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CHAPITRE XÏV

DÉVELOPPEMENT DE L’iNFLUENCE ANGLAISE. — TRAITÉ DE LA QUADRUPLE ALLIANCE.

Ambassade de l'abbé Dubois i Londres. — Négociation avec M Crags. — Discussion au parlement. — Hases d'un ira. lé avec l’Empire. — Intervention de la Hollande. — Retour de l’abbé Dubois. — Discussion en conseil de ré* pence. — Adoption du traité. — l.'abbé Dubois secrétaire d'Etat des affaire» étrangères.

Les armements si nombreux de l'Espagne contre l'Italie , l’invasion de la Sardaigne et de la Sicile en pleine paix, devaient naturellement exciter la plus vive sollicitude chez les puissances signataires de la triple alliance ; l'état de paix était violemment brisé par l’Espagne ; on voulait maintenir les positions respectives, une sorte de trêve entre les belligérants, et voilà que tout à coup on avait appris que l’une des grandes puissances de l'Europe s’était jetée sur un pays protégé en quelque sorte par la loi sacrée de la neutralité . Dès que le régent connut les préparatifs belliqueux de l’Angleterre, l'équipement des flottes de l’amiral Byng, il jugea indispensable d’envoyer à Londres un homme de sa confiance et de son intimité, et l’abbé Dubois se trouvait naturellement désigné , afin de donner une plus haute extension au traité de la triple alliance (1).

Après le retour de sa difficile négociation à La Haye et dans le Hanovre , l’abbé Dubois avait pris sa place politique dans le conseil des affaires étrangères; les idées d’alliance anglaise, hostiles à l'Espagne , qu’il y apportait , ne pouvaient plaire à

(1) Affaires étrangères, ann. 1717.

(8) Cette renonciation avait été rédigée dans des termes imparfaits; voici ce qu’écrit l'abbé Dubois : « La confiance de M*r le duc d'Orléans en Sa Majesté Britannique est telle, que si la renonciation de l'empereur demeurait dans l'étal où elle est. Il eeroit décrédilé entièrement, brouillé à feu et à sang avec les princes du sang, et tout ce qui a été fait seroil ruiné sans ressource. Pour moi, qui serois réputé railleur de celte tolérance, je serois regardé non pas seulement

■ la majorité de ce conseil composé de diplomates nourris à la belle et noble école de Louis XIV. Une vieille rivalité séparait Dubois du maréchal dTxelles, le négociateur des traités sous le dernier règne. Quand il s’agit de désigner une ambassade pour Londres , le conseil de régence et le comité des affaires étrangères auraient désiré que le maréchal d’Uxclles en fût spécialement chargé; le régent imposa le choix de l’abbé Dubois, sur le motif parfaitement fondé que toutes les négociations de La Haye et du Hanovre avaient été conduites par le même ambassadeur , et qu’il connaissait bien le terrain sur lequel on allait agir à Londres. Le caractère personnel de l'abbé Dubois n’inspirait pas une extrême confiance, mais le régent persista, parce qu’il était srtr de rester ainsi le maître de la négociation anglaise.

L’abbé Dubois reçut du régent des instructions très-nettes : le traité de la triple alliance avait besoin, comme complément, de l’adhésion de l’Empire ; il fallait maintenir l’état de paix; on proposait donc à l'empereur de reconnaître complètement ses droits sur l'Italie dans les limites et les conditions du traité d'Utrecht; l'empereur , de son côté , devait ratifier tous les actes relatifs à la succession d'Espagne ; une fois cette clause obtenue (2) , on devait la communiquer dans les mêmes termes à la cour d’Espagne, et, par ce moyen, on espérait arrêter la guerre générale , qui menaçait encore d'agiter le continent. Le régent recommanda surtout à Dubois de ménager les idées et les intérêts de Georges 1er et de Stanhope. Des notes lui furent remises; elles indiquaient toutes les personnes qui pouvaient exercer une influence sur l’esprit du roi d’Angleterre ; on n’oublia pas la duchesse de Kendal, la maîtresse du roi ; des modes de Paris lui furent destinées, et les brillantes coiffures, et les belles robes à l’Andrienne, et les précieuses essences, des mouches noires ou d’or , et de la poudre de senteur si délicatement embaumée de rose , de jasmin et citrons d’Italie ; l’abbé Dubois apporta plusieurs lettres de crédit illimitées pour agir auprès des membres influents du ministère et du parlement anglais (S).

Le négociateur personnel du régent se trouvait à Londres à l’ouverture de la session parlemen-

comme un imprudent et un imbécile . mais comme un traître; et si cette renonciation étoit connue, il ne serait pas au pouvoir de Son Altesse Royale de me laisser en place quatre jours; 18 septembre, anu. 1717.

L’abbé Dcaois. »

I! ajoutait dans une autre dépêche : « l/empereur a témoigné en toute occasion qu’il éloilde l'intérét de tous les alliés de fortifier en France M»r le due d'Orléans. »

(3) Affaires étrangères, ann. 1717.

taire ; les whigs venaient d’obtenir une solennelle victoire pour leur majorité ; le parlement triennal avait été déclaré septennal ; car, chose curieuse, les whigs , pour se maintenir , avaient besoin de briser la constitution. Un parti d’opposition trèsviolent s’agitait contre le cabinet et le poussait hautement à la guerre ; on n'aimait point ces ménagements concertés avec la France pour conserver l'état de paix. II existait au sein du parlement et de la nation un parti puissant et antifrançais qui considérait la triple alliance comme une concession malheureuse à la politique de la France ; les attaques commencèrent très-vives dans la chambre des communes ; l’opposition était conduite par le premier des l’itt, le père de ce lord Chatam, illustre famille parlementaire pendant trois générations (1). L’abbé Dubois sc mit immédiatement en rapport avec les secrétaires d'Étal Crags, Walpole et les membres influents des communes. Comme l'argent ne manquait pas , et qu’on vivait à une époque corrompue, l’abbé Dubois exerça une certaine influence à Londres ; il y étalait un beau luxe ; on le voyait aux courses , aux paris , dans les clubs les plus élégants ; avancé déjà dans la vie, il se donnait néanmoins partout en spectacle : il avait une bonne tenue d’homme politique. I/abbé Dubois parlait l'anglais correctement; il vivait dans le meilleur monde, et il pouvait se vanter même de quelques succès de femme à la cour ; sa correspondance intime avec le duc d’Orléans révèle avec exactitude sa situation à Londres , et les incroyables efforts d’activité qu’il déployait pour conduire sa négociation à une heureuse fln (2).

Cette négociation était jusqu’alors posée dans de bons termes ; il fallait attirer l’empereur au traité delà triple alliance, et l’entraîner ainsi dans de communs intérêts. Ce premier point n’était pas difficile sans doute; la proclamation de la neutralité italique par les quatre puissances entrait parfaitement dans les idées de l'Autriche; mais le point sur lequel on pourrait échouer auprès de l'empereur, c’était la cession pure et simple de la couronne d’Espagne à la maison de Bourbon comme échange de la souveraineté de l’Italie. Jamais les descendants de Charlcs-Quint n’avaient voulu admettre le principe posé par le traité d’L'trecht ; et c’est ce qui ex-

(1) Déjà l’opposioo grandissait en Angleterre contre l’alliance avec la France; je trouve une dépêche intime de l’amhai'ade de Fraucc à Londres, historiquement fort curieuse : « L'ambassadeur prévint le régent qu'un membre de la chamlirc des communes, appelé Pill,cl beau-père de lord Siarjhope,3gissoit contre la quadruple alliance; M. Piltétoit possesseur d’un diamant du poids de six cents graius; il ht presser le duc d'Orléans de l’acheter. Le régeut et l’abbé Dubois, alarmés d’un soulèvement qui pouvoil saper la hase

plique comment les whigs d’Angleterre, liés intimement avec le parti hanovrien et allemand, avaient si constamment déclamé contre le traité d’Utrecht. Les conférences de Londres présentaient donc plus d’une difficulté : la maison d’Autriche était représentée à Londres par le baron Penterrieder, porteur de pouvoirs Irès-limilés ; mais les véritables négociateurs étaient les Étals-généraux de Hollande, qui, s'étant portés comme médiateurs, exigeaient, pour conserver leur neutralité politique, que l’empereur se plaçât dans une situation de paix ; leur motif était simple : ils disaient que plus l’alliance compterait de puissances adhérentes, plus l’Espagne serait arrêtée dans ses projets de conquête et sa marche en avant. Tel était aussi l'argument répété par le négociateur français à Londres (3).

L’abbé Dubois déployait une habileté remarquable pour arriver au but que se proposait le régent; non-seulement il s'était mis en rapport avec Georges lfr et son cabinet, mais encore avec tous les whigs importants; son salon spirituel, et toujours plein de la plus riche compagnie, était égayé par le poète Destouches, que Faillie Dubois avait amené à Londres comme secrétaire d’ambassade. Destouches, qui amusait la société intime du Palais-Royal par le Curieux impertinent, la faisait pleurer avec Y Ingrat, en même temps qu’il représentait Y Irrésolu, scène d'imitation peut-être du caractère du régent (4) ; il y avait profusioq de modes françaises. Le négociateur poursuivait son œuvre , de concert avec M. Crags, secrétaire d’Élat ; le temps était bien choisi, car Naples était envahie après la Sicile ; la neutralité de l'Italie n’etait plus respectée par le cabinet de Madrid ; on pressa la conclusion du traité ; il fut rédigé provisoirement par les ministres d’Angleterre, de France et de l'empereur; l’envoyé des Élals-généraux ne voulut point adhérer immédiatement aux conditions coercitives que ce traité stipulait pour amener l’Espagne au conclusum de la France, de l’Angleterre et de l’Empire. La Hollande, je Fai déjà dit, craignait de se jeter dans de nouvelles guerres ; ses rapports commerciaux avec l’Espagne étaient nombreux, lucratifs; devait-on les briser tout à rdtip sans précautions?

Le traité de la quadruple alliance était moins une convention spéciale aux parties contractantes

de leur politique, payèrent 3 million* ce diamant, qui depuis lors a porté le nom du régeut. n (Affaires étrangères , année 1717.)

(2) Affaires étrangères, aon. 1717.

(3) Dépêches de l'abbé Dubois {décembre 1717'.

(4) Philippe Néricaull Desloucbes était néàToursen1G80; il fut sérieusement attaché au corps diplomatique depuis 17 18; tout dévoué à Dubois, Il suivit Ira grandes négociations de 1716 à 1723.

cànricor..

qu’un Imité qu'on imposait militairement à Philippe V ; on l’obligeait à rendre la Sardaigne aux mains de l'empereur, qui , de son côté , renonçait à tous ses titres sur la monarchie espagnole. Le roi d’Espagne reconnaissait n’avoir aucun droit sur les provinces d’Italie et les Pays-Bas ; les grands-duchés de Toscane, de Parme , de Plaisance étaient considérés comme fiefs de l’Empire, et attribués comme succession éventuelle à don Carlos, infant d’Espagne, l’un des fils de Philippe V. Les trois puissances, en attendant cette éventualité , mettaient six mille Suisses en garnison à Livourne, déclaré port franc, à Porto-Eerrajo , à Parme et à Plaisance- Le duc de Savoie cédait la Sicile à l’empereur , contrairement aux dispositions du traité d’Utrechl, et en échange on lui donnait la Sardaigne avec réversibilité à la maison d’Espagne à défaut d’enfants mâles; les droits de la Savoie à la succession espagnole étaient confirmés, à la condition expresse pourtant qu'en aucun cas les domaines d’Italie ne pourraient être réunis. La partie importante du traité se rattachait aux mesures coercitives pour le cas où ce traité ne serait point accepté par la Savoie et l’Espagne; le délai était fixé à trois mois , et dans l’hypothèse où il ne serait pas exécuté dans ce délai par l’Espagne et la Savoie, les hautes parties contractantes fixaient des contingents maritimes et militaires pour forcer les cabinets de Madrid et de Turin à accepter immédiatement les articles de cette convention diplomatique (1).

En examinant de près le traité de la quadruple alliance, il bouleversait tous les anciens rapports de la grande école diplomatique de France ; le cabinet de Versailles s’alliait avec ses anciens et implacables ennemis, la maison d’Autriche et l’Angleterre; à quelle puissance allait-il déclarer la guerre et faisait-il îles conditions dures et impératives? à ce Philippe V d’Espagne, que Louis XIV avait élevé par tant de sacrifices ! L’abbé Dubois , le négociateur intime de ce traité, écrivit de Londres pour qu’on lui expédiât des pleins pouvoirs; le régent témoigna toute sa reconnaissance à son ageut de confiance : c’était en effet pour le régent que le traite était spécialement avantageux ; il lui assurait ses droits , et lui reconnaissait les éventualités de la succession à la couronne de France. On pouvait considérer la quadruple alliance comme une véritable convention de famille dans l’intérêt de la branche d’Orléans; l’abbé Dubois en fut le principal négociateur, et toute la reconnaissance vint à lui; il avait déployé à Londres une active capacité ; on devait lui en tenir compte dans l’organisation de la régence.

(I) Affaire» étrangères, ann. 1718.

Mais il n’en fut pas de même parmi les hommes de la haute et grande école diplomatique du règne de Louis XIV. D’après l’acte du parlement constitutif de la régence, le duc d’Orléans, régent de France, qui restait tout à fait libre dans le choix des personnes , était soumis pour les actes de son gouvernement à l'examen et à l'approbation du conseil de régence. La quadruple alliance était un événement trop grave pour que l’original du traite ne fût point soumis à cette sanction légale ; deux copies avaient été faites de ce traité : l'une contenait les clauses secrètes, spéciales aux intérêts du duc d’Orléans, l'autre publique, et qui ne résumait en quelque sorte que les articles avoués qu’on devait communiquer à l’Espagne avec injonction d’y accéder. Les articles secrets ne furent point soumis au conseil ; les conditions publiques seules furent présentées par le régent avec une grande fermeté , et ce prince semblait montrer l’importance que la maisou d’Orléans mettait à la ratification immédiate du traité. Le conseil de régence se composait de deux nuances fort distinctes : 1° les vieux partisans du système de Louis XIV : tels étaient les maréchaux dTJxelles, Yillars, Villeroy , et M. de Torcy sous la direction du duc du Maine; 2® les amis du régent, les hommes dévoués à son système politique à l’extérieur et à l’intérieur. Le régent aborda la discussion du traité avec une habileté. remarquable, comme il savait le faire pour toutes les graves questions : le traité de Londres , selon lui , n était que le complément, l’exécution en quelque sorte du traité d’Utrecht et de la convention de Rastadl; l’Espagne et l'empereur étaient près d’en venir aux armes , il fallait arrêter ce conflit armé en prescrivant les bases d’une convention mutuelle : « l’empereur accédoit à la clause de la renonciation en faveur du roi d’Espagne, pourquoi Philippe V n’accéderoil-il pas également à des articles qui assurent la |»aix européenne? » J.e duc de Yillars attaqua hautement ce traité ; Yillars était le signataire de la convention de Rastadl entre la France et l’empereur ; il ne pouvait comprendre qu’on bouleversât par un traité sans motif toute l’économie diplomatique du grand système de Louis XIV. Les ennemis implacables de la maison de Bourbon avaient toujours été l’Angleterre et l’Autriche; loin de s’effrayer des agrandissements de l’Espagne en Italie, ces conquêtes étaient une nouvelle barrière et une garantie de plus (2). I* marquis de Torcy fut bien plus modéré que Yillars; il n’approuva pas le traité, mais il soutint la nécessité du statu qun , le maintien de la paix avec toutes les puissances; telle fut également l’opinion du maréchal d’Estrées,vivcraeut combattue

|Sj Procès -ver bal. (Affaires étrangères, anu. 1718.)

aOOgle

par d’Argenson , qui développa avec fermeté les intérêts de la maison d’Orléans. Villars répliqua que le régent désirait sans doute la vie du roi comme tous ses sujets, mais il pouvait prévoir nu delà ; or, le meilleur moyen de détourner l'Espagne de l’idée de succession en France n*était-il pas de lui donner pleine satisfaction sur l’Italie? Le duc de Noailles vola pour le traité, moins par un sentiment de sympathie politique que parce qu’il maintenait la paix. » Mais alors, répliqua vivement le maréchal d’Cxelles, comment expliquez-vous l’article qui contraint l’Espagne , même par la force des armes, à accéder pleinement au traité? n’est-ce pas une déclaration de guerre (1)? »

Une des circonstances les plus curieuses de cette discussion diplomatique , c'est que le duc de Saint- Simon , si dévoué au régent , fut un des membres du conseil le plus opposé à la quadruple alliance. Le duc de Saint-Simon appartenait à l’ancienne école diplomatique; il avait haine, comme tous les gentilshommes, contre l’Angleterre et l’Autriche; ce fut en vain qu’il voulut convaincre le régent; le parti était pris d’une alliance avec l’Angleterre. Comme d’Argenson exposait que la clause impérative à l’égard de l’Espagne resterait secrète, le maréchal de Villeroy lui répondit avec aigreur que tôt ou tard cette clause serait rendue publique, puisqu’on l’exécuterait à main armée. Le régent se hâta de mettre fin à ces débats, en déclarant que toutes les réflexions avaient été faites avant le traité ; il ne s’était déterminé à cette mesure que dans un intérêt général; il y persistait donc plus que jamais; il demandait en conséquence qu’on allât aux voix. La majorité resta au duc d’Orléans et a ses intérêts. Cinq voix protestèrent contre le traité : ce furent celles de Villars, Villeroy , d’üxelles , Saint-Simon et le duc du Maine ; le marquis de Torcy , qui ne savait jamais heurter la puissance, garda une opinion mitoyenne. On rédigea les pleins pouvoirs destinés à Dubois ; mais quand il s’agit de les présenter au maréchal d’Uxelles, président du conseil diplomatique, afin de les revêtir de sa signature et

du scel d’État, le maréchal s’y refusa, comme s’il s’agissait d’un acte de trahison envers la couronne; le régent l’y amena par la menace d’une immédiate révocation. Les pleins pouvoirs furent expédiés à Londres.

L’abbé Dubois, possesseur de la ratification par la régence, signa le traité le 2 aoiït 1718, et partit immédiatement pour Paris; il fut accueilli avec une grande cordialité par le régent, qui lui devait des services diplomatiques incontestables ; Dubois avait eu tant à sc plaindre durant son ambassade de tous les empêchements qu’avait mis à son système le conseil de régence, et le maréchal d’Uxelles particulièrement , qu’il exposa au duc d’Orléans la nécessité d’en finir avec celle pluralité de conseils qui empêchait l'imité et la force dans les longues et importantes négociations. Il était temps de tout ramener à des secrétaires d’État dévoués au système de la régence, si la guerre éclatait contre l’E$pngne.

L’abbé Dubois avait pris une part trop active à ces négociations pour ne pas être revêtu d’un caractère officiel ; l’alliance anglaise qui prévalait dans le conseil du régent , était son ouvrage, il s’en était fait l’expression en quelque sorte : or, lorsqu’un homme politique s’identifie avec une idée, il doit en devenir la personnification dans le pouvoir. I.'ablié Dubois fut créé secrétaire d’Étal des affaires étrangères, avec mission d’accomplir l'adhésion de l’Empire au traité de la triple alliance; ce choix émané du régent plut singulièrement à Georges I", à lord Slanhope et aux whigs d’Angleterre. La correspondance diplomatique (2) de lord Slanhope félicite l'abbé Dubois sur sou élévation, et témoigne toute la part qu’a prise le ministère anglais à cette promotion, gage de la fidèle et sincère amitié du régent |>our Georges Ier. I/abbé Dubois répond à celte dépêche intime en remerciant Sa Majesté britannique de la bonne opinion qu’elle avait conçue de lui; il presse surtout l’exécution sincère des traités de la part de l’empereur , afin d’arrêter les projets de l’Espagne, qui menacent aussi bien l’Angleterre que la France (5). C’est par la médiation de lord Stan-

(I) Affaires étrangères, ann. 1718.

(8) « Monsieur, le roi reçut hier la nouvelle de votre de*tinalion à la charge de secrétaire d’Étal pour les affaire* étrangères. Il m’a donné ordre de von* en féliciter de sa part, et de vous dire que c’est la meilleure nouvelle qu’il ail reçue depuis longtemps. C’est à présent qu’il compte qu'il u’y aura personne pour interrompre l'amitié et la cordialité de cœur avec lesquelles il souhaite vivre avec M. le régent; c’est à présent que je vois que Son Altesse Royale va triompher de tous se* ennemis. C’est pour le coup que je m'attends à voir cultiver un même intérêt dans les deux royaumes, et que ce ne sera plus qu’un rnéinc ministère. Il leurra y avoir bien du bruit ; mais nous JVcouteroni comme

les vaisseaux qui sont dans un bon port entendent le hmil des vents contre les rochers qui les assurent. Pour ma jute particulière, mon cher abbé, je ne vous en dirai rien, car il est inqiosaihle de vous la décrire comme je la sens. Cases. >• (S) m Si je ne tuivois que les mouvements de ma rccounoiss mee , et que je ne fusse pas retenu par le respect, je prendrois la liberté d’écrire à Sa Majesté britannique pour l i remercier de la place dont M*r le régent m’a gratifié, puisque je ne la dois qu’à l’envie qu’il a eue de n’employer |iersonnc aux affjîrcs communes de la France et de l’Angleterre qui ne fût agréable au roi de la Grande-Bretagne. Ce motif m’est si glorieux, qu’il ne me resto rien à désirer, qui* les moyens de marquer au roi combien je suis louché de I j

hopeque l'Autriche devait renoncer à de vains litres sur la monarchie espagnole et adhérer aux clauses du traité d’Ulrecht : les puissances lui garantissaient alors les domaines allemands dans l'Italie, et en même temps le duc de Savoie lui cédait la Sicile en échange de la Sardaigne, mieux à la portée de la maison de Savoie. Le duc Amédée acceptait le traité de quadruple alliance, et s'engageait à fournir son contingent militaire.

L’Espagne seule restait fermement décidée à poursuivre le recouvrement des provinces détachées de ses anciens domaines ; Naples, la Sicile, le Milanais, tels étaient les points que réclamait Philippe V, et pour lui le cardinal Alhéroni : dès lors le traité de la quadruple alliance se transformait en une véritable ligue militaire entre l’Angleterre, l’Autriche et la France contre Philippe V ! Quel bouleversement dans les idées diplomatiques n'amenait donc pas la maison d’Orléans! la France s’armait contre l'Espagne, Louis XV contre son bon oncle , ce prince, que son aïeul , le grand roi, avait ceint de la couronne de Castille. On devenait à Paris les auxiliaires politiques de l’Autriche et de l’Angleterre ; cela était inouï; mais les nécessités intimes de la situation du régent exigeaient un changement absolu dans les vieilles et fortes idées diplomatiques de Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV !

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