‹ Œuvres de CapefigueChapitre 39 sur 165 · DRRNIÈRE ADMINISTRATION DU DUC D’ORLÉANS. — SX MORT · texte numérisé non relu

DRRNIÈRE ADMINISTRATION DU DUC D’ORLÉANS. — SX MORT

Le cardinal Dubois. — Ses négociations diplomatiques et financières. — Mort du cardinal. — Le duc d'Orléans prem<er ministre. — Sa vie avancée. — d’A verne. — La duchesse de l'halaris. — Dissolutions et apoplexie du duc d’Orléans. — Son portrait.

Le cardinal Dubois, confirmé dans le lit royal de justice comme premier ministre du roi, conservait pour la période de la majorité la prérogative et les droits qu'il exerçait sous la régence. Sa vie en était devenue plus laborieuse encore ; il savait la paresse d’esprit du duc d’Orléans, intermédiaire du conseil auprès de Louis XV ; le cardinal devait donc lui préparer le travail , de manière à ce que celui-ci pôl tout voir sans se fatiguer par d’inutiles détails , tâche difficile pour un homme d’État ; c’est le martyre de tous les instants , une sorte de sacrifice que l'on fait de sa liberté et de son existence pour é|>argner le temps à une autre intelligence quelquefois plus limitée. Le cardinal Dubois savait par expérieuce que sa puissance sur le duc d'Orléans résultait précisément de celle activité qui réveillait la paresse du prince et lui faisait tout comprendre sans le lasser. 11 fallait également initier le roi Louis XV dans les principes de gouvernement, et conquérir sa confiance pour se maintenir dans l'administration de l’État sous son règne ; laborieuse mission qui consistait à faire descendre les hautes affaires publiques jusqu’aux jeux d'un enfant qu’il fallait amuser et distraire (3). Le cardinal Dubois

La foudre qui confond le» orgueilleux Titan*,

Dont Philippe aujourd'hui nou* retrace l'histoire ,

Nou* doit graver dan* la mémoire Qu'on ne peut a**e* tôt écraser le* tyran»,

(3} Ordre de travail du cardinal Duboi*. manuscrit des affaires étrangères (1722-1723).

s était consacré à tous ces devoirs avec un véritable dévouement ; on a vu quels étaient l'ordre et l’activité de son travail , et celte journée si remplie qui commençait à cinq heures du matin pour sc clore à minuit.

Il restait peu de grandes questions de politique étrangère depuis l’adhésion de l’Espagne au traité de la quadruple alliance; l’union rétablie entre les cabinets, la France était revenue aux principes naturels d’une confiante intimité avec le cabinet de Madrid. Georges Ier s’était raffermi en Angleterre; le prétendant vivait è Rome sans témoigner un désir actuel de ressaisir la couronne. L’état politique de l’Europe ne permettait pas de hautes entreprises; l’Empereur lui-mème voulait la paix stable, honorable; les intérêts étaient tellement pacifiques, que le congrès réuni à Cambrai se trouvait réduit à la plus complète oisiveté (1) ; l’attention de l’Europe s’en était détournée. Ce congrès n’avançait pas; il paraissait une superfluité dans les combinaisons de la diplomatie. Tout était réglé par des traités : qu’était il nécessaire de revenir encore sur des questions si souvent débattues? le congrès de Cambrai ne pouvait que développer les conventions conclues entre les grands pouvoirs de l’Europe (*); on ne voulait plus faire de concessions !

Dans les questions financières , la tâche était plus difficile, parce qu'il fallait porter un remède immédiat. Law avait laissé la banque et le trésor dans une situation désespérée ; on avait retiré cent millions à peine de la circulation du papier-monnaie; la banque était chargée de plus de sept millards encore de billets ou d'actions ; le rachat pouvait s’en opérer à des taux modiques, mais l’ébranlement général imprimé aux fortunes se faisait sentir tristement sur le crédit public. Les frères Pâris et Samuel Bernard avaient proposé de $e charger de l’acquittement de la dette en la réduisant à *0 pour 100, payables par cinquantièmes chaque année; ils demandaient en échange le produit de deux fermes, tabac, sel, et les revenus de la compagnie des Indes , le seul établissement d’industrie qui obtint des résultats réels et immédiatement applicables. On adopta également un système d'emprunt par tontines ; on put remplacer ses valeurs de banque par des actions de tontine qui s’amortissaient au

(1) Voltaire, qui fiai tait toutes lis puissances, adressait des vers adulateurs nu cardinal Dubois , archevêque de Cambrai, à l'occasion du congrès :

Puissent messieurs du congrès,

Kn buvant dans cet asile,

De l'Europe assurer la paix!

Puissiez-vous aimer notre ville,

Seigneur, et n'y venir jamais!

Je sais que vous pouvez foire des homélies ,

■archer avec un porte-croix ,

profit des survivants. Ces moyens extraordinaires produisirent 70 millions d’argent effectifs qui remplacèrent, au taux abaissé des effets publics, pour (500 millions de billets de banque ou actions : c’était un système d’expédients, une longue suite d’efforts extraordinaires pour lutter contre la dépréciation du papier. Bien ne pouvait rétablir la confiance altérée ; le système de Law avait procédé par des voies gigantesques, et on cherchait à arrêter sa décadence par des demi-mesures, impuissantes pour comprimer le mal.

On voulut aussi relever la moralité du crédit, en favorisant quelques poursuites contre les principaux traitants enrichis par le système; on recourut d’abord à la taxe arbitraire contre les spéculateurs qui avaient profité de l’agio; le parlement seconda ces mesures. Ensuite on poursuivit une instance en règle contre le duc de La Force; les bruits les plus étranges avaient couru contre cet antique duc et pair ; on disait que, durant le système, il avait accaparé pour 1* ou 1(5 cent mille livres de fines épiceries; il s’était fait commerçant pour réaliser le plus possible de ses billets d’escompte. Le duc de La Force se montra très-indigné de ce traitement; il ne voulut paraître au parlement que l’épée au côté. « Non , dirent les conseillers , vous n’èles point ici juge , mais accusé. » Sur celte réponse , évocation du conseil , remontrances du parlement et renvoi de la cause à la grande cour judiciaire. Le duc de La Force y parut sans épée ; il fut vivement admonesté par le parlement . et l’arrêt porta : •« <Ju’il eût à mieux se comporler pour l’avenir, et à conserver son rang , sa dignité et sa naissance. » On confisqua les marchandises au profit des hospices , et des amendes considérables furent infligées aux complices du duc de La Force. Le parlement voulait, par ce moyen, flétrir le système.

Dans sa tâche difficile d’administration et de gouvernement , la vie du cardinal Dubois s’épuisait ; il y avait longtemps que ce serviteur si fidèle de la maison d’Orléans se plaignait de vives douleurs à la vessie , triste infirmité des hommes de travail et de cabinet. Les nuits et les jours, quand on est à la face d’une pensée, en présence de tous les' détails d’un gouvernement, on s’use, on s’abîme. On disait que la jeunesse dissipée de Dubois avait été le premier principe de sa maladie ,

Entonner U mc»M* parfois

Et marmotter des lllaulea;

Donnez, donnez plutôt de» exemple* aux roi*, linlurt i jamais l'esprit * la prudence,

Qu'on publie en tout lieux vo» grandes actions;

Faites-vou» bénir de la France,

Sans donner â Cambrai des bénédictions.

Ainsi parlait Vol (aire au cardinal Dubois t

(2) Dépêches de Dubois, ann. 1723.

je l’ignore; mais la cause de c.tte infirmité déchirante doit être recherchée sans doute dans ce travail incessant, dans le martyre de l’amhition. Cruellement affaibli , le cardinal voulut se donner l'orgueil d’une revue de la maison du roi . à laquelle il présiderait comme Richelieu, à cheval, en robe rouge et flottante, privilège du premier ministre. On vit dans la grande cour de Versailles , è travers les flots de poussière , les brillants uniformes éclater sous les feux du soleil ; Dubois , à cheval sur le front des bandières , et les escadrons caracolant devant lui; le cardinal voulut rester jusqu’à la fin delà revue, quelles que fussent les douleurs poignantes qu’il cpromail (1). Quand le dernier escadron scintilla sous le soleil , Dubois se sentit tellement épuisé qu’on fut obligé de le transporter en litière au palais ; un abcès intérieur avait crevé ; sa vie fut en danger. La Peyronie, le chirurgien du cardinal, fut «l’avis d’une opération immédiate, et Dubois s’y refusait lorsqu'on annonça le duc d'Orléans en personne. De quelque manière qu'on juge le cardinal Dubois , c’était un vieil ami pour la maison d’Orléans ; il avait été le dépositaire des secrets de sa vie. Le cardinal Dubois possédait cette facilité de travail qui , préparant toutes les affaires , répondait ainsi à l’esprit paresseux du duc d’Orléans. Ce fut donc une douleur pour le prince que de voir ce ministre si près de la tombe; il le supplia de subir 1’opéralion qui pouvait le sauver, il le lui ordonna même au nom de ses vieux services. Dubois ne put résister aux vœux de son maître; il se livra aux chirurgiens, à La Peyronie , le plus habile ; mais sa vie était usée, le soir il avait touché la toml>e (2). Tout était dit pour Dubois. On a suppose que le duc d’Orléans sc vit délivré de Dubois comme d’un fardeau qui pesait à son existence ; on a prêté au prince des mots durs; on lui a fait dire, dans une lettre au marquis de Nocé, ce vieux proverbe italien : a Morte la bêle, mort le venin.»* Tout cela n’est pas croyable; le duc d’Orléans n’avait tant élevé Dubois que parce qu’il avait trouvé en lui sa pensée et cette capacité de détails qui facilite un système. Le cardinal était le dépositaire de ses desseins depuis vingt ans; il avait été chargé par le prince de toutes les missions secrètes , il était l’homme «le la maison d'Orléans ;

(1) Gazette de France, 7 août 1723.

(2) Le cardinal Dubois mourut le 10 août 1723. Voici l'épitaphe qui était sur le tombeau du cardinal Dubois dans la chapelle a droite, en entrant, de l'église Saint-Honoré, à Pari» :

D. O. St- nie ad aram majorent , et In commuât canontcorum sepulchreto têtue est (• ulltelmus Dibois.V E.H. cardinal! i, arc ht rpltcoput, et dur cameracentis. saert imperti princept, regts a seeretorlbus constats, mandatés et tegattonlbus, prtmartus regnt admln/ster , pubifeorum curtorum prtrfectus , hujus eccicsur

pouvait-on oublier ses services à La Haye, à Berlin et à Londres? N'était-ce pas le cardinal Dubois qui avait conduit à un heureux résultat les négociations sur l’Espagne? Veut-on dire que le duc d’Orléans éprouva quelque satisfaction de se voir délivré d’un complice importun pour quelques démarches intimes et coupables aux temps d'irréflexion et de jeunesse? mais le prince ne put descendre assez bas pour se rire de la mort d’un homme qui l'avait si fidèlement servi. Le cardinal Dubois n’était pas un esprit vulgaire ; ambassadeur, secrétaire «l’Etat , premier ministre, il avait déployé une remarquable rapacité, un instinct délié; il savait parfaitement saisir le point difficile des questions et entraîner une décision immédiate ; il avait un admirable caractère pour se décider dans une résolution difficile; le régent était toujours incertain , hésitant devant une mesure un peu forte; Dubois savait s’emparer de lui et le pousser vers sa volonté. C'est ainsi «pie, dans la conjuration «le Crllamare , le secrétaire «l’Étal Dubois décida le régent au coup d’Étal qui surprit le vieux parti de Louis XIV. Il est «les circonstances où les hommes à déterminations résolues rendent d’immenses services ; ils dominent les caractères faibles et les positions indécises. En vertu de celte puissance, le cardinal Dubois parvint à calmer les disputes de l’Eglise et à finir la querelle sur la bulle Unigenitus; esprit de gouvernement et d’unité, Dubois ramena la pensée monarchique dans les conditions de la couronne; il substitua sa personnalité aux conseils multipliés qui embarrassaient l'action de la régence. Celle régence était partie de la pluralité la plus absolue des conseils, et elle était successivement arrivée à l’unité la plus centralisée, à l’autorité d’un premier ministre, «*ardinal de la sainte Église ; c’est «lire assez la tendance du pouvoir dans la période de la régence (3).

Après la mort du cardinal Dubois, le duc d'Orléans fut lui-même déclaré premier ministre; il ne vit personne d’assez dévoué pour suivre sa pensée, qu’il avait hardiment confiée au <*ardinnl dans l’administration publique; il se substitua au ministre de sa confiance; le prince ne pouvait en trouver d’autres auxquels il dût s’abandonner; toutes les affaires diplomatiques avec l’Angleterre, la Hol-

canontcus honora rfut ; quld autrm M tiiult, nlsi areu s colorai us, et vapor ad modtcum parent !

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