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LETTRE SLR LA PÉRIODE CAPÉTIENNE

tirs; j'aime la pauvre vie de sainte Geneviève de pensée d'unité et de gouvernement, on les voit

Brabant, la biche et le sénéchal plein de félonie ; encore dans le catholicisme : ceci n'est pas un sys-

les quatre fils d'Aymon sur Bayard qui galope dans tème , mais le résultat des faits naïvement groupés ;

la plaine ; j aime Noël avec la crèche des bergers ; on n'a pas besoin d'emprunter des théories aux

Pâques fleuries avec ses rameaux ; la Fête-Dieu où écoles italiennes ou aux écoles allemandes. Ce ré-

de longues processions de métiers et de peuple sullat naît de l’étude des monuments ; il n’est utile

serpentaient dans les vieilles rues des cités pour que de s’inspirer aux cartulaires des abbayes , à la

célébrer quelques anniversaires municipaux ; j’aime vie des saints qui brillent dans les Bullandistes , aux

les mitres d’or des évéqucs, la chape des chantres, immenses et magnifiques travaux de Mabillun , de

la dalmatique pourprée , les surplis de fin lin , les Malienne , de d’Achery , de Baluze, de Baronius ,

bannières ondoyantes des confréries, la prière des de Pagi, de Muralori et de Bongars, hommes si

morts , les hymnes joyeuses et la voix des sera- éminents du seizième au dix-huitième siècle. Fouit-

phiques enfants de chœur qu'accompagne l’orgue lez , fouillez aussi les Mémoires de la vieille Aca-

de la cathédrale ; j'aime les festins féodaux , le paon démie des inscriptions, les recueils de l’abbé de

qui déploie ses ailes , la coupe du Sainl-Gréal qui Camps, de Fontanieu , et la collection des Chartres

passe à la ronde, tandis qu'un trouvère fait résonner de Bréquigny ; et malheur à ceux qui dédaignent

les souvenirs de gloire, les vieux gestes de Roland les faits, les documents réels en histoire, pour des

et d’Olivier qui moururent à Ronccvaux,et les tral- ouvrages de fantaisie ! ces ouvrages passent tous

Irises de Ganelon de Mayence; j’aime l’épopée les vingt ans avec la mode, et vieillissent avec elle,

bizarre et violente ; le seigneur féodal qui se pré- Il fut un temps où l'on se passionna pour l’in-

cipile de sa tour noircie, comme les sires de Mont- fluence des climats , puis vint l’influence des insti-

morency et de Puiset : les voyez-vous, la lance tulions , puis celle du tiers étal, puis celle des

baissée? leurs chevaux envahissent le monastère, fleuves, des rivières, des montagnes, puis sont

leurs hommes d’armes brisent le cellier, et l’on en- venus le symbolisme ou les formules du droit uni-

lend le jappement des chiens dans l'abbaye. versel , la science naturelle , rêveries enfantines qui

Douces et poétiques émotions, quami on touche vivent un jour , jusqu'à ce qu'il arrive encore des

l’époque du moyen âge! C’est ainsi qu’il faut cher- écoles qui s'abîment dans l’incessante mobilité des cher à reconstituer ce temps, à restaurer ce vieil nuées bleues, roses et blanches, édifice avec le bonheur d’un artiste qui sauve une A toutes ces gloires fabuleuses j’ai préféré vivre antique cathédrale de la destruction. Je n'ai pas la en légendaire, en chroniqueur de Saint-Berlin ou

prétention d’un vaste esprit de système; je me de Saint-Denis en France, au milieu des barons

garde de la mission de régénérer l'humanité par avec leurs grandes épées , leurs cottes de mailles

quelques pauvres livres qui passent comme nous et leurs armures de fcc ; j’ai préféré l'étude des

tous; je n’ai pas des théories imitées de Vico, ou règles *de Sainl-Benolt, modèle de gouvernement

des préoccupations sur les races de vainqueurs et et de liberté ; j’ai vu autour de moi les moines de

de vaincus, distinctions puisées dans la politique Cluny, de Liteaux , de Clairvaux s'agiter comme des du temps présent , afin d’en obtenir récompense ombres , avec leurs longues œuvres de patience et par les réalités de la vie. Je suis un pauvre chroni- de travail , fertilisant la campagne , cultivant les queur qui raconte ce que m’ont dit quelques saints ronces, ou se posant, comme saint Bruno dans la moines et les chevaliers contemporains dans leurs Chartreuse, au milieu des vallées désertes et des Chartres scellées. En pénétrant dans le moyen âge , rochers stériles. La vie des chroniques me plaît , je n’ai en qu'une pensée , le catholicisme , parce l’aspect d’une cathédrale antique a toujours produit qu’on le trouve comme explication souveraine de sur moi une sensation profonde ; car des génératoute l’épopée des dixième et onzième siècles: est-ce lions ont passé, laissant d 'éternelles empreintes sur que tout ne se résume pas dans la rivalité des ces dalles.

barous et des clercs , ce combat de la force morale Qu’ils se réveillent donc de leurs tombes, les contre la force matérielle, mythe puissant et inccs- vieux moines de£ainl-I)enis en France, avec leur sammenl renouvelé , qui représente la lutte de l'in- abbé en tète, la crosse dans sa main gantée ; qu’ils telligcncc et delà matière, de la brutalité et de m’ouvrent leurs grandes chroniques, afin que je l’esprit? Faut-il le dire? au moyen âge , quand on fouille les faits et gestes de llugues Capet et de sa cherche la liberté et le peuple, on les trouve dans lignée, la vie du bon roi Robert avec sa chape le catholicisme ; veut-on recueillir la première pendante dans le chœur des chanoines de Tours ;

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