‹ Œuvres de CapefigueChapitre 2 sur 165 · LETTRE SUR UE GOUVERNEMENT DF. LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR UE GOUVERNEMENT DF. LA RÉGENCE

lutte constante contre cct esprit nouveau qui éclate; le grand roi a le pressentiment que la ruine de l’institution monarchique sera la conséquence nécessaire des tendances fatales de la nouvelle génération ; il la contient tant qu'il peut par la puissance de son caractère , par la force de son gouvernement. De là ses répugnances pour les manières libres , les allures vulgaires des jeunes hommes qui marquent ses dernières années; il compassé son système et sa cour ; il veut tout retenir sous sa main quand tout lui échappe ; il poursuit avec vigueur les pensées , les actes , les mœurs de la génération qui lui succède ; il essaye même de la gouverner, par son testament, au delà du tombeau. Efforts impuissants ! la réaction suit son cours : le dixhuitième siècle commence !

Philippe d’Orléans apparaît avec cette nouvelle époque, et ce n’est pas sans motif que le pouvoir vient à lui, car il est, en quelque sorte, la personnification du dix-huitième siècle. Suivez attentivement ce caractère , et voyez s’il ne semble pas tout exprès formé pour la société qui se lève ; depuis son enfance , il a été un peu fanfaron d’impiété ; il a curieusement recherché l’origine de toutes choses ; soumis à la puissance royale de Louis XIV , il n'a jamais été partisan de son système; il s’est lié à l’opposition qui contrariait la marche de son gouvernement. Philippe d’Orléans est un prince brave comme les gentilshommes , spirituel comme la race de Henri IV; il est avide de toute nouveauté, insouciant de toute croyance , abîmé dans toutes les sensualités ; l’époque c’est lui ; il en résume la physionomie.

Cependant, fuand on touche de près la régence, on y voit autre chose que des tableaux licencieux et des scènes d’orgie. La faute a toujours été en histoire de s'arrêter aux superficies sans pénétrer jamais dans la puissance intime des faits ; la régence est une période fertile en événements sérieux qui se rattachent à l'administration intérieure et à la diplomatie européenne. Les deux grands faits qui la dominent sont l’alliance anglaise et le retour du pouvoir, désordonné d’abord, vers l’unité monarchique posée par Louis XIV. L’alliance anglaise était une nouveauté en France depuis la révolution de 1088; toutes les sanglantes guerres s’étaient poursuivies entre les deux nations ; les Sluarls avaient été accueillis par Louis XIV ; le cabinet de Versailles avait protégé leurs droits et soutenu leur cause avec dévouement ; si les malheurs de la guerre et de tristes événements avaient obligé le roi de France à reconnaître Guillaume III et la reine

Anne, Louis XIV ne s’était jamais allié avec l'Angleterre ; trop d’intérêts étaient hostiles. Les négociations du régent avec le cabinet de Londres amènent un traité de mutuelle garantie entre le prince et Georges 1er; la maison d’Orléans se lie au parti whig en Angleterre dans des vues particulières; elle marche ainsi en opposition avec la politique de Louis XIV, à ce point qu’elle entraîne la guerre contre Philippe V.

L'alliance anglaise est le principe fondamental de toute la diplomatie de la régence. A mesure que la situation devient plus régulière, on se rapproche de l’Espagne , on craint d’abdiquer la puissance morale exercée depuis un siècle sur le midi de l’Europe ; une fois le pouvoir d’Albéroui abattu, rien ne s’oppose plus à ce que la vaste pensée de Louis XIV se réalise : on avait relevé les Pyrénées , il fallait une fois encore les abaisser. Le régent s’occupe avec une grande sollicitude des alliances de famille; on avait fait la guerre à Philippe V, et quelques années après, on fortifie les liens de race par une double union; Louis XV est un moment fiancé à une infante, la fille du régent même s'unit au prince des Asturies : on marche ainsi vers le pacte de famille qui devait plus tard s'accomplir.

Dans la politique intérieure le même cercle est parcouru ; les premiers actes de la régence sont une réaction contre la pensée politique de Louis XIV; le vieux et grand roi avait haine des parlements ; la régence s’appuie d’abord sur eux ; les derniers temps de madame de Haintcnon avaient vu la proscription des dissidents et des jansénistes, la régence les appelle dans les conseils; la monarchie de Louis XJV se fondait sur l’unité; le duc d’Orléans suit le plan du duc de Bourgogne, et constitue la pluralité des conseils dans la biérarchie. Quand toutes ces concessions ont établi un système faible, décousu, le régent en examine les ressorts; il voit que rien de fort et de haut n’est possible avec cct anéantissement de l’unité ; il revient sur ses premières mesures ; il rétablit les secrétaires d’Étal ; il marche vers le pouvoir, parce qu’il est nécessaire; les parlements résistent, il les brise et les jette dans l’exil. Leduc d’Orléans est parti de l’idée de concessions et de popularité, il arrive à l'expression la plus centralisée du pouvoir souverain ; il avait commencé par avoir cinquante-deux conseillers d’Élat : à la dernière année de la régence, tout se concentra dans les mains d’un premier ministre cardinal !

II était impossible en effet de gouverner dans des temps difficiles , en face de tous ces conseils qui délibéraient au lieu d’agir; chaque acte de l’autorité

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