CHAPITRE XI
TRIPLE ALLIANCE AVEC l’ ANGLETERRE ET LA HOLLANDE.
Tendance ver» l'alliance anglaise. — L’abbé Dubois conseiller «l'État. — Sa mission secrète. — Correspondance avec lord Stanhope. — Mission en Hollande. — Entrevue avec Stanhope. — Négociation d’un traité. — Audience de Georges !«*■. — Conclusion d’un traité définitif. — Retour de l’abbé Dubois.
La ruine des espérances de Jacques III avait déterminé le régent à rechercher l’alliance anglaise. La politique de Louis XIV s’affaiblissait de plus en plus ; ce grand système diplomatique qui reposait sur l’union de la France et de l’Espagne dans un commun intérêt , blessait les vues personnelles du duc d’Orléans ; il savait que l’Espagne n’était pas favorable à son administration. Philippe V et le conseil de Castille considéraient comme non avenue la renonciation à la couronne de France, et en cas de mort du jeune Louis XV , le roi des Espagncs prétendait succéder au trône de France par préférence au duc d’Orléans. L’ancien parti de Louis XIV était un peu dans celte opinion ; il avait même paru plusieurs pamphlets pour soutenir la prétention de l'Espagne (3) ; on allait jusqu’à ce point de contester au duc d’Orléans même la régence ; n’appartcnail-elle pas au plus proche parent, au roi notre seigneur, Philippe V d’Espagne? Tel était le sentiment des jurisconsultes espagnols aux universités d’Alcala et de Valladolid. L’intérêt personnel du régent le portait vers ralliancc de Georges 1" , le représentant de la maison de Hanovre , et quand il
(3) Plusie urs traductions françaises furent faites et adressées au peuple «le Paris et des provinces. Je n’ai pu voir qu'un seul de ce* nit mo rn à Madrid en 183ô.
l ui bien convaincu que la cause de Jacques III trouvait peu de succès dans les trois royaumes , le récent se décida pour une alliance complète , absolue avec Georges 1er, et les whigs anglais.
Ce résultat était difficile à obtenir ; il y avait quelques préventions contre le duc d’Orléans dans l’esprit du roi d'Angleterre et des whigs dont il était le représentant ; le traité dTlrecht avait été vivement discuté; en plein parlement les plus violentes attaques avaient été lancées contre Louis XIV et même contre le régent (1). Quand Jacques III s’était présenté aux rivages de l'Ecosse, on avait accuse M. de Torcy de favoriser cette expédition ; Georges Ier en avait gardé un profond ressentiment, il s’en était plusieurs fois exprimé avec l’ambassadeur de F rance : comment dès lors aboutir jusqu’à lui? comment arriver jusqu’à lord Slanbope, son plus intime confident dans le conseil? Le régent jeta les yeux sur l’abbé Dubois. Il faut se rappeler que sous le règne de Louis XIV, aux derniers temps de la guerre, lord Stanhope, fait prisonnier en Espagne, avait séjourné à Paris; il y avait connu l’abbé Dubois. Comme d’importantes questions politiques s'agitaient alors dans l’intimité, il y avait eu des causeries sur toutes les éventualités favorables à la maison «l’Orléans, et «le là était née entre Pabbé Dubois et lord Slanhope une certaine confiance : un échange fort suivi «le lettres avait lieu entre l’abbé et lord Stanhope; on y traitait de tous les sujets de politique et de diplomatie. Le regent favorisait cette correspondance, parce qu’elle pouvait devenir un moyen très-utile d'entamer une négociation positive avec l’Angleterre, et de préparer l’alliance. A cette fin, il fallait un titre à l’abbé Dubois, qu’on allait appeler à une des plus importantes missions de diplomatie. On avait manifesté jusqu’alors une certaine répugnance dans tout le conseil pour y admettre le confident des secrètes pensées du duc d’Orléans ; l’opposition était vive; on exagérait les mauvaises mœurs de l’abbé Dubois pour le repousser de toute situation avouée. Le régent eut à vaincre bien des obstacles, mais il sentait que , pour entamer une négociation
(1) Annales du parlement, ann. 1715-1710.
(2) Voyez Louis X IF, ton gouvernement.
(3) Voici la dépêche originale de Dubois, 12 mars 1710 :
« On ne peut pas Taire profession, comme je fais depuis longtemps , d’élre de vos amis, sans prendre beaucoup de part au succès que les soins de votre ministère ont eu dans les derniers mouvements d’F.cossc, et sans vous congratuler sur révénement qui les a fait finir si promptement. J'ai été trop instruit des anciennes liaisons d'estime et de confiance que vous avez eues avec M*r le duc d'Orléans, pour n'êlre pas charmé du prompt retour du prétendant, parce que, d'une part, il vous est glorieux, et que d'autre part il vous désabuse des bruits qui s'étoient répandus d’une inlluencc
sérieuse, l’abbé Dubois devait avoir un titre ostensible qui le mit en position de paraître dans un traité : le régent le nomma conseiller d’État attaché au conseil des affaires étrangères ; il y eut quelques murmures ; toutefois le régent passa outre ; il avait besoin des services diplomatiques de l’abbé Dubois dans une des questions les plus graves de sa politique.
La session du dernier parlement avait été fort vive contre la France; les whigs accusaient le regent d’avoir manqué aux «leux points essentiels des conventions secrètes dTlrecht, à savoir : la «lestruction de Dunkerque et l’expulsion du prétendant Jacques III et de tous ses partisans du royaume de France ; les whigs dénonçaient les travaux de Mardick , aussi dangereux pour l’Angleterre que les fortifications de Dunkerque. On se rappelle la réponse pleine de dignité qu'avait faite Louis XIV sur les plaintes de lord Slair (2) ; ce fut au milieu de ces discussions mêmes que lord Stanhope reçut la première dépêche de l’abbé Dubois. Avec une habileté très-remarquable , l’abbé Dubois félicitait lord Stanhope des succès que son ministère avait obtenus en Écosse , d’autant plus que ces succès effaçaient jusqu’à la dernière trace des bruits répandus par des malveillants sur le secours que la France avait pu donner au prétendant ; Faillie Dubois invoquait tous les souvenirs d’une lionne amitié pour préparer le grand œuvre de la paix entre les deux nations (3). Cette lettre était vague, mais elle en disait assez pour amener une réponse catégorique «le la {iart de lord Stanhope; elle ne se fit point attendre : le ministre anglais répondit à l’abbé Dubois que son cabinet était fort heureux d’apprendre les bonnes dispositions de la France ; il voulait bien croire que les bruits qui avaient couru sur la protection accordée par le regent au prétendant étaient faussement jetés par les jacobiles, afin de grandir leur cause. On devait cesser d’être la dupe de malheureux fugitifs : maintenant tout pouvait concourir à la bonne amitié «le Georges 1er et du régent ; il ne fallait pour cela que de la franchise dans les positions respectives (4). Celte correspondance était
secrète de notre cour pour celte entreprise, et vous fait voir qu’ils n'ont eu aucun Fondement. J'espère que rien n'altérera tes premières dispo*ilions où je vous ai vu, et je souhaite qu'ou ne néglige rien de part ni d'autre de ce qui peut contribuer à la correspondance entre nos deux maîtres. Je vous supplie, milord, de me continuer l'honneur de votre bienveillance , et d’élre persuadé que dans toutes les occasions qui se présenteront, vous trouverez en moi l'ami que vous avez si bien traité, etloute l'estime et la reconnoissancc que je vous dois. L’abbé Dcbois. »
(4) J'ai trouvé le texte même de la réponse de lord Slanhope. ii Monsieur, j’ai reçu l'honneur de votre lettre du 12 mars, et suis très -sensible à la honlcquc vous avez de
une véritable négociation diplomatique entamée par les deux confidents de Georges Ier et du régent ; on sc tâtait d'abord pour arriver à des propositions sérieuses.
En même temps M. d'Ibcrville à Londres, et M. de Châteauneuf en Hollande, faisaient une démarche simultanée pour obtenir un traité de triple alliance entre la France, l'Angleterre et la Hollande. Ces diplomates étaient des hommes fort habiles; M.de Châteauneuf, le confident du maréchal d’Uxelles, était un îles plus remarquables négociateurs. On parvint à connaître les conditions qui seraient le plus favorablement accueillies à Londres et à La Haye : on demandait la garantie de la succession de la couronne d'Angleterre dans la ligne protestante, l’expulsion de Jacques III et de tous les mécontents exilés d’Angleterre, la fermeture des canaux de Mardick près de Dunkerque, de manière à ce qu’il ne pût entrer que de petits bateaux ; enfin la ratification du traite des barrières , sollicité par la Hollande. Ces conditions furent envoyées par M. de Châteauneuf au conseil des dépêches, et le régent donna ordre à l’abbé Dubois de reprendre sa correspondance avec lord Stanhope. Les nou-
vous souvenir d'un ancien ami, dans lequel, je «ous assure, vous trouverez toujours beaucoup de franchise et une véritable estime pour vous. Je suis très-aise d'apprendre d'aussi bonne part l'heureuse disposition de voire cour. Les apparences véritablement commcuçoient à nous alarmer; mais comme nous savons très certainement que non- seulement nos intentions, mais toute notre conduite n'a pu donner aucun fondement aux bruits que certaines gens ont affecté de publier par tout le monde, comme si le roi vouloit la guerre, et qu'il fit agir d'autres puissances pour les y porter ; nous voulons bien croire que ces bruits n'ont point été autorisés ni débités à dessein de colorer les projets qui sc pourraient former contre nous. Nous voulons bien croire aussi, sur ce que vous nous faites dire, que tous les bruits d'une influence secrète de votre cour pour l'entreprise du prétendant, n'ont été qu’une pure invention des jacobitcs pour animer leur parti. Quelques soupçons que l’on ait pu avoir pour le passé, il est sûr qu'il n'y a rien de plus aisé pour l'avenir que de se convaincre les uns les autres que l'on peut vivre en paix, si tant est que véritablement on le souhaite ; pour d'ici, je vous en réponds; et il faut espérer qu’un prince aussi éclairé que monseigocur le régent ne sera point la dupe de nos malheureux fugitifs, qui lui attireront très-certainement de mauvaises affaires pour peu qu’il leur prête l'oreille. La France, aussi bien que l'Angleterre, seroit bien à plaindre si de pareilles gens éloient capables de nous brouiller. Mais je veux espérer qu'il n'en sera rien, et que de part et d’autre, comme vous le dites très-bien, on ne négligera rien de ce qui peut contribuer non-seulement à la correspondance, mais à une étroite amitié entre nos maîtres : j'ose vous assurer hardiment que votre conduite^ cet égard sera la règle de la nôtre. Pour mon particulier, je souhalteroi» par-dessus toutes choses de contribuer à une telleeorrespondance. Vous
velles dépêches de Dubois respiraient la bonhomie ; l'abbé remerciait lord Stanhope de l'excellente opinion que le roi d’Angleterre avait du régent; ce prince ne sc piquait pas de perpétuer les préjugés et le train de l'ancienne cour de Louis XIV ; d’après sa maxime des alliances d'intérêts > la plus étroite amitié devait naître entre Georges Ier et le régent , car ils avaient un commun dessein dans leur politique. L’abbé Dubois offrait à lord Stanhope de lui expliquer tout ce qui paraîtrait obscur ou louche dans la situation diplomatique du régent ; le négociateur avouait sa partialité pour la nation anglaise ; »il désiroit, continuait-il en plaisantant, que lord Stanhope ne bût que des meilleurs vins de France, au lieu des vios de Portugal , tandis que lui préfércroit le cidre de Goldpepin au gros cidre de Normandie. » Sous ces apparences de légèreté l’abbé Dubois marchait à ses fins de la triple alliance; il avait ordre du régent de faire toute espèce de' concessions à lord Stanhope, afin d’amener une ligue offensive et défensive, indispensable depuis que les dernières nouvelles d’Espagne annonçaient les desseins hostiles de Philippe V contre le duc d’Orléans (1).
savez ce qui nous blesse, et vous êtes les maîtres de faire cesser tout fondement de jalousie. Quand monseigneur le régent y aura bien fait attention, je suit persuadé, qu’éclairé comme il l’est, il trouvera que c’est une très-mauvaise politique, et très-contraire & scs intérêts personnels, que do nous obliger d’élre toujours dans un état plus violent que n’est celui d’une guerre ouverte. Vous voyez que je vous tiens parole et vous parle franchement : je crois que c’est toujours le meilleur quede savoir A quoi s'en tenir. Au reste. Monsieur, quelque parti que prennent nos maîtres, je vous prie de croire que je suis avec une passion sincère, etc.
Stavhopb. m
(1) Dépêche originale, 10 avril 1716: •< Milonl, votre lettre du 19 mars me fait voir clair au travers des mtagos que mille bruits confus, produits par divers intérêts, et peut-être par le zèle de quelques acteurs, avoient répandus, et je suis ravi de savoir par un canal aussi sûr que le vôtre le* véritables intentions de votre gouvernement. Je crois pouvoir vous répondre que celles du nôtre sont bonnes et droites. Le caractère de notre régent ne laisse pas lieu de craindre qu'il se pique de perpétuer les préjugés et le train de notre ancienne cour; et, comme vous le remarquez von* • même, il a trop d'esprit pour ne pas voir son véritable intérêt. Je n'ai pas oublié que, dans nos aucicnncs conversations, vous m'avez louvcnl dit qu’il ne peut y avoir de solide liaison entre les souverains, qu'autani que chacun d'eux y trouve également son intérêt; cl vous avez sagement observé dans votre lettre que ce principe conduit nos deux maîtres, non-seulement à une honnête correspondance entre eux, mais même à une étroite amitié. Je vous stmtropredevable de vous être souvenu de la parole que vous m'aviez donnée autrefois de me parler franchement dans les occasions qui se présenteraient, pour ne pas vous avouer avec la même
Gi
te marquis de Châteauneuf dut presser à La Haye une adhésion formelle à l’alliance avec l’Angleterre. Les Élats-Généranx avaient besoin d’assurer la paix générale et toute la sécurité de l’avenir ; les Intérêts de leur commerce l’exigeaient ; ils accueillirent les propositions delà France et se chargèrent d’être les porteurs de paroles auprès de Georges Ier : il y avait sans doute à La Haye un parti «le l’empereur contre la France, mais en aucun cas la Hollande ne voulait se jeter dans de nouvelles campagnes. La guerre avait été pour elle une situation violente, exceptionnelle ; un état commercial ne peut exister qu’avec la poix : le grand pensionnaire , tout en répondant favorablement à l’envoyé de l'Empire, n’engagea de négociations sérieuses qu’avec M. de Châteauneuf. L’ambassadeur de France d’ailleurs était un homme influent à La Haye ; il y avait dignement remplacé M. d’Avaux; M. de Châteauneuf communiqua au grand pensionnaire les conditions proposées par la France; elles étaient identiques aux propositions de l’Angleterre : qui pouvait dès lors s’opposer à une alliance complète, destinée à comprimer la nouvelle entreprise que préférait l’Espagne? Il y avait nécessité d’une mutuelle garantie; le régent avait craiule de Philippe V ; Georges Irr, du prétendant Jacques 111, qui venait de soulever l’Écosse. Pour ôter toute espèce de méfiance au gouvernement anglais, M. de Châteauneuf remit au grand pensionnaire Hiinsius une note qui exposait parfaitement la situation respective des puissances et l’intérêt qu’elles avaient simultanément à la conclusion d’un traité (1).
La négociation était ainsi activement engagée à La Haye par l'intermédiaire de la Hollande , lorsque le régent apprit que Georges Ier «levait débarquer sur le continent pour se rendre dans son électorat de Hanovre ; il était accompagné d’un seul ministre, lord Stanhope , avec lequel l'abbé Dubois avait commencé une correspondance intime. Le régent désirait la possibilité d’une alliance politique entre
franchise que je pense loui comme vous, et que cet intérêt réciproque doit leur as'iircr la solidité et la durée des liaisons qu'ils prcudroleiii ensemble. Je suis tellement convaincu de cette vérité, que je suis déterminé à contribuer de tous mes soins à celte union cl que je vous assure que si, dans les mesures qui se peuvent prendre de part et d'autre, vous avez lieu de craindre que des intérêts détournés il 'apportent quelque obstacle au bicu commun des deux maîtres, au premier avis que vous me donnerez, je ferai ce qui dépeudra de moi pour vous aider à démêler la vérité, à rendre simple ce qui prendroil quelque détour, et à pai venir à une liaison qui he voit plus sujette à aucun soupçon. Vous pouvez éprouver, quand il vous plaira, la vérité de ce que J*ai ! honneur de vous promettre ; nous ne nous sommes jamais cherrbés l'un et l'autre, et je connois trop votic sincérité pour n'avoir pas arec vous le cœur sur les lèvres. Vous devinez as«ex que
la France , l’Angleterre et la Hollande , pour l«t maintien «les «Iroits respectifs de leur indépendance et de leur souveraineté. Le conseil des affaires étrangères ne partageait pas la même conviction ; le maréchal dTxelIcs ne voulait point s’éloigner des traditions diplomatiques de l’époque de Louis XIV ; le régent fit de la mission de l'abbé Dubois un acte «le diplomatie intime , et les instructions du conseiller furent tout entières rédigées de sa main (i). L'abbé Dubois devait se rendre à La Haye sous le prétexte d’acheter des tableaux et des livres rares dont il était fort amateur; là il attendrait au milieu des catalogues bibliographiques et des tableaux de grands maîtres l’arrivée de Georges I*r et de lord Stanhope; c’était donc comme par hasard qu'il se trouverait au passage «lu roi d’Angleterre et de son ministre ; il chercherait à les voir et à entamer tine négociation sérieuse. Les pleins pouvoirs de l'abbé Dubois, écrits de la main du régent , portaient sur les mêmes points que le projet d'alliance communiqué aux Etats-Généraux par le marquis de Châteauneuf.
En conséquence «les ordres du régent , l'abbé Dubois partit sans bruit de Paris , et arriva à La Haye le î$ juillet ; il ne vit l’ambassadeur «le France que pour la forme et comme simple politesse, et il se mit avec une ardeur indicible à la recherche des tableaux et des catalogues de vieux livres; l’abbé ne parlait que d’art , que d’éditions rares et curieuses. Il apprit en même temps que Georges 1er était débarqué le 40 juillet à Masensluis ; l'abbé $e hâta d’écrire , par un exprès sûr, à lord Stanhope mille compliments ; puis il ne lui dissimula pas que se trouvant par hasard en Hollande , il serait aise de cultiver une amitié distinguée et une haute connaissance comme celle de lord Stanhope. Le noble lord comprit toute la portée <l<* ce hasard ; la correspondance antérieure de Dubois lui indiquait tout le prix que le régent mettait à conclure Une alliance avec l’Angleterre. Cet empressement était une faute,
je scrois charmé que mon maître prit Ici mesures les pim convenables à son intérêt ; que ce frtt avec une nation pour laquelle j'ai toujours conservé de la partialité, et durant le ministère d'un ami aussi estimable et aussi solide que vous. Au surplus, milord, outre l'intérêt de nos deux maîtres, je déclare que je semis ravi que vous ne bussiez que du meilleur vin de France au heu de vin de Portugal, et moi du cidre de Goldpepin, au lieu de notre gros cidre do Normandie. J'y ajoute rai un intérêt encore plus sensuel pour moi, qui est ceiui de pouvoir, sans interruption, cultiver l'honneur de votre amitié, et vous renouveler librement et avec assiduité les assurances de l’estime et de l'attachement avec lesquels je suis, etc.
, L’abbé Dubois. j»
(1) 10 avril 1710, Archives de La Haye.
(9) 10 mai 1710. (Arch. des affaires étrangères.)
parce qu'il plaçait le négociateur dans une position trop engagée : l’abbé Dubois s’en tira parfaitement ; sa conversation roula d’abord tout entière sur ses achats d’antiquaire : « Milord , dit-il, quelle joie pour moi ! j’ai retrouvé les Sept Sacrements de notre Poussin ; je les ai achetés pour le compte de monseigneur le régent ; que la Hollande est fertile en bons livres et en manuscrits curieux ! ■> El l’abbé fil parcourir un catalogue de livres à vendre; son doigt se porta tout naturellement sur une correspondance inédite de Guillaume III : « Quel homme puissant! s’écria l’abbé Dubois, quelle tète, mon cher lord! il avoit compris les grands intérêts du continent ; je regrette bien vivement que scs idées n’aient pas été suivies ; je regrette plus encore que la dernière dépêche que j’ai eu l’honneur de vous écrire soit restée sans réponse ; le régent seroit vivement empressé de suivre les éléments d’une négociation avec l’Angleterre : tenez, milord. Son Altesse Royale vous porte personnellement un vif intérêt politique, j’en ai la preuve. >• Et l’abbé Dubois tirant sans empressement et sans affectation une lettre intime du régeut , lut un passage de celte lettre où Monseigneur dénonçait un complot de cour contre le duc d’Argylc , l’ami intime du comte de Stanhope ; Son Altesse Royale craignait que le ministre fût compromis dans celte affaire , et s’empressait d’en écrire à l’abbé Dubois, afin qu’il en avertit personnellement lord Stanhope (1).
Le ministre remercia beaucoup l’abbé Dubois de cette excellente communication. « Dites à Son Altesse Royale que je ne suis compromis en rien dans l’affaire d’Argyle; quant à vous, mon cher abbé , si je ne vous ai pas répondu plus tôt , c’est que vous savez les incessantes affaires qui nous accablent ; en aucune occasion je ne cesserai de faire éclater les sentiments dont je suis animé pour vous. — Eh bien! répondit l’abbé Dubois, je vous parlerai avec toute franchise : mes lettres avoient un objet plus haut que de simples compliments ; je confesse que, voyant la conformité d’intérêts qui existe entre la France et l’Angleterre , j’ai pensé qu’on pouvoît amener non-seulement une alliance , mais encore la plus profonde intimité entre les deux peuples; c’est un beau rôle à jouer pour vous, milord, et pour moi, ce seroit celui que j’ambitionnerois le plus hautement! — Vous me parlez sans doute avec franchise, répondit lord Stanhope, je le crois; eh bien ! je dois vous dire que la confiance du roi
(I) L’original même de la lettre existe encore; en voici l'extrait : » J’ai appris qu’il y a des mouvements A Londres contre le duc d’Argyle , favori de l’héritier présomptif. Comme je sais que lord Stanhope est l’ami de ce seigneur, et très-bien vu lui-méine du prince de Galles, je crains qu’il ne toit enveloppé dans cet orage. S’il vous arrivoilde le voir emnerr.
mon maître a été singulièrement altérée par le secours que le régent de France a prêté à Jacques Stuart : si le prétendant eût réussi, la France auroit été pour lui. — Sa Majesté Britannique se trompe, répliqua l'abbé Dubois avec vivacité, elle ne rend point justice aux véritables intentions du prince mon maître; si Son Altesse Royale ne s’est point déclarée contre le prétendant, c’est qu’elle n’a pas voulu heurter les sentimentscatboliques delà majorité des sujets du roi de France; vous êtes trop éclairé, milord , pour ne pas comprendre les obligations qu’imposent certaines situations ! Jacques Stuart a traversé la France tout déguisé , et qui pouvoit l’empêcher? Souvenez-vousqueLouisXlV,avec sa puissance absolue , n’a pu prévenir la fuite des protestants ; vous avez été trompé par des rapports mal réfléchis, j» Et immédiatement l’abbé I^ubois ajouta « que lord Stanhope ne devoilpas être moins équitable envers le régent de France que le régent de France envers lord Stanhope ; quand, en plein parlement , vous avez attaqué Son Altesse Royale , elle ne s’est pas trompée sur le sens de vos paroles; elle a fait la part à votre position , elle a toujours compté sur les bonnes dispositions de lord Stanhope à son égard (2). »
A ces mots , le ministre de Georges 1er protesta que , loin d'avoir jamais voulu blesser Son Altesse Royale le régent de France, il avait repoussé toute espèce d’invectives des membres du parlement contre elle ; mais il ne dissimula pas que Georges Ier, d'une loyauté à toute épreuve, était par cela même fort sensible aux mauvais procédés qu’on pouvait avoir envers lui ; n’ëlait-il pas vrai qu’à son avènement à la régence, le roi Georges Ier avait tenu à la disposition du duc d’Orléans des troupes et des vaisseaux pour seconder le mouvement politique de Paris? Après des démarches d’une aussi évidente franchise , comment le régent avait-il pu favoriser le prétendant? C’était là un des obstacles les plus saillants à la conclusion de la paix. L’abbé Dubois aperçut immédiatement où lord Stanhope voulait en venir : » l’éloignement de Jacques Stuart au delà des Alpes seroit-il une des conditions du traité, ou bien un de ses préliminaires? » Lord Stanhope déclara que les ministres du cabinet désiraient qu’avant toute négociation , le prétendant fût éloigné au delà des Alpes ; lui, personnellement, ne mettait à ce point aucune importance, mais il n’en était pas de même des hommes d’Élat de l’Angleterre;
à son passage on Hollande, je vous autorise, mon cher abbé, à lui offrir de ma part bons offices, amis, argent , en un mot tout ce qui dé|»endra de moi. Priltppe d'Orléans. m (9) J’ai analysé cette conversation sur les dépêches mêmes de l’abbé Dubois, adressées au régent ; quelques-unes sont chiffrées et traduites. (Avril à juin, ann. 1716.)
l'HIUPPK D'ORLÉANS. — 1718.
«railleur» , c'était le meilleur moyen «le prouver à Georges Ier le véritable désir «l’entrer dans les négociations d’une alliance sincère. L'abbé Dubois répliqua que, mieux qu’un autre, lord Slanhope devait comprendre que dans ces «pies lions de dynasties malheureuses , il y avait des convenances à garde r envers les princes «jue la tempête politique emportait ; on pouvait bien, sans doute, faire de l'éloignement de Jacques Stuart une des conditions du traité ; mais l’exiger impérieusement comme article préliminaire, netail-ce pas blesser les sentiments intimes du régent? Le comte de Slanhope résuma la discussion en déclarant qu’en aucun cas Georges Ier ne conclurait de traité diplomatique dans lequel la convention d’L'trecht serait rappelée; son alliance avec l'Empire ne le permettait pas. A ces mots, l'abbé Dubois brisa sur-le-champ la conversation diplomatique, déclarant à lord Slanhope que le régent n’importunerait plus le roi Georges sur le point d'une alliance : « Si le régent me fait l’honneur de me consulter, je me hâterai de lui dire d'attendre que le roi d’Angleterre connoisse mieux ses véritables dangers ; le temps est un grand maître! — Oui, répliqua Slanhope, mais notre conversation aura eu pour résultat de montrer respectivement le fond des choses; atlendez-moi ce soir à neuf heures, j’irai prendre conge de vous (1)... »
Cette première conversation diplomatique avait à peine engagé la question ; l’abbé Dubois vil le jour même le marquis de Châteauneuf, pour se concerter et s'entendre sur la visite du soir qu'avait promise de lui faire lord Slanhope. M. de Châteauneuf, diplomate habile et perspicace, rassura le négociateur secret ; lord Slanhope avait trop nettement abordé la question, scion m. de Châteauneuf, pour ne pas avoir reçu des ordres précis de sa cour relativement à un traité : il consedla donc à l'abbé Dubois d'attendre patiemment les ouvertures qui lui seraient faites. A neuf heures précises, lord Slanhope était chez l’abbé Dubois ; quelques insigniliantes questions précédèrent la conversation diplomatique; le ministre anglais parla toujours des méfiances du roi
(t) Dépêche do l'abbé Dubois au régent. Mai 1710.
(2) Voici les principales clauses écrites par lord Slanhope, ei la rédaction qu’il envoie à l’al*b« Dubois : u Comme l'expérience a fait connaître que la proximité de celui qui a pria le litre «le prince de Galle» du vivant du dernier roi Jacques ||, et, après ta mort, celui «lu roi de laGrandc-Brelatin*, peut exciter des mouvements cl des troubles dans lea Etats britanniques, le roi irès-chéiieu l'obligera de sortir du comtal d'Avignou et d'aller faire sa demeure dans les paya au délit des Alpes. Le roi s'engage même à ne point permettre, A l'avenir, à la susdite personne de revenir à Avignon ou de passer par les terres dépendantes de la couronne de France, sou» prétexte de revenir à Avignon ou en Lorraine,
Georges à l’égard du régent. «< Résumons-nous, «lit lord Slanhope, sur les clauses essentielles d'un traité : 1* l’expulsion «lu prétendant , 2° la destruction du port «le Hardick, 3° la garantie de la succession dans la ligne protestante ; je crois qu’à celte triple condition vous pourrez effacer les idées d«;favoraldes dans l’esprit «le mon maître. » Une fois bien éclairé sur les intentions des whigs, l’abbé Dubois quitta La Haye, et vint lui -même se concerter avec le régent et le maréchal d’IJxelles, président du conseil d'Etat pour les affaires étrangères.
Le régent lut avec attention toutes les notes de l’abbé Dubois, et ne fit aucune difficulté d’adbércr aux trois points indiqués par lord Stanhope. I nc question de forme s'élevait aussi , et l'abbé Dubois ne dissimula point au régent que, dans le texte du trailé , le roi de la Grande-Bretagne voulait prendre le titre de roi de France, et ne donner à Louis XV que celui de roi très -chrétien. Celle condition était dure, mais elle résultait de la situation du cabinet Slanhope devant le parlement ; il y avait dans les communes haine profonde contre la France, et la moindre dérogation aux vieux usages aurait suffi pour briser le ministère. Le régent donna ordre à Dubois de se défendre autant qu’il le pourrait sur ce point, mais de céder à la fin , parce qu’il ne fallait pas tenir aux mots (2). Ou voulait d’abord traiter par négociations écrites ; tuais , d'après l’avis des amis du duc d’Orléans , ou décida de ne laisser aucune trace d’une telle négociation; on craignait alors l'Espagne qui surveillait tous les actes de In diplomatie du régent ; elle avait intérêt à publier les comblions déshonorantes imposées par l’Angleterre. Il fut arrêté que l'abbé Dubois partirait secrètement pour joindre lord Stanhope en Hanovre, et continuer la négociation sur les bases posées par le ministre anglais. L’abbé Dubois se hâta d'écrire les intentions du régent à lord Slanhope; il lui annonçait que, contre l’avis même du maréchal d’ixclles et du marquis «le Torcy, le duc d’Orléans sc déterminait aux concessions exigées par l’Angleterre. Le conseil des affaires étrangères en effet,
uu même de mettre le pied en aucun lieu de sa domination, et moins encore d'y demeurer, sous quelque nom et apparence que ce puisse éne. Le» deux i-ois se promettent réciproquement de refuser tout asile et retraite aux sujets do l’un d'entre eux qui aurotenl été ou pourraient être déclaré* rebelles, et même de contraindre lesdils rebelles de sortir do leur obéissance dans l'e*pacc de huit jours, après que la réquisition en aura été faite par ledit allié. Le roi Irès-chréliMi x assure le roi de la Grande-brctagne qu'il est dans l'intention de raser et do combler l'ancien port du Dunkerque, comme aussi de mettre la nouvelle fosse ou le caual de Mardick en Ici état, qu’il ne puisse jamais y entrer aucun vaisseau tirant plus de dix pieds d’ean. «
pénétré des traditions de la haute diplomatie de Louis XIV, ne voulait pas céder sur le canal de Mardick et la démolition des ouvrages commencés auprès de Dunkerque; il lui paraissait bien dur également que, dans la forme du traité, Louis XV ne pût pas même prendre le litre de roi de France ; les grandes transactions du règne précédent ne permettaient pas une aussi triste concession.
Le 19 août, l’abbé Dubois se trouvait à Hanovre ; lord Stanbope l’accueillit parfaitement ; le ministre de Georges 1° prit bientôt dans cette négociation la supériorité d’un cabinet qui avait pénétré le besoin impérieux que le régent avait de l'appui de F Angleterre. « Je suis prêt à traiter avec monseigneur le duc d’Ürléans, dit Stanbope, pour une garantie mutuelle des deux couronnes et des deux successions; mais avant tout, il faut qu’on cède sur Mardick : est-ce que le cardinal Mazarin ne donna pas Dunkerque tout armé à Cromwell pour obtenir l’amitié du protecteur? » Cette comparaison était insolente , mais le régent avait plus besoin que jamais de s’assurer le puissant appui de l’Angleterre pour sa régence menacée par l’Espagne. L’abbé Dubois fit peu de résistance ; il convint de la démolition du canal de Mardick, sous la surveillance même des commissaires anglais; on régla l'expulsion du chevalier de Saint-Georges, comme préliminaire d’un traité définitif d’alliance offensive et défensive ; il fut stipulé secrètement des secours de troupes et des subsides au cas où l’un des deux pouvoirs serait menacé. Le roi Georges se trouva parfaitement satisfait : l’abbé Dubois, invité à la table de la reine de Prusse , la fille du roi de la Grande- Bretagne , reçut les félicitations les plus gracieuses de Georges I*r. On causa sur toute la situation du duc d’Orléans et sur les éventualités d’une guerre avec l’Espagne. Celte conversation intime fut expédiée par chiffres au régent; il en sentit la portée, et comme les États-Généraux faisaient quelques difficultés d'accéder à l’alliance, le régent écrivit à son négociateur : « Si la lenteur des Hollandais vous mène trop loin, signez l'alliance avec les Anglais en particulier ; je consens à ce que Sa JUajesté Britannique ne ratifie le traité qu’après le départ d’Avignon du chevalier de Saint-Georges; mais , d’un autre côté, ce prince ne doit sortir d'Avignon qu’après la signature avec la Hollande. Tout se fera dans l’intervalle de la signature à la ratification (1). «
Ce ne fut que le 28 novembre à minuit que l’alliance particulière entre la France et l’Angleterre fut arrêtée; la Hollande n’y accéda que le 4 janvier suivant, après des difficultés longues et faslidieu-
fl) Dépéctie du 2 novembre 1716.
ses qui tenaient à sa position particulière vis-à-vis de l’empereur. Les États-Généraux craignaient tout ce qui les entraînait à la guerre; ils redoutaient de prendre un parti trop dessiné, (’.e traité d’alliance, à vrai dire, n’était pas une affaire française; le régent y avait fait toute espèce de concessions à l’Angleterre; il avait abandonné les traditions de la politique de Louis XIV, dans le but de consolider son pouvoir et de s’assurer la succession à la couronne de France; c'était une véritable question de famille entre les deux maisons de Hanovre et d'Orléans, avec la prévoyance même d’une usurpation. La position n’était-elle pas nette? l'Espagne menaçait le régent , le régent invoquait la force de la Grande-Bretagne; il cédait dans «les intérêts personnels le point capital de Mardick, il renonçait à la politique de race , à la haute prévoyance de Louis XIV. L’abbé Dubois ne fut pas le pensionnaire de l’Angleterre, comme on l’a dit ; il put être récompensé, mai» il remplit les intentions du duc d'Orléans avçc ponctualité ; il était l’agent dévoué de sa politique et ne la trahit point ; il avait été initié à toutes les ambitions de famille , à tous les projets de la maison d’Orlcans sur l’Espagne et sur la couronne de France; depuis vingt années, il ne faisait que remplir exactement ses inlructions avec le plus d’habileté possible. Lord Stauhope tira parti de cette position au profil de son gouvernement , il fit payer la mauvaise attitude diplomatique qu’était obligée de prendre la maison d’Orléans.
Au reste , letraité d’alliance entre la France, l’Angleterre et la Hollande fut un changement complet dans le droit diplomatique : ce traité fut conclu contre l’avis du conseil des affaires étrangères, présidé par le maréchal d’Lxelles ; le duc d’Orléans n'avait suivi que l’intérêt de son pouvoir de régent et scs garanties contre l’Espagne, qui murmurait contre son autorité; il avait réussi, et cela lui suffisait. Ce traité de triple alliance fut l’origine d’une diplomatie nouvelle, l’union intime de la France eide l’Angleterre; il a été la cause première de la faveur que la famille d’Orléans trouva toujours parmi les whigs anglais. Comme l’abbé Dubois avait seul le secret de celte situation politique, il fut destiné au ministère des affaires étrangères par le régent ; il devait mettre en action la pensée de l’alliance, il était chargé d’en préparer l’exécution. Ainsi la fortune diplomatique de l’abbé Dubois résultait d’un mouvement naturel dans les négociations, die n’était pas la suite d'une corruption. Le ministre fit les affaires du régent avec fidélité ; en politique, il faut donner une large part à la force des choses? Le texte du traité conclu avec l'Anglelerre et la Hollande fut tout relatif aux intérêts personnels de la maison d’Orléans ; on cédait aux
prétentions de la Grande-Bretagne, pour s’assurer la succession à la couronne de France; on y convenait des points réclamés impérativement par l’Angleterre : la démolition de Dunkerque et de Mardick, l’expulsion du prétendant Jacques III elle traité de barrières avec la Hollande. Les conventions secrètes fixaient un contingent d’hommes et de navires au cas où le régent serait menacé dans sou pouvoir. La situation relativement faible du régent était obligée d’emprunter des forces aux dépens de la France, de ses intérêts et de sa dignité. Presque toujours un pouvoir nouveau place un pays dans une mauvaise altitude diplomatique , parce qu’il lui impose sa faiblesse d'origine et les infirmités de sa propre nature î