‹ Œuvres de CapefigueChapitre 46 sur 165 · LETTRE SLR LA PÉRIODE CAPÉTIENNE · texte numérisé non relu

LETTRE SLR LA PÉRIODE CAPÉTIENNE

les annales de Henri Ier et de Philips I**, 'princes tout sensuels et de batailles. 11 faut dire et raconter les conquêtes des Normands en Sicile et en Angleterre ; les pèlerinages aux saints lieux ; au milieu de cette confusion , l’unité catholique qui se consacre et se personnifie dans Grégoire VII, et la milice sainte qui arbore l'étendard du Christ pour marcher à la croisade.

Le commencement de la troisième race se traîne péniblement à travers l’époque féodale; Hugues Capet a pris la couronne comme un chef hautain. Il y a des causes qu’il faut retrouver dans les passages d’une race à une autre. La transition de l’époque carlovingienne à l’avénement de Hugues Capet est une des périodes les plus curieuses et les plus inconnues de l'histoire de France. Je l’ai cherchée, je l’ai fouillée dans les monuments, et, dans un récent voyage, j’ai suivi les traces de ces débris lombards et gothiques qui peuplent le nord de l’Italie. L’histoire de l’art se mêle à la marche des générations. Mc voici à Vérone, la ville aux aque-# ducs et aux cirques romains ; je vois debout devant moi une des merveilles religieuses de la décadence carlovingienne, car j’écris ces lignes en face de l’église deSaint-Zénon ! Puissant empereur Charles, de race germanique, dis-nous comment sont tombés

tes fils? comment les enfants de la chaste Berthc ont-ils été domptés par une race nouvelle? J’aperçois sur le portique noir les deux pairs, Roland et Olivier, à la tète fière , sculptés sur les pilastres gothiques! je foule sous mes pas le tombeau de Pépin , roi d’Italie : quel est ce cortège de griffons, de lions, d’oiseaux aux yeux fixes qui entourent le voyageur étonné? Roland , l’un des pairs, porte sa Durandal haute comme à Roncevaux ; à ses côtés sont Bertrade, la mère du grand Empereur, et Ermengarde , la fille de Didier qui régna sur la haute Italie. La race de Charlemagne a disparu au dixième siècle , une autre famille gouverne les Francs; j’ai vu les vieilles coutumes se réveiller, hélas! pour la dernière fois peut-être, à la Monza, et la -couronne de fer sur le front d’un empereur d’Allemagne! Ainsi, dans la marche des siècles, tout meurt avec le temps ! Sur les sceptres brisés s’élèvent de nouvelles couronnes ; et il reste à peine debout quelques monuments comme toi, vieille et belle cathédrale de Saint-Zenon ! tu survis à travers les âges, pour perpétuer le souvenir des générations qui sommeillent, jusqu'au jugement dernier, dans la poussière des tombeaux !

Vérone, septembre 1838.

HUGUES CÀPET

Page 1