‹ Œuvres de CapefigueChapitre 48 sur 165 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES R vers d'hommes.

1" Races sédentaires. — Le» Francs. — Le» Neuslriens. — Les Bourguignon*. — Le» Bretons. — Les Aquitains. — Le» Gascons.— Races envahissantes . — Les Normands. — Le» Sarrasins. — Le» Hongres.

DIXIEME SIÈCLE

Sur ce territoire, d’un aspect si inculte, les races d’hommes étaient marquées de caractères distincts; il n’y avait nulle trace d’une commune origine parmi ces peuples qui se partageaient les lambeaux de l’empire romain ; lorsque les grandes invasions du troisième et du quatrième siècle eurent arraché les Gaules à la domination des empereurs , les peuples conquérants s’en partagèrent les dépouilles. L’histoire de la premère race n’est que la lutte des familles franques, bourguignonnes et visigothes qui avaient chacune leur roi. leur code, leurs mœurs et leurs habitudes particulières; le vaste empire de Charlemagne les réunit un moment sous une même loi, mais le caractère des populations ne se modifia pas ; les diverses familles des peuples restèrent avec leur trait fortement empreint (1).

(1) Frédégaire et Grégoire de Tour* sont le# annaliste» de» guerres civiles entre les envahisseur». Ces époques ont été livrées à l’esprit de système; quand je les toucherai, j*espère y apporter, à l’aide des Bollandisles et de Nabillon ( Jeta sanctorum ), un peu plus de clarté cl de couleur». ».

(3) Chroniq. de Frodoard, ad ann. 950-970, et y\la Suchardi. Le tome x de» Historiens de France est tout entier consacré au recueil des actes cl des pièces qui peuvent capcfiguk, * . *■

DIXIÈME SIÈCLE

La race franque s’était établie par la conquête dans le territoire qui s’étend de la Meuse à la Seine ; elle élait reconnaissable à sa chevelure blonde cl flottante, à ses (rails belliqueux, à cct instinct des batailles que ses ancêtres lui avaient légué, quand ils passèrent le Rhin et la Meuse. Le Franc du dixième siècle portait la barbe longue cl épaisse, son bras élait toujours armé ; il dominait de toute la puissance de la conquête la race gauloise, dont les débris survivaient encore «à la grande ruine, cultivant les terres comme des vilains et des serfs ; ou bien encore le Gaulois vaincu avait cherché dans les privilèges des clercs et des évêques à ressaisir la puissance que la conquête lui avait arrachée. Le Franc habitait le château sur la montagne; il était le seigneur suzerain adonné à la vie des armes et des pilleries, le terrible homme des batailles, à la main dure, au front haut , au cœur allier, qui se précipitait sur le voyageur, le pèlerin et le pauvre moine; le Franc élait libre, hautain ; il avait soumis la race gauloise à la servitude , et méprisait le serf qui cultivait la terre de ses mains ; c’étaient entre ces fiers hommes des dissensions continuelles; le repos dans la tour ou le château était proscrit , comme l'apanage du vilain; les comtes, les seigneurs, se faisaient une guerre acharnée (2) ; ici pour s’emparer d’une terre, là par des motifs de vengeance individuelle ; il eût été honteux pour le Franc de rester paisible à l’abri de ses foyers ; le son du cornet l’appelait aux batailles, le repos était une marque de servitude.

Le Franc neuslrien avait pris un caractère plus sédentaire et plus pacifique ; ces belles plaines de la Neustrie , ces champs mieux cultivés, les villes, les bourgs plus nombreux, avaient un peu amolli la trempe belliqueuse des premiers envahisseurs ; on voit déjà au dixième siècle les Francs neustriens, adonnés à la culture des terres , résister à peine à l’invasion des Normands (3); ils sont ‘surtout les hommes du sol et de l’église , ils habitent de vastes campagnes cultivées, «le verts herbages, des cités opulentes; leur territoire est peuplé de nobles et antiques abbayes; on trouve peu de ces durs chevaliers qui se montrent pillards de clercs cl de pèlerins. On sent que ces peuples ne sont plus des conquérants toujours les armes à la main ; et c’est

constater cet étal social. Le» bénédictins ont ajouté une belle et longue préface . pages 1 à cv.

(3) Ce sont presque toujours les ducs de France, les comtes de Paris, qui viennent défendre les Neuslriens abâtardis. Comparez, pour tout cc qui concerne l'histoire de la Neustrie, le roman du Rou {mss. de Sainte-Palaye), il vieDt d'étre publié. Dudnn de Saint-Quentin, Guillaume de Jhmiègr, «ont les deux grands annalistes de la Neustrie. (Rénéd., lom. x et Préface.)

ce qui explique la facile domination de Roil ou de | Rollon , ce chef belliqueux dans la Ncustrie. I/avénement de Roll , le traité de Saint-Clair-sur-Epte, est l’époque où la Normandie commence à prendre part à la grande vie féodale; la race neuslrienne devint, par rapport aux Normands, ce que les Gaulois étaient devenus par rapport à la race franque : le serf cultivant la terre , le vaincu soumis aux grands devoirs à l’égard des vainqueurs, l'esclave attaché à la glèbe sous les lois de son seigneur féodal. Le Neuslrien fut l'homme de poeste du Normand, quand il ne le domina pas comme clerc d’église.

Les Bourguignons habitaient la vaste province lyonnaise et le royaume moitié germanique qui s’étendait jusqu’à Arles. Les chroniques de la première race ont conservé les traces des lois et des mœurs des Bourguignons, mélange des peuples du Nord et de la famille méridionale ; il y avait chez les Bourguignons une civilisation un peu plus avancée ; leurs coutumes se ressentaient surtout de leur contact avec le droit romain et avec les populations plus éclairées de la Gaule Lyonnaise (1). Quand les peuples , même barbares, avaient sous les yeux les débris de la civilisation de Rome, ses cirques et ses temples , ses écoles de sciences et d’arts à Lyon , Autun et Vienne * ils devaient s’empreindre des souvenirs de la ville éternelle et des codes du Bas-Empire; ils ne pouvaient rester indifférents à cet aspect des arts , à ces débris d’une grande littérature. Le christianisme avait donné aux évêques une puissance éclatante; ces évêques, presque tous Gaulois ou Romains , s’en servaient pour imprimer une haute impulsion aux études; les Bourguignons restaient armés comme les Francs, mais les clercs prenaient sur eux un plus puissant ascendant. Les Chartres de donations pieuses sont très-nombreuses au dixième siècle parmi les seigneurs bourguignons; l’influence des clercs s’y faisait sentir , ils accablaient l'église de fondations attachées aux flefs et à la terre; ils imploraient leur pardon agenouillés devant la châsse bénite, quand la vie s’en allait (2).

La race d’Aquitaine veuait des Yisigolhs, sous ce

(1) Les lois des Bourguignons existent encore; U s’y mêle beaucoup de dispositions du codeTbéodosien; Montesquieu a commenté ces lois avec son etpril systématique. [Esprit des Lois, liv. xxvi.)

(2) J'ai parcouru attentivement ta collection Bréquigny; presque un tiers des Chartres appartient à la Bourgogne, 1. 1.

(3) Montesquieu, se laissant aller au mauvais esprit du xv in* siècle, n’a pas rendu assez de justice au gouvernement des Yisigolhs et à celle admirable organisation ecclésiastique.

Il n'a vu qu'un bigotisme là où il y avait un gouvernement.

(4 II faut entendre comme le moine franc Glaber attaque

merveilleux gouvernement d’évêques , de conciles et d'assemblées qui , votant les lois aussi librement que les vieilles républiques , gouvernaient la race méridionale (3). Les Aquitains se distinguaient des Francs par des mœurs plus douces , ils avaient en partage la ruse , la flnesse et un peu de déloyauté ; la chronique franque plaçait là le type de la trahison ; les Méridionaux se séparaient de la famille germanique même par le costume ; les peuples d’Aquitaine portaient la barbe rasée , les vêtements courts, les cheveux bouclés et parfumés d’essences (4); les Aquitains aimaient le plaisir, les grandes distractions de la vie ; ils habitaient le beau climat du Languedoc et de la Guienne jusqu’à la Loire ; leurs cités étaient florissantes, ils cultivaient les arts, les progrès de l'intelligence ; ils avaient aussi des seigneurs valeureux qui se plaisaient aux batailles , et les annales des Lupus de Gascogne et des Raymond de Toulouse indiquent que les comtes et marquis du midi des Gaules menaient aussi la vie des forêts et la sauvage existence de la féodalité dans les chasses bruyantes et fastueuses du xe siècle.

En avançant un peu plus vers les Pyrénées, vous trouviez les Gascons et les Basques; c’étaient des populations d'origine perdue dans les temps; les Gascons formaient une nation vaillante , se maintenant dans son indépendance au mdieu des mon tagnes escarpées. Les chroniques parlaient des Gascons même sous la race carlovingienne , et les chants de Roncevaux disaient encore comment Roland , le puissant paladin , le brave et digne Olivier, le saint archevêque Turpin, de vaillante mémoire, avaient été brisés sur les rochers des Pyrénées par la population des Basques, des Navarrois et des Gascons (5), qui attaquèrent l’armée franque. En vain Roland avait fait entendre le son du cor, il avait expié son grand courage ; il était mort béni par le bon évêque Turpin, expirant lui-même à ses côtés. Les Basques et les Gascons parlaient une langue particulière, dont le Franc ne savait pas la première syllabe ; des mots durs , demi-sauvages, n’avaient aucune analogie avec les idiomes de France et même d'Aquitaine ; il semblait que celte population avait été jetée là arec les immenses rochers des Pyrénées, au moles mauvaises mœurs des Aquitains. Chroniq. ad son. 1010. • (5) Les chants de Roncevaux dominent tout te moyen Jge : Menbre-vos ore «le la perte de Karlle De Ronccveaux où (u la granl bataille Hui t fu Rollant et Turpin et II autre Et Olivier le chevalier mlrable Plu» de xx ml. I ot mort a glaive Pria fuGarln d'Amcatmic le large Si l'cn mena. i. (cl païen Eaiage-

Voir sur celte grande défaite de Roncevaux le beau travail de M. A. Mazuy, sur le Roland furieux, 1838.

ment de ce cataclysme qui , remuant les montagnes et secouant les grandes eaux , engloutit la première création.

Les Bretons avaient également l'indélébile caractère des nations primitives ; ils habilaicnl’un territoire de bruyères, ou de grandes forêts, chevelure épaisse de ces terres druidiques (1). Les Bretons formaient une famille à part , qui avait plus de rapport avec les Saxons des côtes de Dorchester et d’Exetcr qu'avec les Neustriens et les Normands, mortels ennemis de la famille bretonne ; leur langue était aussi inconnue que celle des Basques ; bien que convertis au christianisme, ils conservaient encore dans la campagne les traditions des druides aux vêlements de lin, aux oracles sacrés; et les superstitions que César avait décrites n'étaient pas complètement effacées dans ces forêts qui bruissaient aux vents. C'étaient en vain que les solitaires, les moines de Redon et de Saint-Florent , parcouraient les campagnes pour extirper les superstitions antiques ; ces usages survivaient dans les bois séculaires ; on voyait encore les grottes où retentissaient les voix solennelles, traditions vivantes des mystères de la Gaule; il y avait une langue sacrée, et quand les pèlerins traversaient les bruyères , ils voyaient avec douleur les vestiges d'un culte proscrit par les saints canons. Au reste , la population bretonne (3) avait une physionomie à part : les cheveux flottants, l'œil rond et bleu; sa stature n’était pas haute, son tempérament était sanguin et impératif; ce peuple souffrait avec impatience toute contrainte, on le voyait enclin à la guerre civile; flefs, cités, terres abbatiales ou féodales , étaient disputés les armes à la main par ces nobles hommes, dont les noms rappelaient «les origines bretonnes, les Alains, les Morvent, les Curvanl, les Judicael, si célèbres dans les chroniques de la seconde race, quand les Normands dévastaient les bords de la Loire (3).

Toutes ces races franque, bretonne, visigolhe, neustrienne, étaient sédentaires dans les domaines que la conquête leur avait départis; elles se confondent avec les nations primitives qu’elles avaient soumises au servage. Mais dans les deux siècles qui

(1) Le moine Glaber parle d’une manière fort sévère des Bretons et Angevins : « Peuple léger, inconstant, sauvage et dur. » Çht'onlq., ad aun. 075.

(3) Les plus curieux documents sur les mœurs de la Bretagne au neuvième et au dixième siècle se trouvent dans la Vie de saint Philibert de Grand-Lieu. — Mabillox, Jet. sanct. ordin. sanct. Bcnedict., part, i, pag. 559.

(3) Ex Chronic. monast. S. S erg U. — Chronic. Sannetens.— Chronic. Brllann.— Uom Boirytrsr , Historiens de France, tom. vu, vm et ix.

(4) V. Chron. Mettent.— Ann. s Berlin., ann. RROàOlo.

DIXIÈME SIÈCI.E. 19»

venaient de finir, les terres furent fortement secouées par les invasions d’autres races plus belliqueuses et conquérantes. Pendant le neuvième et le dixième siècle, toutes les chroniques, les carlulaires des monastères, sont remplis des cris d'une douleur sombre et fatale; de toutes parts les barbares parcouraient le sol des Gaules; ils foulaient aux pieds les reliquaires, pillaient les églises, dispersaient les populations des cités et des bourgs; une terreur étrange se montre dans tous les récits des chroniqueurs; les mots communs de païens , d’infidèles, signalent la présence des hordes envahissantes (4); quels étaient leur origine et leur caractère? d'où venaient ces barbares qui brisaient les dalles des églises et abreuvaient leurs chevaux aux baptistères ? Là règne une grande confusion , comme à toutes les époques où des crises fatales s’emparent de la société cl la préoccupent douloureusement. Trois peuples ruvnlmsanls viennent fondre sur la génération attristée : 1° les Sarrasins; 3° les Normands ; 3° les Hongres ou Hongrois, plus cruels encore et plus sauvages.

Les Sarrasins, maîtres de l'Espagne, avaient vu leurs batailles de lances dispersées dans les plaines de Poitiers; de blancs ossements amoncelés attestaient encore leur irréparable défaite sous Charles Martel ; les Sarrasins , en possession de la Sicile , d’une partie de la Pouille, avaient jeté des colonies en Italie, en Provence; ils paraissaient ici là en troupes nombreuses et armées, ils couraient sur les cités, pillaient les monastères. Mais un des caractères de leurs excursions était un besoin de coloniser : les Sarrasins alors étaient plus avancés dans les arts et la civilisation que les peuples occidentaux da l'Europe , et c’est peut-être ce qui faisait leur faiblesse relative. Quand les enfants du prophète quittaient les saldes de l'Afrique, les jardins de Cordoue ou de Grenade , pour envahir une province, une ville, ils cherchaient à s’y maintenir ; ils avaient plus d'une tour fortifiée sur les collines du Rhône ; ils s'élaicnl précipités sur le Dauphiné, où les églises étaient transformées en mosquées, et une colonie même de Sarrasius s’était posée sur le sommet des Alpes (3) pour rançonner les voyageurs.

(5) Il existe mille vestiges du passage des Sarrasius dans les Alpes; lorsque je visitai l'église de Saint-Pierre, entre Marligui et Sion (1058), je trouvai une inscription latine qui constate le passage des Sarrasins dans les Alpes.

ItmnrUla cohori Rhodani cum s par ta per agrot Igné, famé et ferra sarviret tan pore tango, y er lit in Reine vaitem Pcrninam inertto fateem ;

Hugo, prutui tlenevat, Çhrtttt produc tut a more .

St ruserai hoc tcmplum, etc. etc.

M. Reinaud a fait un savant travail sur les invasions des Sarrasins en France. Paris, ann. I85C.

HUGUES CAPET. — DIXIEME SIECLE

Quand une sainte troupe de pèlerins s’acheminait vers l'Italie pour visiter pieusement le tombeau des apôtres, ou la vieille basilique de Lalran avec son Christ d'or de l'école byzantine , qui jette ses yeux de feu sur le pécheur agenouillé , ils avaient à craindre les terribles Sarrasins qui les pillaient ou les rançonnaient au milieu des Alpes; plus d’une légende de saint a conserve le récit de ces courses lointaines à travers les montagnes de glaces , si redoutées des chrétiens.

Les Normands, implacables envahisseurs, avaient atteint le but d'une colonisation plus sïire et plus régulière. Toutes les chroniques de l’époque carlovingiennc étaient remplies de gémissements sur les tristes invasions des Scandinaves , de ces Mortnians qui remontaient la Seine, la Loire sur des barques fragiles , et dévastaient les terres de Neustrie et de Bretagne (1); les Nortmaos avaient assiégé Paris, et sans la bravoure du comte Eudes et de l'évèquc Gozlin , sans l'altitude martiale des moines de Saint-Germain dans leur abbaye fortifiée, Paris serait tombé aux mains des barbares du Nord. De toutes parts les populations agenouillées suppliaient le ciel de les délivrer des Nortmans; c'était la prière publique des pèlerins, des moines au milieu des églises en cendres. Quand les litanies étaient récitées dans le plain-chant des monastères, une voix lamentable se faisait entendre : Libéra nos à Iformanis , s’écriaient les tristes religieux à matines; et les souterrains creusés au-dessous des églises, ces grottes profondes éparses dans les campagnes, étaient destinés à recevoir les trésors des abbayes et des populations de la campagne. On reconnaissait au loin ces hommes terribles à la blonde chevelure , qui maniaient le fer et le feu ; le seul moyen de sauver sa vie était de traiter avec les Nortmans; ils rançonnaient les monastères, pillaient les reliquaires d’or, dispersaient les ossements des saints; et il faut entendre les douleurs de ces pauvres moines quand les barbares dévastaient les châsses que les religieux nommaient le trésor de leur église ; elles leur attiraient une si sainte dévotion ! A la fin la race normande obtint de Charles le Simple la possession de la Neustrie, et Rollon, leur chef, baptisé par les évêques, épousa Giselle, fille

(1) La chronique la plut expressive sur ces ravages des Normands cil écrite en langue du Poitou ou de l’Anjou; clic est parmi les manuscrits du roi, 10307-5. En voici quelques extraits ;

Per la paour des formant tu reboz en llgUte de Xante» li trésors au pie de Coûta.

En li^lHc S. Flurcns de Soumrr furent socliz II lr£*ort di l'église jy»la, les sali» martlrs qui lèsent eu scpulciira.

(5) rayez le Roman du Rou sur rétablissement des Normands dans la Neustrie, eu le comparant toujours à

du roi de France (3). Ce sang normand , jeté dans la Neustrie, fut une régénération de l’antique race; le vieux peuple était abâtardi ; les Scandinaves vinrent là mêler leur mâle courage, leur martiale origine , * t c’est ce qui explique ces hardies conquêtes de la famille Scandinave, impatiente de butin en Angleterre et en Italie.

Quelle terrible irruption dans ce lugubre dixième siècle , que celle des Hongres , peuple barbare qui se répandit comme un torrent jusqu'au fond de l'Aquitaine. Les cartulaires des abbayes nous font une triste description de ces farouches envahisseurs; ils étaient petits de taille , les épaules hautes, la figure plate , le nez épaté, les yeux ronds et terribles : ils montaient des chevaux sauvages sans selle ni étriers (3) ; ils portaient de longues lances et des carquois pleins de flèches aigues qui perçaient d’outre en outre les seigneurs et le menu peuple ; ils ne marchaient pas régulièrement au combat , ils se précipitaient confusément, fuyaient , se ralliaient tout à coup pour surprendre les chevaliers éperdus de tant d’impétuosité. A tous ces traits on reconnaît l’origine tartare des Hongres ; ils appartenaient à ces familles d'hommes des l*alus Mëolides, origine première de toutes les grandes invasions. Les Hongres ne faisaient que passer sur les terres de la Gaule; ils portaient partout la désolation; comme ■ ils n'avaient pas un but de colonie, ils apparaissaient au peuple semblables à ces fléaux de Dieu , dont parle l’Écriture. Il faut lire les vieilles chro- , niques du midi de la France pour se faire une juste ! idée de ces ravages des Hongres , plus formidables encore que les Sarrasins et les Normands (4). La terreur était partout, les populations fuyaient à leur présence , on cachait les trésors de la contrée ; et le grand pouvoir des hommes d’armes, la suprématie des forts sur tes faibles , vint précisément de la protection qu’ils accordèrent alors aux serfs lâches et aux couards qui fuyaient ; quand Robert ou Hugues, braves comtes de Paris, quand un duc d’Aquitaine, marchaient à la face des envahisseurs cl leur faisaient mordre la poussière , est-ce qu’ils n’étaient pas dignes de commander aux peuples ? Les faibles se soumettaient au joug, parce qu’ils n'avaient pas eu le cœur assez haut pour manier

Guillaume de Jumiègc et à DuJon de Saint-Quentin , ad a nu. 951.

(5) l'oyez la Chronique de Frodoard, ann. 930-070.

(4; Do/n Bouquet y Historiens de France, lom.x, publie un grand nombre de chroniques dans lesquelles il est question des Hongres sauvages. Frodoard est le chroniqueur qui donne le plus de détails sur les Hongres. On s'écriait dan* les litanies: « Ab Vngarorum nos defendat jaculis ! >• Eu 037 ils ravagèrent l'Italie jusqu'à Bénévcnt et Capouc. Mtiuiom, Ann. Italfa. ann. 937.

l’êpcc et défendre le territoire envahi ! La terre devait appartenir à l’homme fort, le fief était le prix du succès ; l’homme lâche et couard était voué à la servitude. Il en est toujours ainsi aux époques d'invasion : quand il faut offrir sa poitrine à l’ennemi, ce sont les plus braves qui commandent. Cette pensée explique la féodalité cl le servage !

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