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LA COUR DE LOUIS XV ET DU RÉCENT

Louis XV au Louvre. — Sa cour. — de Venladour. — Le» deux Fleury. — Vtllcroy. — Le duc du M-ime. — Petit Carême de .Masiilloo. — Le régeut. — Se* mœurs.

— Se» habitudes. — Se* maîtresse». — Le Luxemtiourg.

— La duchesse de Berry. — Esprit de la société. — Pain» pltlcl». — Chausous. — ivresse et impiété.

• La bourgeoisie de Paris aimait à saluer scs rois dans sa bonue ville; les vieux suzerains , bardés de fer au moyen âge, avaient quelques châtellenies aux alentours de la Cité pour y passer la saison du printemps et de l’été , mais tous revenaient habiter a

lier de Saint-Georges du royaume, et elle commuera de se servir de la même autorité pour s'opposer à ce qu’il puisse y rentrer en unelque temps que ce soit et sous quelque prétexte que ce puisse être. » (Pièces officielles, anu. 1715.)

(3) Pièce officielle, mars 1716.

parmi la bourgeoisie. Saint I.ouis avait son palais en Pile ; les Valois , jusqu’à Charles VII , aimaient surtout les Tournelles au Marais , environnées de beaux .treillis et de cerisaies ; le Louvre s’était ensuite élevé avec ses pavillons florentins et ses galeries de la renaissance. Depuis François II jusqu’à Henri IV, le Louvre avait été la demeure des rois; I.ouis XIII occupa longtemps le Palais-Cardinal , et quand les barricades se formèrent durant la Fronde , Louis XIV enfant fut transporté à Saint-Germain. Louis XIV avait gardé souvenir de ces bruyantes révoltes de bourgeoisie ; il ne venait à Paris que pour ses dévotions à Notre-Dame ; Versailles et ses magnifiques jardins n’avaient-ils pas été construits pour éviter au roi le séjour de Paris désordonné (1)! Louis XIV en voyait les murailles noirâtres avec un indicible dégoût ; il ne voulait pas faire dépendre l’action de son gouvernement d’une émeute de halle.

C’était un acte très-populaire, très-applaudi que le séjour de Sa Majesté au sein de la bourgeoisie : les marchands et les métiers gagnaient toujours beaucoup quand la maison militaire et la noble cour du roi séjournaient au Louvre ; on aimait à voir tous les riches mousquetaires , les gardes françaises et suisses, les chevau-Iégers en leurs logis et quartiers ; ils emplissaient les cabarets , tavernes et cafés de Paris la bonne ville ; quelle allégresse ne répandaient-ils pas sur toute la population ! on festoyait tous les sergents d’armes , les braves écuyers , les pages bruyants des carrosses de Sa Majesté. Il y avait un culte pour la royauté, c’était au sein de la bourgeoisie une sorte de fierté et de gloire que de posséder le monarque à Paris : le roi, l’archevêque, le parlement , cette triple idée de la monarchie, de la religion et de la justice , s'unissaient dans la commune croyance du |>eupJe , et l’on peut dire que le cri fut général lorsqu’on annonça que le long veuvage allait cesser ; Louis XV enfant et sa cour devaient habiter Paris (2).

Le séjour de Vincennes pouvait être salutaire, mais il avait quelque chose de monotone; tant que le soleil d’automne dorait le sommet des arbres touffus, on avait supporté les ennuis de cette campagne uniforme, sans vertes collines, sans ces magnifiques accidents qui marquent Saint-Germain et Fontainebleau ; les appartements étaient mal disposés, peu convenables pour la majesté d’un roi; on s’y trouvait très-serré. Vincennes n’était sans doute pas très-loin de Paris ; mais dans les jours de gelée et de frimas, on trouvait bien pénible pour

(!) Voyej Louis XI P, son gouvernement.

(S) Mercure de France, a«l ann. 1715.

(3) Ibid., ad aun. 1715-1710.

M. le régent de courir une heure sur la grande chaussée de la roule verglacée de Vincennes : deux ou trois fois par semaine il y avait conseil de régence, et cet éloignement fatiguait beaucoup les conseillers de 8a Majesté. M. le duc d'Orléans demanda les ordres du roi pour savoir s’il ne préférerait pas le Louvre à son château de Vincennes; Louis XV déclara que pour complaire à son oncle il viendrait à Paris (5). Le Louvre était une belle demeure royale, toute meublée pour l’usage de Sa Majesté. Quand on entrait par la petite porte de Henri III, on trouvait l'inimitable escalier de marbre qui conduisait à la grande galerie couverte de riches tentures de hautes et basses lisses; des tapis épais de deux doigts matelassaient les parquets de marbre en mosaïque ; des portes en tapisseries pendaient du plafond lambrissé avec leurs colossales peintures; pas loin de là était l’orangerie, belle promenade au midi, où mille vases d’orangers, de citronniers, de jasmin d’Espagne embaumaient Pair. Du Louvre on pouvait passer aux Tuileries, château très-vaste et commode pour le régent , qui occupait le Palais-Royal.

Louis XV partit de Vincennes pour occuper son Louvre; le royal enfant s’était un peu fortifié, sa raine était meilleure depuis un mois surtout; quelque couleur rehaussait l’éclat de son teint toujours pâle: Louis XV avait quitté le deuil de Louis XIV ; son caractère se révélait par des saillies, mais la sévérité de son éducation ne lui permettait pas de le déployer dans sa naïveté. M**18 de Ventadour était aimante , froide et un peu compassée : c’était une de ces femmes de vertu , sévères pour elles-mêmes et pour les autres. L’éducation de Louis XV était confiée , sous la surintendance du duc du Maine, à Hercule de Fleury, évêque de Fréjus (4), spécialement désigné par le testament de Louis XIV, prélat de mœurs simples et de discipline indulgente. Jamais évêque n’eut une morale plus douce, une puissance de parole plus persuasive; il s’était fait si profondément aimer de son élève, que l’enfant n’aurait pas souffert qu’on le séparât de son précepteur; il pleurait toutes les fois qu'il ne trouvait pas sur son passage le vertueux et modeste évêque de Fréjus. Ce prélat s’était associé , comme sous-précepteur, un abbé du même nom de Fleury, d’une réputation éclalantccl d’une science profonde : l'abbé Claude Fleury, élève des jésuites, s’était livré avec passion à l’élude; à vingt ans il savait tous les I‘ères, et sa prodigieuse mémoire d’annaliste lui révélait tous les temps primitifs de l’Église, ce magnifique drame des deux premiers siècles chrétiens.

(4) André-Hercule de Fleury était né en 1G53, cl avait par conséquent loixsntc-troii an» déjà.

L'abbé Fleury avait publié de Ixdles el grandes œuvres, el les Mœurs des Israélites , si parfaitement résumées, et les Mœurs des Chrétiens , chefd'œuvre de composition où toutes les institutions primitives de la société du Christ sont naïvement reproduites ; je lève pour les temps de ma vie avancée la poétique histoire de l’Église, ces annales des martyrs qui moururent pour soutenir la conscience et la vérité de leurs opinions ! L’abbé Fleury avait beaucoup produit , et tout en vivant dans une science profonde , il avait le tact de jeter ses livres à la portée de jeunes et fraîches intelligences (I).

Les premières émotions de Louis XV étaient ainsi dominées par de salutaires exemples de sagesse religieuse; le jeune roi écoutait avec une émotion visible les saintes histoires qu'on mettait sans cesse devant ses yeux. Louis XV était d’une douceur de manières , d'une candeur d’expressions indicible ; il était lier de sa dignité de roi ; enfant si longtemps voué à la mort , il relevait sa tète pour la vie ; il aimait peu les jeux de son Age ; on avait mis en son entour quelques autres enfants de maisons nobles, et ils s’organisaient en jieliles troupes pour singer les batailles; le vieux maréchal de Villeroy présidait à ces jeux, il ne quittait pas le monarque par les devoirs de sa charge. Plus le représentant de la royauté était faible, plus on grandissait les formules de respect envers le roi; on conservait l’appareil des gardes ; sous prétexte d’honneurs et de dignités, on exerçait la plus grande surveillance pour tout ce qui tenait à la personne et au service du roi. Ainsi le duc du Maine, comme surintendant de la maison de Sa Majesté, visitait les cuisines et les mets destinés à la table royale ; tous les plateaux étaient couverts de cloches de cristal et d’argent ; la coupe <lu roi , ce beau hanap si renommé dans les vieux romans de chevalerie , était également couverte quand le vin clairet reluisait jusqu’à ses bords; deux gardes du corps accompagnaient l’arme au bras tout le service du roi , afin que rien ne fût introduit dans la vaisselle d’or et d’argent pendant l’espace que les domestiques parcouraient , et ces précautions n’étaient pas inutiles après de nombreuses tentatives d’empoisonnement. Il y avait un si religieux dévouement pour la personne de cet enfant royal, que tout homme attentant à celte précieuse vie, eût-il été prince du sang, aurait été écharpé sur place ; supposez de coupables projets , ils n’auraient pas pu recevoir leur exécution ; le

(1) Je place Vlli tloire ecclésiastique de Fleury parmi le» bons livre» du dix-huitième siècle; il y a une analyse consciencieuse de tous les temps primitifs. Les continuation* sont bien faibles el tout à fait imparfaite*.

grand criminel eût été mis en pièces par la généreuse noblesse qui entourait Louis XV (à).

L’éducation chrétienne dominait cette noble et jeune cour de Louis XV' ; toute la vie se passait en études et en exercices de piété ; la chaire avait conservé une haute liberté d’expressions, et tandis que la dépravation la plus profonde flétrissait la société, la parole des orateurs chrétiens venait rappeler les lois éternelles de la morale. Ce fut dans cet hiver , passé par Ixmis XV à Paris, que Massillon prononça le premier discours de son Petit Carême , cette œuvre admirable de charité universelle ; toutes les saintes vérités étaient là jetées à la face des courtisans. Massillon faisait une opposition vive et solennelle aux désordres du gouvernement ; sa douce parole réveillait les plus tendres émotions dans l’Ame de l’enfaut-roi ; tout dans ce Petit Carême de Massillon est mis à la portée de la candeur intelligente ; il veut pénétrer dans cette fraîche et jeune imagination, il veut lui donner l’horreur du vice, le plus profond éloignement pour les principes de despotisme et d’autorité sans contrôle ; il prélude à l’école du dix-huitième siècle, il appartient aux idées d’opposition. Massillon touche à tous les points de politique, il est moins orateur chrétien que moraliste et mécontent ; il prèle des armes aux philosophes qui viennent ensuite saper l’ordre des gouvernements el les mesures fortes du pouvoir dans les crises. Massillon parle à un enfant échappé du naufrage d’une grande race; il veut préserver son innocence de la corruption de son siècle (5).

Ce siècle était en effet profondément corrompu , et à côté de ce Louvre si pur, si chaste (car qui aurait pu atteindre la vertu d’un enfant) , à côté de ce palais enveloppé d’un voile religieux , toutes les licences se manifestaient avec une moqueuse indifférence pour la religion , les mœurs et les principes de la pudeur publique. J’ai maintenant à loucher les habitudes de la régence ; j’ai besoin de peindre le dégoût à côté de la volupté, la tristesse en face de la joie bruyante qui veut s'oublier, la satiété impuissante et le plaisir qui dévore , l’ivresse et le cliquetis des verres, sorte de glas de mort pour lotîtes ces tètes bourgeonnees de débauches , désignées comme une proie à la foudroyante apoplexie ! f.ar celte vie intime du régent s'ouvre par l'incrédulité ! et la curieuse recherche de la matière ; elle flnit parmi coup de foudre, existence de chair et de sang que personnifie le Don Juan du moyen Age espagnol. La société du dix-huitième siècle com-

(9) Saint-Simon lui-même avoue ce noble enthousiasme pour Louis XV, et le dévouement qui l'entourait. Curez tmn. xtv.

(3) La première édition du Petit Carême est de 1717.

niençail une époque de dépravation; Louis XIV avait certes donné de falals exemples à la morale ; il avait affiché l'adultère , brisé par un despotisme hautain toutes les lois du mariage; mais il conservait dans ses passions les plus effrénées une certaine apparence d'ordre et de décence publique; ses amours étaient compassées, il y avait quelque chose de ménagé dans ses adultères les plus avoués ; on se couvrait d’un voile dans les débordements de la passion, on ne se faisait pas honneur de la débauche; on ne chantait pas la licence, ou , si on la chantait , on l'ornait comme une galanterie et un amour. En commençant celte nouvelle époque , la société ressemblait à ces vieillards épuisés de vices , et qui ont besoin d’images obscènes pour émouvoir leur imagination hébétée ; les chansons , les noels , les épigrammcs respirent une odeur de passion honteuse; c’est la licence sans voile, c’est un vocabulaire d’un après-souper aTiné ; ce n’est point la tendre expression de la faiblesse qui se laisse aller â l’amour; ce n’est pas même cette volupté caressante qui part du cœur pour entrer au cœur ; c’est de l'ordure , une poésie qui pue comme un lieu de prostitution ; c’est le réveil de l’orgie quand on pénètre dans ces repaires couverts des débris d’une table renversée sur quelques femmes immondes. Je n’ai jamais parcouru le recueil de Maurcpas sans 'être frappé d’une indicible tristesse pour une société si vieille, si usée , qui a besoin pour vivre de telles émotions (1).

Philippe d'Orléans avait passé sa vie au milieu de ces orgies; c'était moins chez le prince un gortt de plaisir qu’une habitude et un besoin de s’oublier. Dans le vide qu'avait fait autour de lui le défaut de croyance, le régent avait appelé l’ivresse à son secours ; la méfiance de Louis XIV lui avait enlevé toute influence de prince (2); il n’avait pu absorber son imagination dans la gloire ; il la noya dans la débauche ou dans l’incessante curiosité de la vie. Philippe d'Orléans, élevé à la régence, ne put changer de vieilles et mauvaises coutumes ; il possédait une raison droite , un esprit fin, habile à saisir tous les poiuts les plus ardus des questions ; il se fiait à cette facilité dans les affaires. La vie politique du régent commençait à une heure; à moins de com-

(1) Il n’existe qu’on «eut exemplaire' manuscrit original de* chanson* recueillie* par M. de Maurepas; il en a été fait quelque* copie* : ce recueil, parfaitement lisible, est Irèscomplet pour l’époque de la régence et de Loui* XV. On ne conçoit pas qu'un homme d’fctal ait attaché ion nom à un tel ramassis de saletés. (Mm. Biblioth. royale.)

(2) La nonchalance et le laisser aller du régent étaient passés en proverbe ; on chantait de loi :

■ Vire notre régent,

Il est si débonnaire,

munications très-importantes, on ne le dérangeait pas jusqu’à son chocolat; la matinée se passait dans un certain effort d’esprit et d'imagination , pour se dël»arrasser des nuages du petit souper ; la clarté des idées n’arrivait que graduellement; après le chocolat, l’esprit revenait, et il y en avait beaucoup. La première visite du régent était pour Louis XV, son royal pupille ; il se rendait au Louvre avec les témoignages de la plus profonde soumission; il parlait toujours au roi d’une manière respectueuse et digne; cela faisait du bien à voir. Louis XV avait pour son oncle une extrême tendresse, et c’était un spectacle touchant que cette causerie qui durait presque une heure; souvent elle était suivie du conseil de régence, où se discutaient les graves affaires de l’État ; puis le régent courait, en carrosse, rendre visite à Madame , sa fière et noble mère , alors à Saint-Cloud. D’autres fois il allait au Luxembourg, pour rester des heures entières avec madame la duchesse de Derry cl ses autres filles ; à dix heures du soir, commençaient les petits soupers de la régence , les orgies si bien connues ; ces soupers se restreignaient à vingt personnes : Broglie, Brancas, Biron, Canillac, des poètes, des philosophes, des gens d’esprit, des filles d’opéra, quelques dames de cour, la maltresse en titre du régent , madame de Parabère, la duchesse de Berry (3). On faisait d’abord des mots, de la philosophie impie; on discutait sur Dieu, sur le christianisme; on plaisantait sur l’Église et les petits abbés ; et à mesure que l'imagination s'échauffait au milieu des scintillantes bougies, quand le vin coulait à pleins bords, on n’entendait plus que des disputes, des coups même; puis le mélange des rangs , la confusion de toutes choses! Pauvres gens, qui s’étourdissaient pour s’oublier eux-mêmes en face de ce grand doute de l’existence, question fatale qui brise les parois du crâne, alors que l'homme sans croyance pense et médite!

(Quelquefois ces convives se masquaient pour aller à l’Opéra; car, pour plaire au régent, Canillac avait eu l’idée des bals publics, où tout serait mêlé. L'Opéra avait été construit sur le jardin du Palais- Royal même ; le régent n’avait qu’une petite porte à ouvrir, et il se trouvait dans sa vaste et riche loge. H pénétrait de là dans la salle; tout lui était bon

Qu'il est comme un enfant

Ou on tient par la lisière ,

Toujours

La nuit et ie Jour. ■

(S) Les mémoires se sont occupés surtout des mauvaises mœurs «le la régence; oo s'est complu à ces tableaux d’uno école libertine. On ne connaît en France l'époque de la régence et Louis XV que par les petits soupers et les lascives peintures !

csprnr.ee.

PHILIPPE D’ORI.ÉANS. — 1713-1717.

alors; il courtisait griscttes, grandes dames, danseuses de menuet , et il amenait tout cela souper avec lui et ses roués , dans ses beaux appartements du Palais-Royal ; spectacle à voir, que cette troupe costumée en Chinois, Turcs, bayadères, femmes du sérail , pêle-mêle dans le Palais-Royal , et bientôt des chants bachiques , des tables .inondées de vins annonçaient la présence de l’orgie. Plus d’une fois au dessert , quand les têtes étaient ivres et les femmes échevelées, on improvisait des représentations cyniques, et les mémoires nous ont conservé le Jugement de Pâris, représenté d’après les basreliefs de l’école antique et nue de la Grèce et de Rome , par madame de Parabère (Junon), madame de Berry (Vénus) ; madame d’Averne s’était réservé le rôle de Minerve. Souvent ces scènes d’ivresse avaient lieu dans le propre palais de la duchesse de Berry, au Luxembourg. Madame la duchesse de Berry était la fille chérie du régent : passionnée comme lui , fière comme Louis XIV, elle prétendait avoir tous les droits de la reine de France, et on la vit un jour parcourir Paris avec la musique des mousquetaires, jouant des cymbales et des trompettes comme pour le roi(l). Au Luxembourg, cette princesse si hautaine était esclave du comte de Riom, son amant , petit homme tout bourgeonné , fort et bien planté; le comte de Riom était le neveu de Lauzun, l’amant impérieux de Mademoiselle, vieille folle qui sc serait jetée à la Seine plutôt que de ne pas avoir son beau Lauzun ; l’oncle avait donné conseil à son neveu pour dominer la princesse : « Brave cadet de Gasgogne, lui avait-il dit, sois fantasque, colère , et tu seras aimé de Berry comme je l’ai été de Montpcnsier. •• Riom avait suivi ce conseil : poli avec le dernier des gentilshommes, respectueux envers un pair ou un prince du sang, il ne gardait aucune tenue envers la duchesse de Berry, il la menait à ses caprices (2) ; la princesse prenait ses ordres pour sa toilette , pour sa parure du soir, et quand elle était toute habillée, avec ses diamants aux cheveux, ses perles en diadème , Riom la trouvait laide, maussade et exigeait qu'elle sc déshabillât ; la pauvre duchesse se hâtait en pleurant de lui complaire, et lui demandait pardon à genoux. Elle lui proposait toute espèce de folies : un jour elle voulut l’enlever pour vivre avec lui comme une simple bourgeoise en Hollande , et Riom eut assez de bon sens pour ne pas l’accepter. Le régent supportait tout de sa fille, U se fût gardé de la contra-

(1) Voirie* mémoire* de Saiot-Simon, qui ne blâme jamais que le manque d'étiquette.

(9) i'ai trouvé une vieille chanson sur M»e la duchesse de Berry : on lui fait dire :

• Quel plaisir d'avoir A mon Age Joui «le tous le* berger* du village ;

rier ; quand il allait au Luxembourg , et qu’il la voyait en larmes d’une scène que lui avau faite Rioin, il la consolait, pauvre désolée qu’elle était. Plus d’une fois le régent avait menacé Riom de le faire jeter par la fenêtre du Luxembourg ; mais la duchesse de Berry lui déclara que si on touchait son amant, elle se donnerait la mort, et le faible père se hâtait de la rassurer : ainsi la débauche avait son châtiment , la passion rongeait ces cœurs, cl leur faisait payer ses immondices.

Telle était la cour du régent, la vie libertine de ces hommes d'impiété et d’épicurisme , sorte d’étourdissement qu’ils se donnaient pour ne point voir l’ablme sans fond. Autour d’eux la société suivait cet exemple ; quand la haute tète d'une époque marque une voie, tout s’y jette et s’y précipite ; l’exemple des grands est contagieux , et bientôt la cour fut pleine de proslilutious. Il fut ridicule d'être sage; la femme ne dut plus avoir cette simple coquetterie de bon goût qui n'est que l’orgueil de soi, de sa fierté , de sa valeur ; mais chacun dut s’afficher et se glorifier des allures de l’orgie ; c’est à en rougir pour toutes ces jeunes femmes qui se donnaient par le simple appât grossier des sens : voyezvous cette jeune fille bien naïve et bien rosée ? un mois dans le monde , et elle sera flétrie ; les roués s’applaudissaient de celle triste transformation. Les noms les plus illustres de la monarchie paraissaient dans ce cortège de folles femmes ; les chansons célèbrent les dames de Nesle , de Gacë , Bcaufremont , Courcillon , Seignelai , Duras , Villequier, Chastillon , d’Ancenis, Évrcux, Maillebois, Locmaria, La Vrillière, Monlbazon , Rohan, Polignac , Bcurnonvillc , Jonsac , Tallard , Soubisc et Gontaut ; fatale époque où personne n’eut le respect de soi (3)! Quand la société élégante s’oubliait ainsi , les chansons spirituelles pouvaient bien divulguer ses débauches , et ce fut l’éclatante vengeance du siècle ; il ne m’est permis que d’analyser le plus décent de ces couplets , où chaque dame de la cour prend un nom de sainte dans le calendrier de l’amour : M®* de Yillefranchc devient sainte Facile ; M®* de Parabère , sainte Nitouche; M®* de Courcillon, sainte Modeste ; la maréchale d’Estrées, sainte Contente; M"' de Gacé, sainte Fringante; M®* «le Castelnau , sainte Eveillée ; M®* de Mailly , sainte Commode ; la princesse de Rohan , sainte Accroupie ; M™° de la Vrillière , sainte Fidèle ; M®* de Jonsac, sainte Fillette; M®° de Berry,

C‘c*t un pur abus que U constance, te* derniers venu* sont ceux, qui dansent. »

(3) Recueil de Maiircpas, (oui. xiv, collection ms*, «le la Bibliothèque du roi.

sainte Madeleine ; Mme de Chevillarl, sainte Finette ; M“* d’ Armagnac, sainte Pleureuse. Je n’ose rapporter les licencieuses explications que les faiseurs de noels donnaient à ces titres de saintes appliqués aux grandes dames de la cour. L’esprit moqueur s’étendait à tout , et dans une pièce encore inédite, les polîtes attribuaient à chacun des noms célèbres à la cour, des logements appropriés à leur vie ou à leur ridicule; ils logeaient M. le régent rue Jean- Pain-Mollet; M. de Bourbon , au Sauvage , rue Bornée ; le prince de Conti , au Singe vert , rue de la Savonnerie ; M. le comte de Charolais, à l’Adonis, rue du Petit-Lion ; M. le duc du Maine, au Diable boiteux , rue Montorgueil ; le maréchal de Viilars , à In ville de Condrieux , rue Montorgueil ; le duc de Richelieu , aux Pages du Roi , rue Saint- Bon ; M. de Gacé , à la petite Victoire , rue de Richelieu; le duc de Noailles, à la Faveur , rue de la Harpie; M. de Contant , au Ganymède , rue des Mauvaises-Paroles ; M. de Nesle, à la Précaution inutile , rue de la Corne ; M. de Laffe le fils , à l’Industrie , rue de Bourbon ; M. de Jonsac, au Mercure galant, rue du Croissant ; M. de La Vallière, à la grande Cousine , rue du Paon ; le prince de Soubise , à la Femme Pucelle , rue du Boeuf ; le duc d’Aumont , à la belle Ambassade, rue Saint- Pierre ; M. de Breleuil , au Pied de bœuf, rue de Bailleul ; M. Desmarcts , à la Monnaie , rue du Reposoir ; M. deGesvres, à la Poupée, rue Chapon; le duc de Brancas , à la ville de Sodôme , rue des Juifs ; M. le chancelier, au Phaéton , rue aux Ours; M. de la Haye, à l’Arbalète, rue de Berry; Mmcde Berry , au Puits d’amour ; Mu« de la Roche-sur-Yon, à la Picarde , rue des Bons-Enfants ; M®1 2 * * * * * 8 la prin-

(1) Recueil de Maurcpas, tom. xm, manuscrit.

(2) Voltaire nia souvent la publication des J’a\ vu. Il avait des raisons pour cela; le souvenir de la Bastille était présent à sa mémoire. On sait d’ailleurs que l’habitude de Voltaire était de nier la plupart de ses productions.

Tristes cl lugubres objets ,

J'ai ru U Bastille et Vlncenncs ,

Le r.bilelet , Blcétrc et mille prisons pleiues De braves citoyens, de fidèles sujets;

J'ai vu la liberté ravie;

De la droite raison la règle peu suivie :

J‘al vu le peuple gémissant Dans un rigoureux esclavage;

J'ai vu le soldat rugissant Crever de faim, de soif , de dépit et de rage ;

J’ai vu les sages contredits ,

Leurs remontrances Inutiles :

J'ai vu des magistrats vexer toutes les villes Far de criants Impôts cl d'injustes édits ;

J'ai vu , sous l'habit d'une femme ,

I n démon nous faire la loi;

Elle sacrifia son Dieu , sa fol , son âme Four séduire l'esprit d'un trop crédule roi ;

cesse <le Conti la jeune, au Poupart, rue des Singes; Madame la duchesse du Maine, au Compas de proportion , rue des Marmousets ; Madame de Lambesc , à la Bavaroise , rue Froidnianteau ; M®* de Polignac, au Cœur volant, rue Perdue; M“* de Jonsac, à la Savonnette, rue de Conti; Mu* de Villefranche , à la belle Image , rue Bétisy ; MUo de Monlbrun , à la Pucelle d’Orléans , rue des Rats ; M®8 la duchesse d'Albret, au Bien-Venu , rue de la Huchelte ; Mroe de Nesle , à la Grivoise , rue du Hasard ; Mmr de Monasterol , à la Guimbarde, rue du Puits-d’Amour; M®8 de Bonfols , au Grand- Calibre , rue de la Cour des Miracles ; Mmo de la Tremouille,au Menton de galoche, rue de l’Échaudé ; M®" de Gacc , à la Guinguette , rue de l’Égout ; M“® de la Vrillière , à la Pelile-Verlu , rue Gracieuse ; Mw" d’Espinay , à la Babillarde, rue des Lavandières ; M®* de Duras, à la Boule-Blanche, rue Patinée ; M®° de Viilars , à la Loge, rue de Richelieu ; la comtesse d’Évreux , au Lingot d’or , quai des Quatre-Nalions ; la comtesse de Roye, à la Guenon, rue Vide-Gousset (1).

Ces épigramnics moqueuses n’étaient rien , comparées aux graves et sérieuses satires qui embrassaient tout l’ensemble du gouvernement de la régenre; ces satires tinrent plus tard troubler la politique du duc d’Orléans. On était au commencement d’un règne , époque où la pensée légère et spirituelle trouve seule du retentissement ; la lourde et factieuse opposition n’arrive qu’aux temps de faiblesse des gouvernements; l'ennui même qui gronde devient alors populaire. L’œuvre la plus remarquable de cette époque fut la publication du pamphlet des J’ai ru, attribuée au jeune Arouel(9),

J'ai vu cét homme épouvantable.

Ce barbare ennemi Je tout le genre humain Exercer dan» Pari» , le» arme» A la main ,

Tne police abominable :

J'ai vu les traitants Impunis;

J'ai vu les gens d’honneur, persécutés, bannis J'ai vu mémo l'erreur en tout lieu triomphante,

La vérité trahie et la fol chancelante;

J'ai vu le lieu saint avili ;

J’ai vu Port-Eoyal démoli ;

J'ai vu l'action la plus noire Qui puisse Jamais arriver.

Tout l'eau de l'Océan ne pourrait la laver.

Et no» derniers neveux auront peine à la croire;

J'ai vu dans ce séjour par la grâce habité Des sacrilèges , des profanes ,

Remuer, tourmenter les mânes Des corps marqués du sceau de l'Immortalité .

Ce n'est pas tout encor : j'ai vu la prélature Re vendre et devenir le prix de l'Imposture :

J’ai vu les dignités en proie aux Ignorants;

J’ai vu des gens de rien tenir les premiers rangs,

J'ai vu de salut» prélats devenir la victime Du feu divin qui les anime, o temps! 6 mœurs ! j'ai vu , dans ce siècle maudit ,

Noailles , ce cardinal l'ornement de la France,

PUILim D'OUI. ÉANS, — 171 a-1 7 17 .

amère revue des derniers temps de Louis XIV, triste peinture de cette époque , si grande pourtant. L’auteur de ce pamphlet «avait vu toutes les misères deson siècle, et il n’avait pas vingt ans. 11 avait vu la Bastille et Yincennes remplis de braves citoyens et de fidèles sujets ; il avait vu le peuple gémissant périr de faim ; il avait vu les magistrats en exil , les remontrances inutiles, un démon dominer la vieillesse d’un roi; il avait vu la traîtrise impunie, la destruction de Port-Royal, et les cendres des grands hommes jetées au vent; il avait vu le cardinal de Noailles persécuté , la prelature à l’encan , les jésuites auorés; il avait vu toutes res tristesses, et il n’avait pas vingt ans. » Ce pamphlet ne s’appliquait point à la régence; il embrassait surtout les derniers temps de Louis XIV, celte épopée de la monarchie; mais pouvait-on le laisser impuni ?(^n l'attribuait à Arouet , l’âme de la société de la duchesse du Maine : le régent savait bien que c’était de ce cercle de poètes et de gens d’esprit que sortaient la plupart des écrits publiés contre les actes de son gouvernement; et voilà pourquoi il se montra impitoyable envers Arouet. Il fut conduit à la bastille, hébergé et nourri aux frais du roi, comme il aimait à le répéter.

Le plus piquant de tous ces pamphlets fut rédigé en forme de chronique des preux , selon la coutume du temps; on adoptait une manière de dire toute la vie du duc d’Orléans, comme le pieux archevêque Turpin avait raconté celle de Charlemagne et de ses barons en la cour plénière ; c’était donc « la chronique véritable du preux chevalier don Philippus (1) d’Aurélie, où l’on voit les faits d’armes , amours, et autres moult joyeuses aventures de plusieurs barons et nobles dames: comme Déodatus (â), roi de Gaule , tomba grièvement malade ; comme les médecins et saltimbanques tirent une consultation sur la maladie de Déodatus, et lui dirent que s’il n’en mourait point, il pourrait en réchapper; comme Déodatus n'en pouvait revenir, il fil ses adieux à Scavouie (3), dame souveraine de ses pensées; comme Déodatus sc fit amener son arrièrepetit-fils Louison (S); comme il lut recommanda la justice, la chasteté et de chercher le bien de ses sujets ; comme Déodatus mourut , cl fut joyeusement inhumé, et comme lui succéda son arrièrepetit-fils Louis, fils de Louis le Bourguignon;

Plu» grand encor, plus saint que l'on ne dit,

Ressentir les effets d'une horrible vengeance;

J' ai vu l'hypocrite honore ;

J'ai vu, c’est dire tout, te Jésuite adoré ;

J'ai ru cet maux sous le régne funeste D'un prince que jadis la colère céleste Accorda pour vengeance A nos désirs ardentsi'al vu ces maux , et je n’ai pat vingt ans.

(1) M. le duc d'Orléans, régent .

comme don Philippus d’Aurélie fut déclaré tuteur de Louison , et comme le comte des Tectosages (3) et le grand chef helvétique (6) prirent patience en enrageant, faute de mieux; comme malgré l’aide de saint Pierre, l’archevêque Turpin remporta la victoire sur le grand enchaoleur Acignivo ; comme le baron de la Coulovière fut expulsé pour ses méfaits par don Philippus d’Aurélie ; comme don Philippus d’Aurélie passait joyeusement son temps , et ne manquait point de belles femmes à l’assemblée nocturne; comme don Philippus d’Aurélie, courant les rues de Lutèce, pour défendre la beauté de la dame de Bilurgie (7), mit plusieurs grandes aventures à fin sans aucuu péril de sa personne ; comine la dame de Liturgie choisit pour sa garde cinquante beaux et forts chevaliers ; comme don Philippus d’Aurélie, voulant renouveler l'histoire des patriarches , choisit Noé et Loth pour ses modèles; comme don Philippus d’Aurélie renchérissait sur les travaux d’Herculc, en entretenant soixante maîtresses ; comme les habitants de Lutèce présentèrent à don Philippus d’Aurélie une requête où les méfaits d’un clerc versé en rapines étaient exprimés , et de ce qui en advint ; comme , au signal donné par don Philippus d'Aurélie , le gentil chevalier de la Kortequeue, qui portait une cotte d’arme noire , et pour cimier sur son armet quatre cornes , fil vider les arçons au faux glouton , Bourvalaisis (8) de la Rapine , qui par fraude et mal engin avait envahi les trésors «le la belle fleur de lis ; comme le faux glouton Bourvalaisis de la Rapine fut jeté en obscure prison , et illec aboyé sans cesse par un des plus acharnés dogues noirs de don Phdippus d’Aurélie ; comme don Philippus «l’Aurélie , avec l’avis du vieil enchanteur Ruliginoso au col droit , dota ceux de la Gallicie de la fureur d’un monstre qui avait cent tètes et mille mains , nommé Agiot; comme don Philippus d’Aurélie, découvrant son écu enchanté sur lequel était pour devise : déclaration , rendit immobiles tous les traîtres marauds , sarrasins et faux gloulons qui combattaient sous les enseignes du Griffon ; comme la fée Vrillerile ne put être vaincue en combat singulier par don Philippus d’Aurélie pour s’être servi d’armes de trop faible trempe ; comme don Philippus «l’Aurélie cherche sa raie, et après l’avoir trouvée, ne sait bonnement que lui dire ; comme la dame

(9) Le roi Louis XIV.

(3) M»«de Maintenon.

(4) Msr le dauphin.

(5) Le comle de Toulouse.

(6) Le duc du Maine.

(7) La duchesse de Berry.

(8) Bonrvalais l'argentier, conduit prisonnier et ses biens saisis.

VHIMPPE D’ORLÉANS. - 1710.

de Biturgie fait claquemurer toutes les portes de son palais , fors une ouverte a tout le monde (1). »

Maintenant . voulez-vous connaître les vins de la cour? Le vin du roi, est de bonne espérance; de M. le régent, diabolique; deM. le duc de Chartres, de mauvais cru ; de Madame , il sent la vieille futaille ; de Mme la duchesse d’Orléans, il est bienfaisant; de M. le duc, rude et plat; de M. le comte de Cbarolois, pétillant et brusque ; de M,u de Charolois , vif; de Mm<» la duchesse , sur le retour ; de M,u de Clermont , prêt à boire, de M. le prince de Conti , se fait sentir , de la princesse de Conti , en boite ; de M,u de la Roche-sur-Yon , bon à mettre en perce ; de M. le duc du Maine , de bonne garde; de Mm,! la duchesse du Maine, clair fin; du prince de Dombes , naturel ; du comte d’Eu , il a de la sève ; du comte de Toulouse , mou ; du maréchal de Villeroy, ferme; du maréchal de Villars, il monte à la tète; du maréchal d'Estrées, il commence à être usé; du maréchal d’Uxelles , poussé; du prince de Vendôme, au bas; du prince Charles, belle apparence, peu de rapport; du prince Lambesc, éventé; du duc de Guiche, à deux oreilles; du duc d’Antin, il trompe à la couleur ; du duc de Richelieu, vin du commun ; de la duchesse de La Ferlé , bon quoiqu’à la lie ; du duc de Saint-Simon , c’est de la piquette ; du duc d’Âumont , il n’est qu’à la cape ; du duc de La Force . sans vertu ; de la duchesse de Villars , il tourne à la graisse ; du duc de Noaillcs , falsifié ; du duc de La Rochefoucauld , droit ; du duc de Tresme , on ne sait ce que c’est ; du cardinal de Noailles, il ne se soutient pas; du cardinal de Bissi , bourru ; du cardinal de Rohan , doucereux ; du cardinal de Polignac , brouillé ; de M. d’Aguesseau , n’est pas droit; de M. d’Argenson, il n’est plus de saison; de M. le premier président, frelaté; de M. de La Vrillière, il gratte; de M. Le Blanc, mixtionné; deM. l'abbé Dubois, malfaisant; de M“#de Nesle, de toutes saisons; du prince de Soubise , beau coloris ; de M“* de Parabère, il sent mauvais; de M. le président de Biamont, il est tourné ; et quant au vin du peuple , il sent le pressoir (2).

Tels étaient les formes et l’esprit du temps ; il y avait un mélange de chevalerie galante et de philosophie épicurienne, une sorte de légèreté moqueuse qui ne respectait ni les rangs ni les services. On n’épargnait aucune dignité dans les satires, aucun caractère dans l’épigramme ; la légèreté française sc rattachait à tout. La manière de ces chroniques plaisait à cette société de petits soupers qui s’ou-

(1) Cette chronique, fort longue, *e trouve dam le recueil Manrepas, tom. xm. (Bibliothèque du roi.)

(S; Manuscrit Maurcpa». (Bibliotb. roy., tom. xiv.)

hliail dans l’orgie; là, quand des poètes étaient réti nis, les portes fermées, on récitait un noel, une ëpigramme, au milieu des applaudissements de la chaude assemblée. On n’épargnait ni M. le duc d’Orléans, ni scs amours, ni son administration; on se moquait de tout : époque de licence , où la répression était impossible , car, lorsqu’une société s’en va , qui peut comprimer le principe du mal !

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