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SOI

HUGl'ES 04 PET. — ONZIÈME SIÈOI.E.

forèl , il y avait cependant une indicible mélodie dans ces chants d’église qui remuent encore aujourd'hui si profondément l'imagination. I /hymne, c'est le chant de douleur ou de joie du dixième ou onzième siècle (I) ; tout se rattache à ces harmonies infinies qui jettent l'âme dans des sensations vagues et mélancoliques; ce fut dans le silence des monastères «pie se composèrent ces magnifiques chants, œuvres de foi, que l'on cherche en vain à imiter; c'est souvent un pauvre moine, une religieuse qui . par la seule élude du plain-chant grec , produisent ces œuvres d'une simplicité si magnifique et d’un effet si soudain ; ils composent les paroles et le chant ; l’hymne qui s'élève à Dieu est la peinture des souffrances du cœur humain , l’expression de lu plaie profonde que tous nous portons, comme le Christ porta la croix sur ses épaules; quelquefois ce sont les joies d’une âme pure , la prière qui s’élance avec ses blanches ailes vers le trône de Dieu. Je trouve dans un vieux manuscrit du temps les hymnes composées par une simple religieuse du nom de Herade ; elle fut abbesse de Ilohemhourg ; ses chants suaves sont destinés à encourager ses sœurs dans la prière et dans la confiance envers le Christ ; quelle douceur dans ces compositions ! quelle paix dans ces exaltations pieuses! « Salut! salut! chœur de vierges, » chante la noble abbesse,» plus blanches que le lis, amantes du Fils de Dieu (3) ; le Christ n’aime point ce qui est souillé; il veut les branches pures de l'arbre; ô mes sœurs , soyez fidèles comme la tourterelle ! aimez toutes votre céleste époux ! Alors votre beauté se montrera éclatante comme le lis ; ù fleurs si pures, In vertu a de si saintes odeurs ! Méprisez cette poussière terrestre . et portez vos yeux vers le ciel, afin que vous puissiez voir le Christ votre divin amant (3). * Ces cantiques sont fréquents à l’époque du moyen âge : tantôt c’est un moine qui fait bruire dans le Dieu irœ toutes les passions du cœur abîmé par la mort (4) ; la colère de Dieu tonne dans le son <lc l’orgue et la voix rauque du serpent , et le tonnerre qui fait résonner les vitraux annonce le Dieu d’Israël en sa vengeance, car il veut frapper, frapper encore le vice et les mauvaises actions de l'homme; tantôt c’est la voix des anges qui vous

(1) Sur le chant et les instruments «le musique du moyen âge, il faut consulter l'Essai de M. ttoquefort sur la poésie du douzième siècle. Son Glossaire de ta Langue romane est une œuvre aussi patiente et qui a servi à des travaux modernes. Paris, 1808.

(2) Salve coltors vlrplnum ,

Allient quasi tilluin Amant Dei ftlittm.

Chrlslut od il maculas ,

Pulchras VUll vlryunculat ,

Turpes prit A femlnat.

Cxri.nr.ut.

ravit jusqu’aux deux , comme si vous reposiez votre tète dans un jardin de roses, de lis et de jasmins. I.a musique d’église a son origine dans l’imagination de l’homme vivement affectée, dans le sentiment de ses joies ou de ses douleurs ; elle ne cherche pas ces combinaisons dans des idées savantes ou réfléchies ; c’est le bruit fatal des passions qui grondent, c'est le cri de la prière ou le naïf enthousiasme d’un cœur qui n’a jamais aimé que le Christ. Il y a des chants pour le vieillard vénérable qui attend la mort le front calme et la conscience pure; il y en a pour l'homme qui lutte vivement contre les passions sensuelles; il y en a pour la jeune vierge qui , comme une fleur de vallée , s'épanouit sous le soleil du Christ. Ces hymnes, les antiennes et les litanies, mélange île chant grec et latin , expression de cette double foi religieuse, de ce symbole tout chrétien, forment un ensemble admirable qui s’identifie aux basiliques, aux vitraux des cathédrales . à l’architecture gothique , car, pour comprendre la musique d’église au moyen âge, il faut lire ces larges notes des livres iln plain-chant telles qu’elles nous sont conservées en caractère rouge, carré et solennel, dans les heures parcheminées (3).

Le moyen âge, au onzième siècle, est comme une époque mystérieuse que les ténèbres couvrent encore; les monuments sont rares, les coutumes presque partout inconnues, et c'est à travers les Chartres qu’il faut rechercher les débris de celle civilisation. Ce qui reste le plus distinct dans ce chaos, ce sont les coutumes; on chercherait en vain des lois écrites; chez les nations primitives la mémoire suffit; chaque peuple qui composait les Cnules avait des coutumes et sa jurisprudence; partout où il portait la conquête il établissait des lois; ainsi le Dom's book , ou le livre des services militaires, constate la coutume normande des fiefs et îles hommages en Angleterre; le service la lance au poing est la suite du partage des manses féodales; chaque fief a son ti rriloire , chaque baron son fief, chaque simple chevalier môme son arrière-fief; voilà la coutume de la conquête. S’agit-il d’une ville, si elle est soumise à son évêque ou à un féodal, elle reçoit de lui les coutumes. Ici domine

(3) Voyez Mabillok, Jet. sanct. Benedict., loin, iv , pag. 487.

(4) Je parle «lu Pics irœ primitif, le! qu’il le chante, avec la gravité du plain-chant, dans le rit de Paria ou d’Allemagne.

(5) J’ai pané des heures à contempler ces livres de plainchant. La Bibliothèque en possède de très-remarquables. Voyez la «bsscrlalion sur le chant ecclésiastique dan». I.uboeuf, Dissert, sur V Histoire civile et ecclésiastique de

I Paris, 1750.

HUGUES CAPET. - DOUZIEME SIÈCLE

le droit canon pour le mariage et l’état civil; là le j droit féodal pour les devoirs et les services; dans d'autres provinces, le droit romain avait laissé des vestiges ; dans la campagne , c’est le servage pour la terre; les alleux ont presque partout disparu; comme le paysan n’a pas eu le courage de se défendre contre le barbare , il s’est fait serf du chevalier, du féodal , de l’homme de cœur et de dévouement. Partout où il y a châtellenie, il y a obéissance et servitude ; le serf est imposé à volonté (1) ; il est l’homme de son maître, son serviteur de corps; il se livre aux travaux des champs , ou bien il sert dans les coutumes de la vie. Voyez-vous ces petites cases répandues dans la campagne? elles soûl habitées par des hommes la tète rasée, les reins ceints d’une corde ; dès que la cloche sonne , ils prennent la pelle ou la bêche, ils ensemencent les champs, cultivent les campagnes; ils sont lâches de cœur, et leurs membres nerveux et tout noircis par le soleil , ils n’osent pas les lever contre le majordome ou le sire dont la tour brille dans la campagne; c’est donc leur faute s’ils baissent la tète : quand quelques-uns d’entre eux ont une poitrine plus forte, plus courageuse , le châtelain les prend pour scs archers ; ils reçoivent sa solde et obéissent ;i ses commandements. Point de règle pour le service ou pour les impôts; quand le seigneur a besoin d’argent, il faut bien qu’il en trouve; s’il ne peut pressurer les juifs, piller les marchands, il multiplie les péages , les droits de tonlieu ; il lève des deniers de toutes espèces; c’est inout à voir les droits inventés dans la fiscalité grossière des seigneurs; tantôt c'est la poussière que les pas des brebis soulèvent quand un troupeau nombreux passe sur la roule; tantôt c’est un droit sur les roues de chaque voiture qui traverse les champs (2), les marchés. Les ponts, rivières, péages, tout est imposé de quelques deniers de cuivre ou d’argent; et la ville cl le bourg ne s’exemptent de ces redevances que par les coutumes écrites ou des ordonnances sanctionnées ou achetées à bon denier comptant. Je trouve dans une vieille chartre un seul exemple d’une coutume écrite qui date du onzième siècle ; c’est la loi de Ver oins en Picardie ; elle contient un formulaire de justice tant civile que criminelle. Vervins dépendait du comté de Coucy, de l’antique lignée; et la chartre se conservait de toute antiquité chez le bailli de Vervins : la coutume fut donnée par Thomas, seigneur de Coucy et de Marie , le fils et l’héritier d’Engucrrand ; elle fut une des plus anciennes lois et coutumes de France; sorte de

(1) y oyez Duc**ce, Gloss., v° yillanus, Servu s.

(2) Je ne pourrai rien dire de mieux sur les impôts que ue l’a fail M. du Pasloret dans sa belle préface des Ordonnances du Louvre, lom. xvi el xvu.

résumé des lois civiles et canoniques, servant de complément aux coutumes de la Flandre. Le vieux légiste Chopin s’exprime ainsi : « De laquelle loi de Vervins, consistant en statuts d’échevinage et de police, les habitants de Saint-Dizier sont tenus d’user précisément par leur chartre ancienne (5). » Tout se tenait ainsi dans le moyen âge ; il y avait lin besoin commun de Chartres , de lois et de règlements; la société sortait du désordre du dixième siècle et des invasions des Hongres et des Normands ; partout se manifestait la nécessité des coutumes régulières; la commune commençait à sc former; les assises de Jdrusa/em , le livre des fiefs en Angleterre, les coutumes de l'Anjou et du Poitou , la loi de Vervins, tout cela tenait au système communal et provincial , et se liait à ce nouvel état de la société, qui sc formulait par la commune. L’agitation des esprits produite dans la croisade avait montré à chacun l’image de la liberté et de la coutume; il n’y a rien d’étonnant qu’il se fit alors un travail d’organisation et de liberté ; mais cet instinct, tout matériel encore, a-t-il son principe dans de fortes études? l’homme arrive-t-il à l’alfrancliissement par un sentiment naturel ou par la réflexion philosophique? Ici se présente la question du liant enseignement; il faut parcourir la montagne universitaire , il faut visiter Sainte-Geneviève du Mont , vivre de l’existence des étudiants , car la liberté n’a de force qu’alors qu’elle arrive par un progrès de sciences et d’examen; autrement elle n’est qu’un mouvement brut et matériel, un pur instinct d’affranchissement sans durée et sans force !

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