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élève ce qui est à terre : le chaos dans les conditions sociales prépare l’esprit des révolutions.
Il y a une cause encore plus active du bouleversement politique. L’école anglaise fait des progrès en France; on commence à raisonner sur le balancement des trois pouvoirs , sur les droits de la souveraineté du peuple ; l’esprit républicain de la Hollande et de Genève pénèlrç. dans les habitudes de la société: on disserte sur les gouvernements, on n’obéit plus sans examen. La royauté cesse d’ètre une religion ; on veut en voir la cause , en pénétrer l’origine; on en limite les prérogatives. En même temps l'esprit de la philosophie moqueuse s’empare de la société ; on s’endort dans l'épicurisme sensuel, le déisme et le doute ; on ne croit plus à rien ; la religion est attaquée dans scs dogmes et dans sa hiérarchie ; il n’est pas de petit poète , de prosateur philosophe qui ne censure le christianisme ; les croyances et la foi importunent ; on raisonne tout. La tète de l'homme devient un foyer d’incessantes investigations pour arriver à la matière et constater le néant.
L’administration à l’époque de la régence est Ira vaiUcuse; elle élève, elle détruit, cherchant partout à poser un système qui ait un point d'appui ; sa pensée dominante est le maintien de la paix et la restauration dc$ finances. La paix amène l'abaissement de l’état militaire, la réforme dans l'armée et dans la marine. La marine surtout souffrit des rapports du régent avec l’Angleterre; cette puissance , qui avait tant redouté la vigoureuse lutte avec Louis XIV, imposa au régent la dure condition de maintenir scs escadres dans une infériorité relative; la même main qui signait le traité de démolition pour le cardinal de Mardick , scellait une convention secrète qui ne permettait pas d'élever la marine de France au delà de seize vaisseaux de ligne et de dix frégates , concession faite à l'alliance anglaise. L’armée de terre fut également réformée. Quant aux finances de la régence , elles eurent leur période de prospérité et de décroissement, elles grandirent et s’effacèrent avec le système de Law.
La littérature s’empreint d'un caractère à part: tandis que la politique et la philosophie vivent d’emprunts faits aux écoles de Hollande , d’Angleterre et de Genève, la poésie légère, les petites œuvres d'esprit et de goût prennent en France un essor actif; la société , contrainte de s'assouplir sous la vieillesse de Louis XIV, débordait eu livres libertins et impies qui corrompaient à plaisir les générations. Les premières poésies d’Arouet de Voltaire donnent l'impulsion à ce mouvement littéraire; rien de plus gracieux et de plus frais que ce sensualisme qui semble éclos sous les beaux ombrages des brillants châteaux de noblesse. L’esprit mordant s’empare aussi de celle génération
de la régence; jamais il n'y eut plus de couplets et de satires au théâtre de la foire , aux Italiens , dans les recueils contemporains ; on ne respecte rien, ni le pouvoir public ni la réputation privée : c!est un temps de pamphlets ; les livres graves deviennent eux-mêmes des diatribes par leurs applications à la société. OEdipc se transforme en pamphlet, la Uenriade devient une œuvre politique, tandis que Turcaret et les romans de Le Sage flétrissent les financiers et les spéculations des traitants : il n'est pas jusqu’aux Lettres persanes de Montesquieu qui ne soient un livre tout d’applications moqueuses.
Les arts se façonnent sur un type commun de grâce et de nationalité , qui les rend aussi précieux que la poésie légère; rien de délicat comme ces tableaux de Vanloo, de Boucher et de Watteau luimême, peinture vermillonnéc qui éclate partout de ses couleurs suaves sur les miniatures et les éventails. Et ces statuettes si fines, et celle architecture si mobile et si variée comme le caractère national ! Ces caprices de la mode donnaient une haute impulsion au commerce ; il fallait servir incessamment les goûts d’une société qui dissipait son avoir avec une insouciante prodigalité. On ne comprenait pas les choses sérieuses, et cependant les sciences faisaient des progrès; l’astronomie, la chimie, le droit même, brillaient sous Cochiu et d'Aguesseau. La régence fut aussi une époque de colonisation ; des villes furent fondées, des populations entières reconnurent l’autorité du roi, comme au Canada. L’administration fut active, tout occupée des travaux publics; c’est à elle que l’on doit les premières routes plantées de grands arbres sur les chaussées , qui furent suivies avec un soin si parfait sous le règne de Louis XV; elles restent encore comme un témoignage vivant de la sollicitude du vieux régime.
En jugeant un peu de haut la régence, on peut dire qu’elle partit d’une idée de réaction contre le système de Louis XIV, et par conséquent elle se résuma d’abord en une décentralisation du pouvoir pour grandir les formes parlementaires : elle en revint ensuite à son point de départ ; elle reprit les idées monarchiques et absolues du précédent règne , parce que cette direction était inhérente au gouvernement de la France. Dans la politique étrangère la régence parcourut le même cercle d’idées; elle abdiqua d’abord les tradilionsde Louis XIV, elle secoua l'alliance de famille avec l’Espagne, puis elle y revint tout naturellement ; le régent comprit la nécessité d’un pouvoir fort et d'une alliance méridionale , comme ta base fondamentale de la monarchie des Bourbons ! flft'
llclas! à quoi servaient tant d'efforts! la société
échappait au pouvoir; les idées d’indépendance étaient partout; les mauvaises mœurs que favorisait le régent , l’esprit d’irréligion et de doute s’emparaient des masses; ou cherchait en vain à soutenir l’édifice quand la base en était corrompue. Toute l'époque de Louis XV, et j’ai hâte de la toucher, n’est qu’une lutte entre le pouvoir qui se proclame fort , et lu société qui ne croit plus à cette force; la royauté
abdique son prestige ! elle s'abîme elle-même à plaisir dans la corruption générale. L'administration marche encore, parce qu’un système suit longtemps sa vieille impulsion , mais la société n’est plus dans les conditions de cette autorité; on détruit sa croyance, on souille la chasteté de ses mœurs, et quand l'abline est bien creusé , la royauté s'écroule ; cela devait être !