‹ Œuvres de CapefigueChapitre 14 sur 165 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l’ÉCOSSE ET JACQUES lit.

L'Ecosse. — Mécontentements. — Le» Stuart». — Division de» clan». — Le comte de Marr. — Le duc d’Arçyle. — Révolte de I'Écomc. — Jacquet III. — Bolingbroke. — D'Ormond. — Apparition du prétendant en Écosse. — Cruauté» de» vainqueur». — Le régent. — La France. — Plainte» de lord Stair. — Réponte du cabinet du régent. — Situation diplomatique.

La petite rivière de la Tweed divise l'Écotse de l'Angleterre; mais une séparation plus profonde et plus marquée éloignait les deux peuples l’un de l’autre : il y avait une haine vivace entre les descendants des vieux Scott» et les Saxons ; si les habitants de la plaine s’étaient peu à peu assouplis à la domination de l’Angleterre , les généreux Highlanders respiraient trop librement l’air des montagnes pour subir le joug. Dans les épaisses bruyères, les clans répétaient encore les antiques hymnes de liberté. La cornemuse des montagnards rappelait les airs guerriers des rois d’Écosse , alors que les ancêtres saisissaient la glorieuse claymorc pour marcher contre les fils des Normands et des Saxons. Cette haine de races s’était accrue depuis la réunion complète de l'Ecosse à l’Angleterre sous un commun parlement (1); c'était la plus fatale de toutes les violences faites aux habitudes et à la nationalité de ce brave peuple. Partout éclataient des murmures, des séditions, et l'esprit féodal soumettait à la tour du seigneur les clans qui n’attendaient que le signal des batailles et l’apparition des feux de guerre sur la montagne.

Il y av ait dans cette poétique Écosse une fidélité

(1) Voye* Louis XI P.

(2) Stuart, a riante once retpected

A vainc, whlch to love was the mark ofa truc heart,

Hui now’lii desplted and neçlecled. lomr BtraNS.

traditionnelle aux Stuarls; celte belle et antique famille appartenait à la race écossaise; le nom des Stuarts se mêlait au sol (2); c’étaient les premiers nobles au milieu des Highlanders. Les clans vénéraient celle longue hiérarchie de princes à la blonde chevelure , à ces dents blanches que les ballades écossaises comparaient aux pics de la montagne couverts de neige ; ces Stuarts aux mains si douces qu’on les croyait gantées de soie. Au nom des Stuarts, vous voyiez frissonner d’indignation contre l’Angleterre tous ces montagnards qui se croyaient outragés dans l’exil de leur roi national ; ce noble esprit de fidélité était entretenu par une active correspondance avec le continent et Jacques III; des émissaires débarquaient en Écosse , ils parcouraient les châteaux et recevaient partout la douce hospitalité ; assis sur la huche héréditaire , aux pétillements du feu , entourés de jeunes hommes dans cette agreste demeure toute resplendissante de bois de cerfs et des dépouilles des forêts, les émissaires courageux entretenaient le chef du clan et les fils de sa longue lignée des belles histoires des Stuarts à Sainl-Germaiu ; ils annonçaient le prochain debarquement de Jacques 111 , le roi légitime d’Angleterre et d’Ecosse (3).

Les nouvelles d’uue apparition de Jacques III en Écosse n’étaient pas sans probabilités. Avant même la mort de Louis XIV, Bolingbroke et le duc d’Ormond étaient arrivés à la cour de Saint-Germain ; Bolingbroke avait fait son entière soumission à Jacques 111, et lui apportait les espérances du parti tory en Angleterre et en Écosse ; le duc d’Ormond , plus ardent encore dans ses ressentiments contre les whigs, était entré dans le cabinet intime de Jacques III , et dirigeait toutes ses affaires ; les deux chefs du torysme, proscrits d'Angleterre, proposaient un débarquement immédiat en Écosse ; les clans étaient prêts ; au premier signal , on verrait briller les feux sur la montagne ; le duc d’Ormond cL Bolingbroke engageaient Jacques III à presser son départ pour appuyer le cri «l’oppression qui de tous côtés éclatait contre les whigs. Le rapport du duc d’Ormond énumérait les éléments de succès que les descendants des Stuarls trouveraient dans les trois royaumes , la fidélité pour la vieille race, les mécontentements que les whigs soulevaient partout dans le sein du peuple, parmi ces chauds partisans de l’Église établie.

Il y avait de la réalité dans" les tableaux que Bolingbroke et le duc d’Ormond présentaient sur la situation des partis en Angleterre ; les inécon-

(3) Voyez la correspondance inéd'le de Renandot. (Bibliolh. du roi, ad ann. I71R.)

lentement* étaient nombreux , le peuple ardent à se révolter, mais il y avait aussi des éléments favorables au maintien de la dynastie de Hanovre. C’est une bien grande force d’abord que d'avoir (tour soi le gouvernement établi ; avec son aide, une minorité peut se maintenir dans la direction des affaires ; ensuite l’admirable talent des whigs avait été de se servir des rivalités de peuples , et de gouverner les trois nationalités d’Écosse, d’Irlande et d'Angleterre l’une par l’autre. On transportait des troupes anglaises et irlandaises en Écosse , et les Écossais combattaient sur le continent, ou maintenaient dans l’obéissance la bourgeoisie de Londres ; de nombreuses troupes allemandes de l'électorat de Hanovre avaient pris aussi du service en Angleterre; douze mille hommes avaient été votés par le parlement , afin de former la garde personnelle du roi Georges I**. Quelle force pouvait opposer Jacques III? Y avait-il entre les chefs une parfaite intelligence? Pouvait-on espérer des montagnards une de ces expéditions persévérantes et fortes qui porteraient leurs couleurs aux pieds des murailles de la vieille cité d'Édimbourg (1)?

Le comte de Marr le promettait dans sa correspondance avec Jacques 111, il annonçait l’insurrection des trois royaumes. Le comte de Marr, enthousiaste comme toute la race écossaise , n’avait pas toujours été dévoué aussi chaudement au prétendant ; il avait suivi le gouvernement de la reine Anne; mais proscrit parle système hanovrien, il avait fait un appel aux armes dans les montagnes d’Écosse,

(1) La correspondance de Renaudnt indique le nom des chefs de l'insurrection, ad ann. 1715.

(2 ) Jacques était le huitième roi d'Ecosse de ce nom, et seulement le troisième roi d’Angleterre. Voici au reste la proclamation du comte de Marr : « Notre roi légitime et naturel, Jacques VIII. par la grâce de Dieu, qui vient présentement de nous délivrer de nos oppressions, ayant bien voulu nous confier la direction de ses affaires, et le commandement de ses forces dans son ancien royaume d'Ecosse ; et quelques-uns de scs fidèles sujets et serviteurs assemblés à Boy ne, savoir, le lord Huncley, le lord Tullehardine, le comte Maresrhall, le comte de Jouihesan, Glingary; de la part des clans , Glenderalc ; de la part du comte de Broudalbine et gentilshommes de la province d’Argyle, M. Patrich-Lion-d'Auscberhouse, le lord d'Auldlair, le lieutenant général Georges Marmiton, le major général Gordon et moi, ayant pris en considération les derniers ordres de Sa Majesté, trouvons que c’est maintenant le temps qu’il nous a ordonné de prendre ouvertement les armes pour lui. Aussi il nous semble absolument nécessaire pour le service de Sa Majesté , et pour la délivrance de notre patrie, que tous ses fidèles et bons sujets, et ceux qui aiment leur patrie, prennent incessamment les armes. Ces présentes sont donc (au nom, et en l’autorité de Sa Majesté, et en vertu du pouvoir susdit, et par l’ordre exprès que le roi m'a donné pour cet effet) pour vous requérir et autoriser de lever incessamment

et bientôt la cornemuse guerrière avait répété les air* nationaux de l’époque des Stuarts ! Ce fut à C.astlctowu, à la tète de trois cents de ses vassaux highlanders , que le comte de Marr leva Iclendard royal de Jacques VIII (2); il prit le lilrc de lieutenant général de Sa Majesté. Tout secondait ses desseins ; deux vaisseaux français chargés d’armes et d'officiers d’artillerie débarquèrent au golfe d'Édimbourg. Dans moins de huit jours, dix mille montagnards se trouvèrent sous les armes; le comte de Marr longea le littoral de l'Écossc;la province de Fifelomba aux mains des troupes jacobites. Partout dans les montagnes le nom des Stuarts rsleniissait, et l’on s'attendait à une prise d'armes générale , lorsqu'on apprit l’arrivée de lord Argylesur la flotte.

Lord duc d'Argyle appartenait à cette partie de la race écossaise persécutée par les Stuarts, et qui en conservait au cœur un ressentiment profond . héréditaire, comme dans les peuples du Nord. La faiblesse des nations simples et primitives vient précisément de ces haines de famille, qu’elles se vouent souvent de siècle en siècle, et qu'elles se transmettent dans l’ordre des générations; les ennemis en profitent bientôt pour dominer. L’Angleterre avait invoqué ces vieux ressentiments, et lord Argyle venait avec les pleins pouvoirs du roi Georges en Écosse; nom tristement célèbre dans les fastes des montagnards , que celui d'Argyle ! plus d’un chant des highlanders rappelait le fatal massacre de Glencoe , tradition de sang chez les Macdonald , alors que périssaient presque tous les

vos gens militaires avec leur* meilleures armes, et de le» faire marcher d’abord pour venir me joindre, et quelques autres forces du roi près de Rracmart, lundi prochain, afin de poursuivre notro marche, et nous rendre sous l’étendard du roi avec ses autres forces. Le roi voulant que scs troupes soient payées dès le temps de leur départ, il espère, ainsi qu’il l’ordonne expressément, qu’elles se comporteront civilement, et qu’elles ne commettront aucun pillage, ni d’autres désordres, sous les peines les plus sévères, et d’encourir sa disgrâce : on s’attend que vous ferez observer cet ordre. C’est à présent que les honnêtes gens doivent témoigner leur zcle pour le service de Sa Majesté, dont la cause est si intéressante, afin de délivrer notre patrie de l’oppression d’un joug étranger, trop pesant pour nous et notre postérité pour le porter, et de tâcher de rétablir, non-seulement notre roi légitime et naturel, mais aussi notre patrie dans son ancienne. libre et indépendante constitution, sous celui dont les ancêtres ont régné sur nous pendant tant de générations. Dans une cause si honorable, si bonne, si juste,, nous ne pouvons douter de l'assistance, delà direction et de la bénédiction du Dieu tout-puissant, qui a si souvent sauvé la famille royale des Stuarts et notre patrie de succomber sou» l'oppression. On s'attend que vous observerez ponctuellement ces ordres, et ces présentes vous doivent suffire pour cet effet, et à tout ceux que vous emploie! ez pour les exécuter Donné à Rracmart. le 2ü septembre 1715. Signé Maha. i

ïoogle

CArrncvz.

mâles de la race ; lord Argylc avait été créé duc par Guillaume JII; un des lords écossais les plus dévoués à la révolution de 1688, le duc d’Argyle, appela aux armes tous les clans de la plaine , si haineux contre les montagnards ; il fut joint à Stirling par le comte de Sutherland , à la tête de deux brigades irlandaises, bonnes troupes capables d’arrêter les montagnards. D’un autre côté, le comte de Seafort et le chef de la famille Gordon vinrent se réunir au comte de Marr avec un corps d’Écossais et d'Orcadiens (1).

Dans celte exaltation de haine et de partis, les deux armées devaient bientôt se trouver en présence. Une rude bataille fut livrée à Dumblaine; les montagnards se précipitèrent en tumulte sur l’armée du duc d’Argyle ; elle était belle à voir, cette magnifique troupe de highlanders ; le comte de Clanrouald , un de leurs chefs , fut blessé à mort ; tout aussitôt le clan de Glengary envoie dans les airs le cri de vengeance! vengeance! Les bataillons allemands furent brisés comme les rochers qu’atteint la foudre. A l’aile droite, le duc d’Argyle refoula les montagnards jusqu’à la rivière d’Allan; quand il revint sur le champ de bataille, il y trouva les highlanders victorieux ; on s’observa, mais on ne s’attaqua point. La plaine resta déserte; les fidèles Écossais firent leur retraite devant les forces banovriennes plus nombreuses, et qui se déployaient par grandes masses. Le découragement vint aux défenseurs de la nationalité écossaise; il y eut des trahisons; lord Lovât livra le château d’inverness aux llanovriens; comme il arrive toujours à ces troupes d’insurgés réunis à la bâte, elles furent d’abord pleines d’ardeur , puis elles se dissipèrent à la première hésitation. En Angleterre l’insurrection se manifesta en même temps qu’en Écosse; les vieilles cités prirent les armes ; les universités firent de

(1) Voici de* nouvelles à la main écrilei d’Edimbourg, le octobre 1715 : « Le duc d’Argyle partit le 38 pour le camp de Stirling, accompagné du duc de Roxboroug, du comte de Handcnglon et du colonel Middlelou. Le comte de Rhoies s’est aussi rendu au camp oit il arrive tous les jours des gentil-hommes avec leurs vassaux armés. Le 1 1 de ce mois, jour auquel expire le terme accordé aux rebelles pour retourner à l'obéissance, le duc d’Argyle doit se mettre en marche contre eux avec sept mille hommes, entre lesquels il y a quinze cents chevaux. Ou a envoyé du camp trente chariots chargés d’armes pour les volontairesqui y sont allés d'Kdimlxturg. de Glascovr et de quelques autres places. On écrit de Lciib qu’il y est entré d’Angleterre deux compagnies de dragons, du régiment de Kerr, qui vont au campdeSterling. On apprend de Dundée qu’un gentilhomme nommé Graham, qui se dit héritier du feu comte de Dundée, étant entré avec un grand nombre de gens à cheval, y avoit proclamé le prétendant sous le nom de roi Jacques VIII, et fait lecture de la proclamation du comte de Marr. On mande

hautes protestations contre le gouvernement établi ; les whigs les réprimèrent avec violence; partout îles arrestations nombreuses et arbitraires témoignèrent de la peur du système hanovrien. 11 n’y a rien de despotique comme les partis au pouvoir. Oxford , la vieille Oxford , fut envahie par les dragons du major général Pepper, et il fut déclaré qu’on ferait feu sur les étudiants qui oseraient sortir de l’enceinte de leur collège (i).

L’es mouvements d’Écosse et d'Angleterre avaient éclaté dans la pensée du prochain débarquement d’un Stuart, annoncé dans toute la montagne. Jacques 111 habitait Bar, asile qui lui était généreusement offert par le duc de Lorraine. Le parti tory avait les yeux tournés sur ce prince, depuis surtout que Bolingbroke avait été nommé son secrétaire d’État , et le duc d’Ormond son premier ministre : on proposait à Jacques 111 de marcher sur-le-champ en Écosse, et de se mettre à la tète des insurgés du Nord qui salueraient le noble rejeton des Stuarts. Jacques III n’avait pas hésité ;’ c'était un bruit public que sa prochaine expédition d’Écosse; on le disait partout, dans les cafés mêmes de la rue Dauphine; on dissertait sur les chances probables de succès et de revers. Paris était rempli d’agents whigs en correspondance avec lord Sianhope , premier ministre de Georges Irr ; l'ambassadeur Stair, lié avec tous les hommes importants de la régence, était informé du moindre incident ; il savait les préparatifs de Jacques III, il en rendait le compte le plus minutieux à sa cour ; par le moyen de lord Stair, de l’abbé Dubois et d’autres affidés, le cabinet de Londres avait obtenu la liste exacte des lords fortement compromis dans l’insurrection jacohite; cette liste était accompagnée d’une copie littérale de toute la correspondance des partisans de Jacques III avec ce noble et malheureux prince (3).

«l'Invcrness que lei lords de Macknislosl et Beslacn, deux chefs «le montagnards, accompagnas aussi d’un grand nombre de gens à cheval, y avoient fait la même chose; après quoi ils étoient allés à la douane, d’oii ils avoienl enlevé tout l’argent et les effets qui éioienl pour le service du prétendant. « (Note adressée au régent.)

(31 Ces proclamations existent encore en original, et l’oo peut consulter les gazettes de Londres, octobre 1715.

(5) Le comte de Stair se plaint, dans scs notes à la cour de Versailles, des secours que l’on fournil au prétendant. « Le soussigné comte de Stair, ministre du roi de la Grande- Bretagne auprès de Sa Majesté Trèi-Chrétieouc, représente 4 Son Altesse Royale M»r le duc d’Orléans, régent en France, que, quoique Son Altesse Royale ait souvent .assuré ledit comte qu’elle observerait fidèlement et ponctuellement le traité de paix avec la Grande-Bretagne, fait à Ulrechl, qu’elle ne permettroit pas qu’il sortit d’aucun port de France des armes, des munitions de guerre, officiers ou soldats pour le service du prétendant ; que Son Altesse Royale même

ogle

Ce mouvement jacobite avait commencé aux derniers jours de Louis XIV, et ce prince mourant avait conservé l’espoir de restaurer les Stuarls. Un des poignants remords du vieux monarque , fut la nécessité impérieuse qui l’avait obligé de traiter avec Guillaume III d’abord, puis avec la reine Anne, pour reconnaître la succession dans la ligne hanovrienne ; il laissait donc dans toute son activité la correspondance des Écossais avec le roi de leur nationalité et de leurs affections. Le cabinet de Louis XIV ne se serait jamais abaissé à ce point de livrer les noms des jacobites à la cour de Londres. Après la mort du grand roi , le régent se trouva sous l’action d’une double tendance ; ses relations extérieures étaient toutes anglaises; on sait que les négociations pour assurer son triomphe se rattachaient à lord Stair; ses intérêts de régence et d’avenir étaieut là ; un des confidents du régent avoue « que lord Stair avoit enrôlé de bonne heure le régent avec le roi Georges, et qu’ils s’étoient liés entre eux en lui persuadant que leurs intérêts étoient communs, et pour en parler franchement , car lord Stair ne craignit pas d’en laisser échapper les termes : que deux usurpateurs aussi voisins se dévoient soutenir mutuellement envers et contre tous, puisque tous deux étoient dans le même cas (1). » Le régent , par ses liaisons mêmes , devait évidemment pencher pour le système anglais ; mais il y a toujours en diplomatie des traditions qu’il est impossible de briser tout à coup; un cabinet ne peut immédiatement passer d’un système à un autre ; il y a des éléments qui restent , des antécédents inséparables : M. de Torcy était encore dans le conseil des dépêches ; il avait dirigé toute la politique de Louis XIV, il en conservait les derniers principes. On ne pouvait être encore en France complètement Anglais.

Il résulta de cette situation complexe une politique à double face, astucieuse et indécise; le mouvement régulier de la diplomatie favorisa les jacobites d’Angleterre et d’Écosse , tandis que le régent et les iutimes qui l’entouraient avaient mission de caresser lord Stair , de lui remettre des notes secrètes sur les trames des jacobites : cette situation était sans franchise, sans dignité; elle livrait les jacobites à leurs bourreaux ; elle les encourageait et les veridait tout à la fois, atroce jeu qui coûta bien du sang! Jacques III, noble jeune homme, faisait les préparatifs de son expédition d'Écosse; toute la gentilhommerie de France sui-

avoit donné pour cet effet des ordres très-exprès (fins tous les havres du royaume ; U est pourtant vrai que Ton transporte tous les jours hors des ports de France des choses pareilles, sans que les officiers qui y commandent s'y opposent le moins du monde. » (Noie diplomatique, septembre 1715.)

vait de ses vœux le prince hardi qui allait exposer sa vie pour sa couronne. Le duc de Laiizun , le beau , le généreux Lauztin , lui donna asile dans sa petite maison de Chaillot; le loyal gentilhomme s’était chevaleresquement dévoué aux Stuarls , depuis celte reine d’Angleterre qu'il avait sauvée au milieu des flots du peuple et à travers l’océan qui , selon la grande parole de Bossuet, était moins agité que les partis et les passions sur le sol de l’Angleterre !

Jacques III quitte Bar avec quelques braves Écossais comme lui; Stair en fut informé; il se rendit auprès du régent ; le prince . lui répondit : Mon

cher lord , voilà M. de Contade qui part avec ordre d’arrêter le prétendant. » Était-cc là l’expression de la volonté du régent? ne voulait-il que donner satisfaction à l’ambassadeur d’Angleterre ? Tant il y a que M. de Contade ne put atteindre Jacques III; ce prince était déjà dans la petite maison du duc de Lauzun à Chaillot. Lord Stair le suivit , et aussitôt un projet atroce fut arrêté; il est impossible de croire qu’il put l’être avec le régent; ce prince laissa-t-il faire? La seule chose qui étonne, c’est qu’un ambassadeur étranger ait pu, sans que la police de France en fût informée , conduire une entreprise aussi publique et presque avouée; Jacques Stuart devait traverser en toute hâte Paris, et se rendre en Bretagne, où tout était prêt pour l’embarquement. Lord Stair savait son itinéraire; il s’entendit avec quelques Anglais déterminés , venus tout exprès de Londres sous Douglas . colonel des gardes irlandaises ; on devait attendre Jacques Stuart à Nonencourt , se précipiter sur lui , et , dans la chaleur du combat, porter un coup mortel au prétendant; par là toutes les craintes de Georges!» étaient évanouies ; le sang des Stuarls s’éteignait (2).

Il était un privilège pour les Stuarts : c’étaU l’amour des femmes. Dans les annales de leur race, on lisait plus d'une de ces légendes de dévouement : Charles 11 , le noble proscrit , avait parcouru l’Angleterre, l’Écosse , sous l’angélique protection de quelques jeunes filles; les traits mélancoliques qui se peignaient à la belle face des Stuarts excitaient la plus tendre émotion ; les femmes aiment les grandes infortunes , elles n’ont pas au cœur les froids calculs de l’ambition , cet égoïsme qui préfère le bien-être , l’avancement de la fortune à la gloire parée du malheur : ce fut encore une femme qui sauva Jacques III du guet-apens que

(1) J'ai été fort étonné de trouver ces paroles positives dans tout le bavardjge de Saint-Simon, loin. xm.

(9) Il y eut sur cet attentai une enquête mollement conduite par M. de Koujatllf, intendant de Rouen { 20 novembre 1715 )

lui préparait lonl Slair. La renommée des malheurs ! tic Stuart avait partout retenti ; on savait que Jac- ! «(lies 111 devait traverser Nonencourt ; peut-être ! aussi un avis secret du régent avait-il prévenu la généreuse M"1 * * * * * * * 9* de Lospilal , qui dirigeait les postes. Tout à couparrivent cinq Anglais à la mine farouche ; ils s’enquièrent si une chaise de poste n’a point passé courant vers la Bretagne ; sur la réponse négative de M®* de Lospita! , les Anglais se dispersent; deux seulement restent à la maison de poste. M“ de Lospital ne doute pas qu’il ne s'agisse de l’assassinat du jeune Stuart ; elle envoie sur la roule à près de trois lieues en avant , elle dispose tout dans une maison solitaire pour recevoir le prince , tandis qu’elle fait prévenir la maréchaussée que des assassins viennent d’arriver à Nonencourt. Stuart se cachait pendant ce temps dans l’asile qui lui était destiné ; il y resta deux jours entiers , visité par quelques femmes seulement. Au milieu des clans d’Éeosse , Charles II s’était déguisé en jeune fille, et ses blonds cheveux , ses yeux si bleus et si beaux avaient été chantés dans les ballades écossaises, tandis que les têtes rondes de Cromwell récitaient les psaumes sévères de l’Écriture. Jacques III, son petit-fils, s’échappait de Nonencourt sous le vêtement d’un abbé ; bientôt il atteignit les côtes de Bretagne, et un navire de guerre le t-rans- v porta dans le golfe d’Édiinbourg (1).

Lorsque le prétendant arrivait sur le rivage «le l’Écosse , l’insurrection , qui avait pris un certain développement (2) , était comprimée par un général de premier ordre, Wills, à la tète des Hanovriens, «les Anglais et des Irlandais. Les montagnards restaient maîtres de Lancastre et de Preston ; ils marchaient sur Edimbourg, quand le général Wills, par un mouvement militaire hardi , se présenta devant Preston pour en faire le siège : le colonel «les highlanders y commandait ; on se défendit avec vigueur, et quand les braves Écossais demandèrent à se rendre , Wills , avec sa rigidité puritaine , ne voulut point y consentir ; Wills prit la ville à «lis-

(I) f.c loyal Jacques Stuart ne croyait pas à la trahison

«lu régent. Voici ce qu’il lui écrivait le 90 décembre 1715.

au moment de ton embarquement à Dunkerque : h f.c» pa-

roles me manquent pour vous témoigner combien je suis

vivement pénétré de toutes les marques que vous ro'avci

«tonnées en celte occasion de votre amitié pour moi. Je

touche au moment de mon départ, et j’espère que jo ne suis

pas éloigné de celui auquel je me verrai en état de vous marquer par des effets la vivacité de ma recouooissancc. » Jacques R. (Arch. des aff. étrang. ann. 1715.)

(9) J’ai trouvé en original une lettre du comte de Marr aubailly de Hildrumeny, contenant en substance : « Que le moment tant désiré depuis vingt-six ans éloit présentement arrivé, et qu’ainsi il étoll temps de prendre les arme* pour le

crélion ; tous les officiers , jugés par une cour martiale , furent fusillés sans miséricorde ; on jeta les soldats dans des cachots , et les lords, dépouillés de leur épée, traversèrent les rues de Londres, la chaîne aux pieds et au cou comme les vils malfaiteurs qui sortent de Newgate. Le parlement votait les mesures les plus arbitraires; on décrétait l’arrestation d’un grand nombre de membres des communes ; plusieurs pairs écossais et anglais étaient renfermés à la Tour.

Dans cette terreur générale, on apprit le débarquement de Jacques III à Aberdeen ; jamais enthousiasme semblable ne salua l’arrivée d’un roi heureux ; à Dundee , à Sconne , les églises retentirent d’actions de grâces ; les highlantlers proclamèrent leur monarque «pii parut à Sconne sous les vêtements de la royauté ; les troupes s’organisèrent sous le brave général Gordon ; tout dépendait des secours «le France. Le régent s’était engagé à seconder l’expédition, mais en même temps son cabinet tenait au courant Georges Ier des principaux acculenls de la conspiration , et envoyait la liste des noms jacobites. Celte politique à double visage fut déplorable ; Jacques III , sans argent, sans armée, fut obligé d’abandonner l’Écosse (5) ; son parti fut désormais sans confiance , les échafauds se dressèrent en Angleterre. Il n’y eut point de miséricorde ni dans le cœur de Georges l*r, ni dans le ministère , ni dans les communes : les lords Derwentwater et « kctimuir furent décapités à Towerbill ; Denventwaler, jeune hommeaux yeux de feu, à la chevelure d’or. Nobles lords, généreux , bienfaisants, il n'y eut point de grâce pour eux ! Nilhsdalc s’échappa sous le vêlement «le sa femme , pieuse héroïne , car aux temps de guerre civile toutes les âmes se manifestent dans une sainte exaltation ! A Londres , ce fut une boucherie d’hommes et de têtes ; on pendit, on écarlela ; il n’v a rien de plus impitoyable que les partis compromis; plus de mille soldats jacobites furent déportés dans l’Amérique septentrionale (4).

roi et pour la patrie ; que c'est dans celle vue qu’il lui a adressé sa déclaration , pour la communiquer à (ous ses vassaux, avec ordre de leur déclarer que, s'ils u'obéissenl pas incessamment, il fara briller et saccager leurs biens et terres pour servir d’exemple aux autres. » (Affaires étrangères, ann. 1715.)

(3) C’était en vain que Jacques Stuart avait écrit au régent de France ; il existe de lui une lettre touchante, datée d’F.eosse, pour demander des secours : « Suscitez en nia personne, lui écrit-il, un appui solide à la France; unissezvous à nous comme ami utile, et mettez-nioi en droit de faire paraître sans contrainte les sentiments que j’ai pour vous. Jacqces R. »

(4) L 'histoire de cette époque lamentable est racontée avec

PHILIPPE D’OKI.ÉANS. — 1718-1716.

La malheureuse expédition de Jacques 111 avait offert au bourreau le sang; généreux des jacobiles ; Jacques Stuart s’était de nouveau réfugié en France; lord Stair fut implacable ; immédiatement une note diplomatique et pressante fut remise pour réclamer contre cette violation des engagements pris. Dans cette note toute secrète, il était dit : « Que le cabinet de Londres insistoit fortement pour que l’on s’expliquât sur l’asile qu’on préparoit au prétendant en France; le régent devoit donner des ordres pour que tous les rebelles au roi d’Angleterre fussent expulsés du royaume : n’étoit-il pas à craindre pour la France qu’elle ne portât la peine de sa mauvaise politique? Le roi de la Grande-Bretagne et la nation se croyoient fort en sûreté du côté de la France par le traité solennel dTUrecht,dans lequel le prétendant est exclu pour toujours de la France, et par lequel la France s’oblige de ne lui donner aucun secours ni de vaisseaux , ni d’armes, ni de munitions de guerre, ni d’argent, ni d’officiers, ni de soldats, ni de conseils , directement ou indirectement ; or ces messieurs arrivent et demandent refuge et asile en France; ils n’y sont pas plus tôt , que, par la commodité du voisinage et la facilité du commerce des lettres , ils trament et forment une noire et détestable trahison contre leur patrie , qui, sur la foi des traités, éloit désarmée. Malgré ces traités , Us trouvent le moyen de faire entrer le prétendant en France, et par leurs intrigues ils lui font trouver vaisseaux, armes, munitions de guerre, officiers, soldats et argent , avec laquelle assistance le prétendant a envahi actuellement la Grande-Bretagne , où il a causé des dommages infinis à la nation (1). Son Altesse Royale doit s’imaginer si la Grande-Bretagne peut rester dans une situation aussi violente que celle où elle se trouveroit ayant ces rebelles dans son voisinage, prêts à porter le feu et le sang dans le sein de la patrie , et à y renouveler toutes les horreurs de la rébellion ; dans celte

un très-grand sang-froid par les historiens whigs; ils n’ont pas même de la pitié pour les hautes têtes qui tombent en défendant une |>oc tique cause. Walter Scott a vengé la nationalité écossaise et les Stuarts.

(I) Voici le leste original de la note : « Lecomte de Stair, ministre du roi de la Grande-Bretagne auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne, par ordre exprès du roi son maître, notifie à Son Altesse Royale Ms* le duc d'Orléans, régent en France, la fuite du prétendant, et la dispersion des rebelles en Écosse, dont Sa Majesté est persuadée que Son Altesse Royale sera bien aise, à cause de leur proche parenté, et de l’étroite amitié que Sa Majesté a soigneusement cultivée avec Son Altesse Royale.

« Le traité d'Utrecbt est si récent, que le roi s’éloll persuadé que Son Altesse Royale le régent auroil pris les mesures convenables pour empêcher le prétendant de remettre le pied en France. Mais puisque ledit prétendant a trouvé

position, la Grande-Bretagne serait obligée d’avoir toujours les armes à la main , et tourmentée par des soupçons et des inquiétudes continuelles , condition plus dure qu'une guerre civile, à une nation qui aime à vivre en paix avec tous ses voisins, et qui est jalouse de sa conserva: ion et de sa liberté. Sou Altesse Royale peut voir par les adresses unanimes des deux chambres du parlement au rai, de quel œil la uation regarde cette attitude incertaine et violente. Le roi a le bonheur de ses sujets trop à cœur pour ne pas entrer vivement dans leurs sentiments et dans leurs intérêts , et il se flatte qu’à cette occasion Son Altesse Royale ne lui refusera pas une preuve si juste de son amitié et du désir qu’elle a d’entretenir une bonne intelligence entre les deux nations. » Le ton de la plainte était impératif; on pouvait y apercevoir l’ascendant que le système anglais prenait cil France. Le cabinet de Londres connaissait la position du régent ; il savait que le duc d'Orléans avait besoin, pour se maintenir au pouvoir, de l’appui de l’Angleterre; il devait dès lors lui imposer une adhésion péremptoire aux idées et au gouvernement des whigs. L’ambassadeur exigeait du régent nonseulement un désaveu de tout secours prêté à la cause du prétendant, mais encore l’éloignement immédiat de ceux qui avaient favorisé ses projets.

La réponse du régent , concertée avec l’abbé Dubois, fut humble et soumise : le duc d'Orléans commençait à féliciter le rai Georges des heureux succès qu’il avait obtenus sur les rebelles d’Écosse; ce succès était d’autant plus utile , qu'il faisait cesser les bruits injurieux qu’on avait semés sur les desseins de la France : l'intimité des deux cabinets ne serait plus troublée ; on allait exécuter la condition du traité d’Utrecht à l’égard du chevalier de Saint- Georges; ce prince avait définitivement quitté la France. «A l’égard des fugitifs qui sont passés d’Angleterre dans le royaume , ou qui pourraient}' passer

moyen d’y entrer. Sa Majesté assure que Son Altesse Royale l’obligera, aussitôt qu’elle cq aura couooissance, de le fjTn sortir du royaume.

K Le roi de la Grande-Bretagne ordonne au comte de Stair de faire les plus fortes et les plus vives instances auprès de Soq Altesse Royale pour ne pas permettre que les personnes qui sont condamnées par les lois de leur pays , et déclarées rebelles et traîtres contre leur roi et leur patrie, restent dans le royaume de France, et d'insister très-fortement pour que les auteurs et les chefs do la rébellion soient obligés de sortir du royaume au plus lût, et que Son Altesse Royale déclare qu’elle ne permettra pas que lesdils rebelles puissent jamais retourner en France, ni que d'au 1res personnes condamnées et déclarées rebelles puisseul en aucun temps entrer ou demeurer daus le royaume. ;> (Pièces officielles, ann. 1715-1716.)

à l’avenir , quoique personne n'ignore quelles sont les lois de l'asile dans tous les États souverains. Son Altesse Royale, voulant faire connollrc au roi de la Grande-Bretagne combien elle est éloignée de souffrir que qui que ce soit puisse abuser dcceluidii royaume, pour entretenir dans la Grande Bretagne des intelligences capables d’en troubler la tranquillité, elle entrera, de concert avec le roi Georges I", dans tous les moyens qui paroitront convenables pour prévenir de pareils abus et pour maintenir la bonne intelligence, en éloignant tout, sujet d'ombrage; et c’est aussi pour faire connoltre combien son Altesse est éloignée de tolérer la témérité de ceux qui oseront agir contre scs intentions , que le roi a rendu un édit contre les officiers de ses troupes qui sont sortis de son royaume sans sa permission (1). S’il est vrai, comme le marque le comte de Slair, que l’Angleterre éloit désarmée et tranquille sur la foi des traités, il ne l’est pas moins aussi que qui que ce soit n'a pu dire avec vérité que jamais Son Altesse eût voulu profiter de cette disposition pour la troubler, et qu’elle ait accordé aucun secours au chevalier de Saint-Georges. L’on sait , au contraire , que Son Altesse Royale a empêche les armements et embarquements suspects , lorsqu’elle en a été avertie , et rien ne prouve mieux que le chevalier de Saint-Georges n’étoit pas secouru par la France, que l’état où il s’est trouvé en Écosse, dénué de toutes les choses nécessaires pour une pareille entreprise. Son Altesse Royale voit avec plaisir les marques d’une parfaite intelligence entre le roi de la Grande-Bretagne et son parlement, puisque ce doit être le plus solide fondement de la gloire de ce prince et du bonheur de ses peuples. Son Altesse Royale y prendra toujours beaucoup de part; et comme elle désire bien véritablement de conserver l’amitié de Sa Majesté Britannique, elle n’oubliera rien pour lui marquer combieu elle est sensible aux témoignages qu’elle en reçoit (d)... >•

Il n’y avait aucune exactitude dans cette réponse ; toute la conduite du cabinet de Versailles avait été dictée par un sentiment de faiblesse méticuleuse, et rien n’est faux comme la faiblesse. On voit que le régeut avait suivi une double politique ; la pensée et les traditions de la diplomatie de Louis XIV étaient favorables aux Sluarts ; on avait agi d’abord d’après ces traditions: l'influence de MJ de Torcy s’était fait sentir dans toutes les négociations entamées avec Jacques III pour favoriser son départ. .Mais en face de cette politique, il était lin autre

fl) La fin de la réponse du régent est ainsi conçue: h Son Ailette Royale, qui s'intéresse irès-sincèremcnt à la gloire el aux avantage» du roi de la Grandc-Rretagne, veut satisfaire exactement au traité d'Ulrcrhl; elle a déji eiu- j ployé l’autorité qui lui e*t confiée pour faire «orlir lccheva* ,

intérêt qu’avait fait naître la situation spéciale du duo d’Orléans par rapport à la régence : le |>ouroir du prince se rattachait au triomphe de Georges l*r et de la maison de Hanovre ; la diplomatie du cabinet de Versailles est l'expression de celle lutte entre deux idées ; elle n’a rien de franc el d’osé ; elle favorise le prétendant Jacques III, et sous main elle dénonce les conjurés , et fournil à lord Stair les moyens d’éclairer son gouvernement. (Juand le prétendant a succombé , alors l’abandon est absolu ; on livre pieds et poings liés tous les hommes , comme on donne tous les secrets. Plus on a été incertain et indécis au moment de la lutte , plus ou se décide ouvertement après la victoire des whigs anglais. Lord Slair profite de cct abaissement pour tout exiger ; il sait qu’il n’y a rien qu’on n’obtienne d’un gouvernement qui n’a pas une situation franche et qui a peur : désormais le langage de l’Angleterre va être impératif; le régent en recherche l’alliance , il en sollicite l’appui. La politique étrangère de Louis XI V, seule échappée à la réaction qui frappait tous les actes de son gouvernement , cette politique est brisée comme la pensée d’uuilé du grand roi : la diplomatie de l’abbé Dubois succède à celle de MM. d’ A vaux et de Torcy. C’est l’époque de l'alliance anglaise , ère toute nouvelle, dont les cooséqueuces sont incalculables dans l’avenir.

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