‹ Œuvres de CapefigueChapitre 86 sur 165 · ITINÉRAIRE DES GRANDS FÉODAUX POUR LA CROISADE · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRE DES GRANDS FÉODAUX POUR LA CROISADE

Marche militaire de Godefroy de Bouillon à travers la Pannouic cl la Bulgarie. — Les Flamands sous leur comte. — Robert de Normandie. — Les Normands de Sicile. — Bohémond el Tancrè*^ en Thcssalic. — Itinéraire du comte de Toulouse cl des Provençaux.

Le pieux sentiment qui portait les comles féodaux au grand pèlerinage avait son origine dans un principe commun ; c’étaient la même exaltation de pensée, le même enthousiasme. La parole de Pierre l’Ermite avait remué l'Occident ; la délivrance du tombeau du Christ el des frères de l’Asie était la destination des barons, des vassaux et du peuple; mais tous ces nobles hommes à la cuirasse étincelante, au casque d’acier, n’appartenaient pas a la même race ; qu’avait de commun le Flamand avec le Provençal du comté de Toulouse, qui parlait la langue d’oc? quelle était la similitude entre le Normand qui se nourrissait de cidre vert (4), et le Champenois ou le Bourguignon dont la coupe s’emplissait incessamment des vins des côtes brûlées et rôties? Le sentiment catholique formait le seul lien intime entre tous ces peuples «pii marchaient à la croisade pour le triomphe d’une idée et «l’une même croyance, patrimoine sacré de toute la génération du onzième siècle.

Godefroy le Lorrain avait convoqué ses lourds et grossiers compagnons de race germanique, qui formaient sa principale bande féodale, au mois d’août , époque fixée pour le départ du pèlerinage ; ses parents , ses amis, presque tous comme lui indomptables pour leurs ennemis et pénitents pour l’Église, entouraient sa personne; on y comptait sou frère Baudouin, fils d’Eustache le pirate de

(4) Celte distinction entre les races se manifeste même dan» les chronique»; chaque comte a son historien. Raymond d’Agiles c»l le chroniqueur de la race du Midi ; Raoul de Caen l’est des Normands ; Robert le Moine , des Francs; Albert d’Aix, de Godefroy et de la race lorraine. (Voyez Getla Del per Francot, Bonoars, ir« partie.)

SGI

Boulogne ; Garnier de Gray, l'un des grands pilleurs de monastères ; Renaud, comte de Toul ; Dudon et Henri de Acheris , et une foule d’autres comtes , chevaliers cl barons de ces contrées saurages qui s’étendaient de la Forèt-Noire aux Ardennes, des Alpes à la Meuse. Celte troupe passa le Rhin, se dirigeant à travers les joyeux coteaux de la Souabe , la Bavière et l’Autriche (1); son premier campement fut à Tollenbourg sur la Leylha ; les Lorrains elles Allemands placèrent là leurs tentes de toile grossière, et tous se réunirent pour arrêter un ordre de marche à travers la Hongrie; ils choisissaient cette route, car que pouvaient craindre les Germains des peuples à demi sauvages qu'ils allaient traverser? Godefroy était familier à toutes ces terres d’Allemagne, il y avait fait la guerre de chAteau à château, de ville à ville. Une fois arrivé sur les frontières de Hongrie, l’indomptable conducteur de la croisade voulut , avant d'aller plus loin , connaître quelles étaient les causes sinistres qui avaient empêché le roi Coloman, chrétien comme les pèlerins, d’accueillir en frères les compagnons de Gauthier sans avoir, le digne précurseur de Pierre l’Ermite. Godefroy manda auprès de lui un comte franc du nom de Acheris, qui avait visité la Hongrie et en parlait l'idiome : « Comte , lui dit-il , prends douze hommes forts, et va vers le roi Coloman pour lui porter les plaintes de tous les barons des Gaules , car il y a eu des massacres et des trahisons en roule. » Le sire de Acheris n’hésita point, et partit pour joindre Coloman à Presbourg (2) ; il portait en son escarcelle une chartre scellée aux armes du duc ; elle était ainsi conçue : « Au roi des Hongrois Coloman , Godefroy duc de Lorraine , et les autres premiers seigneurs de la Gaule, salut et tout bien en Christ ! Nos seigneurs et nos princes s'étonnent qu’étant attaché à la foi catholique, vous ayez fait subir un si cruel martyre à l’armée du Dieu vivant, que vous lui ayez défendu de passer sur votre territoire et dans votre royaume, en la chargeant de tant de calomnies; c’est pourquoi, frappés maintenant de crainte et d’incertitudes, ils ont résolu de s’arrêter à Tollenbourg, jusqu’à ce qu’ils apprennent de la bouche du roi pourquoi un si grand crime a été commis par les chrétiens, se faisant persécuteurs d’autres chrétiens. » Et pendant à la chartre était le scel de Godefroy, où se voyaient deux chevaliers à toute armure. Celte chartre fut lue et récitée par

(1) Alberld'Aix esl 1c plus précis des chroniqueurs sur la croisade de Godefroy de Bouillon; clerc d'Aix-la-Chapelle, il a dû tout voir et tout suivre sur les bords du Rhin. Payez Albert d’Aix, liv. il.

(î) Voyez Albert d’Aix, qui esl le chroniqueur principal du pèlerinage de Godefroy de Bouillon, liv. u.

(X) Albert d'Aix, liv. n. L'itinéraire de Godefroy, et ses

le comte franc d’une voix forte; le roi répondit en présence de toute l’assemblée des Hongrois réunie sous la tente (X) : « Nous ne sommes |>oinl les persécuteurs dos chrétiens ; mais tout ce que nous avons montré île cruauté , tout ce que nous avons fait pour la ruine de ces gens , nous y avons été poussés par la plus dure nécessité; nous avions donné toutes sortes de choses à votre première armée , celle qu’avait rassemblée Pierre l'Ermite ; nous lui avions accordé la faculté d’acheter en toute probité de poids et de mesure, et de traverser paisiblement le territoire de la Hongrie ; mais les gens de celte armée nous ont rendu le mal pour le bien ; non-seulement ils ont emporté de notre pays de l’or et de l’argent , et emmené avec eux des chevaux , des mulets et des bestiaux, mais encore ils ont renversé les villes et les châteaux; ils ont mis à mort quatre mille hommes des nôtres, ils leur ont enlevé leurs effets et leurs vêlements. Après les innombrables offenses que nous ont faites si injustement les compagnons de Pierre, l’armée de Goltsclialk, qui les a suivis de près, a assiégé notre château de Mersebourg , le boulevard de notre royaume ; voulant, dans son orgueil impuissant, arriver jusqu’à nous, pour nous punir et nous exterminer, elle vient d’être détruite naguère , et vous l’avez rencontrée fuyant en déroute; mais ce n’est qu’avec peine et par le secours de Dieu que nous avons réussi à nous protéger. <• Coloman se défendit ainsi contre les graves accusations que les chrétiens faisaient peser sur lui ; car c’était un crime horrible que d’attenter à la vie des pèlerins (4)! La réponse du roi fut donnée avec calme et modération au comte franc, qui l’accueillit avec la fierté de sa race; le roi ordonna de traiter honorablement les députés des comtes de Lorraine et de la Germanie , de les loger dans son palais ou sous les tentes, « et pendant huit jours consécutifs on leur servit en abondance, de la table même du roi, toutes les choses nécessaires. " Puis Coloman ayant pris l’avis de ses principaux seigneurs au sujet du message du duc, renvoya les députés avec de nobles Hongrois couverts de peaux et d’épaisses fourrures. Le roi se bâtait de répondre au chef militaire de la croisade sur la demande d’un passage ; sa chartre était écrite par un clerc et en latin , et le roi s’efforçait d’apaiser la colère des Allemands et des Lorrains irrités. « Le roi Coloman au duc Godefroy et à tous les chrétiens,

rapports avec les Hongrois et les Bulgares, ne se trouvent que dans Alberld'Aix. Foucher de Chartres donne également quelques détails topographiques «ur la croisade : Fu/cherli Carnotcnsis gesta peregrlnantlum t'rancorum cum armis, Hierusalem pergenHum. (Borcabs, pag. 381.)

(4) Voyez dans Übcarce, v° Pcregrinat. , les privilèges des croisés.

cmncDE.

salut et amour sans dissimulation ! Nous avons appris que tu es un prince puissant sur ton territoire , et que tu as été trouvé constamment Adèle par tous ceux qui t’ont connu (1); aussi, t'ayant toujours aimé pour ta bonne réputation , j’ai désiré maintenant te voir et te connaître. J’ai donc décidé que tu aies à te rendre auprès de nous au château de Ciperon , sans redouter aucun danger, et nous arrêtant sur les deux rives du marais, nous aurons ensemble des conférences sur toutes les choses que tu nous demandes, au sujet desquelles tu nous crois coupable (2). »

Le roi de Hongrie sollicitait une entrevue du chef lorrain seul à seul , cheval contre cheval, avec la loyauté des races nomades, pour arrêter les conditions du passage. Le roi redoutait les excès et la vengeance des pèlerins de Germanie qui marchaient avec Godefroy, car les chevaliers verraient partout la trace du massacre des compagnons de Pierre l’Ermite et de Gauthier sans avoir, et les monceaux d’ossements empilés. Godefroy n'hésita pas à se rendre île sa personne, avec trois cents chevaliers choisis, au lieu Axé par Coloman, afin de régler toutes les clauses d’une convention de passage. Triste et longue route encore pour ces hommes d’armes ! ils traversèrent la Pannonie sauvage, pleine de marais; mais qu'importe la fatigue à qui louche le but ! et les chasseurs des Ardennes ou de la Forêt- Noire devaient se plaire dans un territoire boisé et peuplé de gibier ! Le chef lorrain fut reçu par le roi de Hongrie sous la tente ; ils se pressèrent la main, se saluant à la façon des races nomades ; leur idiome était divers, et des clercs servirent d’interprètes, •i Que veulent donc les tiens en si grande troupe ?» dit Coloman. — « Le passage à travers les terres de Hongrie et de Pannonie pour se rendre à Constantinople , et combattre ensuite les mécréants à outrance. » Telle fut la réponse de Godefroy, duc des hommes d’Occidcnl. «J’y consens, répliqua le roi; mais les liens sont si nombreux , et les autres pèlerins ont fait tant de mal au peuple , que je te demande des otages ; ils te seront Adèlemenl rendus après que tu auras traversé mes terres. » — « Ceci sera fait comme tu le dis » , répliqua Godefroy , et

(1) Une circonstance constate toute la sauvagerie du pèlerinage de Godefroy ; c'est que les autres comtes. Francs, Champenois, Normands , Provençaux , avaient des chapelains, des chroniqueurs; tous écrivaient des Chartres, épltres ; le pèlerinage de Godefroy jusqu'à Constantinople n'a qu'un historien, Albert, chanoine dans le chapitre d'Aix-la-Chapelle, c'est-à-dire d'une cité des bords du Rbio. Il ne reste pas une seule charlrc du barbare seigneur de Bouillon.

(3) Albert d'Aix,IIv. u.

*3, Albert, le chanoine d'Aix-la-Chapelle, a suivi jour

la convention fut scellée de l’anneau ducal. Godefroy promit de livrer son frère Baudouin avec sa femme et sa race pour otages î « Que puis-je te donner de plus que mon propre sang? » Alors le roi répliqua : « Eh bien ! je m’engage à fournir des vivres pendant toute la traversée, et va en paix (3) ! » Ainsi Godefroy revint à sa tente , et lorsqu’il dit à Baudouin : « Frère, il faut aller auprès de Coloman i», Baudouin , plein de colère , refusa d’abord ; mais les évêques le supplièrent de sauver l’armée de Dieu , et il se résigna à servir d’otage auprès du roi Coloman et de ces Hongrois qui, un siècle plus tôt, avaient ravagé la Gaule!

Le pèlerinage germanique se mit donc en marche avec les rangs serrés et la lance haute ; les Hongrois paisibles accouraient, d’après les ordres du roi, pour vendre leurs vivres aux pèlerins, tandis que Coloman suivait avec une nombreuse cavalerie nomade , caracolant sur les Bancs des diverses troupes de croisés pour surveiller leurs mouvements. Les Lorrains marchèrent ainsi jusqu’à la Save , qui fermait la frontière de la Hongrie ; là Godefroy apprit qu’une armée de Turcomans, de Warenges, de Petscheneges , peuples nomades encore, partis de Constantinople , devaient s’opposer à l’entrée des pèlerins sur les terres de l’empire; ces multitudes, qui s’amoncelaient comme un orage , effrayaient tant Alexis (4) ! Trois mille chevaliers couverts de cuirasses , à la mine haute comme la race lorraine et germanique, suffirent pour mettre en fuite ces cavaliers qui combattaient à la manière des Scythes , l’arc en main ! Pouvaient-ils résister à la Aère chevalerie de Souabe , à ces barons des bords du Rhin si retentissants dans les chroniques? Bientôt 1a renommée s’en répandit au loin , et l’empereur reçut la nouvelle de l’invasion des barbares; quelles étaient les intentions de ces races germaniques? que demandaient-elles à l’empereur? Des officiers du palais sacré furent envoyés auprès de Godefroy, porteurs d’une charlre pourprée écrite en caractères d’or : « Alexis, empereur de Constantinople et du royaume des Grecs , au duc Godefroy et à ceux qui le suivent , parfait amour ! Je te demande, duc très-chrétien , de ne pas souffrir que les liens ra-

par jour tous ces détails. Aucun des historiens modernes des croisades n'est entré dans ces détails ; comme ceux-ci voulaient donner à Godefroy de Bouillon une physionomie digne de ]* Jérusalem délivrée, ils se seraient bien gardés de le présenter au milieu de cette barbarie, Voyez Albert d'Aix, liv. ii.

(4) Voyez dans VAlexiade, liv.x, les précautions prises par l'empereur à la nouvelle de l'arrivée de Godefroy. Anne Comnène dit peu de chose de Godefroy ; elle compte dans son armée dix mille chevaliers, et soixante et dix mille archers ou arbalétriers.

HUGUES CÀPKT. — 1096.

vagenl et dévastent mon royaume et mon territoire, sur lequel tu es entré. Reçois la permission d’acheter, et qu'ainsi les tiens trouvent en abondance dans notre empire toutes les choses qui sont à vendre ou à acheter. » Godefroy possédait assez de science militaire pour reconnaître la nécessité d’une grande discipline à travers des terres perdues , tout entourées de populations nomades ; quelle retraite était assurée en cas de revers (1)? Il reçut le message de l’empereur avec res|»ect, et promit d’exécuter en tout point les ordres qui lui étaient adressés; il fit publier partout que l’on eût à s’abstenir de rien enlever de vive force , si ce n’est les fourrages pour les chevaux. « Marchant ainsi conformément aux ordres de l’empereur, les pèlerins arrivèrent à Nissa , l’une des frontières «le l’empire; ils y trouvèrent une étonnante abondance de vivres en grains et en orge, du vin et de l’huile en quantité; on offrit beaucoup de gibier au duc de la part de l’empereur, et tous les autres eurent pleine liberté de vendre et d’acheter. Ils se reposèrent pendant quatre jours au milieu des richesses et de la joie. De là le duc se rendit avec son armée à Sternilz, et n’y trouva pas moins de sujets de satisfaction et de beaux présents de l'empereur. En étant parti au bout de quelques jours, il descendit vers la belle ville de Philippopolis, et y demeura pendant une semaine, comblé de même des dons de l’empereur, et trouvant avec profusion toutes les choses nécessaires (2). » Ainsi marchaient les Lorrains et les Allemands de la Forèt-Noire et de la Souabe à travers les races de Hongrie , les Bulgares et les Grecs ; les envahisseurs n’étaient pas plus policés que les peuples envahis; c’étaient barbares contre barbares; mais la fermeté de Godefroy empêchait les excès, et maintenait fortement la discipline militaire, nécessité d’une marche lointaine à travers des pays inconnus qui frappaient si vivement l'imagination des pèlerins.

Pendant ce temps, les autres comtes féodaux, Robert de Flandre avec ses châtelains, ses archers et ses hautes bannières, et à côté de lui la Courlefleuse, le brave duc de Normandie; puis encore Hugues, comte de Vcrraandois , avec les Francs, tous pèlerins de la langue du Nord, s étaient dirigés vers les Alpes; ces comtes avaient choisi l'itinéraire de l’Italie (3) par plusieurs motifs : d’abord les Alpes

(1) Albert d'Ais explique encore le* motif* qui portèrent Godefroy de Bouillon à accepter une convention avec Alexis. Voyez liv. n.

(9) Albert d'Aix, liv. h.

(3) « Nous autres Français, dit Foucher de Chartres, après avoir parcouru la France, nous passâmes en Italie, et nous arrivâmes à Lucques, où nous trouvâmes le pape Urbain, avec lequel s'entretinrent le comte Robert , le comte

éluient le chemin le plus fréquenté pour le pèlerinage; là étaient marquées les stations , les oratoires qui devaient abriter les pieux voyageurs. L’Italie avait Rome pour capitale, et si les comtes marchaient avec enthousiasme vers Jérusalem , ils n’eu étaient pas moins désireux de saluer les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul dans les basiliques de Rome ; la renommée des saints apôtres et des reliques leur donnait une si grande physionomie ! C'était la première station pour la sainte entreprise, et, d’ailleurs, le pape Urbain II avait indiqué cet itinéraire aux nobles hommes qui prenaient la croix. Au moment où l’Italie, et Rome surtout, était agitée par la guerre civile , quand l’antipape Anaclet siégeait à Rome , Urbain II devait avoir un profond désir de montrer à ses ennemis les miracles que sa parole avait produits. Celte armée avait obéi aux inspirations du pape; et comment la puissance de la tiare ne serait-elle pas grandie en présence du mouvement belliqueux qu'elle avait suscité (4)?

La Courte-IIeuse aussi avait ses mutila pour traverser l’Italie; le duc de Normandie devait trouver dans la Pouilie et dans la Sicile de valeureux compagnons , des frères d’origine et de généalogie , avec les souvenirs de la commune terre. Les Normands qui habitaient encore les frais herbages de Caen , de Raycux et de Vire, ne devaient-ils pas se trouver tout joyeux de revoir leurs bons cousins, leurs parents de lignage dans les riches châteaux et dans les merveilleuses conquêtes de la Pouilie et de la Sicile avec ses plaines de blé , scs vignes et ses oliviers ? N'auraient-ils pas là toute la satisfaction et tous les plaisirs des cours plénières, avec le vin de Syracuse , si préférable au cidre vert et au poiré? Les Normands établis en Italie saisiraient aussi avec enthousiasme l'occasion de conquérir des terres dans la Grèce et dans l’Orient, ce qui était le vœu de leur vieille ambition. Combien de motifs n’existait-il donc pas de diriger le pèlerinage vers l’Italie!

Voilà donc les grandes troupes des comtes et des chevaliers partant pour le pèlerinage, qui s’acheminaient vers les Alpes; c’était dans les premiers jours de mai, lu fleur s’épanouissait aux champs, les oiseaux gazouillaient, comme le disaient les lais et chants des trouvères. Les croisés flamands, français ou normands marchaient par troupes qui se suivaient à peu de distance les unes des autres (3) :

Étienne , et tou* ceux qui le voulurent. Nous reçûmes «a bénédiction , et nous allâmes à Rome. » Fulch. Cumulent, gest. peregrinant. Franc or. cum arm. Hierus. pergenl. (Bomsii.)

(4) Comparez Baroxios et Paci , ad ano. 1096-1097, et Robert le Moire, liv. i*f.

{5: Sur l'itinéraire des pèlerins, lisez Foucber de Cu autres, liv.i*», en le comparant toujours à Robert le Moire, l<v. ii.

chaque comte avait sa bannière déployée , qui servait comme de signe de ralliement ; tous portaient sur leur écu , sur leur casque , sur leur brassard des fîgurcs étranges, échiquier, pal, merlettc sur émaux de sinople, sable ou gueule, de telle sorte qu'on pouvait reconnaître à quelle race appartenait tel chevalier, quel était sun pays, sa langue, chose utile dans une si grande foule (1); chaque soir on dressait les tentes près d'une ville , d'un château , quelquefois au bord d'une rivière, dans les prairies riantes et épanouies : là se pressait autour des pèlerins une population naïve et rieuse qui apportait des fruits, des vivres en aluxulance pour sustenter les dignes comtes et les soldats du Christ, qui allaient délivrer le saint tombeau. A chaque station venaient se réunir quelques nouveaux chevaliers avec leurs bannières pour grossir la troupe; quand la pieuse armée s'approchait d'un bourg, d’un monastère, d’une cathédrale, les cloches sonnaient à plein vent; les clercs, revêtus d’étoles et de surplis, veuaienl au-devant «le celle procession armée où l'on voyait briller la croix , les mitres d’or à travers les casques d'acier. On entendait réciter les hymnes, et les cris de Dieu le reut! Dieu le veut! retentissaient au milieu des cantiques d'actions de grâces (2). Hugues de Verraaudois , le comte à la haute taille , était en tète avec les Francs, sur «les chevaux au fort poitrail ; puis marchaient les Normands sous la Courtelieuse, le noble duc; enfin les Flamands et les Frisons suivaient comme arrière-garde. Les populations dont on traversait la campagne , les bourgs et les cités, étaient chrétiens et amis; si Godefroy le rude duc, à la tète de scs Lorrains sauvages, de la race germanique nce dans la Forêt-Noire ou dans les Ardennes, était en marche à travers les pays inconnus des Hongres et des Bulgares, la fleur de la chevalerie normande et franque allait traverser le gai pays de l'Italie et saluer le beau ciel.

Les pèlerins descendirent en masses pressées du sommet des Alpes dans la Lombardie ; elles étaient belles à voir, ces cuirasses reluisantes, ces armures

(1) On a dit que l'origine des armoiries se reportait aux croisades; je crois qu’il faulriistmguer : à toutes lesépoques, il y eut des signes pour reconnaître les chevaliers entreeux, quand ils avaient la visière baissée; mais le blason héréditaire ne se montra , par tradition de race , qu'a près la prem ère croisade. Alors seulement commença la famille 1 féodale. Je regrette vivement qu'on n'ait pas établi une école «le blason, pins utile peut-être que d’autres travaux politiques ; dans l'histoire , le blason était le certificat de civisme des familles, f'qjrez le beau travail de d'IJosier, nom modeste et qui mérite une si grande place dans la mémoire historique.

(2) Sur la marche ries Francs,coraparex Robert le Moue, liv. i«r. Fodciis de Cnmu, si curieux, liv. i«. Albert

qui resplendissaient aux feux «lu soleil, ces lances si serrées qu’elles ressemblaient , selon les chroniqueurs, aux épis de blé dans les vastes plaines de la Beauce (3). Les pèlerins visitèrent Milan et sa basilique de l'art byzantin; Florence au delà des Apennins, avec Pisc la ville «les marchamls , la rivale «le Gènes et de Venise ; puis ils marchèrent vers Rome avec cet esprit «le «'onlrition chevaleresque qui apaisait la fougue des armes. Ce fut à Rome que ce s pèlerins annoncèrent leur arrivée et leur dessein aux Normands «le la Sicile et de la Pouille ; c’étaient de braves et joyeux compagnons qui arrivaient pour demander passage (4) ; les Normands suivraient-ils dans leur itinéraire leurs frères d’au delà les Alpes? La Courte- Ueua te de Normandie n’hésita pointa se rendre à Sabine avec scs compagnons du duché de Normandie , tandis que Hugues , le comte de Ycrmundois , li.itail son embarquement pour se rendre au plus vile à Durazzo, et «le la Grèce à t’.onstantinople. Lui , le fier comte franc, irait-il sc livrer aux Normands? Les hostilités entre les deux races étaient anciennes ; pourquoi «lès lors Hugues viendrait-il se jeter aux bras de ces Normands qui s’étaient fait un si bel Étal en Sicile ? Ceci répugnait au chef des Francs. Les Normands étaient entièrement maîtres du midi de l’Italie, ils l’avaient conquis par les pèlerinages armés et les coups de lances ! Presque un siècle s’ëlail écoulé depuis que les llaiileville avaient fondé leur puissance dans ces contrées si belles , que la mer baignait «lepuis Canosa et Bari dans la Pouille , jusqu'à Syracuse et Girgenli. Uohémoo«l,élu prince des Normands et chef de la colonie militaire, était flls de cc Robert Guiscard ou le Rusé , qui avait consolidé la puissance normamle en Sicile et dans la Pouille; il avait en propre fief tous 1rs châteaux et villes qui bordaient le littoral , Manfrcdonia , Olranle, Gallipoli, villes opulentes en face de Durazzo cl de Scutari , déjà convoitées par les Normands (3). Hohemond avait suivi Robert Guiscard dans toutes ses guerres contre les Grecs, et luimême , envahissant alors la Macc«loine , courait de

d’Alx n’offre plus aucun intérêt; il n’a suivi que le* Lorrains et Godefroy de Boudlon.

fS) Foucher de Chartres regrette quelquefois les belles prairies autour de sa calbâlrale, liv. i«r.

(4) Ici commence le poétique chroniqueur de la race normande, Raoul de Caen; il a été publié par riorn Marlenne , Thésaurus novus anecdotorum, loin, in, pag, 108 ; mais la meilleure édition est celle de MCRATOai,«Scr^p/or. rerum Italie., lom. v, pag. 283.

(5) ^oyez, sur la domination des Normands en Italie, la chronique du Mont-Cassin , publiée par M. Cbampolliou- Figeac, liv. i A ni. Sur cette famille des Guiscard , consultez également le travail de Docsb«e( les Familles normandes). Mss. Ibblioih. royale, suppl. français, n° 1224.

rochers en rochers comme la chèvre sauvage jusque dans le vieux berceau de la Grèce. Tandis que son père Robert Guiscard était à Rome pour soutenir les intérêts du pape , Bohémond était au siège de Larisse, et brisait un dernier rempart de l’empire grec du côté de l'Italie.

Parmi ces Normands de la Pouille, il était un homme puissant, sire de plusieurs châteaux, issu de bonne race, car Eudes ou Guillaume son père était marquis , c’est-à-dire défenseur des marches ou frontières; son nom de race était Tancrède, souvenir de Normandie où il se trouve souvent cité dans les Chartres; il n’était ni bavard , ni diseur de hauts faits ; son éducation avait été toute féodale ; Tancrède montait lin puissant coursier, se couvrait de rudes armures et brisait des lances ; son caractère était sombre, méfiant, irritable au dernier point et aucunement sociable; il portait avec lui le type agreste et indomptable des montagnards (I). Bohémond , plus rusé que lui, le dominait par son adresse, et il lui manda : ■ Beau neveu, veux lu venir en Palestine en traversant la Grèce avec les pèlerins du Christ, sous mes ordres?» El il accompagna cette charlre de présents en chevaux, mulets, marcs d’or et d’argent. Pour les Normands, c’était tout profil que celle croisade: en traversant les terres de la Grèce, les Normands avaient tout à gagner et rien à perdre ; un magnifique sol se déployait devant eux, des terres abondantes et plantureuses, des villes opulentes , pleines de richesses et de commerce. Sculari, Salonique étaient ici là semées sur la route ; la guerre contre les Grecs était pour les Normands une habitude (2) ; ils avaient plus d’une fois refoulé dans leur rencontre les myriades de ces Grecs couverts de soie , qui s’étendaient et se déployaient en grandes et molles armées. Bohémond convoitait depuis longtemps la Macédoine et l’Épire, et la croisade servait de prétexte pour envahir ces terres et les mettre au pouvoir des Normands. Les voilà donc marchant à travers les terres de la Grèce, les chevaliers normands , avec Bohémond et Tancrède à leur tète (3); rien ne résiste à leur impétuosité; il faut lire dans le poétique Raoul de Caen la description de cette marche chevaleresque des Normands qui s’avançaient vers Constantinople ; quel redoutable adversaire pour Alexis! Aussi des messagers pleins d’alarme annoncèrent l’invasion nouvelle des redoutables compagnons de Robert Guiscard. Voici ce qu’écrivaient les officiers de l’empire à la majesté sacrée dans le palais du Uos-

(1) Les Familles normandes, par Ducarge, Bibliothèque royale, suppl. français, n° 1294.

(3) Anse CoflMÊss, iiv. v, parle longuement de la guerre des Normands coulre la Grèce; la jeune princesse avait pré-

pbore : « Bohémond , de la race de Guiscard , a traversé l'Adriatique et s’est même emparé de la Macédoine ; déjà plus d’une fois tu as ressenti sa grande force, et celle qu’il déploie aujourd’hui n’est pas moins élevée au-dessus de celle qu'il a déployée auparavant, que l’aigle n’est élevé au-dessus du passereau. Autrefois, en effet, la Normandie lui fournissait des cavaliers, la Lombardie des hommes de pied; les Normands allaient à la guerre pour remporter la victoire, les Lombards pour faire nombre; de ces deux peuples, l’un venait comme guerrier, l’autre comme serviteur; en outre, levés à prix d’argent , forcés par un édit , ils ne marchaient point volontairement , ils ne combattaient point par ardeur pour la gloire (4). Maintenant, au contraire, la race entière de la Gaule s’est levée et s’est associé dans sa marche toute Kllalie; au delà et en deçà des Alpes, depuis la mer d’Illyrie jusqu’à l’Océan , il n’est point de contrée qui ait refusé ses armes à Bohémond ; les chevaliers , les archers, les frondeurs, par leur infinie multitude, n’ont laissé aucune place dans l’armée à la foule de ceux qui ne font pas la guerre. Le blé d’en deçà des mers ne suffit pas a ces armées , pas même celui qu’elles retirent des fosses creusées dans la terre ; si le petit peuple, qui n’a point d’armes, ne renonce à son oisiveté et à son abondance pour se livrer au travail , il pourra endurer la disette. Tous ceux qui servent dans le camp de Guiscard sont armés, belliqueux et savent supporter les fatigues ; ajoutez y encore quelques hommes de la race de Guiscard , Tancrède et les deux frères Guillaume et Robert, dont le courage est pareil à celui des lions de Phénicie, et qui sont alliés de Bohémond autant par les liens du sang que par leur ardeur à faire la guerre ; celui-ci n’a point, comme jadis, forcé aucun d’eux à le suivre ; vaincu par leurs supplications , il les a transportes au delà de la mer: aussi ne pourront ils être que bien difficilement séparés, ceux qu’une seule volonté , des intentions pareilles, un zèle semblable ont liés ensemble d’une étroite amitié. » De tels messages firent une profonde impression sur Alexis ; la Grèce était envahie déjà de tant de côtes! Les Normands qui arrivaient avaient plus d’une fois effrayé son empire; ces hommes durs à la peine , ces bras vigoureux pouvaient fracasser ce qui restait de puissance à la vieille Byzance (5); les Normands imprimaient partout une grande terreur ; nul Grec n’osait soutenir leurs regards quand ils se rencontraient sur un champ de

sente à sa mémoire la renom tnéc de Bohémond . A le xi a Je, I . v .

(3) Consultez Raoul de CABx,cbap. u à v.

(4) Ibid., chap. vin.

(5) Ibid., Tancred. Cul., chap. vm.

HUGUES CÀPET. - 1096.

bataille. Ht avançaient avec fierté vert Constantinople ; qui pouvait résister à la ruse dans la force, véritable caractère des Normands (1) ?

Pendant ce temps le pèlerinage des Provençaux , bannière déployée, se mettait en marche; le comte de Toulouse et ses dignes chevaliers, suivis d’Adliémar, évêque du Puy en Vêlai , le prédicateur de la croisade dans la race méridionale , les barons et clercs de la Langue d’oc , avec leurs saints de Provence brodés sur leurs gonfanons, prenaient aussi la roule de l'Ilalie, en traversant le mont Jouy, déjà si célèbre par les ermitages (2). Raymond n’avait pas suivi les hommes de Flandre, de Normandie et de France; les comtes et les vassaux qui l’accompagnaient parlaient une langue inconnue dans le nord de la Gaule ; leurs mœurs étaient dissemblables, leurs costumes differents ; on eût dit des peuples si divers, qu’on ne pouvait comprendre comment ils marchaient dans une même expédition avec les comtes barbares de la Langue d’oil ; que pouvait-il y avoir de commun entre le dur Godefroy de Bouillon , l’homme de la Forêt-Noire et des Ardennes, cl Raymond comte de Toulouse, le gai seigneur des troubadours et des contrées méridionales, des villes du Midi tant visitées par le soleil? Les Italiens et les Provençaux étaient, au contraire, d’une commune race. Après avoir passé les Alpes, les compagnons du comte de Toulouse trouvèrent des habitants qui parlèrent avec eux l’idiome roman , et ils purent dès lors s’entendre, se communiquer leurs idées , et le pèlerinage fut des plus gais. Le comte irait-il joindre les Normands en Sicile pour se réunir à la grande bande des pèlerins qui suivaient Bohëmond? Il ne le fit point, car il y avait répugnance du Provençal pour le Normand , (>our le Franc ou le Flamand ; pourquoi marcher sous une même bannière, quand on avait si peu de sympathie? Il u’y avait que le lien de la croix qui pût les réunir. Raymond continua sa route par le nord de l'Italie ; il visita Vérone la Romaine , Venise sur l'Adriatique , puis il s’ache- | mina à travers la roule de rEsclavonie par Laybach jusque sur la Drave (3). Les gais Provençaux eurent besoin de tout leur caractère pour soutenir une route dépourvue de chemins tracés et de soleil ; Raymond d'Agiles, le chapelain du comte, s’écrie en pleurant : « Nous ne vîmes durant trois semaines ni auiinaux ni oiseaux; pendant quarante jours, telle fut notre marche dans l’Esclavonie , à tra-

(1) Alixiadr, liv. x. Anne Comnènc reconnaît l'indomptable caractère de» Normands ; les femmes mémo eomhallaieot. Voici ce qu'elle dit de Galla, la femme de Robert Guiscard : n«ÀÀà< xai ‘Attywi, Àlexiade , liv. i™.

(9) Si pour la race uormande j'ai trouvé Raoul de Caeu , la race provençale a sou chroniqueur spécial dans Raymond

vers des brouillards tellement épais, que nous pouvions les toucher et les pousser devant nous en faisant le moindre mouvement. Voilà, ajoute le pieux chapelain du comte , tout ce que j’ai à vous dire sur l’Ksclavonie. « Les Provençaux arrivèrent enfin à Simendia ; les officiers de l’empire se hâtèrent d’annoncer à Alexis celte nouvelle invasion des barbares, comme ils avaient mandé l’arrivée des Normands à Durazzo. L’empereur écrivit en toute hâte au comte de Toulouse pour lui offrir la paix et l’adoption , un échange loyal de vivres et de services; mais ces lettres de l’empereur ne pouvaient empêcher les populations nomades de courir sur les Provençaux et de les accabler de tous côtés I Ce fut donc encore une marche pénible que celle du comte de Saint-Gilles et de l’évêque du Puy en Vêlai à travers les terres de l’empereur; à chaque moment on entendait pousser le cri de Toulouse , qui était le signe de ralliement (4), quand un point de l’armée était menacé. Cependant les messages se succédaient de la part de l’empereur , et tant de promesses furent faites, que le comte quitta l’armée à Thessalonique pour se rendre directement à Constantinople, afin de conférer avec l'empereur et les autres comtes. A peine le gonfanon de Saint-Gilles avait-il quitté les rangs , qu’un grand désordre se mit parmi les Provençaux. En rappelant ce cruel découragement, le chroniqueur Raymond d’Agiles le chapelain se couvre la tète de cendre et s’écrie : « Parlerai-je de l’artificieuse et de la détestable perfidie de l’empereur? dirai-je la fuite de notre armée et le désespoir auquel elle s’abandonna? Voici la seule chose véritablement mémorable que je crois ne devoir point passer sous silence (3) : c’est que, tandis que tous les nôtres méditaient d’abandonner le camp, de prendre la fuite, de quitter leurs compagnons , de renoncer à toutes les choses qu’ils avaient transportées de pays si lointains , des pénitences et des jeûnes salutaires leur rendirent enfin tant d’énergie et de force , que le t souvenir seul de leur désespoir et des projets de fuite qu’ils avaient auparavant formés les accablait de la plus profonde douleur; qu’il vous suffise de ce que je viens de dire... (6). » Les Provençaux n’avaient point abandonné leur caractère national , la vive impression des événements agissait sur leur imagination mobile ; ils passaient de lu joie à l’abattement, de la force à la faiblesse; la moindre espérance qui paraissait comme un arc-en-ciel , ils la

d’Agile*. Sa chronique a élé publiée daot le Gesla Dei per Francos de Bokcars, pag. 425.

(3) Anne Comnène suppote un combat naval contre le comte de Toulouse : le» chronique* n'en di*enl rieo. Voyez Alexiade, liv. s.

(4) RaVmoxd d'Acilu, liv. i«. — (5) Ibid. — (6) Ibid.

saisissaient ; ils se jetaient dans le désespoir et la désolation lorsqu’ils rencontraient la moindre résistance. Maintenant les pèlerins marchaient bannières déployées vers Constantinople !

Jugez de ce soulèvement de l'Europe; l’empire des Grecs était menacé par tous les côtés : les féodaux arrivaient en nuées , les uns par mer, les autres par la Macédoine , les Provençaux par l’Esclavonie , les Lorrains par la Bulgarie, à travers les terres barbares, sous l’impitoyable duc Godefroy de Bouillon. Tous étaient chrétiens sans doute ; ils avaient fait vœu de pèlerinage à la terre sainte, mais allaient-ils respecter Constantinople et les villes grecques? l’empire n’était -il pas à leur discrétion ? Quelle force pouvait-on leur opposer? Quelques troupes nomades pouvaient-elles suffire pour contenir d’innombrables armées cuirassées d’acier, le casque en tète, le glaive en main , montées sur leurs grands chevaux caparaçonnés de fer? La haute féodalité n’était plus en France, elle était sur le territoire grec ; Constantinople et ses trois cent soixante (ours carrées allait voir le baronnage des Gaules campé au pied de ses murailles !

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