'autre, et les échevins lui offrirent des dragées, friandises, massepains, que l’enfant prit en remerciant les dignes bourgeois et magistrats de leur attention gracieuse.

Pendant ce temps, les chambres du parlement se réunissaient au Palais de Justice , sur la convocation de M. le premier président de Mesmcs. S’il y avait toujours discussion en temps ordinaire sur les préséances ou le cérémonial , lorsque le roi venait en sa cour tous les honneurs lui étaient dus ; jamais premier président ou présidents à mortier n’auraient refuse d’aller au-devant de Sa Majesté pour la recevoir en sa cour cl la conduire au lit de justice. Des que le grand maitre eut annoncé que le roi était arrivé à la Sainte-Chapelle où il faisait sa prière , une députation de Messieurs marcha gravement pour le chercher; tous étaient vêtus de leur robe écarlate «joublée d’herinine; le roi , porté dans les bras du duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre , traversa la longue file des conseillers ; il fut rais en son lit de justice ; noble aspect «pie celte cour suffisamment garnie de pairs , présidents et conseillers ! Un enfant était IJ tout au milieu de ces graves physionomies, et sa petite face pâle cl maigre faisait contraste avec les fortes et grosses têtes de magistrats et grands du royaume, tous avec leur longue perruque noire et (louante. Il y avait une sorte de prestige dans les attributs de la royauté , et un prince enfant commandait “obéissance et le respect aux vieillards , aux pairs et aux sages du pays , symbole mystique du pouvoir religieux ; la force dans la candeur et l’innocence, sainte idée «pii devait relever le devoir «les peuples dans le culte de l’autorité (2).

Le roi , en son lit de justice, s’y plaça d’une manière fort gracieuse , ses petites jambes pendantes , son corps mollement appuyé sur le coussin de velours ; puis, ôtant son chapeau à plumes cl le re-

mettant presque aussitôt , il dit d'une voix claire, mais un peu tremblante : « Messieurs, je suis venu ici pour vous assurer de mon affection; M. le chancelier vous dira ma volonté. » Aussitôt, selon l’usage , le chancelier, revêtu de sa simarre violette doublée de cramoisi , s’approcha le genou en terre , et demanda au roi la permission de parler à son parlement ; un léger signe de tête le lui jtermit, et alors le chancelier Voysin fit un discours ëlogicux tout à la fois pour le roi défunt, pour le jeune prince son successeur, et surtout |»our le régent,

« dont l’esprit pénétrant et sublime avoit déjà deviné toutes les nécessités de l’État. « Ce discours fut fort admiré; sur l’ordre de M. le premier président , toute la cour s’agenouilla ; M. le premier président sollicita l'honneur de parler à Sa Majesté ; le chancelier lui en donna l’ordre de la part du roi , et M. de Mesmes s'exprima ainsi au milieu du silence de toute la nombreuse assemblée en parlement : •> Sire , la royauté est immortelle en France, quoique les rois, comme les moindres de leurs sujets, soient tributaires de la nature. Louis le Grand , après un long et glorieux règne , en est la triste preuve : ce cruel événement afflige et consterne tous les ordres du royaume , et pénètre de la plus vive douleur ce premier tribunal de l’Etat. Mais au fatal moment où le plus grand roi du inonde cesse de vivre , Votre Majesté, par le droit de sa naissance, commence «le régner; c’est le motif de l’auguste cérémonie qui assemble aujourd’hui dans ce sanctuaire de la justice la cour des pairs et tout ce qu’il y a de plus grand dans le royaume ; c’est ce qui y attire , par l’amour que nous avons pour nos rois et par la pompe du spectacle, ce concours extraordinaire de peuple de tout âge et de toute condition. Tous s’empressent à l'envi de vous contempler sur votre lit de justice , comme l’image visible de Dieu sur la terre, de vous y voir exercer la première et la plus éclatante fonction de la royauté , et recevoir les hommages , lÇâ soumissions et le serment solennel de l’inviolable fidélité de votre royaume. Outre cette protestation générale, le parlement supplie Votre Majesté d’èlro persuadée qu’étant attaché aux intérêts de la couronne d’une façon plus étroite et plus immédiate , il considérera toujours comme le plus indis{>ensnb!c «le ses devoirs celui «l’en soutenir et d’en défendre les droits et les privilèges. >• L’assistance fut infiniment satisfaite des belles paroles de M. le premier président ; on avait été fort court , afin de ne pas trop fatiguer le petit roi , qui ne remuait pas et faisait mine de s’ennuyer sur son lit de justice. Aussitôt la harangue finie, M. le chancelier recueillit les

(I) Récil manuscrit. 'Bihlio'.h. du rui.)

(2) Procès-verbal du parlement, 13 septembre 1715.

voix pour la confirmation de l’arrêt de régence , et cet arrêt fut prononcé par le roi en personne, séant avec majesté en son lit de justice (1).

Toutes les formes étaient ainsi pour M. le duc d'Orléans; le prince n’avait négligé aucune des grandes solennités qui pouvaient fortifier son pouvoir ; la régence était légalisée, et son gouvernement en action. Une des habiletés de M. le duc d’Orléans, avait été de caresser les prérogatives du parlement , et l’opinion surtout qui se rattachait à la mémoire de 31. le duc de Bourgogne et à son système de gouvernement politique. M. le régent s’était engagé, avec M. le premier président de Mesmes, à restituer au parlement le droit de remontrance dans sa plus large expression. En même temps il convoqua auprès de lui un certain nombre de présidents à mortier les plus famés de la compagnie; de concert avec eux , il parcourut les manuscrits du duc de Bourgogne sur la forme et les conditions d’un bon gouvernement. Les idées de ce prince, un peu livré aux utopistes , avaient été de décentraliser autant que possible le conseil des ministres , et de substituer aux secrétaires d’Élat à départements des conseils spéciaux appelés chacun à délibérer sur une branche de service, la guerre, les finances, la marine. Celle idée, qui décentralisait l’autorité, «levait être applaudie, car elle permettait «le satisfaire un grand nombre d'ambitions; toutes les capacités pouvaient prétendre aux honneurs et aux dignités de l’État. Louis XIV avait suivi l’idée d’une vaste et forte centralisation aux mains des secrétaires d’Élat, et ceux-ci se trouvaient eux-mêmes tellement subordonnés, que tout était en définitive dans les mains du roi ; la pensée du duc de Bourgogne était une véritable réaction contre l’unité proclamée par Louis XIV ; elle substituait une organisation toute différente, une hiérarchie spécialement distincte (9). Le régent céda devant l’entrainement des idées ; on était las de l’unité, on courait à une certaine indépendance politique ; la pluralité des conseils était destinée à satisfaire cette tendance des opinions; un grand soin fut apporté dans le choix de toutes ces spécialités. La hiérarchie avait pour sommet le conseil de régence ; «lans cette régence étaient les ducs de Bourbon etdu Maine, le comte de Toulouse,

(1) Procès-verbal du parlement, 19 septembre 1715.

(9) Voici les motifs de l'ordonnance qui porte la date de Vioceoues, 13 septembre 1715 : « Le feu roi de glorieuse immoiie, notre bisaïeul, pouvoit suffire seul au gouvernement du royaume, mais la foihlesse de notre ige demande de plus grands secours; et quoique nous puissions trouver tous ceux dont nous avons besoin dans la personne de noire très-cher oncle le duc d'Orléans, sa modestie lui a fait croire qu'il devoit d'abord proposer t établissement de plusieurs CAnriSDK.

le chancelier , le maréchal de Villeroy, le duc de Saint-Simon , les maréchaux d'Harcourt et de Bezons , le marquis de Torcy, le seul qui eût »oix délibérative. 11 fut chargé des rapports qui devaient être faits à la régence; MM. Le Pelletier deSouzi et d'Aguesseau ne venaient à ce conseil que lorsqu’ils y étaient mandés. Le régent organisa un conseil de conscience compose du cardinal de Nouilles, de l’archevêque de Bordeaux, d'un évêque ad libitum, de M. d'Aguesseau, procureur général, et de l’abbé Pucclle. Le conseil de guerre fut composé du maréchal de Villars, president; du duc de Guiche, charge du détail de l'infanterie ; de M. de Puységur pour 1rs fortifications et roules ; de M. de JofFrcville pour la cavalerie ; de MM. de Birou et de Levi , honoraires; de M. de Renolde pour les Suisses, et de M. de Saint-Hilaire pour l’artillerie. Tous rendaient compte à M. le duc du Maine. M. de Valory était pour le génie, et MM. Le Blanc et de Saint-Contest , secrétaires, pour les vivres et munitions. Le conseil des finances était formé dn maréchal de Villeroy , qui en était le chef, et du duc de Noailles, président. Les autres membres étaient MM. Le Pelletier des Forts, Rouillé du Coudrai; Fagon , de Baudry, de Gaumont, le président Dodun, et MM. Lefèvre et de la Balinicre, secrétaires. Dans le conseil de la marine entraient les maréchaux d’Estrées et de Tessé , MM. de Vauvray, intendant de Toulon, Ferrand, intendant de Bretagne, de Bonrepos, et M M . de Coetlogon et de Champigny, chefs d'escadre. Le maréchal d'Uxellet, l'abbé d’Estrées , M. deChitergny, le marquis de CaniJIac, M. de Torcy, et M . I'equet , son premier commis, composaient leconseil desaffaires étrangères. Enfin, dans celui des affaires du dedans du royaume (ministère de l’intérieur) entraient le ducd'Antio, président, M. le Premier, le marquis de Harlay, M. de Goissard et M. d'Argenson (3).

Cette organisation était véritablement celle d'uu grand conseil d'Élat , telle qu'on l’a comprise dans une époque plus moderne ; elle annulait la haute puissance des ministres spéciaux, soumis pour chaque département à l’action des conseils. Le duc de Bourgogne avait trouvé le modèle de ce gouvernement en Autriche, en Espagne, même dans le conseil de Casldle (4); mais que devenaient les secrétaires

conseil., ofi le. principale, matière, qui exigent l'attention du .«uveraln .eroient discutée*. . ( Préambule de t'ordonnaucc.)

(3) On te moqua beauconp parmi les vieux partisans de Louis XIV de celte pluralité des cooseds. On chantait :

Français, ne craisner plus d’tivéncanents sinistre*,

notre ta ce récent a su tout prévenir :

Il a Mluntc-dlx ml h luire».

(4) L'ordoonance indique positivement que le plan de

PHILIPPE D'ORI.ÉAJiS. — 171».

d’état dans ce système d'administration? comment le pouvoir conserverait-il l’unité, la fermeté qui seules peuvent produire de grandes choses? Il n'y a que les caractères supérieurs et tenaces qui dominent une hiérarchie de conseils ; les souverains faibles sont réduits avec eux à l'impuissance et à l’anarchie. Le régent avait parfaitement réfléchi les choix ; le conseil de régence différait peu pour le personnel de celui que Louis XIV avait désigné lui-même ; seulement le duc d'Orléans en nommait tous les membres; il pouvait dès lors les révoquer, les multiplier , grandir le conseil ou le resserrer. Dans le comité de conscience il faisait entrer les représentants du clergé opposant à la bulle Unigenitus > la grave affaire du temps, et par là il conquérait l'assentiment des cours judiciaires; d’Aguesseau et l’abbé Pucelle étaient tous deux membres du parlement. Le conseil de la guerre embrassait toutes les illustrations , sous la présidence de Villars; on éloignait des finances Desmarets, trop dans les idées du roi défunt; on le remplaçait par Villcroy et le duc de Noailles ; pour la marine et les affaires étrangères, on demeurait dans les spécialités, telles que les comprenait Louis XIV. Certes, on ne pouvait faire des choix plus remarquables d’illustres personnes et de capacités mieux constatées; mais c’était l’ensemble du conseil qui, dans l’action du gouvernement, devait rencontrer les difficultés inséparables d’un tel système; l’unité n’était nulle part. Les épigrammes ne manquèrent pas à la conception du régent ; on appelait son ordonnance la loi des soixante et dix ministres; on ne pouvait s’expliquer en France une administration éparse dans 4ant de têtes diverses; les conseils n’allaient-ils pas se neutraliser les uns par les autres?

Ainsi , pour bien résumer l’organisation de la régence, elle se composait de M. le duc d'Orléans régent , avec le pouvoir absolu pour tout ce qui tenait au choix des personnes et des conseillers, au changement même dans le personnel du conseil de régence, à la répartition des places et bénéfices; d’un conseil, sous la présidence de M. le duc de Bourbon, premier prince du sang; d'une surintendance dans la maison du roi , confiée au duc du Maine ; de secrétaires d'Élat , dominés par des conseils attachés à chaque branche spéciale de service; enfin le parlement , auquel le régent reconnaissait le droit de remontrance et d’enregistrement. Ce système était bon en lui-même, mais son action devait naturellement être lente, embarrassée; le rouage

ces conseils avait été dressé par le duc de Bourgogne :«(Cette forme de gouvernement a paru d'autant plus convenable à notre très-cher oncle le duc d'Orléans, qu'elle a été tracée par notre très-honoré père. Il étoil persuadé que toute l’au-

était trop compliqué : U devait en résulter de deux choses l’une : ou que M. le duc d’Orléans s’emparerait de l’autorité complète et absolue , en annulant le conseil de régence et les autres hiérarchies , ou que le conseil de régence dominerait le pouvoir du régent, et alors on tombait dans l'anarchie. Cette lutte commence presque immédiatement; elle s’achève par le triomphe du régent sur le pouvoir du parlement et du conseil de régence. Les deux extrémités de ce système sont, 1° la souveraineté du parlement alors qu’il brise le testamrnt de Louis XIV et proclame la régence ; 2* l’exil de ce parlement à Pontoise, pour avoir résisté à la volonté absolue du duc d’Orléans. Ce changement s’opère dans la période de six années.

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