‹ Œuvres de CapefigueChapitre 98 sur 165 · IG · texte numérisé non relu

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partout; ily avait déjà des hommes à la parole déclamatoire et bruyante qui gagnaient de la popularité en parlant contre les mœurs relâchées de l’Église, cl demandaient à grands cris une réforme (1). L’hérésie ne se manifestait point hardie , mais il y avait une fermentation contre la puissance des clercs; elle éclata d’abord par la censure des mœurs. Toutes les fois qu’il y a une hiérarchie qui gouverne souverainement, elle est soumise à l’opposition; l’autorité appelle l'examen, l’examen la critique; et la vive révolte de l'esprit contre l'unité ecclésiastique résultait du besoin d’examen. Abélard avait conquis sa popularité en entourant son enseignement de censure contre l’Église ; il avait d’abord résisté aux conciles, puis il s’y était soumis, parce qu’il n’avait pas assez de fermeté dans l’esprit pour aller jusqu’au dernier terme de scs doctrines: c’était trop hardi pour lui.

A cette époque, un homme de témérité se montra capable de remuer les idées et d’ébranler tout l’édifice de la puissance ecclésiastique; les monuments le nomment Arnaud de Brescia , pauvre moine qui proclama la révolte des esprits et essaya la liberté et l’examen comme principe de toute force populaire. Arnaud de Brescia était un des élèves «!' A bélard, il avait passé les Alpes pour assister aux leçons du maître sur la montagne de Sainte-Geneviève quand la foule se pressait attentive ; il avait puisé dans cette école , sinon un esprit de liberté absolue, au moins une certaine force de résistance et d'examen pour lutter contre l’autorité île l’Église. Les doctrines d’Arnaud «le Brescia furent celles «l’une grande réforme ecclésiastique ; il appela de toutes ses forces l’épuration «les mœurs (2); le Christ avait dit aux clercs « «juc son royaume n’était pas de ce monde, » et Arnaud de Brescia en conclut que tous les clercs devaient renoncer aux biens matériels pour la grande vie de l'éternité. 11 fallait donc abdiquer les pompes dorées, la libre possession des fiefs; la pauvreté avouée, absolue, «levait être le caractère et l’attribut des évè«]ues et des abbés. Ainsi ce n’était pas assez de renoncer aux chasses bruyantes, aux concubines adorées, il fallait encore se détacher des pompes habituelles à l’Église; Arnaud

(t) Réranger surtout, l'un des élèves d'Abélard. J’en parlerai plus tard .Payez les Œuvres d'Abélard, in-fol.,p.503.

{2} Les plus curieuses notices sur Arnaud de Brescia sc trouvent dans le chroniqueur Olhon de Frisingue, exact annaliste d'Allemagne. Oihon était fils du marquis d'Autriche; il Tait beaucoup de philosophie au sujet d'Arnaud de Brescia. Il explique le mystère de la Sainte-Trinité et les distinctions à faire entre tlpôwxov et vnorraatv, entre oùelae et oùfft'uvtv. Oinon ne Frisinguk, De Gestis Frlderic.j lih. ii, cap. xi.

(3) L’école qui a tant exalté Abélard a dû tout uaturcllc-

de Brescia imposait la pauvreté, il voulait les cathédrales villes et les sanctuaires dépouillés ; il prêcha ses doctrines à Milan, «lans les marches romaines, partout ou l’imagination brûlante répondait à son esprit. Il y eut un granil enthousiasme répandu sur ses pas, ses prédications étaient populaires; on se levait en armes pour proclamer l’égalité «le tous. Les féodaux du Milanais, les évêques, comprimèrent ces tentatives, et Arnaud de Brescia se retira dans la ville inuicipale de Zurich , au sein des montagnes, pour respirer l’air «le la liberté (3). <)uaml l’Italie fut une fois encore en feu pour la querelle du peuple, du sénat et des papes, Arnaud «le Brescia sortit de | sa retraite et vint à Rome; c’était le temps où l’on parlait de rétablir les tribuns, où l’on réchauffait les idées «lu Capitole et «les consuls, où les sept collines fermentaient comme «les volcans sous le peuple. Alors les doctrines «l’Arnaud de Brescia ! durent faire une profonde impression, elles saisirent l’imagination «les Transtéverains et de quelques pauvres clercs; on se révolta contre les cardinaux et l’oppression qu’ils faisaient peser sur les paroisses. On vit une fermentation universelle dans Rome catholique ; les papes «juiUaicnt le château Saint- Ange, ils ne pouvaient plus habiter la ville toujours émue , et qui rêvait son ancienne liberté et sa vieille splendeur (4). La puissance «l’Arnaud «le Brescia finit sous le pontificat d’Adrien IV, Anglais «l’origine, pape plein de fermeté et élevé dans le monastère de Saint-Alhan. Arnaud de Brescia, retenu captif «l’altord , fut condamné à périr par le feu comme hérétique ; ses cendres furent jetées dans le Tibre, pour imiter les vieux Bomains , qui précipitaient dans les eaux jaunies du fleuve les citoyens livres à la hache du licteur. Cet fut une des grandes tentatives de réformalion. Arnaud de Brescia n’attaqua pas le dogme encore , sa doctrine n’était point philosoplii«iue , il appelait seulement une réformalion matérielle, en plaçant la police de l’Église dans la pauvreté «les clercs et l’égalité de tous.

A toutes les époijues et sous des formes diverses l’autorité est ainsi aUa«piée par une opposition de réforme; on ne va pas directement à ses doctrines et à son pouvoir, mais on l’éhranle par des idées

ment élever haut Arnaud de Brescia. Gibbon a été impartial ; Muratori a dooné uue bonite notice dans ses Annal ila /., ad ann. 1130 el 1145. Baronius, continué par l’agi, a des détails fort curieux, ad ann. 1130-1150 .

(4) Le chroniqueur Gunther explique ainsi le plan républicain d'Arnaud de Brescia :

Quin tliam litiilot urbts renovare vetustos ;

Nomme ptebelo scccrnere nonten équestre ,

Jura Irlbunorum , tanctum rrparare Xcnatum ,

El tenio petsas mulasque reporter* leget.

Lapsa ruinas it , et eut hue pentlenlia mûris lied itcrc prima va Capitol iu prisca ntlort.

{populaires «le réformation »lans les mœurs cl dans les habitudes. N’est-ce pas la condition de tout ce qui est puissant, de susciter une résistance journalière? 1/ Eglise était le pouvoir incontestable et reconnu ; l'examen commença donc à s’attacher à elle , à pénétrer son esprit , à juger sa constitution et sa force; la guerre était déclarée à qui régnait. Grégoire VII avait posé les fondements d'une grande monarchie, et elle fut attaquée par toutes les voix, elle suscita toutes les oppositions; c'était dans la condition «le son existence , il ne fallait pas s’en étonner, car elle dominait le pouvoir «le la société. Dans la marche du temps , l'autorité et l’examen forment comme les «leux idées en lutte; elles se transforment, mais elles ne meurent pas!

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