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CHAPITRE VII

GÉNÉALOGIE DE HtIGGES CAPET.

Le» dernier» débris de la race carlovingienne. — Origine «le

Hugues Capel, d’après les légendes, d' .«près les romans de

rant suA exhortation e, ne ad prisiinos rcduccrentur, diabolo instiganîc , errores , etc. Fila saint Anschairc, Cotlect. des Wst. de France, don» Bosquet, tom. x.

(3) Je ne crois pas que les historiens «l'Angleterre et de l'hepiarchie anglo-saxonne aient parfaitement compris l’esprit de cette bille entre l’épi-copat. pouvoir moral, et les honunci d’annrj, force toute matérielle dans la société ; leur tort est de ne pas avoir consulté la Fie des saints et les Bottandistcs surtout.

chevalerie. — Famille de Rohcrt le Fort. — lingues le Grand. — Causes de la préférence des féodaux pour les ducs de France.

La décadence du vaste empire de Charlemagne résulta d'un mouvement de nation plutôt encore que «le la faute de ses faibles successeurs ; cet empire était une œuvre qui reposait sur des idées plus avancées que la civilisation franque et romaine. Tout marchait dans une allure forcée : les populations, les coutumes, les éludes, les lois elles-mêmes, exclusivement empruntées à des idées qui n’étaient pas encore dans les mœurs (1); il fallait une sorte de génie sauvage et grand pour conduire cet empire formé de nations diverses. Quand on lit Égiuhard ou le moine de Sainl-Gall , on se reproduit Charlemagne à la haute stature, au visage germanique, couvert de sa peau de loutre; son aspect inspire de la terreur; vainqueur «le Wilikind et «les Saxons, on ne l'aborde qu'en tremblant; il conserve son type barbare à travers même ses nobles efforts pour tout ramener à l’intelligence (2). La société se courbe devant cette grande figure , mais elle n’est point préparée pour ses descendants ; et ses capitulaires administratifs cherchent en vain à organiser subitement ces peuples qui conservent leur aspect primitif. Aussi tout se démolit à sa mort , l'édifice qu'il a élevé croule; telle est la destinée des œuvres qui devancent les mœurs et font violence aux nationalités; elles marchent à une rapide décadence. Souvent apparait ainsi un homme immense qui courbe la société sous scs proportions ; que cette grande tète disparaisse, et les nations courent à leurs usages , à leurs habitudes , qu’elles ont prématurément délaissés.

Louis le Débonnaire n’avait pas une volonté assez dure, une organisation assez impérative pour continuer l'œuvre de son père; ou sent que la société frémit sous son pouvoir, elle lui échap{>e parce qu’elle a été violentée par Charlemagne , l'homme

(1) Les idées mc'me littéraires de Charlemagne, dont parle tant le moine de Sainl-Gall, ces uoms d'Itomêre , d'Horace, d'Augustin et de Jérémie, pris par Adélard, Alcuin, Riculphc , indiquent assez que la civilisation scientifique de Charlemagne était toute d'emprunt. L'aldié Lcbœuf a écrit une dis-ertalion sur l'étal «les sciences sous la deuxième race. Paris, ano. 173 S.

(2) Comparez Lginhanl, ad ami. 814, et le moine de Saiut-Gall. Il vient de paraître en Allemagne un lecucil extrêmement remarquable sur les Carlovmgicns, par Perth, 2 v. in-fol. Foyet. aussi IUluze, Capitulât., ann. 810-822.

(3; C'est uue observation h.cn essentielle à faire dan» la

fort, le caractère puissant. Chaque peuple a tendance pour reprendre sa nationalité : les Germains, les Francs, les Lombards, les Aquitains, tous courent à l'indépendance ; ce n’est pas une guerre civile. mais le retour instinctif des peuples chacun à ses mœurs ; les races se séparent , et les chansons «te Geste, les romans de chevalerie qui se montrent alors, deviennent l’expression de ees haines de peuples et «le ces antipathies «le rares. Ganelon de Mayence est le perfide Maycnçais «le la famille germanique ;Hnon «le Bordeaux, les quatre fils Aynton, ne sont-ils pas la race méridionale, ennemie des Maycnçais. famille «les bords du Rhin? Les trouvères moqueurs reproduisent le suzerain Charles le Gros (qu’ils confondent avec Charlemagne) comme un prince sans autorité que les grands vassaux dominent à leur gré (3) ; les romans étaient alors l’expression «le la pensée confuse et féodale. En vain Louis le Débonnaire veut il refaire l'empire de Charlemagne par la seule force «l'une vaste administration, il ne peut y parvenir ; il multiplie les missi do min ici, les comtes, les défenseurs des marches et frontières, les plaids féodaux ; l’empire se disjoint. Louis le Débonnaire fut un prince essentiellement administratif; il veut dominer le baronage par l’impulsion «le scs missi dominici; ce pouvoir lui échappe, parce «pie les peuples ont été forcément réunis, et «ju'tls se dissolvent comme «l’eux-mèmes; les révoltes contre Louis le Débonnaire ne sont que l’explosion de ces nationalités. Le fils de Charlemagne ne fut point un prince nul , mais une tète d'ordre et de judicalure à une époque de violence et «le force matérielle (4).

L’avénement de Charles le Chauve fut marqué par la bataille de Fontenay ; ce grand carnage, que l’on considère encore comme une guerre civile , ne fut que l’explosion sanglante «les nations qui en vinrent aux armes ; l'assemblée de Piste consacra l’in- «lépendance de chaque homme d’armes : « Chacun peut choisir son seigneur , » telle fut la maxime posée par l’assemblée féodale (8) ; on brisa les rapports de subordination : quand tout se heurtait et se morcelait, Charles le Chauve voulut réunir lesdé-

leclure de» roman» du chevalerie , que celte confusion .ihfotue de Charlemagne avec Charles te Gros , figure grotesque que les romanciers prennent toujours comme te but de leur moquerie. / oyez le» roman» de Garbi Us Lohcrain et de Dcrthe dus gratis plêi.

(4; Les meilleur» capitulaires portent le nom de Louis le Débonnaire. Foyé s Bslcte , Capital, lom. ii. ,

(5j Les capitulaires «le rassemblée de Piste ont été l’objet do beaucoup de commentaire» dans le» collection» d’au- 1 leurs féodaux. Montesquieu en a tiré des conséquence*

! forcées. T.'édit de Piste est l'objet de deux ou trois discours diffus cl ha-, .mis du stupide historiographe Moreau.

bris tle l’empire par la conquête; il y avait une dislocation incessante, parce qu’elle était dans l’ordre des peuples et des races. Après Charles le Chauve, la famille de Charlemagne fut représentée par Louis le Bègue; c’élait un malheur, dans ces temps barbares, que les infirmités du corps ; elles ne permet* Client plus le respect pour les souverains. Aux époques du droit primitif, la puissance vient à la grandeur et à la beauté des formes! Voici l'empire qui se morcelle encore; Louis III prend la Netislrie et l’ancien royaume d'Auslrasie, Carloman s’empare des royaumes de Bourgogne, d'Aquitaine et du marquisat de Toulouse. En même temps Charles le Gros se fait couronner empereur et vient habiter le palais de Piste, noble et formidable château dont les débris ont si longtemps subsisté sur les bords de la Seine (1 ).

Voyez celte race de Charles comme déjà elle tombe dans le mépris ! au lieu des épithètes de glorieux, de fort, de grand, que portait Charlemagne, voilà des rois qui sont nommés le Débonnaire , le Chauve , le Bègue , le Gros, et celui qui leur succède, reçoit le litre de Simple. Que vouliez-vous que fissent les seigneurs francs, de ces rois à la tète sans chevelure, au ventre démesure? que vouliez-vous qu’ils fissent d'un chef bègue, qui ne pouvait dire un mot à la tète des armées? Louis d’Outreiner porta la couronne et demeura treize ans en Angleterre comme captif. Il est salué à Laon , séjour habituel des rois , puis à Heinis. Plus la puissance échappait, plus il fallait se hâter de la consacrer par les cérémonies religieuses. On les multipliait, ces cérémonies; déjà les Francs manifestent leur haine contre la race germanique et Louis d’Outremer qui la représente; n'onl-ils pas leur chef tout trouvé dans leur propre famille? n’ont-ils pas Hugues le Grand , le petit-fils de Robert le Fort? Le règne de Louis d’Outremer fut un long passage de captivité et de révolte; il eut pour fils Lothaire, protégé par l’épée de Hugues le Grand.

(1) Sur la deuxième race , consultez l'admirable ouvrage des Bénédictins. Art de vérifier tes Dates, tom. n, in-4°.

(S) J'ai mis un grand soin à établir la généalogie des Capétiens ; d'utiles travaux ont été faits, mais il s'y mêlait naturellement un peu de flatterie pour la maison deFrance. J’ai dépouillé les recherches de Sainte- .Marthe de tout ce (pi'cllcs pouvaient avoir de faux et d’exagéré. Comparez avec la préface du tome xtde «loin Roiquet.

(3) Prosapid ge ml us Franco rum altos salis cl nobitis parentibus atque opu/entissiniis in rebus sa’culi fuit. Rouquet (Historiens de France ), tom. ut, pag. 507.

(4) His temporibus beatu virgo Gertrudis , filia Pipini... lw jus soror Bcgga, et ipsa femina religiosa. Ans giso.S. Arnutfifilio nupsit; cui etiam Pipi nu m junionm peperit. Rouquet, Hisl. de France , tom. ni, pag. 3J8.

(5j L'sgue nunc inlustcr Childebrandus contes, avun culut pra'dicli tegis Pipini, liane historiam vcl gcsla

Ainsi disparaît l'empire de Charlemagne. Celte grande réunion dépeuples n’était pas naturelle; il y avait dix races d’hommes de l’Elbe à l'Èbre , des Pyrénées aux Apennins; quand la main puissante s'effaça, chacun de ces peuples constitua sa propre souveraineté.

Les derniers temps de la race carlovingienue voient surgir une nouvelle famille dont les destinées étaient grandes : à côté de ces rois chauves, bègues, simples ou gros comme des outrcs,en mépris aux seigneurs nobles et chevelus, il s’élevait tics comtes francs , valeureux défenseurs des populations menacées ; ceux-là reçoivent les titres de fort , de grand, de Machabée, tant leur courage était mâle et leur stature noble. L'origine des ducs île France , des comtes de Paris, était nationale ; les descendants de Charlemagne venaient de la famille germanique; les ducs de France, les comtes de Paris, étaient les chefs des hommes d'armes, ils avaient tous défendu le territoire envahi par les Hongres et les Normands; ils étaient exaltés par les cités , les monastères et les chefs de la féodalité. Chielle était l'origine de ces braves comtes? d’où sortaient-ils en leur généalogie (2) ? Ici plusieurs sources se présentent : les légendes , les romans ou chansons de Geste , enfin la chronique réelle , tradition la plus probable de cette origine de la famille capétienne.

Les légendes font sortir les comtes de Paris de saint Arnould, de race noble parmi les Francs, d’illustre origine et de grande richesse (3); saint Arnould eut pour fils Ansigise, le père de Pépin le Gros (4); Childebrand , son fils, fut le frère de Charles Martel. Tandis que les maires du palais préparaient l'avénemenl de la deuxième race, Childebrand saluait un fils du nom de Nebelong (5), nom célèbre dans les chants germaniques; Nébelong fut le père de Tlicolbert, origine de Robert l'Angevin ou le Fort ((i), qui est la première source iucon-

Francorum diligentissimè scribl procuravit. Ab bine ab inlustre viro Mbetungo, fitio ipsius Childebrandi, ile/ngue comile , succédât auctoritas. Rouquet, Historiens de France, tom. ii, pag. 4C0.

tC) Fliam dictis clcricis sub prœtextu nostrœ donationis ac pro rvmediu animant m Hennengardiv , guondnm rvgince genitricisquc nostrar , T/iclberti ac \ebclonji comll um , paire cl avo ejusdem Ingcllrudtv cl proie regnb/ue statu libcntiûs Del misericordiam de/eclet implorare. Uocçuir, Htsl. de France , tom. v i, pag. G74.

Ego inquitus notai me Childebrandus cornes... cedo... qnidquid in... vicaria Jsodro (heure) in fie s mm luibcre et de ge ni tore meo Nibctungo, comité , quondam « légitima hereddate pervenit ad me... totum ad intégrant Jsodro... ad abbatiam religiosarum cedo cl transfundo pro vemedio anima: vxeœ cl charcc conjugis Xomanne

testable de la troisième race. Ces légendes n’ont rien de bien certain ; serait-il possible de trouver la netteté et la précision d’une origine de famille à des époques barbares où l’épouse était répudiée pour In servante, où des hommes forts s’honoraient du titre de bâtard? Il y a de grandes difficultés 4 lier les unes aux autres ces légendes quand elles se rattachent à des noms propres. Que Hugues Capot sortit de saint Arnould ou des simples dues de France, comtes de Paris, l’histoire s'en inquiète peu. La couronne vint à lui comme au comte franc le plus fort , le plus haut , le plus puissant , quand la race germanique s’éloignait dans l’obscurité.

Les chansons de Geste , les romans de chevalerie postérieurs à cette époque, écrits peut-être au réveil des métiers et de la bourgeoisie, quand il s’agissait de favoriser la grandeur du peuple, indiquent une origine de corporation et de travail à la race capétienne. Ainsi ce n’était plus saint Arnould , un des enfants de la famille dos Mérovingiens , qui avait donné naissance à Hugues Capct , ce n’était plus le descendant des Witikind et de la famille chevelue des nobles et des comtes; Hugues Capet était le fils d'un chevalier de bonne race qui avait nom Ilicher, seigneur de la ville de Beaugency. Richer, vassal bien fidèle des empereurs carlovingiens, assistait à leur cour plénière, s’asseyait à leurs banquets, gabait avec eux , et quand les gonfanons de guerre se hissaient sur les manoirs, Richer suivait ses sires à In bataille : •< Voilà que céans , en la bonne cité de Beaugency, il arriva un gros boucher de la boucherie de Paris; il étoit moult riche, moult opu-i lent (I), et pou voit donner une bonne dot à sa fille ; celle-ci se nommoit Beatrix ; elle étoit sage, genle, et le seigneur de Beaugency lui proposa en vain d’en faire sa mie ; Béatrix n’y consentit pas ; le rude boucher lui crtt fracassé la tète d’un coup de poing comme à un bœuf de sa boucherie, si elle s’étoit laissé tollir le doux nom de puceile (2); ledit boucher avoit des écus, il donna une forte dot en bœufs et sous d'or, et le sire de Beaugency épousa Béatrix en la bonne chapelle d'Orléans. » De celte union

nique in efemosynâ Eraldl , F ride lu ni, Feuderici fitiorum germant frafris mei Thetbcrti. Ch i rire donnée en l’an 817 ou 832 pour l'abbayc d’Iseure. G allia Christian. lom. iv, pr. col. 40, n° 7.

(!) J’emprunte ce récil fabuleux à un roman de chevalerie ou chanson de Geste , qui porte le titre de Roman d’Hucs Capet; il fut composé sous Philippe le Hardi ou Philippe le Bel ; >1 en existe un exemplaire à la bibliothèque du roi. Dante, dans la Divina Commedia, a parlé, en se moquant, de cette origine bourgeoise des Capétiens.

(2) J’analyse le roman de Hugues Capet ; ce roman est fort long et en vers : il serait curieux de le publier.

{3) L’histoire des halte» et de la boucherie rie Paris se lie

d’un no! de sire et d’une fille de métiers naquit Hugues Capet ; fable ingénieuse qui exprimait peutêtre l'union de la noblesse et de la classe bourgeoise , laquelle commençait à sc montrer au milieu même de la société du moyen âge. En ce temps il n’y avait pas de plus fort et de plus noble métier que la boucherie et ses étals. Il y avait aux halles des familles de père en fils trancheiirs de viande ; qui pouvait rivaliser avec les Tribert, les LeGoy, ces digues chefs des étals, entourés de leurs chiens de garde , de leurs varlets de boucherie, aux membres forts et nerveux (3)?

L’origine certaine de la race capétienne ne peut aller au delà de Robert l’Angevin on le Fort, le vaillant capitaine qui surgit parmi les Francs, à une époque de désolation durant les ravages des Normands et des Hongres. Tandis que les princes carlovingiens cherchaient à traiter avec les Scandinaves, Robert le Fort saisissait l’épée et appelait , au son de son cornet retentissant, les hommes d’armes à défendre le peuple; tout fuyait devant les barbares du Nord ; les trésors tirs églises étaient enfouis, les sanctuaires rasés et ars. Robert le Fort marcha contre les Normands, et les refoula de la Seine sur la Loire; le peuple fut si reconnaissant, qu'il lui décerna le titre de Machabrfe (4). N’avait-il pas délivré les chrétiens, comme Judas avait sauvé Israël ! Toutes les chroniques sont pleines des exploits de Robert le Fort contre les Normands; les clercs, les serfs qui fuyaient à la face des barbares, invoquaient Robert comme un saint patron , comme le seul appui dans les désastres de l'invasion. Dirai-je la vie militante du comte Robert (3) ? Il fut sans cesse en armes, et ne reposa pas un seul jour sa tète sur un ht mollet. Robert mourut les armes à la main au combat de Rrisserte contre les Normands (6). Ce fut une grande douleur dans la chrétienté, et les moines, dans leur ohituaire , en annonçant In mort de Robert , interrompent les prières pour déplorer, dans de lamentables litanies, le deuil qui les accable ! Robert le Fort avait épousé Adclaïs, fille de Louis le Débonnaire; il en eut deux fils, Eudes et Robert (7).

essentiellement aux annales de France ; ces grandes familles de boucliers sYtaicnl maintenues jusqu'aux derniers temps do la monarchie française; elles formaient comme une gcntilhonimerie de métiers, étires mon Histoire Constitutionnelle de France, tom. |.

(4) Comparez Annal, liertini. ad ann. 802. — Ibid, ad ann. 803. Annal. Metens. ad ann. 807, et la note C de •lom BoiQCtr ( liislor . de France ), lom. x.

f5) Dans la chronique il est appelé f'iro Fortl.

(fl) Ad ann. 800.

(7j Je réunis ici les passages des chroniques et Chartres qui parlent de Robert et de scs fils.

/// duo frai res. scilicet Odo et Robert us, fuerunt ftlii

Eudes vit bientôt briller à son front un reflet de la gloire «le son pcre ; les seigneurs de France avaient vu combattre et mourir Robert le Machabée; ils reportèrent sur son flls l'obéissance, et dans un plaid à Compiègne ils l'élurent roi , ou conducteur d’hommes d’armes. Eudes fut sacré par Wautier. archevêque de Sens. Le titre de roi n'avait pas alors une signification étendue de souveraineté ; roi disait chef, conducteur d’hommes d’armes à la guerre; de là celte confusion dans les dynasties. A côté d'Eudes, d’autres compétiteurs se disputent la couronne : voici Charles le Simple, de la famille de Charlemagne, l'empereur gros et charnu; Guy de Spolette , appuyé par Foulque , archevêque de Reims, le consécrateur des rois. Eudes, comme son vaillant père, l’homme fort, passa sa vie à combattre les Normands et les barbares , et mourut à la Fère-sur-Oise , en confiant son épée à son frère Robert (1).

Voici donc ce Robert, duc de France, élevé à la royauté par les seigneurs francs contre la race germanique ; sa tète chevelue est encore couronnée par Wautier, archevêque de Sens. Il meurt dans les batailles, cl laisse son fils Hugues et une fille, Emma, qui épouse Raoul, duc de Bourgogne. La couronne est déjà dans celle race; Hugues va-t-il la prendre, la saisir comme une propriété, ou bien la cédera i il à son beau-frère, tandis que lui combattra les Normands? «Qui préfères- tu pour roi, crie le noble comte à Emma, moi ou Ion mari? — Je préférerais , dit celle-ci , baiser les genoux de mon mari que saluer mon frère. » Sur cette réponse, Raoul est élu roi! la race forte triomphe; la lignée de Robert le Machabée saisit le sceptre, les hommes d’armes de France sont les maîtres de la couronne,

Roberti Fortis, marchionis, c omit} s Andegavorum , qui fuit Saxonicl generis, quem supra memoravirnus occisum à y or m an ni s. Holqi t.r ( Hist. de France ) , lom. x, pag. 273.

Qui Robertus ad s tue nobilitatis excelle n liant rega/is cliam slemmatis per sororem adepltis erat consortia : quant isdem dominas Pipi nus uxorcm duxit. Ilot ;qi ;i:r ( Itist . de France ), loin, vi, pag. 330.

Robertus siquidem SaxUtci ( Saisscau ) vici et circumjacentis reglonis dominas, vir points cl nubi/is , ex regum francorum genere art us crut. Bouquet ( Hist. de France ), vil, p, 382.

(1) J'ai trouvu une charire précieuse sur la royauté d'Eudes; voici ce qu’on y lit : « fn qtnl mcrcede glorlosum et à Deo etectum Rtgnn dominum et seniorem ac germanum nostrum Odoncm participem votumus adesse; qualenùs pro bis et aliis beneficiisquœ quotidiè à sut regni fidetibus admlnislrantur, prev sentent vitam gloriosiùs futuramque faci/iàs oblinere mercatur ... insuper et ejusdem muneris bénéficia simutque consor tem votumus esse dominum et genitorcm nostrum

ils en disposent (2) ; Raoul traite avec Charles le Carloviugicn et lui impose des conditions. Raoul dompte les Normands et les Hongres, il délivre partout le peuple, il soumet l'Aquitaine : quel roi généreux que le brave Raoul ! Les Carlovingiens sont abaissés, ils ne peuvent plus rien donner aux seigneurs, et lui , Raoul , leur distribue toutes les terres du fisc. Cette race nouvelle connaissait l’esprit des fiers vassaux qui la suivaient aux batailles : elle conquérait leur foi et leur hommage.

Raoul mourut la couronne au front, laissant son héritage et ses comtés à Hugues, son neveu. Durant ces révolutions, la race germanique avait pris à cœur la cause de Charles le Simple; ce prince avait livré bataille aux Français , sous les murs de Soissons ; là avait péri Robert , le père de Hugues ; quelques-uns disent qu’il reçut la mort de la main même de Charles. Ainsi se réveillaient quelques étincelles d’énergie dans la race carlovingienne ! Sur ce champ de bataille . Hugues le Grand . duc de France , brisa sa première lance. Les Germains sont vaincus à leur tour et fuient au delà de la Meuse. Charles expira en captivité dans la vieille tour de Péronne (3). Le perfide comte de Vermandois l'avait trompé pour se saisir de son noble seigneur. Hugues reste alors le chef de la lignée des ducs de France. Il est entouré de l’amour du peuple ! Que voulaient donc imposer aux puissants hommes d'armes, ces rois germaniques, siégeant au delà de la Meuse , tandis que les comtes de Paris . deux fois rois déjà, avaient leurs palais et leur trésor en Die de la Seine ? Sur quoi s’appuyaient %?s Carlovingiens ? sur l’empereur Othon. Ils invoquaient la pitié des Lorrains, des blonds enfants de la Meuse, du Rhin et de l'Oder, si profondément

gloriosum Robertum, dùm vixit in terris', comifem et ejusdem loci abbatent.” Martesüe, T tu s. «ou.,t.i.p. 56.

(2) Le titre de l oi dans la famille des Robert se Ml partout sur les Chartres et diplômes : « Quem ded t divee memoriœ Hugo , avus nos 1er , œquivocique nostri Roberti régis filius. Mumst, Thés, nov., lom. i. p.107.

* Fecimus prœceptum finit Hait s de rebus quas pater noster beatee memoriœ, Hugo rex, nos que pic contaitmas monachis famulantibus ChristO sanefissimoque Maglorio. Marterre, Thés, nov., lom. t, p. 107.

« Soverit... fideiium iru/u s tria. . . abbatem Hctdrlcum... prœceptum quoddam...ab avo nostro Hugone ma g no .. nostrœ screnitati detulissc. » Rouquet, Hist. de France, lom. x, pag. 579.

(3) Toute celle histoiic un peu confuse des premiers temps de la race capétienne a été , autant que possible, éclaircie dans les précieuses collections manuscrites de l'abbé de Camps {Carlufttire. Bibliothèque du roi, dépôt des manuscrits); le savant abbé n’a pas une critique très-élevée, mais il a recueilli une immense masse de pièces historiques sur la troisième race. ann. 820-970.

en haine à la race des Francs; ne valail-il pas mieux se grouper el combattre autour de Hugues , le seigneur, le chef naturel? lis le saluent sous sa tente, ils marchent avec lui contre Louis d'Outrcmer, le successeur de Charles le Simple. C’en est fait de la race carlovingienne; clic était nce avec l’empire, elle devait s’effacer avec lui.

Hugues avait toutes les conditions de la puissance ; il était haut de taille, le front large el beau; dès son berceau il avait reçu le surnom de Hugues le Blanc , parce que sa peau ressemblait à l’aube du clerc, tant elle était blanche el fine. Quand il parut aux batailles , il s’y montra si vigoureux que les seigneurs n’hésitèrent pas à lui décerner le titre de Grand , soit è cause de sa stature , soit parce qu’il donnait de vigoureux coups de hache (1). Toute la vie de Hugues le Grand avait été une lutte contre la race carlovingienne, lutte tantôt rusée, tantôt violente. Louis d’Outremer est livré, trahi; il ne trouve de fidélité que dans le royaume d’Aquitaine. S’adresse-t-il ail comte de Blois, on le retient captif. Veut-il recourir au comte de Vcrmandois, c’est toujours la même trahison ; les seigneurs francs ne voulaient plus de la race germanique ; ils avaient parmi eux leur chef tout trouvé , leur conducteur, leur roi. Deux des comtes de Paris n’avaient-ils pas pris déjà la couronne? Elle leur avait été disputée , mais les seigneurs de France n’avaient-ils pas unanimement salué Eudes et son frère Robert (2) ?

L’empire de Charlemagne tombait en ruines; c’était une vaste organisation administrative qui avait fait violence aux mœurs, aux coutumes , à la nationalité des peuples; elle avait placé l’unité de la conquête au milieu des Francs, des Bourguignons, des Lombards, des Germains , des Aquitains, si divers d'origine et d’habitudes ; elle avait fondu , dans un même tout, des nations qui avaient besoin d’un gouvernement à part. Après la mort de Charlemagne , il y eut tendance dans chaque peuple pour reprendre sa force , sa propre nationalité ; le Franc voulut avoir son roi , comme le Germain avait élevé Olhon île sa propre famille. Les Carlovingiens étaient issus d’une race germanique, on n’en voulait plus au milieu des Francs. Les braves tenanciers du comté de Paris reconnaltraient-ils longtemps pour souverains les princes de la Meuse? Il y avait alors un sentiment général pour couronner des chefs, des rois au sein de la famille des Robert le Fort, des Raoul, ces Judas Machabée, comme

(1) Manuscrit de l’abbé de Camps.(£ïzrft//. Bibliothèque royale, lom. i.)

(3) Il y a grande confusion sur toute celle époque dans Y Art de vérifier tes Dates , par les Bénédictins. C’est la partie de leur travail la plus incomplète. J’ai cherché à

les nomment les chroniques ; ils avaient sauvé le peuple de l’invasion des Normands et des Hongres. La révolution était déjà faite dans les esprits; les Francs ne connaissaient plus les Carlovingicns ; ils avaient élevé «leux rois (reges) dans la famille de Robert; ceux-ci, comtes, ducs ou rois, gouvernaient de fait ; la société était à eux ; el il ne faut pas croire que le mot de roi côt alors une signification étendue et précise ; il ne représentait qu'une idée de commandement militaire. On avait quelque respect pour les empereurs , mais un roi n’était rien qu’un chef d’armes. Il y avait eu trois concurrents à cette lignée : Guy de Spolclte se fait roi ; Raoul , comte d’Auxerre , se fait roi ; Rainulfe II, comte de Poitou, se fait roi ! Les Normands n’avaient-ils pas leur seaking (maris reges) ( 3), simple conducteur de barque ? Royaumes, comtés, marquisats, toutes ces démarcations se confondaient sans avoir les caractères de la hiérarchie moderne. La féodalité mil un peu d’ordre dans ces idées confuses. Du litre de duc des Français à celui de roi des Français, il n'y avait qu’une faible ligne; elle fut facilement franchie par Hugues Capet!

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