‹ Œuvres de CapefigueChapitre 53 sur 165 · G OC · texte numérisé non relu

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encore compris son unité ; la vaste et admirable monarchie romaine n’avait point été constituée par Grégoire VII ; il n’avait pas paru de papes à tête forte et dominatrice. Toute puissance venant du | catholicisme, il fallait que l’unité religieuse se constituât d'abord avant que la civilisation pût pénétrer dans la société civile ; voilà pourquoi la force des papes fut alors si nécessaire. D’où vouliez-vous que pussent venir Tordre et l'unité, quand il y avait anarchie partout ? Quel était le pouvoir incontesté? Et malheureusement, dans ce dixième siècle , époque de confusion , les papes se succédaient avec une rapidité déplorable; la mort, l’anarchie, la déposition , tout concourait à rendre la papauté aussi fragile que le pouvoir brutal de la féodalité militaire. Après le pontificat d'Agabit II, si candide et si pur, Jean XII s’empare du pontificat ; jeune noble de dix-huit ans à peine , il se lie avec la race germanique; l’empereur Olhon le soutient, il en reçoit le pallium et la tiare d’or; le voilà rappelant dans Rome chrétienne la dissolution delà Rome polythéiste et prostituée. Jean XII est déposé. Deux papes sc disputent Rome, Léon VIII et Benoit V ; ils ne sont pontifes qu’une année sous le protectorat de l’empereur Olhon : ainsi le pouvoir des papes semble s’empreindre de la fragilité et de la faiblesse de la société politique ; l’épée domine le pallium. Jean XIII, dont lescheveux avaient blanchi à vingt-cinq ans, tant sa vie était pleine de soucis, est élevé à la papauté ; il ne gouverna pas dans Rome agitée par les débris de ses tribuns , de scs consuls, souvenirs empruntés au temps de la république, imitation des vieilles mœurs quand tout avait péri. La papauté ne fut alors qu’un vasselage sous les empereurs de race germanique : la mission plus tardive de Grégoire VII fut d’arracher le pontificat à cette sujétion, pour imprimer l'unité forte et morale sur le monde catholique, qui était la civilisation (I).

Cette absence d’unilc dans la papauté se révèle ; par la multitude des conciles provinciaux ; on voit que l'Eglise manque de règle puissante , elle en cherche partout les éléments ; il lui faut une police locale pour maintenir les barons et se gouverner elle-même ; que de passions à réprimer ! Ici c’est une usurpation des biens ecclésiastiques: un homme d’arincs a levé son gonfanon sur une terre sainte et monastique, il a envahi un presbytère ; ses chevaux-.campent sous les voûtes du pronaos et de w ise; les cellules du monastère sont occupées par des bandes bruyantes qui emplissent leurs

(1) l'oyez Baiiomcs et P agi, ail ann. 050, 070.

(3) Depuis 048 jusqu’en 070, il y eut dix-sept conciles provinciaux, y oyez Labbe , Coltect. loin, n ; quelques-uns sont tout politiques et de police.

(8) royez le statut curieux de police ecclé.iijMique de c\pi?i«cn.

coupes dans le festin; il faut empêcher ces usurpations des mcnscs cléricales , ces profanations des hommes au cœur dur, à la conscience normande cl franque. C’est dans ce but qu’agissent les conciles provinciaux (2); des prescriptions répétées ordonnent le respect des propriétés consacrées, une plus douce conduite envers les serfs, une plus sainte justice entre les chrétiens , enfants d’une même Église, la mère commune.

Quelquefois les actes des conciles sont tout relatifs à la police des clercs. Quand le sanglier parcourait la campagne au temps de la chasse , quand le gibier rasait la terre du bout de ses ailes, il n’était pas rare de rencontrer un fier abbé à l’habit court, les reins serrés d’une ceinture de cuir; sa main était année d’un arc ou d’une arbalète à carreau, d’une longue épée ou d’un épieu ; il monte un cheval de haute stature, et poursuit dans la forêt le chevreuil , le cerf bondissant. La chasse était la passion des clercs, ils se plaisaient dans les armes. Ce cliquetis des coupes ethanaps enchâssés d’or, ces chants d’ivresse, signalent qu’il y a là des moines qui oublient les saintes lois d’abstinence ; les uns se marient comme les laïques, d’autres siègent dans les festins avec des concubines aux vêlements écourtés. Les conciles appellent une haute et grande répression ; ils punissent de peines sévères tous ces infracteurs de la loi de Dieu et des canons (3).

Si l’unité n’était point encore dans l'Église , elle était moins encore constituée dans l’ordre politique des sociétés. La couronne de l’empire germanique reposait sur la têtç d’Othon le Grand , fils de Henri I" l’Oiseleur, le chasseur habile des forêts de la Germanie (4) ; Olhon , vigoureux soldat , avait violemment réprimé les hommes d'armes qui habitaient les châteaux élancés sur les rives du Rhin. Dans une diète à Worms, il condamna les habitants de la France rhénane à des peines sévères dans le droit féodal : tout noble feudalaire dut porter sur ses épaules , comme vasselage , un chien lévrier de haute stature pendant l'espace de deux lieues ; le simple tenancier dut soulever sur son dos une selle de cheval, symbule de l’asservissement auquel il était condamné. S’agissail-il d'un clerc? eh bien! qu'il portât en scs bras un missel jusqu’à l’ermitage lointain , tandis que le bourgeois traînait une charrue comme le serf, en commémoration des travaux de la terre (3). Tout le système d’Othon le Grand fut la conquête; il ne pouvait pas y en avoir d’autres au milieu de cette société militaire. Les

Burch ird , archevêque de t.yon, et de fon chapitre ( Galiia Christian.), loin, iv, appendix, pag. G17.

(4) Art de vérifier tes Dates, tom. it, 10-4".

(5) Collcct. des Constitutions impériales , ad ann.

DIXIEME SIÈCLE

HUGUES CAPET. — DIXIÈME SIÈCLE

troupes germaniques visitèrent tout à la fois la Bohême, l’Italie; ce fut une irruption du Nord sur le Midi; les Allemands à la blonde chevelure parurent encore dans la Lombardie, et leurs chevaux s’abreuvèrent aux sources du I’ô, du Mincio et de l'Adigc. Depuis ce moment , tonte la préoccupation de l’empereur fut Rome et les papes; il s’établit line lutte entre la tiare et la couronne d’or des empereurs. Les papes n’avaient pas une suffisante énergie, leur pouvoir moral n’était pas assez fermement établi pour résister à ces barbares couverts de fer. qui, franchissant les Alpes et les Apennins, se précipitaient sur l’Italie. Au dixième siècle, les hommes d’armes restèrent maîtres dans la longue lutte; l’Église n’était pas en sa force, elle n’était point encore organisée; Grégoire VII n’avait point paru !

A côté de l’empire d’Occident , avec les mœurs barbares des époques féodales , se plaçait l’empire d’Orienl ; les descendants de Constantin se couvraient de la vieille pourpre romaine; le faible fils de Constantin Porphyrogénète n’avait régné que trois ans; épuisé de débauches, il passait sa vie dans les hippodromes, quand, au signal des comtes du palais au bâton d’or, les chevaux luttaient d’adresse sous les écuyers hardis. Constantinople olfrait un grand centre de civilisation ; les monuinents de Byzance subsistaient dans leur éclat, les places, les bâtiments publics, les statues de bronze, ! les colonnes d’airain (1), les images de la victoire, les œuvres grecques de Lysippe et île Phidias. Vénus aux formes d’albâtre, Hercule vainqueur du lion de Némée , le crocodile du Nil, l’incomparable statue d’Hélène palpitante sous le marbre de Parus (2), monuments dont Nicétas déplora la ruine un siècle plus lard , lorsque les comtes francs vinrent s’asseoir avec insolence sur le trône d’ivoire des empereurs. La société barbare d'Occident s’agitait confuse, et les formules d étiquette les plus sévères étaient prescrites à Byzance dans les livres sacrés, écrits en or, sur In soie, le papyrus ou la peau parcheminée. L’empereur était entouré d’une longue hiérarchie, on ne l’abordait que la face contre terre (3); les grandes dignités du palais étaient réglées avec une mimi lieuse exactitude ; chacun avait

(t) Le curieux fragment de Nicétas, recueilli ri,in< la bibliothèque liodlt-ienue, a été publié la première fois par Fabricius. liibloth. Grtrc., tom. vt, pag. 405, 416.

(t) La tradition veut que les chevaux de Venise aient été enlevés à Constantinople par la grande et puissante république. Voyez les dissertations du prodigieux Muralori sur les vieux monuments italiens.

(3) Ducange a écrit , sur le cérémonial de la cour des empereurs, uue de ces grandes oeuvres qui ne mourront jamais. Aune Comnèuc entre sur ce point dans des détails t

son poste , scs honneurs , et pendant ce temps la révolte des soldats et des grands domestiques du palais brisait le faible héritier de la grandeur romaine. Dans ce palais de marbre et de porphyre, Nicépliore Phoeas avait été élevé à l’empire par les soldats, comme les empereurs étaient élus par les vieilles légions de Rome! Nicéphore Phoeas avait rehaussé l’éclat de l’empire; il conduisit ses armées victorieuses dans les îles de la Grèce, en Syrie, et les Sarrasins avaient fui éperdus jusques sous les murs d’Antioche (4).

La circonscription de l’empire d’Orient n’était pas précisément déterminée; le temps n’était plus où les légions de Rome gardaient les frontières, comme un boulevard sacré, du haut de ces postes militaires dont les ruines se voient sur les rochers d’Écosse, du Rhin et de la Pannonie; de tous côtés l'empire était inondé de barbares : au nord se trouvaient les Bulgares, les Huns, ces Tartarcs qui passaient incessamment le Danube et se précipitaient sur les cités voisines du Palus Méolide. Il fallait voir ces nuées d'hommes sur les chevaux agiles, qui attaquaient impétueusement à la face les troupes grecques aux longs vêtements «le soie, à la main affaiblie. Les empereurs avaient pris à leur service plusieurs «le ces peuplades barbares, et les Waranges, issus des Scandinaves , campaient sur le parvis de Sainte-Sophie (3). A l’orient , l'empire avait à combattre les Sarrasins, les Arabes, les Égyptiens, peuples soumis à l'islamisme; la Syrie envahie, la Grèce asiatique éprouva le même sort; Smyrne, la ville aux églises primitives de saint Jean , Corinthe , Éphèse. noms si poétiques dans l’histoire de la prédication du Christ , quand Paul faisait entendre la parole de liberté, avaient subi la conquête des sectateurs de Mahomet ; les Grecs baissèrent la tète «levant le cimeterre des enfants du prophète, couverts de cuirasses, de brassards et de colles de mailles, depuis empruntés par la chevalerie d’Europe. Nicéphore Phoeas reconquit sur les Sarrasins ces terres envahies ; la croix reparut sur les églises de Chypre et sur le temple même de Jérusalem ; on vit l’empire d’Orient dans un noble état de splendeur, les arts devinrent brillants, et alors furent reconstruites la plupart de ces basiliques de Part

curieux, avec cette emphase qui est un peu son caractère (liv. x). Il existe un ouvrage spècial sur les dignités du p liais de Byzance. G cor g. Codions Curapolala :dc ofjlciû ecclesiœ cl au/œ Constantinopoi. La collection des basiliques est d'ailleurs Je plus utile document pour connaître le formulaire impérial.

(4) Comparez Tnioriuv, 584, 408; Zosarxx, tome u, liv. xv, p. 115. 131.

(5) Sur les Waranges, consultez une dissertation deTorfi'us, dans scs Recherches sur l'histoire de Sorwêye, 1. 1.

byzantin et lombard , qui frappent encore dans leur splendeur, avec les peintures sur fond d’or, telles qu’on les voit en Italie, avec le Christ, qui vous poursuit de scs grands yeux fixes. Alors s’élevèrent Saint-Ambrosio de Milan, avec son pronaos antique, son autel d’orfèvrerie lombarde , tout resplendissant de topazes et d’émeraudes, comme la couverture d’un missel; les basiliques de Rnvenne et de Vérone, où l’on voit Charlemagne, ses pairs, et Olivier et Roland avec sa Durandal en main, type de la puissance et de la force chevaleresque (1).

I)u côté d’occident, l’islamisme avait fait de grandes conquêtes ; il était maître d'abord de toute l’Espagne. Si quelques vieux chrétiens, si les braves et dignes comtes de Castille s’étaient retirés dans les sierras inaccessibles de l’Aragon ou des Pyrénées , les villes brillantes de la plaine, les cités qu'arrosaient les rivières au sable d’or, étaient aux mains des Sarrasins; telles étaient Scville, Grenade, Valence, fécondées par les canaux, séjour de fêtes et d’amour, villes de jasmins, de citronniers et d'orangers à la fleur suave. Les Sarrasins étaient maîtres absolus de l’Espagne au delà de l'Èbrc ; refoulés un moment par Charlemagne , ils étaient revenus séjourner dans leur harem et leur alcazar délicieux, que rafraîchissaient les jets d’eau , les fontaines à la tête de lion, les essences et les parfums achetés aux caravanes d’Alep et «le Bagdad (2),

La Sardaigne , la Sicile , une partie de la Pouille , étaient également tombées au pouvoir des Sarrasins ; partout les infidèles élevaient des mosquées et des minarets ; la Sicile , avec ses plages de sable , ses villes grecques, sa population , mélange de juifs, de chrétiens et d’Arabes, offrait un abri sûr aux flottes qui, sous l’étendard du prophète, menaçaient l’Italie : elle était alors bien morcelée cette Italie , qui avait vu tant de vainqueurs se disputer ses grandes ruines. Lorsque l’empire s’était porté dans les nouvelles cités de Constantin , l’Italie délaissée était devenue comme le centre du vieux paganisme ; c’était dans Rome et le Latium que les descendants des patriciens avaient le plus ardem-

(î) J’ai visité, l’année 1838, une fois encore l’Italie ; sous le point de vue de l’art byzantin et lombard , aucune contrée n’est plus riche. Tandis que la foule se portait vers la cathédrale de Milan, j’allais voir Saint-Anbrosio délaissé; ! à Vérone, rien n’esl comparable à 1’église de Saint-Xénon , œuvre du neuvième siècle. Qui n’a pas vu lia venue ne peut se faire qu’une idée imparfaite de l’art à l’on ginedu moyen Ajjc-

(3) Les traces de la domination sairasinc sont partout en Espagne; les plaines de Valence jusqu’à l’Andalousie, que je parcourus en 1833, offrent l’image de cette conquête civilisatrice. Partout des canaux et des jardins. I.a tour moresque s’élève sur les sommets de* montagnes comme la tour féodale eu France.

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ment défendu le culte de leur pall ie , et l’on éprouve un indicible intérêt à l’aspect de ces derniers Romains qui embrassaient en suppliants les autels «le la Victoire (3). Le christianisme broya ces dieux de Rome; la cité éternelle ne put réchauffer les dernières étincelles du paganisme : en vain elle appela les antres de Milhra , les initiations , les sacrifices de cyrobole et de taurobole, et les mystères de Vénus syriaque : le polythéisme était frappé de mort. C’est une étude d’un mélancolique intérêt que celle d’une grande opinion qui s’efface de la vie ! tout ce qui a été beau et puissant ne disparaît pas sans exciter une vive et profonde tristesse : le paganisme mourant ressemblait à une femme belle et voluptueuse que le plaisir a usée; il périssait dans le sensualisme , la mort venait nu milieu des couronnes de roses et dans les festins (1).

L’Italie avait subi le joug îles barbares; les Lombards foulaient aux pieds, dans Rome, le Cirque et le Campo-Vaccino , ville de ruines; il eu était résulté une confusion, un désordre indicible sur tout ce territoire de la péninsule italique : ici s’élevaient des républiques marchandes , comme Venise , l'ist* et Gênes; là mi roi de Lombardie avec sa couronne de fer; la Pouille, sous scs seigneurs grecs ou bulgares,avait subi le joug des Sarrasins en même temps que la Sicile. A Rome, le pape dominait à peine sur des bourgeois turbulents qui, au milieu de la ville éternelle tout abaissée, foulaient réveiller encore les antiques dignités des tribuns, des consuls et des dictateurs (3) : les papes n’étaieul point les mailres de la bourgeoisie de Rome; souveut les fils des familles patriciennes chassaient le souverain pontife, cl le désordre le plus absolu régnait là , d’où plu» tard devait venir l’unité morale et politique. La confusion dans le pontifical fut le plus déplorable fléau de la société du dixième siècle : comme le catholicisme ëlait la force civilisatrice, quel remède restait-il au monde lorsque celle force n’avait pas encore trouvé son unité et était elle-même une grande anarchie ?

L’ilalic devait subir la domination germanique,

{Z)f'oj-ez\ti dialogue si loucliaul de Symmaque, le vieux païen, et de saiol Ambroise, dans la notice de Godefroy, en télé de l'édition de 1017.

(4) Sur leu mystères du paganisme, consultez le mystique ouvrage de Porphyre : De Abslinentïù. M. de Sainte* Croix a publié une dissertation très-remarquable sur ce sujet.

(5) Les dignités tribuiiiticoncs (Celaient point encore abolies à Home au dixième siècle ; les tables consulaires régulières ne vont pourtant que jusqu’en 787. t'oyez IUnoattis, Annal, tcclesiasl. L'Académie des Inscription* couronna un de nies Mémoires sur le consulat romain , eu 1823.

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H In Germanie ülait dépassée par les populations Scandinaves, dont rirruption subite avait si profondément remué les peuples. Où trouver les Dotions sur les Scandinaves? Une poésie confuse nous reproduit, sous les traits d’une grande mythologie, les traditions de la Scandinavie, où l’image deThor eld'Odin brillait dans les combats (I). En Danemark, c’est le roi Harold à la Déni Bleue qui porte la couronne, vaillant guerrier qui vint plus d’une fois sur les champs de bataille de Normandie pour soutenir les fils de Rollon; élevé lui-même dans les forêts de la Norwége, le fier Harold parait partout à la tête des Mouds enfants du Nord ; un de ses chefs jette une colonie dans le comté de Mois, un autre s’empare de la Bretagne; Harold est détrône, puis on lui remet la couronne au front. Les Danois alors remplissaient le monde de leur renommée ; les Nortnians renouvelaient la vieille Europe. La Norwége avait ses rois particuliers, puis confondus dans la monarchie dauoise. Quand saint Anschairc visita les nations du Nord , sous le règne de Louis le Débonnaire, il y trouva la vieille civilisation des forêts, de farouches pirates qui dévastaient les lointaines contrées. L'Évangile fut prêché en Danemark , en Norwége et dans la Suède qui obéissait à sa fabuleuse généalogie de rois; tous rattachaient leur origine à Odin, le dieu qui s’abreuvait d’hydromel dans le crâne de ses ennemis, tandis que les viergesde l’Edda faisaient vibrer leurs harpes d’or (2).

Les expéditions des Danois se lient à toute l'histoire du moyen âge; ils apparaissent aussi eu Angleterre, ce pays dont le nom n’est alors connu que par la vie des saints et la translation des reliques, pieux mémoires qui révèlent l'aspect sauvage de cette civilisation. Les légendes de saint Dunstan , de saint Odon , archevêque de Cantorbéry (5), pèlerinage si célèbre, nous disent l’histoire de cette heptarchie saxonne, si confuse, si désordonnée dans les annales du neuvième siècle, jusqu'à ce q u’ Alfred le Grand , le Charlemagne de la Grande- Bretagne, eût donné de la force et de l’unité à celte souveraineté si morcelée. Faut-il dire la vie d’Edgar et de son ministre Dunstan , renommée retentissante dans les abbayes d’Angleterre? Éludiez cette lutte qui se produit toujours entre l'homme d’armes et le clerc; suivez ce combat du comte ou du roi

(1) F.dda, mythologie Scandinave, production ob*cure qui a été publiée plusieurs fois. I.a curieuse collection connue sou* le titre «le Bibliothi’c. Historié. Suro-tiothic. Stockholm . 1782, est un de» monument» les plus remarquables de l'érudition du Nord.

(2) Saiut Anschairc et ses pieux compagnons renouvelèrent, à plusieurs reprises, leurs tentatives de conversion ; elle fut difficile en Norwége : Denuncians ut fjus fidel maximum impenderenl solticUudinem cos qui simul baptisa ti fisc -

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contre t’évèque, du vaillant baron qui manie l’épée tranchante, et de l’abbé qui se présente avec sa crosse d’or et ses mains gantées de soie ; cette lutte se manifeste pour la possession de la terre , l’unité et la sainteté du mariage; l’homme d’armes veut user de sa force pour s’emparer des manoirs , pour conquérir les reliquaires , pour se poser comme le seigneur du monastère. Au dixième siècle , il réussit , et voilà ce qui explique le grand nombre d'abbayes envahies par les barons. Quand les passions ardentes tiennent le féodal an cœur pour une femme, que lui importe qu’une autre pauvre souffreteuse ait déjà partagé sa couche et ses amours ! il l’eulèvc par violence ; qu’elle soit sa parente, sa propre sœur, que lui importe encore! C'est alors que l’Église parait; il faut refouler ces passions , qui ne trouvent rien pour les dominer. Voyez-vous ccl évêque à la crosse d’or, à Panneau pastoral? c’est peut-être un serf, le fils d’un Gaulois, qui a pris le vêtement des moines ; il élève la voix contre les violations des lois divines et humaines ; il dit au fier baron qui s'assied sur les ruines d’uu bourg en cendres , et à cet homme d’armes qui dépouille la veuve ou l’orphelin : «i Je t’excommunie ; » il dit au prince qui repousse du lit une chaste épouse : « Je te rejette du sein de la société religieuse , comme tu as rejeté la compagne;» et bientôt le deuil solennel de l'interdit vient effrayer ces caractères de bataille et de violence, qui ne connaissaient que le droit du glaive. Tel fut l’esprit général de l’Europe; la lutte est puissamment engagée dans le dixième siècle entre l'autorité brutale de l'homme d’armes et la parole de l’Église : un siècle plus lard , je l’ai dit , le pontifical de Grégoire VII fil triompher le pouvoir moral du catholicisme, et ce fut la cause première de la civilisation dans les Gaules.

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