‹ Œuvres de CapefigueChapitre 57 sur 165 · GOUVERNEMENT UE BEGUES CAPET · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT UE BEGUES CAPET

Association de Robert à la couronne.— Esprit féodal.— Le» clercs. — Confusion du droit cl des balaillrs.— Concile». — T(éve de Dieu. — Le» ardents. — Résulte de Robert contre Hugues. — Maladie du roi. — Sa mort.

Les vifs débats pour la convocation des clercs en concile avaient soulevé les appréhensions de Hugues Capet ; la couronne qu'il avait mise sur sa tète lui était contestée par un compétiteur, vaincu sans doute, mais qui avait encore des partisans. L’esprit batailleur des féodaux lui permettait-il de compter sur une transmission paisible de son pouvoir à sou

(1) Le texte do ce serment se trouve dans les actes du rouelle. Gall. christ., lom. (il, pag. 810.

{2} Comparez surtout Gkrdfit, F. pis toi. 159. — Dccntsjir,

tom. u, pag 820, et Sitsoxo, Concil. Gall., tom. n , pag. 31. La source la plu» complète est toujours l’abbé oc Camps. Cariai, (mss. Bibliothèque du roi , portefeuille i«r.)

fils et son successeur? Il était curieux tic voir le roi constamment au champ pour combattre ici un comte, là un simple avoué d'église, un usurpateur de terre et de fiefs (I); il n'avait pas un moment de repos dans l’exercice de l’autorité suprême. Le poids de la lance fatiguait le bras autant que le poids de la couronne ; c'était une royauté d’aventures ; il fallait la faire reconnaître par des coups d'épée, des sièges, des combats à outrance. Quelques prélats. tels que Gerbert et Abon, cherchaient à établir la théorie d’un pouvoir royal fort et respecté ; Gerbert écrivait des épllrcs aux grands, aux évêques; Abon faisait des canons, des règlements sur l’autorité royale; tous invoquaient les traditions de l’Écriture pour exalter le privilège de la couronne (2) : ils n’étaient pas écoutés. Que pouvait être une théorie écrite dans des livres, lorsqu’il y avait la force brutale partout! Si le suzerain déplaisait aux féodaux, s'il violentait leurs habitudes, pourquoi ne briserait-on pas son pouvoir? On voit dès ce moment Hugues Capel en lutte avec cette pensée inquiète des comtes et des leudes; ceux qui l’avaient placé sur le pavois murmuraient haut contre l'ordre hiérarchique que le roi voulait établir : comment leur égal , leur pair , s’élevait-il à une autorité incontestée (3) ?

C'est dans le but d’assurer l’hérédité à la couronne que le roi Hugues Capet associa son fils a son pouvoir dès son vivant. Telle était la vieille coutume de Home pour les Césars ; l’adoption de l’héritier reconnu cl salué par les légions, le sénat et le peuple; cette coutume, les Francs l'avaient adoptée comme quelques autres formes de l’administration romaine. Quand les grands étaient convoqués sous la tente, le roi leur disait : « Voilà mon fils et mon hoir, voulez-vous le reconnoilre pour votre suzerain? » Robert s'était partout montré vaillant cavalier ; il avait suivi son |>ère dans toutes les expéditions contre les féodaux, les pilleurs d’églises, les avoués qui dévastaient les monastères confiés à leur garde; enfant encore , Robert aimait à se couvrir d’une pesante armure; il était digne et fort comme son

(1) Chroniq. de Frodoard. — Raoul Glibkr ,930-997. Foyez aussi le Xe vol. des Bénédictins , dom Bouquet.

(2) Les canons d'Alion sont un des plus curieux documents de l'histoire des dixiéme et onzième siècles; ils sont adressés : Dominis mets gloriosissimis Francorum régi bus Hugoni , filiogue Robe r II speciem gerenti dignttm imperio, fin mi lis Fforiacensium reclor Abo perpétua ? sa'utis , etc. On les trouve aussi daus Mabillon, Feler. Annal., tom. u, p. 248 et 249.

(3) Fuyez Raoul Cuira, liv. n, chap. i. — Hclcud, F Ha Robert., dans Duchesne, I. iv.

(4) Les Chartres portent ce double lilrc : liegnant. Hugo, et Robcrti. C’était plus qu’une adoption , c’était une com-

père. Dans une assemblée d’Orléans, Hugues proclama Robert son héritier en son lignage; il dut succéder à la couronne , cl les grands le saluèrent roi. Dès ce moment tout se fait en commun , et les Chartres sont scellées d’un double scel (î). On avait besoin d'accoutumer les hommes d’armes à cet exercice d’un pouvoir en portage: on préparait l’hérédité.

La famille de Hugues Capot était nombreuse et brillante; sa femme Adélalâ ou Adélaïde, active et puissante sur les clercs et les féodaux , domina le règne de Hugues; elle assista aux grandes entrevues avec l'impératrice Théophanie (3) : elle ne resta étrangère à aucun acte de celte administration. Les chroniques nous racontent tous les incidents de la vie d’Adélaïs et la peine qu’elle $c donna pour assurer la couronne ail duc de France. Avec Robert, son fils aîné, Hugues Capet cul encore deux filles, Hadwige, mariée à Rainicr, comte de Hainaut; la seconde, du nom de Giscllc, épousa Hugues, qu'une charlrc ne désigne que comme avoué de l’abbaye de Saint-Riqtiier (G). Les avoués et défenseurs des abbayes étaient alors en pleine possession des domaines de l’Église ; personne n’aurait osé leur contester le droit de gouverner cl posséder ces terres dans l’ordre des fiefs : quand la crosse et la mitre de l'abbé n’avaient plus la force indispensable pour défendre la terre et les inanses abbatiales , il fallait bien que l’Église se choisit un défenseur. Hugues Capet eut aussi un bâtard ; son nom était Gauzlin ; il fut abbé de Saint -Benoit -sur -Loire, puis archevêque de Bourges. Au moyen âge, lorsque la bâtardise n’entralnait pas aux grandes expéditions militaires, quand il n’y avait pas au coeur du bâtard lin feu de gloire , il revêtait la robe de clerc, il brillait au pied de l’autel par la milreel la crosse d’abbé ou d’évêque : le bâtard était comme le cadet de race, il devait conquérir son état (7) !

Une fois associé à la couronne, Robert regarda le royaume comme sien ; il marcha contre les féodaux à côté de son père. Que de sueurs pour rétablir un peu d'obéissance! de nombreuses Chartres

plètc association. Foyez la Dipfomaliguc de Mahitfon , loin, i , et Y Art de vérifier tes Dates des Bénédictins.

(5) Gcrbeiit, Epi s toi. cxx.— Dcchesxb , tom. ii, p. 817. Je préfère souvent la collection de Duchcsne à celle des Bénédictins , par suite de la malheureuse coutume que les savants religieux ont adoptée de couper les chroniques cl les pièces : ils les dépècent incessamment.

(6) Fqyez sur la généalogie de lingues Capet , Sainte- Marthe ( Maison de France ), loin. i.

(7) L’abbé de Camp* a fait une longue dissertation sur la dignité et les fondions des avoués d’église. ( Cartul. ims. Bibüoth. du ro:, 1. 1, Hugues Capet )

constatent les efforts simultanés du père et du fils. Voici d’abord des lettres de Hugues Capet qui permettent à toutes les abbayes sous sa dépendance de se choisir des défenseurs et avoués , car ceux qu'elles ont ne pensent qu’à les piller (1) : « Cessez de commettre des excès, de remplir le royaume de meurtres , » écrit Hugues le roi à ses fidèles, à ses vassaux qui le suivent en armes : « Je vous payerai de vos services, mais point de désordres (2); » (premier essai d’une solde militaire substituée au service féodal par devoir et fief). « Albert , comte de Vcrmanilois, dit une autre chartrc , restituez à l’abbave de Notre-Dame «le Soissons les terres que vous lui avez usurpées. » C’est ainsi que Hugues Capet se pose comme le défenseur constant des terreî , des clercs et «les églises.

Pour amener cc résultat d’ordre et d'obéissance, le roi convoque incessamment les assemblées de vassaux, «le grands, de comtes et de féodaux; on voit qu’à tout prix le roi veut rétablir la hiérarchie, et il ne le peut pas absolument , car tout se révolte, tout frémit sous le frein qu’il tente d’imposer ; il n’y a de règle ni parmi les vassaux , ni parmi les arrière-vassaux : la société militaire a besoin du trouble pour favoriser les usurpations ; c’est une lutte avouée. Le roi n'a pas une juridiction qui s’étende au delà «l’une cité, d’un domaine : pourraitil soumettre seulement les Burchards, qui ont établi une ligne «le châteaux depuis le mont des Martyrs ( Montmartre) jusqu’à Saint-Denis? Le voilà, le roi Hugues, ayant Robert à ses côtés, sur les routes de Beauce ou «le Normandie : à chaque passe trouve un château fortifié ; toutes les rives de la Seine et «le l’Oise , les hauteurs , les plaines , les forêts, toutes les terres fourmillent de ees tours carrées, «le ces murailles noircies où viennent battre de l’aile les corbeaux au croassement sinistre. Quand le pontlevis est dressé sur sa pesante chaîne, c’est le siège «ju’il faut faire pour dompter tous ccs sires révoltés! Que de peines, que de sueurs pour soumettre un comte , un seigneur qui impose à son gré les vassaux ! «pic «le fatigues pour empêcher le pillage ou la dévastation !

(1) Ces lettres de Hugues Capet et de son fils sont adressées : Eeclesiarum vel monasteriorum defcnsoribus Hugo et lioberlus reges , tnss. tiitdiotli. du roi , u® 9807, rcj. f» 77-78.

(2) Quicumgue autem stipendia soldi publiée décréta consequilur , si arnpliùs guérit, tanguam concussor condcmnclur. .Ma mue. Uibliuthèque du roi, n® 9817, fui. 98.

(3) vl Si guis ecclcslam s a ne ta rn Hei infregerit , aut aliguid exindè per vint abstuterit, nisi ad salis confugerit factum, unathema sit. I.uit, Conc'tl. loin. il.

« Si guis agricolarum, avterorumvr pauperum prœ-

Les conci!«js provinciaux aident le roi lingues dans cette lutte; les clercs sont les plus violemment menacés par les usurpations brutales des comtes et des féodaux. Ees conciles provinciaux songent à mettre un peu de police dans cette anarchie sociale; il n’est pas une seule épltrc d’évêques ou de clercs qui ne déplore les grandes dévastations «le l’Église; il faut un frein et un remède à tant de maux. Qu’on suspende «loue les batailles par une trêve; celle prescription est confuse alors; ce sont quel«[ues évêques seulement «pii se réunissent pour demander une suspension «le combats : ils ne fixent rien encore; ils n’ont pas la confiance suffisante en leur crédit ; ils supplient plutôt qu'ils n’ordonnent. Des règlements épiscopaux cherchent aussi à protéger la liberté «les églises et le bien des pauvres : « Si quelqu’un a violé la sainte église du Christ ou lui a pris quchpie chose de force, et s’il ne revient pas à satisfaction, anathème contre lui; si quelqu'un s’empare de l’agneau, du boeuf, de l’âne, «le la vache, de la chèvre, du bouc, propriété du pauvre ou du laboureur, et s’il ne reconnoit sa faute, anathème contre lui ; si quelqu’un attaque un prêtre qui ne porte pas d’armes, à savoir, l’écu, le glaive, le casque, la visière, et qui marche paisiblement ou demeure en sa maison ; s’il le frappe, le vole et ne vient pas au repentir, qu’il soit rejeté des portes de l’église (3). » Celle grande police épiscopale était tout au profit des pauvres et des clercs, «confondus dans une même protection. Ce qui n’avait pas d’armes était sous l’aile de l’Eglise.

Dans les temps de calamité, la voix religieusesc fait mieux entendre; ces provocations pour la trêve de Dieu pouvaient se justifier alors, non-seulement par la désolation qu’entraînait la guerre, mais encore par une sorte de peste noire qui frappait comme un grand fléau la génération : celle peste se nommait la maladie des ardents; on en était saisi tout d’un coup; une fièvre dévorante amaigrissait le corps, on $c sentait brûlé comme du feu d’enfer; bientôt le malade était réduit à un étal déplorable et mourait dans un délire frénétique. Toute l’Europe fut désolée par ce fléau ; il semblait que le cavalier noir dé-

daverit ovem , aut bovem, aut as inuni, aut vaccam, aut caprœum , aut hircum , aut porcos, nisi per propriam cufpam ; si emendare per omnia neglexerit , anat/iema sit. Labbe, Concil • lom. n.

» Si guis sacerdotem, aut diaconum, vclutlum guemlibel ctericum arma non ferentem, guod est scutum, gladium, loricam, galeam ; sed s impi ici ter ambulantem, aut in domo manentem invaserit, vel carperit, vel perçusse rit, nisi post cxaminaltoncm proprii episcopi sui, si in atiquo delicto lapsus fueril , sacrilegus itte , si ad satisfactionem non vencrit, à liminibus sanclœ ecclcsiœ Del hubealur cxtrancus. « Ibid.)

Hl GUES CA P ET. — 990-996.

crll dans l’Apocalypse eût traversé l'horizon brillant et lancé ses flèches de feu sur le peuple chrétien. Combien devait être puissante la voix des évêques qui appelaient les multitudes à la pénitence! Les époques de grands fléaux sont portées à la repentance; les fidèles couraient au désert implorer les reliques des monastères; on voyait de longues processions traverser les villes et les campagnes pour appeler la miséricorde de Dieu. Dans ces circonstances, les évêques imposèrent la paix du Seigneur aux combattants. Le repos eût été considéré en tout autre temps comme une lâcheté indigne de l'homme qui avait du cœur; il n’y avait que le nom de Jésus- Christ qui pût imposer une trêve aux guerriers indomptables (1).

L’esprit d'obéissance n'était nulle part, et Robert lui-mème prit les armes contre Hugues Capet , son père; il s'associa quelques féodaux hautains pour désoler la province. Que voulait-il? les terres du domaine pour les distribuer à ses propres fidèles. Hugues Capet se désole auprès des évêques de la guerre que lui fait son fils : « Quelle tristesse pour lui , après tant de peines qu’il s’est données, tant de soins pour transmettre à Robert la couronne royale ! Son fils est pressé de le voir couché en sa tombe; il ne veut pas lui laisser paisiblement finir ses jours; » quelques évêques lui répondent : « Seigneur Hugues , n’avez-vous pas souvenance de tout ce que vous avez fait soulfrir à votre propre sire? eh bien! vous éprouvez aujourd'hui ce que vous avez imposé jadis au seigneur Charles de Lorraine : ce sont des douleurs contre des douleurs. >• Celte révolte de Robert afflige les derniers temps de Hugues Capet. Le roi a passé à travers toutes les épreuves, la guerre, la rébellion , il a tout soutenu de son bras fort et de son sceptre de fer; maintenant la révolte de son propre fils achève sa carrière; Hugues Capet est fatigué plus encore qu’avancé dans la vie; l'avenir de Robert le préoccupe; au lit de mort il lui parle, l’exhorte, afin de ne pas briser l’œuvre de ses soucis et de ses armes. Robert va être roi; c’est un poids immense : les exhortations de Hugues Capet révèlent les préceptes de la royauté féodale ; toutes les prescriptions se rattachent à l’Eglise cl aux fiefs : « O mon cher fils , par la sainte et divine Trinité , je l'adjure de ne point te laisser dominer par les conseils tics adulateurs , ni corrompre par les dons des méchants! Je le laisse le soin des abbayes, aimc-les perpétuellement , protège leurs biens et ne le dis-

(1) /'"ores les clnriresde Treugà et l'ace dans Mabillox, de Re diplomatie^ f liv vi, pag. 077. Sur la maladie «les ardents voyez Raoul Cubih, Chroniq. 097.

(2) Prœcepta sert monita giuc Hugues magnus , rex franco ru ni , in agone morlis drgens, Itoberlo fi Ho suo rctiquit pro vegemine monarchcv , ix kalendas novetn-

sipc jamais; honore notre père saint Renott et son ordre avec toute humilité de cœur , afin que tu touches saintement la tombe après la séparation de la chair (2). * Ne point violer les églises, avoir respect pour saint Benoit, c'était là une noble idée, car de l’Église devait venir l’ordre moral , la force sacrée de la royauté , les prescriptions d’obéissance pour les sujets; et la règle de saint Benoit n’était-elle pas le type et l’origine de toutes les agrégations bourgeoises et ouvrières du moyen âge? Les religieux de saint Benoit avaient prescrit l’ordre, le travail , la hiérarchie dans une société toute militaire et désordonnée ; ils suivaient la grande loi du labeur, l’éternelle condition de la vie humaine.

Hugues Capet mourut le 21 octobre 996 (3). Il avait gouverné pendant dix ans, si l’on peut appeler gouverner un royaume poursuivre avec persévérance la vigoureuse lutte d’armes contre le désordre féodal : toute celle époque fut une sorte de combat livré aux comtes, aux vidâmes, aux pilleurs de moutiers et de terres. Il n’y avait pas de principes dans l’ordre politique et civil , chacun usait de sa force pour s’emparer des terres à sa convenance , et voilà pourquoi il y eut si peu de protestation et de dévouement pour l'ancienne famille de Charlemagne. L’idée du droit était encore impuissante; elle ne pouvait grandir que par l’Église. À celte époque, l'immense institution catholique ne s’etait pas ellemême formulée; elle n’avait ni unité ni chef puissant. La papauté n’avait pas conquis une force suffisante pour dominer le monde ; la pensée morale devait venir de cette source protectrice ; les conciles provinciaux n’avaient qu’une influence locale, et ils prêtèrent néanmoins une certaine énergie pour ramener la paix publique ; les règlements des conciles remplacent les Chartres du roi, si peu nombreuses. Dans la période de Hugues Capet , au milieu des barons de la race franque, il y avait bien des églises , mais il n’y avait pas encore une Église comme les papes eurent la gloire et la mission de la constituer.

Un cherche à peine dans ce conflit local d’armes et d’intérêts, dans ces querelles de châteaux, quelques reflets de la vieille science, quelques étincelles d’esprit et de littérature. L'époque est sauvage; on n’entend que le cliquetis des armes sous les voûtes de pierre ou sur les champs de batailles ; quelques traditions transmettent les aventures et

bris 906.— HrLGiLn, Ftoriaccnsis monachl epitoma vilœ Roberll regis . ( Fditiou Piihoa, pag. 168.)

(3) La date de la mort de Hugues Capet a été fortement discutée ; ratifié de Camps en a fait une dissertation spéciale. — Voyez mauujcr. Uifilioihé.picdn roi, tom. i. (Car tut.)

IIIGCES CA PET. - 970-09G.

les prouesses, ces lourds coups «l’épécs qui fracassenl les cuirasses et les brassards; on voit poindre les chansons de Geste , les premiers vers de l’épopée «lu onzième siècle; les trouvères n’ont point paru (1). Les moines dans leurs couvents solitaires écrivent des épltres, commentent les Écritures, multiplient leurs leçons; quelques-uns composent les hymnes de l’Église, récitent en plain-chan l les litanies des saints, ou relatent ces naïves légendes, cesépiques récits du christianisme civilisateur. La société n’a pas de littérature, il n’y a pas pour cela assez de joies. On vient d’échapper aux Hongres, aux Normands, aux Sarrasins, et c'est pour toml»er aux mains «les barons qui pillent les églises et insultent les tombeaux des martyrs. Lisez ce s translations de reliques, ces pieux efforts de religieux qui sauvent la poussière «les sépulcres, de retraite en retraite, à travers les ermitages et les déserts; pieux récits pleins «le merveilles ! Les reliques ne processionncnl «jn’au milieu «les miracles; on les transporte avec les pompes religieuses , plus brillantes que s'il s'agissait de saluer un roi; les moines se complaisent à en décrire la marche (2) solennelle avec «les incidents d’une candeur et d’une naïveté «pii montrent le moyen âge tel qu’il est , avec son esprit et scs mœurs. Le dixième siècle fut l'époque de la translation «les reliques et de la biographie «les saints. Et pourquoi «l«;daigner celle épopée dans l’ordre moral? Il y a un avenir merveilleux dont l'intelligence échappe à notre faiblesse ; tout est prodige autour «le nous; le matériel «le la vie dépend d'un momie supérieur qui se complaît à bouleverser les notions exactes. Au moyen âge, ces êtres, d’une nature fantastique, intervenaient pour tout; il y avait lutte entre les pieuses intelligences et les esprits des ténèbres ; tout ne se bornait pas au triste positif des sociétés. Comme la génération était materielle ■meut soulFrantc, ou l’élevait jusqu'à celle douce idée que l’esprit détaché du corps dominait tôt ou tard la matière. Les légendes furent une poésie consolante pour le pauvre et le souffreteux ; elles le transportaient dans un idéalisme «pii relevait sa destinée : quelles étaient ces cendres dont on transportait le glorieux dépôt avec toute la pompe d’un cortège royal ? c’étaient les dépouilles m«>rlell«‘s «l’un pauvre, d’un serf peut-être couvert de bure : et li’ëlail-ce pas là le plus beau triomphe de l’égalité ? Les ossements «le l’ermite, «lu solitaire, ou «lu misérable serf, sanctifies, étaient enchâssés «lans de l’or, dit cèdre et «le la soie , comme pour

(1) /'oyez le chapitre v de cc litre, sur l'origine cl le «leveloppcmeol de la littérature au dixiéme siècle.

(2) Comparez A mots, De miracut. souci. Bcncdîct. De Invent, corpor. beat. Judœ. Translai. de S. Genov. — Mabillos, rit. sanct. ord. S. Bcncd. seve. 4, f 2, |». 224».

élever le» petits et abaisser le front superbe des grands que dévorait le ver du sépulcre.

Le règne de lingues Capet fut un fait «le nécessité ; le droit n'avait pas alors le privilège de sc montrer dans sa force et dans sa puissance historique. Tout n’élait-il pas en question? Quanti le fief était livré au pillage des plus forts, la couronne ne pouvait-elle pas être ramassée comme l’escarboucle ou l’épée «lu baron? Il n’y avait pas, à proprement parler, de rois des Francs; il y avait des fils et des d«‘scendants de Charlemagne , des successeurs du vaste empire ; mais Lothaire , Louis V, et après eux Charles de Lorraine , étaient plutôt le» suzerains de la race germanique, princes de la Meuse, qu’ils n étaient des rois de France couronnés. Les Carlovingiens avaient eu l’empire et la couronne d’or, leur puissance tenait de la pourpre impériale; ensuite chaque race choisit son chef ; les Olhon régnèrent en Germanie, les ducs de France, les comtes de Paris furent élevés rois «le leur domaine. Le premier suzerain des Français (rex Francorum) fut Hugues Capet. C’étaient les grands vassaux francs réunis qui choisissaient un chef pour les conduire aux batailles. La transformation de la royauté de race en suzeraineté territoriale fut la suite «l’une lutte difficile; le passage «le la royauté militaire au pouvoir domanial ne fut pas subit, la transition fut longue et développée ; elle devint l’oeuvre de la conquête et «le la réunion successive «les terres au domaine ; ce fait s’accomplit surtout pendant le règne «le Philippe-Auguste ; le principe monarchique domina dès Iqrs la souveraineté.

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