GÉOGRAPHIE DES CROISADES
Roule». — Bornes. — Ponts et péages. — Villages. — Cilés. — Populations. — Races. — Les Allemands. — Les Hongrois. — Les Bulgares. — Les Pctscbeneges. — Le» Grecs. — L’Asie Mineure. — Nicée. — Antioche. — La Syrie. — Le» Sarrasins. — Les Turcs. — Le Califat el
l’Égypte.
Tout ce peuple de chrétiens, qui s’armait avec tant d’enthousiasme pour la délivrance du saint sépulcre . avait de vastes terres à traverser avant de saluer Jérusalem ! dans le concile de Clermont , quand la parole eut soulevé des myriades d'hommes, Urbain II s’efforça de mettre un peu d'ordre, un peu de discipline au milieu de ces masses émues. Les prescriptions pontificales avaient pour objet de grouper en armées régulières (1) la foule des pèle-
dom Bouquet, tom. xi, Oiuieric Vital, liv. ix, pag. 719, dan» Duchés?! k, Hit for. Normanor. Collect. Le chroniqueur Albéric de» Trois- Fontaines, ajoute que tou» ceux qui avaient participé à ce mariage furent également excommunié». Chroniq. ad ann. 10'J5.
(I) Voyez Actes du concile de Clermont, dans Ojvderic Vital, ad ann. 1095. >
rins qui allaient s’acheminer tumultueusement vers le saint sépulcre. Le pape savait que les roules n’étaient pas sûres ; les croisés avaient à traverser des populations diverses à peine chrétiennes , hostiles aux étrangers , ou méfiantes ail moins pour ces hommes d’armes qui venaient de lointains climats. L’itinéraire n’était pas tracé, et d’ailleurs la protection qui suffisait à quelques pèlerins marchant isolés nedevait point répondre aux besoins immenses de ces populations entières qui allaient déborder, comme les eaux des grands fleuves, sur l’Allemagne, la Hongrie, la Bulgarie, la Grèce et l’Asie Mineure (2).
Borne impériale avait semé le monde de magnifiques roules, im|K;rissables œuvres qui liaient toutes les parties de ce vaste univers. Depuis les murailles «le la Calédonie jusqu'aux confins de la Perse; depuis la Germanie indomptée jusqu'au grand Atlas qui supportait les cieux sur ses vastes flancs de rochers , quels travaux immenses avaient tracés ces voies romaines , dont les débris restent encore debout! Les légions signalaient leur passage à travers une province , en y laissant les monuments de leur patiente immortalité (3). Ici des arcs de triomphe que les centurions et les tribuns élevaient à César; là des aqueducs suspendus qui unissaient les montagnes ; partout ces routes en pierre que le ciment romain préservait des ravages du temps ; les cirques, les théâtres , les tours dures comme le diamant entouraient la cité d’une triple enceinte. Tous ces monuments de l’art avaient survécu ; dans le dixième siècle , on voyait épars ces souvenirs des grandeurs impériales, el les inscriptions qui en perpétuaient la mémoire. Le moyen âge vécut des débris de la civilisation romaine; ce fut à l’aide de ces pierres carrées , et avec la poussière de ces splendeurs, que les châteaux fortifiés des premiers siècles féodaux furent construits (4). Les routes militaires étaient largement tracées et bien conduites; aux grandes époques de Home , le char du préteur ou du proconsul parcourait les itinéraires qui embrassaient le momie connu (3).
Tous ces débris de Borne allaient encore servir l'instinct voyageur des pèlerins pour se diriger vers Jérusalem; les traces élaient si bien marquées, qu’un seul chemin conduisait de l’embouchure du Uhin jusqu'à l'Oronte, et les pèlerins pouvaient se rendre des marais de la Belgique jusqu’aux riants
(2) L’iliuérairc des pèlerins a été tracé par saint Antooin, saint Arculphe, saint Guillebaud el plusieurs autres pieux \oy3ücun.Mk9iii.ox,Act.sanct.ordin.s.Benedfct.,\i9rlM.
(3) Sur les travaux militaires des Romains, consultez Bcrcieh, Hist. des grands chemins , liv. m.
(4) F'oxez le cbap. i" de ce travail.
(5) SrARneia, Orb. Roman, cbap. vin.
bosquets de Daphné sous les murs d'Antioche, célébrés par l’empereur Julien (1). Ainsi ces vestiges de routes qu'avaient traversées autrefois les légions victorieuses , les pèlerins chrétiens les parcouraient aujourd’hui pour accomplir le but pieux de leur voyage, l’adoration du grand sépulcre. Les uns allaient partir de la Gaule occidentale ou méridionale ; les autres quittaient l'Allemagne ou l’Italie pour visiter d’abord Constantinople , et de là , traversant le Bosphore , ils devaient toucher la terre d’Asie Mineure; ils avaient à parcourir des provinces nombreuses, des pays à peine connus. Les barbares avaient fait bien des ruines dans les primitives invasions du quatrième siècle : cependant les voyageurs devaient trouver sur leur route des villages, des ponts, des bacs avec péages féodaux; ces bourgs étaient Irès-muilipliés; il y avait peu de grandes villes , mais des habitations ici là éparses se groupaient ensemble en hameaux, et formaient des peuplades dans les positions abritées de la campagne, au pied d’une haute montagne, dans le creux d’un vallon , au bord d’une rivière qui fertilisait les champs agrestes (3).
Le voyageur égaré trouvait secours dans les oratoires et les hospices ( hospitium ), et ces maladreries que les fondations chrétiennes avaient jetées 6iir les routes, de lieu en lieu, dans les situations les plus périlleuses. Partout où il y avait un désert, on voyait une croix s’élever comme un signe de miséricorde et de secours pour les voyageurs. L’hospice était une idée toute chrétienne inconnue à l’antiquité polythéiste (3). Dans leur temps de victoire, les légions de Home avaient aussi placé des bornes militaires qui indiquaient les véritables voies, et ne permettaient pas aux pèlerins de s’égarer quand ils entreprenaient le lointain voyage de Jérusalem. Ainsi la prévoyante administration de Rome servait encore aux barbares conquérants qui avaient foulé la poussière de ses ruines I
Le premier peuple qui se trouvait sur la roule du pèlerinage, quand on avait traversé l’Allemagne, étaient les Hongres ou Hongrois, dont le souvenir effrayait encore les chroniqueurs du dixième siècle ; ces populations aux traits aplatis, â la figure ronde, au nez large et épaté, avaient une origiqp tartare; leurs ancêtres étaient les Ouigours (4) , d’ou dérivait le mot Hongrois; ils sortaient de la Scylhie ou
(t) Bencita, Ilist. des grands chemins , liv. m.
La situation actuelle* de ta plupart des cités explique cette topographie. Je regrette qu'aucun travail statistique n’ait été fait sur le moyen âge. Le meilleur guide serait l'admirable collection des Rollandisles.
(5; Ducange, v» Hospilium.
(4) Le tableau des nniMirs des Hongrois a été parfaitement tracé par Georges Pbw, Dissertatione* ad An-
«le la Tartarie, origine première des Huns (3) et des Avares , si célèbres aux derniers jours de Vempîre romain. Les Ouigours avaient d’abord planté leurs tentes au milieu de la Pannonie ; comme toutes les races tarlares , ils montaient de petits chevaux , et portaient le carquois sur l'épaule; les chroniques nous racontent avec effroi les mœurs de ces populations. comment elles sc précipitaient impétueusement dans la bataille, puis fuyaient pour se réunir encore. Leur idiome était le tartare mantchoux ; leur premier chef portait le nom d’Almus, et se disait issu d’Attila; car lorsqu’il y a une grande renommée chez un peuple, tous veulent y chercher leur origine pour se donner line empreinte de sa grandeur. Les Hongrois étaient restés barbares et païens jusqu’aux deux tiers du dixième siècle, lorsque parut Étienne, fils du duc Géisa; il était de haute stature et de belles formes; il se distinguait du commun des Hongrois par la (aille et les traits de son visage. (Quelques saints moines avaient parcouru les terres des Hongrois pour prêcher la loi du Christ; Étienne reçut le baptême des mains de saint Adalhcrt, évêque de Prague ; il fut reconnu waivode ou duc de Hongrie par les acclamations du peuple. Étienne, devenu chrétien, se donna la belle mission de convertir et de civiliser ses peuples; il fut obligé de dompter les Hongrois qui se révoltaient sous sa main pour revenir à leurs dieux et à leur vieille barbarie. La barbarie a ses charmes d'habitude et d’innocence; les idoles que votre enfance vous a faites d’or, ce culte, ces coutumes du berceau, ce campement sur des chars à la face du ciel pur, cette vie des forêts quami l'air épanouit les poumons, tout cela constitue la vie primitive, et les peuples l’oublient difficilement. Étienne devint le roi le plus fidèle au saint-siège (G); il voyait dans Rome le principe de la civilisation et de la force; il*lui fit hommage de son sceptre: Étienne, avec la pourpre de roi, reçut le nom d’apôtre de Hongrie. A la fin du onzième siècle, sa couronne fut déférée à Coloman , prince mal fait de corps et d’un esprit méchant ; Coloman , depuis tristement célébré par les chroniques de la croisade, alors que les bandes des pèlerins traversaient les villages hongrois qui commencent là où le Danube déploie ses eaux immenses. Le Danube a quelque chose de sauvage , souvenir de scs habitants primitifs (7).
nal. veter. Hangar., etc. Vindohonœ , ann. 1773, in-fol.
{5j /'oyez Ki scuta , Qtifvsliones pet ropo litanie. Cœtting. , ann. 1770. ILdisserie longuement sur l’origine do* lluns. y -
(G; Pu«a, Notlltà re'rum Hungarum, tom i", pag. 38. l7i Bosrurnrs, Annal. Hungar., eiTawnocz {Hangar., pag. 117.) Il est impossible de voir le Danube sans éprou- | ver une indicible émotion. Je suivis, en 1837, le cours de cet
C\ PE FC l> K.
Quelle était l’origine des Bulgares , populations nomades que l’on voyait avec leurs lentes se transporter ici là comme les Arabes du désert? Les Bulgares étaient Scythes ; ils appartenaient encore à celte vaste famille du Volga , la Sarmatie asiatique des anciens : une colonie de Bulgares vint se fixer dans laValachic et la Moldavie, et posa ses pavillons noirs dans l’empire même des Grecs. Comme les Hongrois, les Bulgares s'étaient convertis au christianisme sous leur roi Bogoris ; l'unité européenne arrivait par le pape. Ce fut une histoire miraculeuse que celte conversion de tout un peuple : une jeune fille bulgare , aux traits marqués des races de Tartarie, la sœur même de Bogoris, avait été captive à la cour de Constantinople , auprès de l'impératrice Théodora ; elle admira les pompes chrétiennes, les peintures d’or dans les églises de Sainte* Sophie, au milieu des immenses basiliques grecques; elle avait vu les églises parfumées d’encens : ardente pour les enseignements de Théodora , la jeune Bulgare embrassa la foi du Christ ; puis elle s'en revint auprès du roi son frère, et comme Clotilde pour Clovis, elle abaissa le cou du barbare , en lui révélant les dogmes de châtiment et d’espérance qui constituent la foi religieuse ; le rôle de femme fut toujours si puissant dans le catholicisme ! Alors de fréquentes relations existaient entre les Grecs et les Bulgares (1); ces races tarlares voulaient imiter le faste brillant de la cour de Constantinople; Bogoris avait demandé un peintre pour jeter quelques ornements dans son palais, et ce fut le moine Mélhodius qui se donna cette mission d’art qui pouvait servir la foi. Dans une assemblée nombreuse où les Bulgares se livraient à leurs jeux sur des chars qui soulevaient la poussière, Mélhodius . avec l'admirable instiüctdel’éeolp chrétienne, reproduisit la peinture du jugement dernier, cette effrayagte image du grand Dieu dans sa justice et dans sa colère, ce chœur éblouissant de vierges candides et célestes , d’anges aux ailes séraphines , cette multitude de confesseurs agenouillés, l'archange Michel lançant la foudre sur les méchants et sur les pécheurs, celte échelle effrayante de corps amoncelés qui se déploie sous la main des anges exterminateurs, ces femmes grasses et charnelles jetées aux tourments des enfers, l'avare qui n fermé ses entrailles aux pauvres, le guerrier implacable, le * • ' * » è *»* »
immense fleuve, depuis Passa w jusqu'à Prcshourg ; je me fis une Juste idée du culte de* anciens pour les eaux majestueuses.
(1) C’est dans les histoires du Bas-Empire qu'il faut chercher les annales des Bulgares. Il n'y a pas de chroniques originale» sur l'ongi nede ces barbares. /’orej aussi üocshor et le P.PACi.quidonnc l’histoire de tous les rapport» des rois bulgares cl du pape, pendant les dixième et onzième siècles.
voluptueux efféminé, l’homme de chair et de sang qui sacrifie tout à l'enveloppe mortelle; le jugement dernier, en un mot, la plus sublime conception morale que l’art se soit transmise d’âge en âge (2). Cette peinture, le moine Mélhodius la traça rapidement sur les tnurs du palais, et le roi Bogoris en fut tellement frappé, qu'il s'agenouilla tremblant devant la puissance de ce grand Dieu qui frappait ainsi dans sa justice. Depuis celle époque , les Bulgares se civilisèrent, et ils furent réunis à la domination grecque sous l’empereur Basile le Victorieux; ils se soumireut et se révoltèrent tour à tour; quelques villes s’élevèrent au milieu de celte population jusqu’alors nomade. Il en fut des Bulgares comme des Hongrois , la masse tout entière ne se convertit pas au christianisme ; il y eut des bourgs qui conservèrent leur vieille origine (3). Là se montraient encore les pompes du culte des ancêtres; on conservait cette religion des Scythes dont parle Quint-Curce, et les pèlerins de la croisade, en traversant les vastes plaines de la Bulgarie, trouvèrent sous leurs pas les vestiges des dieux asiatiques.
Les Pelschencges , dont le nom retentit si souvent encore dans les monuments de la croisade (4), étaient aussi des populations tartares qui , sans territoire fixe , se mettaient au service , tantôt des Grecs, tantôt des Hongrois, et couraient partout où le pillage les appelait. Les Pelscheueges s'étaient moins assouplis que les Bulgares; ils conservaient une activité remuante , ils se servaient de l’arc avec une admirable dextérité, et leurs chevaux, aussi sobres que le chameau et l’âne du désert, les portaient rapidement sur le champ de bataille. Ils formaient avec les Turcomans une milice redoutable aux armées grecques ; quelques tribus s’élaicnt mises à la solde de l’empereur, et composaient des troupes considérables appelées à défendre Constantinople ou les frontières de l’empire menacé; dans cette décadence de toute énergie , Byzance appelait les barbares contre les barbares; c’était la politique des derniers empereurs romains, au moment où Home et l’Italie croulaient de toutes parts sous l’invasion des Huns.
Quand on avait traversé ces tribus barbares , on arrivait aux frontières de l’empire de Byzance. Ici les mœurs changeaient; c’ctaient les manières efféminées , les habitudes de ruse et d’obéissance ;
(9) fl est beau de suivre en Italie la peinture du jugement dernier, depuis les fresques à demi détruites du Campo-Sanlo de Fisc, jusqu'à cet admirable jugement dernier de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine.
(3) Les annales de Metz parlent longuement de Bogoris et des Bulgares , ad ann. SB7.
(4) Lisez surtout Ai.bebt n’Aix , qui parle souvent de c es
peuplades lartares. #
point de force, mais de la mauvaise foi , de l’adresse et de la dextérité dans les moyens; les Grecs avaient les yeux de lynx , l'intelligence ouverte et souple ; rien de cette franchise brutale des vassaux d'Occident. Le type grec se révélait dès qu’on avait passé Micopolis; on rencontrait là les vêlements longs, les amples tuniques, les dalmatiques brodées d'or et les tiares ornées de pierres précieuses qui couvraient leurs tètes dans les graudes solennités, (/administration du Bas-Empire était absolue ; l’empereur, absorbé dans sa robe traînante aux plis ondoyauts tout de soie, brochée de perles , d’émeraudes et de diamants, recevait l’adoration de ses sujets ; toutes les dignités du palais inscrites sur le livre de pourpre se réglaient dans un ordre invariable, depuis le curopulata (le grand maître de la garde-robe) jusqu’au logothete (le gardien des lois) et le protostrator (le chef des forces militaires), et le protospat haire , qui commandait les gardes du palais (1). Les provinces étaient régies par des gouverneurs qui représentaient la majesté impériale, comme les satrapes des antiques rois (je Perse et de Bahylone dont parle l'Ecriture. L'obéissance la plus absolue était imposée ; les ordres de l’empereur étaient sacrés comme la parole de Dieu même, jusqu'à ce que les révolutions de palais vinssent leur arracher les yeux avec des tenailles d’or, ou les jeter dans un monastère obscur, prison éternelle de la puissance déchue.
Au milieu de ces peuples rusés et soupçonneux , les pèlerins devaient trouver mille embûches ; car quelle ressource reste-t-il a la faiblesse quand la force gionde? Les Grecs professaient tous la foi chrétienne , ils adoraient le même Dieu ; dans les églises de Constantinople , de Nicopolis ou de Sinyruc , on voyait sur un fond d’or le C/iristos du bouveau Testament avec sa face divine, son manteau d’un bleu céleste, sa tunique pourprée et celte auréole rayonnante autour de sa chevelure. On voyait également Paul , l’apôtre des aréopages d’Athènes (2); Pierre qui traversait la Syrie, la Palestine , pour annoncer la bonne nouvelle ; et Joanncs le beau jeune homme, le disciple chéri aux idées ardentes , à l’imagination qui déborde dans le terrible Apocalypse, le livre conçu à I'ile solitaire de Palmos. quand les chevaux amaigris lui apparaissent dans les airs avec leurs naseaux de feu, lorsque les sept sceaux brisés répandent sur le monde les fléaux de la peste et de la famine. Le$ Grecs étaient
(1) Codinos, de Officils Ecctcsiic et Au fer Constantinop. , chap. xvn, psg. 120-121 , le plus beau livre >ur le cérémonial de Constantinople.
(2> Toutes les peintures ecclésiastiques du Uas-Empire représentent le Chrislot , saint Jean, saint Paul; et Home et Milan en possèdent encore de bien conservées.
chrétiens, mais ils ne considéraient pas les barbares d’Occident comme leurs frères ; tous se disaient d’une race supérieure : qu’avaient-ils de commun avec ces hommes d’une origine étrangère quv vènaienl ainsi traverser les terres du grand empire? Avaient-ils des desseins de conquête et d’envahissement , comme les enfants de Normandie alors dans la Pouille et dans la Sicile? n’étaient-ils pas de la même race que Robert Guiscard et Bohémond?
Alexis Comnène , fils de Jean , prince d’une illustre naissance, avait été élevé à l’empire; fier du sang pourpré de son origine, il croyait relever la dignité des empereurs. Depuis son élection, Alexis était en guerre avec Robert Guiscard le Rusé , fel les Normands de la Pouille, les ennemis des Grecs. Alexis envoyait contre les barbares d’Occiderit des myriades d’hommes, et ces myriades élaient brisées par les valeureux enfants de Normandie. A Durazzo il arriva que dix mille chevaliers défirent en rase campagne plus de soixante mille Grecs (3), et Bohémond , l’habile et fort Normand , était venu mettre le siège devant Larisse en Thessalie. I/empire était ainsi comme une proie que deux races dévorantes se disputaient : à l’Orient les Sarrasins, à l’Occident les fils de la Scandinavie. Alexis vit bien qu’on ne pouvait combattre qu’avec la ruse ces hommes aux poitrines de fer, qui foulaient sous les pieds de leurs chevaux les terres de l’empire; il temporisa donc; que pouvait faire la faiblesse lorsque la force brutale partout débordait victorieuse? Alexis Comnène avait dans le palais du Bosphore sa jeune fille du nom d’Anne. Au moment décisif où la croisade gronda sur l’empire, Anne atteignait à peine sa douzième année, et déjà une pénétration extrême lui avait révélé les fatales destinées que les barbares réservaient à l’empire d’Orient; l’histoire admire, avec une curiosité attentive, cette jeune fille qui se trouve tout à coup jetée au milieu des cris de guerre à la face des barbares. Anne Comnène a décrit elle-même les dons que Dieu lui avait prodigués; en écrivant la vie de son père, dans son pompeux récit de Y Alex fade, Anne Comnène dit que, jeune fille , elle avait la taille bien prise , le pied petit , de beaux cheveux qui tombaient tressé* à la manière grecque, comme on voit encore aujourd'hui les filles de Smyrne , de Chio et de Crète ; sa tunique blanche brochée d’or lui servait à envelopper son frêle corps, amaigri par la méditation et l’étude (4). Anne Comnène n’avait que douze ans, et déjà
(3) Anne Comnène cil fait elle-même Paveur ÀtexiAOj; , liv.ir, p. IOf5.McR.iTom, Annal. liai., ad ann. 1080*1005.
(4) L 'Alex iode a été publiée en entier dam la Byzantine ( édition du Louvre ). Le grand Ducahge a fait un remarquable travail d'étude »ur Anue Comnène et VAltxiade (Hlsl. Byxant. et famil. Cunstantinop. )
l’esprit d'observation sc révélait en elle ; la princesse avait profondément réfléchi sur les philosophes de la vieille Altiquc; grecque par le sang, elle était Hère d’Homère comme d’un île ses ancêtres, et se rappelant la langue harmonieuse de Démosthènes, elle jetait ses mépris sur les idiomes barbares d’Orient. Anne Comnène discutait avec les savants sur les origines et les causes des idées humaines ; les scolastiques la considéraient comme une perle de science incrustée au milieu de la tiare des empereurs, et celle tiare pouvait briller au front d’Anne Comnène , comme elle avait brillé sur les cheveux tressés des impératrices Zoé , Théodora et Eudoxie.
l/empire grec était envahi de toutes parts; les infldèles campaient sur le Bosphore; du haut des tours de Constantinople , on pouvait voir les tentes noires des Turcoinans qui couvraient les terres asiatiques; et lorsque les vents impétueux ridaient les flots du Bosphore , ils apportaient, comme une menace de destruction, le hennissement des chevaux tartares campés sur la rive opposée. Toute l’Asie Mineure avait subi le joug des infidèles ; Nicée , la cité des conciles , la ville aux souvenirs de l’Église primitive; Antioche, qui défendit si longtemps les dieux de l’Olympe , Apollon et ces bosquets de lauriers où frémissaient, comme la feuille d’arbre, les oracles de Daphnc; toutes ces villes de l’Écriture , ces Eglises chrétiennes auxquelles Jean adressait sa voix pure et ses conseils d’amour, avaient vu s’élever les mosquées de Mahomet. La croix s’était abaissée, les cloches n’appelaient plus les fidèles à la prière , les patriarches et les papas grecs étaient poursuivis par de fatales persécutions : encore quelque temps, et le feu grégeois même ne préserverait plus Constantinople ! la ville des empereurs allait tomber au pouvoir des enfants du Prophète (1 ).
Dans celle situation désespérée , l’empereur Alexis avait écrit au pape et à quelques comtes francs pour appeler leurs secours au milieu de l'Empire désolé. Alexis ne songeait point au soulèvement de l’Europe par la croisade; mais il implorait l’appui de quelques troupes de pèlerins glorieusement armés pour le nom du Christ. L'empereur exposait les douleurs de l’Église chrétienne ; est-ce que l’Occident demeurait impassible , quand l’Orient était envahi par les barbares? Il existe une épltre lamentable d’Alexis Comnène, adressée au comte de Flandre , qu'il avait connu dans son passage «à Constantinople ; l'empereur expose au comte féodal tous les malheurs qu'éprouvent les chrétiens. Le texte de la lettre est perdu ; mais Guiberl de Nogenl ,
le bon et pieux chroniqueur , en rapporte des fragments qu'il accompagne de ses observations naïves (2). Ces sortes de pièces et Chartres écrites couraient de monastère en monastère ; on se communiquait ces plaintes et ces lamentations de châteaux à châteaux , pour appeler appui. Puis-je résister au désir de faire connaître cette vive expression contemporaine? « L’empereur, dit le bon moine , se plaignait de ce que les Gentils, en détruisant le christianisme , s’emparaient des églises et en faisaient des écuries pour leurs chevaux , leurs mulets et leurs autres bêtes de somme ; il était également vrai qu’ils employaient aussi ces églises à la célébration de leur culte, en les appelant des rnahomerios ou mosquées, et ils faisaient en outre, dans ces mêmes lieux, toutes sortes de turpitudes et d’affaires, en sorte que les églises se trouvaient transformées en halles et en théâtres. Il serait superflu , ajoutait-il, de parler des massacres des catholiques , puisqu'il est certain que ceux qui meurent dans la foi reçoivent en échange la vie éternelle, tandis que ceux qui leur survivent traînent leur existence sous le joug d’une misérable servitude , plus dure pour eux que la mort même , comme j’ai lieu de le croire. En outre, les vierges fidèles, lorsqu’elles sont prises par eux, sont livrées à une prostitution publique; car ils n’ont aucun sentiment de respect pour la pudeur, et ne ménagent point l’honneur des épouses. « Le naïf chroniqueur exprime ici l'opinion générale de l'Occident sur les mœurs et les habitudes abominables des races turque et tartare. En faisant ainsi d’épouvantables tableaux de la dépravation des infidèles, l’empereur voulait surtout exciter l'indignation des chrétiens ; allaient-ils abandonner leurs frères dans le dënùmentet la disgrâce? allaient-ils laisser leurs évêques, les pères de tous en Jésus-Christ, au milieu de ces barbares? La rougeur devait monter au front à toute la race d’Occident; le cri d’armes devait retentir dans tous les châteaux «le chevalerie. « Les Sarrasins , continuait l’empereur, ont menacé d’assiéger Constantinople, événement, ajoute le vieux chroniqueur, qu’Alexis redoutait par-dessus tout, et dont il était sans cesse effrayé, dès que ses ennemis auraient franchi le bras de Saint-Georges. L’empereur disait , entre autres choses , que si l'on ne voyait aucun autre motif de se porter à sou secours, on s’y déterminât «lu moins pour défendre les six apôtres dont les corps avaient été ensevelis dans cette ville ; il fallait empêcher les impies de les livrer aux flammes ou de les précipiter dans les gouffres de la mer. Alexis faisait valoir l'illustration
ioogl
(I) Voyez Afcxiade, liv. ni. — l'oyez au**i CoaiTAXtia PonraTROCtitiTB , de Adminhlralione imperi. ,
tom. xiii, pjg. 64 et 65, el Cisn&a., liv. vi, paç. 16t. (S) Ce bert, Chronic. ad ann. 1003.
de Constantinople ; cette ville n'était pas célèbre seulement par les monuments qui renferment les corps de ces saints , mais aussi par le mérite et le nom de celui qui l'a fondée , et qui, en vertu d'une révélation d’en haut, transforma un petit bourg antique en celte cité digne des respects du monde entier, seconde Rome, où tous les hommes de l’univers devraient accourir, s’il était possible, pour l'honorer de leurs hommages. »
C'était parler la langue du moyen âge, que de rappeler les noms des saints qui honoraient Constantinople! Les reliques étaient un objet de vénération et de richesses pour les monastères. « L’empereur, continue Guiberl indigné , dit qu’il a aussi chez lui la tète du bienheureux Jean -Baptiste , laquelle (quoique ce ne soit qu’une fausseté (1)) est encore aujourd’hui recouverte de la peau et des cheveux , et ressemble à une tète de vivant. Si cette assertion était vraie , il faudrait donc demander aux moines de Saint-Jean-d’Angely quel est le Jean- Baptiste dont ils se vantent aussi d’avoir la tète, puisqu’il est certain, d’une part, qu'il n'a existé qu'un Jean-Baptiste , et d'autre part qu'on ne saurait dire sans crime qu’un seul homme ait pu avoir 1 deux tètes (2), « Guibert de Nogent porte toujours ; l’empreinte de son siècle, de ses opinions, de ses controverses. Les translations de reliques étaient la grande affaire du temps : les églises , les monastères se disputaient la prééminence; un corps saint était un souvenir immense pour un bourg, pour un village; car jamais on ne porta plus loin que dans | le moyen âge le culte de la personnalité, l’admiration des vertus et des services de l’homme. Ici Guibert reprend : « L’empereur disait, après tout cela, ipie si les Francs n'étaient pas déterminés à lui porter secours par le désir de mettre un terme j à tant de maux, et par leur amour pour les saints , apôtres, du moins ils devaient se rendre à l’espoir de s’emparer de l’or et de l’argent que les Gentils possédaient en des quantités incalculables. Enfin l’empereur Alexis terminait par un autre argument qu'il était bien inconvenant de proposer à des hommes sages et tempérants , car il cherchait à attirer ceux qu’il sollicitait , en exaltant la beauté des femmes de son pays ( le chroniqueur. Franc et tout national , s'indigne de cette préférence) ; comme si les femmes grecques, s'écrie-t-il , étaient douées d’une si grande supériorité, à ce point qu’elles dussent incontestablement être préférées aux Françaises, et que ce motif prtt seul déterminer une armée de Français à se rendre dans la Thracc (3) ! »
(1) V. Coibcrt, oc Mogcnt, Histoire des Croisades,
JlV. |»r,
{2| Ibid., (’hronic. art ann. 1095.
(3) Ibid., Histoire des Croisades, liv. i«, rbap. i".
La vieille haine des deux races franque et grecque se révèle dans le témoignage de Guibert, le vieux chroniqueur de la croisade. Les deux familles de peuple obéissent bien à la loi du Christ , elles adorent le même Dieu dans les basiliques ; mais les Occidentaux sont impatients de conquêtes, ils savent les riches terres que possèdent les Grecs, les opulentes moissons qui remplissent leurs greniers, la vigne dorée qui pend aux branches sauvages, les forêts d’oliviers et de jujubiers. Ils savent les cite.-, merveilleuses du Bosphore; les pèlerins leur ont appris les grandeurs de Constantinople, la ville aux palais d’or, aux statues d’airain et de bronze; et quand la famine ronge les os du peuple dans la Normandie, la Bretagne, le duché de France oh de Bourgogne , les Grecs savourent à longs traits le vin de Chypre et de Chio , autour des tables chargées des mets les plus exquis. Ces récits étaient bien capables d’exciter la fureur des conquêtes et des victoires dans le cœur des barons d’Oecidcnt. Ces Grecs , d’ailleurs , n’avaienl-ils pas la main faible, le bras impuissant pour arrêter les batailles de chevalerie? Les chroniques toutes récentes disaient que Robert Guiscard , à la tète d'un petit nombre de lances, avait mis en fuite une armée de soixante mille Grecs; Bohémond, son digne fils, marchait à la conquête de la Tbessalic , le berceau primitif de l’antique Grèce. Il n’y avait pas a comparer ces deux races pour la force et le courage; c’était le désespoir qui forçait l’empereur Alexis à recourir aux comtes francs qui méprisaient ses armes et convoitaient son empire ; mais le péril était imminent , l’Empire était menacé sur le Bosphore (4) !
La grande invasion des Tartarcs, qui avait englou: i les plus belles provinces de l'Occident, s’était également dirigée , comme un fleuve de feu , sur les contrées soumises quelques siècles avant par les Arabes ; les Turcs ou Turconians, nation de pasteurs, avaient passé l’Oxûs sous la conduite des enfants de Selgiouk ; tous appartenaient ainsi à l’immense race des Tarlares asiatiques ; ils en avaient les mœurs errantes, le courage indomptable, et celle force de corps qui brisait les peuples efféminés. Les Turcs s’étaieul donc emparés de la Perse , de la Mésopotamie, de la Syrie et de l’Asie Mineure; leurs étendards ornés du croissant et de queues de choraux flottantes au vent , fidèles compagnons de la conquête, menaçaient à la fois l'Égypte et Constantinople. Les Turcs campaient sur le Bosphore, ils dédaignaient le séjour des villes encore remplies
(4) Anne Comnène ne parle pat de cette lettre d'Alexis, écrite aux comtes francs; sa fierté répugne à un tel aveu. Mais la princesso entre dans de grands détails sur les guerres d’Alexis contre les Normands. ( Atexiade , liv. ii )
d’une population grecque et arménienne; les Turcomansgardaienl leurs troupeaux dans la montagne, menant une vie errante et nomade , souvenir des steppes de l'Asie; quand le tambour retentissait sous la tente, ils liraient leurs cimeterres recourbés, et le hennissement des chevaux était comme un pronostic de guerre et de victoire (1) : les Turcs, race tartare, étaient partis sans autre culte que celui du désert et des astres , religion de la solitude ; mais quand ils s’établirent en Perse , en Mésopotamie, ils saluèrent la loi de Mahomet. Partout les Turcs élevèrent des mosquées , et les églises chrétiennes d’Antioche, de Jérusalem, furent la plupart changées en mabomeries ; ils se fanatisèrent comme les Arabes pour ce paradis d’Oricnl , pour ces houries au front de perle, aux yeux noirs, à la chair grasse et rebondie.
Le mahométisme n’avait point conservé son unité; la domination arabe , le culte primitif du Prophète, se concentrait dans l’Égypte, l’Afrique et une partie de l'Espagne ; encore un felah , qui se disait issu de Mahomet par Fatime , avait séparé de la religion commune une portion de l’Afrique, de l'Égypte et de la Syrie. Dans celle Syrie même, au milieu de llngdad, la ville des roses , aux tapis somptueux, aux bazars de l’Asie, le calife, qui appartenait aussi, par Abhas , au sang de Mahomet, n’exerçait plus qu’une puissance spirituelle: les Turcs, comme les féodaux d’Occident , avaient opposé la force matérielle à la puissance du calife, le pape des musulmans , comme le disaient naïvement les chroniques du onzième siècle (2). L'Égypte saluait aussi un chef du pontificat, également sous le nom de calife. Les débris des villes antiques, Alexandrie avec ses tronçons de colonnes incrustées d’hiéroglyphes; le ('aire avec scs déserts parsemés de pyramides antiques, des aiguilles d’Antoine et de Cléopâtre, des zodiaques qui marquent le temps, des sphynx à la chevelure plate et noire , à l’orbite creux, au nez épaté; ccs sphynx qui abritaient de leur ombre gigantesque des caravanes entières,
(1) Consultez sur la situation de l'Asie Mineure el de la Palestine, à l'époque des croisades, les extraits des historiens arabes, par dora Berlhcreau. Ce précieux recueil forme 1100 pages in-folio. Je dois remarquer que l’école des Bénédictins a défrayé toute la petite érudition moderne; ôtez la banalité prétentieuse de quelques écrivains sur la liberté des communes , sur Y histoire des classes bourgeoises cl du tiers état , que reste-t-il de toutes les prétendues découvertes d'érudition , el de toutes les commissions scientifiques , de toutes les sociétés pour l'histoire et la conservation des monuments?
(2) Consultez dans Ibx'ALaiir, llist. des Atabecs (père du prince), les détails précis sur les révolutions et les guerre» de la Syrie. Les Allemands ont fait de grands tra-
quant! le soleil dardait ses feux sur le sable brillant ; l’Egypte avec son Nil, son Delta, ses villes populeuses el turbulentes, n’avait point subi encore le joug; les mameluks, ces fils des esclaves robustes, ne s'étaient point montrés pour soumettre les populations arabes. Le calife d’Égypte pouvait ainsi jeter des myriades d’hommes noircis au soleil d’Afrique dans une guerre religieuse (3).
L’islamisme était divisé en sectes; partout des opinions étranges se manifestaient : dirai-je les mœurs des baténiens ou ismaéliens, que les vieux chroniqueurs appellent les Assassins? Les ismaéliens , secte d’une fanatique contemplation , professaient le sentiment d’oubli absolu de tout individualisme ; ils s'abreuvaient de liqueurs cuivrantes et d’opium ; s’abîmant dans la vie méditative , ils n’avaient aucun culte que celui d'une obéissance aveugle envers leur chef; quand le Vieux de la Montagne au front ridé, à la barbe longue el blanchie (4) , ordonnait aux ismaéliens de frapper un prince , un muphli même, une tète puissante , rien ne les arrêtait ; ces jeunes hommes exécutaient , dans le plus profond secret, les ordres de leur seigneur , qui leur montrait un ciel fantastique dans les jouissances de l’ivresse, alors que l’opium fermentait dans les coupes de jaspe el d’émeraude. Les ismaéliens attaquaient la victime désignée un poignard à la main; ils le tournaient dans la plaie profonde, afin de s’assurer que les ordres du Vieux étaient exécutés. Plus tard on verra la terreur que la secte tics ismaéliens jeta jusque dans l’Occident, et les rois mêmes eurent à se garder contre les Assassins (3).
Comme nation envahissante, les chrétiens n’avaient à craindre que les Turcs ; le sultan Malekschah avait réuni toute la puissance des Sclgioukides ; c’était sous ce valeureux envahisseur que la Syrie et l’Asie Mineure avaient subi le joug; mais, comme il arrive toujours au sein des nations conquérantes, les chefs s’étaient déclarés indépendants: l’Asie Miueure se divisait en deux gouvernements militaires sous des émirs ; Kilig-arslan , fils de Soli-
vaux sur les historiens arahes des croisades. M. Sylvestre de Sacy a fait connaître l'Orient avec cette fécondité d'aperçus et cette hauteur de critique qui le distinguent, Fqyez aussi Bibliothèque des Croisades, de M. Reinaud, extraites de dom Berthereau. La source la plus ahondante est l'historien Ahoulféda. Fqpez la belle édition publiée par Reisxr et Aolch, Annal. Moslemici. Copenhague, ann. 1789 à 1794.
(5) Dom Rf.rtiierbjlu , Extrait des Historiens arabes. — ( Bibffoth. reg. )
(4) Foyez la belle dissertation de M. de Sacy sur les ismaéliens, Mèm. de P Institut. , vol. iv. Consultez aussi les travaux de M. de llammer dans les Mines d’ Orient.
(5) F oyez mon travail sur Philippe- Auguste, lom. il.
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m.m, campait «Inns Nicée, tandis que le nord de la Syrie avait pour chef un autre émir «lu nom tartare de Kcmeschtekin (1); on comptait également une foule de chefs indépendants dans la Mésopotamie : Kerboga commandait à Moussoul , et Bagui-sian élevait son croissant d’acier, couronné «lu turban vert , dans Antioche. Ces Égyptiens avaient aussi envahi, par un mouvement qui se produit à toutes les épo«pies. les villes maritimes «le la Phénicie et delà Palestine; leurs étendards pentlaienl sur les murs de Jérusalem la sainte.
Telles étaient les nations que la féodalité «l'Occident allait avoir à combattre ! Que de terres n’avoilon pas à traverser! que «le peuples divers n’avnilon pas à saluer dans une longue route? Ces Francs avaient à visiter les Allemands, les Hongrois, les Bulgares, les Grecs, pour se trouver ensuite au delà du Bosphore à la face des musulmans. Nobles croisés, vous avez des périls à vaincre, des sacrifiées à vous imposer! Déjà le soleil «le mars vous invite, les roules sont libres de neige! Allons, digne chevalerie, fourbissez vos armes, sellez vos vaillants coursiers, le temps est venu pour la conquête? Humbles pèlerins, partez , car «le belles terres vous attendent, et une gloire plus grande encore, celle de «léhvrer le sépulcre du Christ !