FIN DU RÈCXE DE LOUIS LE GROS
Premières batailles «le Normandie. — Guerre nationale contre les Allemands.— Prise d'armes de la chevalerie de Fiance. — L'orifl.imme de Saint-Denis. — Retraite de la race germanique.— Guerre contre les Anglais.— Invasion de l’Auvergne. — Louis le Gros et sa lignée. — Corpulence du roi.— Sa maladie et sa mort.— Administration royale. — Chartres et diplômes.
Louis le Gros , roi batailleur de la féodalité , s’était habitue dès son enfance à combattre dans les champs de guerre ; on le voit incessamment autour du Parisis assiéger les châteaux . dompter les comtes (1); sa vie se passait en armes ; depuis son extrême jeunesse, «laus le monastère «le Saint- Denis jusqu’à sa mort, son père, Philippe I", lui avait «lonné le soin «le guerroyer ; quand les châtelains des environs de Paris furent domptés, on put franchir ccs fiefs si rapprorh«;s de la cité, et Louis VI se rencontra dans de plus fortes luttes avec les chevaliers d’Angleterre et de Normandie , «pi'animail toujours une profonde haine contre les Français. On se rappelle que Guillaume le Roux , roi des Anglais, était mort percé «l’une flèche dans
(1) Voyez le cbap. nui de ce livre.
(â) Orocric Vital, liv. nr, en le comparant à Mathieu Paris, qui commence à offrir quelque intérêt, liv. i*r.
(3} Dccakge,v“ Lorica , Armis, et ses notes sur Joinville.
(4) Les fortes armures normandes du onzième siècle sont carencer.
les sentiers les plus sombres d’une épaisse forêt où retentissait le hurlement «les loups; il avait eu pour successeur Henri Ier. surnommé le Beau Clerc ou YEsrofalrej ;i cause «le sa science et de son amour de la dispute, caractère dominant «le l’époque (2). Henri l’Anglais m* dédaignait pas les batailles; il avait hérité «l’une certaine avidité «le complètes ; désireux de notivelh‘8 terres, il souriait aux fiefs plantureux, aux manses abondantes. Lu chevalerie «le Normandie et d* Angleterre avait alors mis en usage les armures formidables; un chevalier était tellement couvert décollés de mailles, de hauberts, de cuirasses , de gantelets ; sa tète était si préservée par son casque et sa double visière, qu’il était impossible de l'atteindre; les Anglais et l«*s Normands savaient forte ment caparaçonner les chevaux de manière à les rendre invulnérables (3) ; en vain on aurait cherché a percer le poitrail des nobles coursiers ! La pointe des épées s’émoussait, la lance était impuissante pour les attcimlre ! La chevalerie normaiule était lourde dans ses mouvements, mais tellement impénétrable qu'on aurait dit une muraille «l’acier; lorsqu’un chevalier était renversé, il restait immobile sur la terre, nulle arme ne pouvait pénétrer jusqu’à sa poitrine ; il fallait le prendre captif et prisonnier. La chevalerie «le France avait imité les armures des Normands et des Anglais : souvent , lorsqu'ils se rencontraient sur un champ de guerre, tous roulaient dans la poussière ; non faisait prisonniers «les masses de fer à coup de masse de fer » , comme le dit un chant de Geste , mais le sang ne coulait plus; l’armure préservait le chevalier depuis le cimier de son casque jusqu'au dernier clou scellé au pied de son cheval de forte encolure (4).
Dans la plaine de Brenneville , au Vexin normand, il y eut une de ces rencontres de chevalerie; on lie compta que trois chevaliers morts parmi les neuf cents qui se heurtèrent lance contre lance , casque contre casque (5). Les Français ne furent point heureux; leurs rangs furent brisés, cl il y eut cent quarante chevaliers pris par les Normands. Le roi Louis le Gros , reconnu dans la mêlée à sa corpulence, fut arrêté par un écuyer anglais qui , prenant la bride «le son coursier, dit «l'une voix forte eu langue vulgaire : « Le sire roi est pris. » Louis, se levant sur scs étriers, assena un coup de masse d’armes sur la tête de l’Anglais, et lui répondit: u Apprends qu'on ne prend jamais le roi , pas même aux échecs.» Les échecs nVtaient-ils pas
très-rare» aujourd'hui. Le grand travail du Père Mootfaucon en a reproduit quelques-unes. Tou». i«r. t'oyez aussi la tapisserie de la conquête et les vitraux de Saint-Denis daus le loin i«r.
(3) Succn, VUa Ludovic. Gros*.', cap. xxi.
la belle partie féodale , n’élaicnt-ils pas l’image des coutumes et des lois de la chevalerie ? Or le roi ne pouvait être pris , parce qu’il fallait imprimer respect pour la suzeraineté. Louis le Gros fui obligé de fuir le champ de bataille ; il se confia à un serf qui le conduisit à travers la forêt jusqu’à Chaumont. Un peu plus lard on voit apparaître une seconde fois en Normandie le roi à la tête des rustres et des paysans, conduits par les curés, chacun sous la bannière de la paroisse. Louis invoquait l'appui de la \ieille race ncuslricnne , réduite en servitude, contre les Normands et les Anglais, qui la dominaient depuis llolf le Scandinave et Guillaume le Conquérant. Les Neustriens étaient, par rapport aux Scandinaves et aux Anglais, dans la même servitude que les Gaulois avaient été envers les Francs et la race germanique (1) !
Ainsi finirent les batailles de Normandie, la belle province; mais il y eut bientôt une invasion plus terrible : les Allemands, sous l’empereur Henri V, passèrent le Rhin et s’avancèrent vers les frontières de Champagne : tous ces blonds Germains , à l’armure brunie, voulaient envahir Reims, la vieille ville franque du sacre. Celte armée des Allemands se composait de Lorrains, de Bavarois, de Souabes et de Saxons, belliqueuse et forte chevalerie; la race franque était ainsi menacée tout entière; elle sc leva avec enthousiasme; il n’y eut pas d’hésitation parmi les grands vassaux; les cartulaires content que deux cent mille hommes de forte mine se levèrent en ordre pour repousser les Allemands , car il s’agissait d'une guerre de nationalité, comme on en voit de temps à autre chez les peuples. Louis VI se mit à la tète de ce mouvement féodal , et ce fut alors que s’éleva au milieu de Saint-Denis l'oriflamme couleur rouge en forme de bannière, telle qu’elle ressemblait à la chape du martyr (2). Le roi ne savait-il pas que le bienheureux saint Denis était le défenseur de la nationalité franque? N’étail-il pas le patron spécial et le protecteur particulier du royaume? Le roi se rendit en hâte à ses pieds « et le sollicita du fond du coeur , tant par des prières que par des présents, de défendre le royaume, de préserver sa personne, et de résister, comme à son ordinaire, aux ennemis. En outre, et suivant le privilège que les Français ont obtenu de saint Denis, de faire descendre sur l’autel les reliques de ce pieux et de ce miraculeux défenseur de la France, ainsi
(1) Foycx, sur cette guerre de Normandie et l’appui des communaux à Louis VI,Oat>Eiuc Vint, liv. xii, p 853-856.
(2) Sucer sc complaît dans le récit de celle guerre toute nationale. Il était abbé de Saint-Denis et avait assisté aux moindres événements de la prise d’armes. FoyezJ'ita Ludovic. Cross. t cap. xxi.
1$) SiMiEti, Fila Ludovic. Cross. C’est le tableau le plus
I que celles de ses compagnons, comme pour les | emmener au secours du royaume quand un État | étranger ose tenter une invasion dans celui des ' Français (3). »
Ainsi parlait Snger en rappelant la patriotique institution du reliquaire de Saint-Denis, le vieux drapeau de la France, pour la défendre contre l’invasion étrangère : •< Le roi ordonna que celle cérémonie, conliuue-t-il, se fit pieusement et en grande pompe, et en sa présence. Enfin, prenant sur l’autel la bannière du comte du Vexin, pour lequel ce prince relevait de l’église de Saint-Denis, et la recevant, pour ainsi dire, de son seigneur suzerain avec un respectueux dévouement, le roi vola avec une petite poignée d’hommes au-devant des Allemands, pour parer aux premiers besoins de ses affaires; il invita fortement toute la noblesse à le suivre. La France, avec son ardeur accoutumée, s’indigna de l’audace îles ennemis; partout elle mit en mouvement l’élite de ses chevaliers, et de toutes parts elle envoya de grandes forces et des hommes qui n’avaient oublié ni l’antique valeur ni les victoires de leurs ancêtres. Quand de tous les points du royaume notre puissante armée fut réunie à Reims, il se trouva une si grande quantité de chevaliers et de gens de pied, qu'on eût dit des nuées de sauterelles qui couvraient la surface de la terre, nonseulement sur les rives des fleuves, mais encore sur les montagnes et dans les plaines. Le roi ayant attendu là une semaine tout entière l’arrivée des Allemands, les grands du royaume se préparaient au combat et disaient entre eux : « Marchons hardiment aux ennemis, qu’ils ne rentrent pas dans leurs foyers sans avoir été punis, et qu’ils ne puissent pas dire qu'ils ont eu l’orgueilleuse présomption d’attaquer la France, la maltresse de la terre. Que leur arrogance obtienne ce qu’elle mérite, non dans notre pays, mais dans le leur même, que les Français ont subjugué et qui doit leur rester soumis en vertu du droit de souveraineté qu’ils ont acquis sur lui. Ce qu’ils projetaient d’entreprendre furtivement contre nous , rendons-le-leur ouvertement (4). »
Suger et les chroniques exaltées et patriotiques rappellent ainsi dans ce récit les opinions «les vassaux de France contre la race allemande, l’ennemie de leur nationalité: barons, communaux, clercs étaient pleins d’impatience de marcher au-devant
complet <lti règne. Suger parle avec prédilection de celle prise d’armes des Français contre ta race allemande , chap. xxi.
(4) Comparez, sur ce grand mouvement des races franque et germanique. Suent, Fila Ludovic. Cross., cap. xxi, et Otmox de Faisiugub, qui donne la conlre-parlie du iccil dans le sens allemand , liv. iv.
île l'année envahissante. Celle ardeur fut calmée par les sages el les plus prudents du baronnage de France : « Ils conseillaient d'attendre <jue les ennemis fussent entrés sur notre territoire, de leur couper la retraite, et quand ils ne sauraient plus où fuir , de tomber sur eux , de les culbuter , de les égorger sans miséricorde comme des Sarrasins, d'abandonner sans sépulture, aux loups et aux corbeaux, les corps de ces barbares, à leur éternelle ignominie . el de légitimer ces actes de rigueur et ces terribles massacres par la nécessité de défendre notre pays. » Ainsi, dans leur haine profonde, les Français assimilaient la race germanique aux Sarrasins, aux ennemis des chrétiens ;jl fallait que le ressentiment s’élevât au plus liant degré d’exaltation; les infidèles n'étaient-ils pas les mécréants de Dieu même ! « Cependant , reprend Suger, les grands du royaume rangent en bataille dans le palais et sous les yeux du suzerain les diverses troupes de guerriers , et règlent celles qui, d’après l’avis commun , doivent marcher ensemble. Ceux de Reims el de Châlons, qui sont plus de soixante mille tant fantassins que cavaliers, forment le premier corps de bataille; les gens de Soissons et de Laon, non moins nombreux, composent le second ; au troisième sont les Orléanais , les Parisiens, ceux d’Étampcs, et la nombreuse armée du bienheureux saint Denis, si dévouée à la couronne (1).
Voici donc les communes, le peuple de la paroisse , armés comme les chevaliers ; le courage vient au cœur de la race serve et bourgeoise , elle conquerra bientôt sa liberté , car elle combat aussi hardiment que les féodaux ! « Le roi, plein d’espoir dans l’aide de son saint protecteur, s'écrie Suger, décide de se mettre lui même à la tête de cette troupe: « C’est avec ceux-ci , dit-il, que je combattrai courageusement et sûrement; outre que j'y serai protégé par le saint mon seigneur, j’y trouve ceux de mes compatriotes qui m’ont élevé avec une amitié particulière , et qui certes me seconderont vivant , ou me rapporteront mort , et sauveront mon corps. :> Le comte du palais, Thibaut, qui était venu par son devoir féodal avec son oncle le noble Hugues, comte de Troyes, conduisait la quatrième bannière des hommes de France ; à la cinquième, composant l'avant-garde, étaient le duc de Bourgogne el le comte de Nevers ; Raoul, comte de Vermandois , renommé par son courage , illustré par sa proche parenté avec le roi , et que suivaient
(1) Cet armement des serfs et des communaux me parait on des faits les plus curieux, qui parle un peu plus haut pour l'émancipai ion des masses que les Chartres des communes isolées. Foyez Scottt , Fila Ludovic. Cross. , cap. xxi.
2, Par celle énumération de vassaux , on voit suffham-
une foule d’excellents chevaliers et une troupe nombreuse tirée de Saint Quentin et de tout le pays d’alentour, bien armée de cuirasses el de casques, fut destiné à former l’aile droite. Les hommes de Ponthieu . Amiens el Beauvais formèrent l'aile gauche , on mit à l'arrière-garde le très -noble comte de Flandre, avec ses dix mille excellents soldais, dont il eût triplé le nombre s’il avait été prévenu a temps; et près de ceux««i combattirent Guillaume duc d’Aquitaine , le comte de Bretagne, el le vaillant guerrier Foulques, comte d’Angers, qui rivalisaient d'autant plus d’ardeur que la longueur de la roule qu’ils avaient eue A faire, et la brièveté du délai fixé pour la réunion , ne leur avaient pas permis d’amener des forces considérables , lesquelles allaient durement venger sur l’ennemi l’injure faite aux Français (2).
Ainsi se levaient la féodalité et les communes sans distinction ; la prise d’armes s'étendit aux barons de la Langue d'oc et de la Langue d’oil, aux Flamands comme aux Aquitains ; l’unité monarchique sc manifeste avec sa tendance invariable! Tout le baronnage féodal prit les armes, car i) s’agissait de repousser la race germanique; les mille gonfanons se déployèrent aux vents. L'ordre de bataille fut réglé par une volonté unique : « Quand on attaquerait les Allemands, continue Suger, des charrettes chargées d'eau et de vin pour les hommes blessés ou épuisés de fatigue devaient être placées en cercle comme une espèce île forteresse , pourvu que le terrain s’y prêtât; ceux que des blessures ou la lassitude forceraient de quitter le champ de bataille , devaient aller lâ se rafraîchir, resserrer les bandages de leurs plaies , et reprendre des forces pour venir de nouveau disputer la palme de la victoire. Ces dispositions si redoutables , et la réunion d’une armée si courageuse , retentirent bientôt ; dès que l'Empereur en eut connaissance, feignant, dissimulant , il couvrit sa fuite de quelque prétexte, marcha vers d’autres lieux , cl préféra la honte de se retirer lâchement ail risque d’exposer son empire et sa personne à la cruelle vengeance des Français el au danger d’une ruine certaine. A la nouvelle de sa retraite , il ne fallut rien moins que la prière «les archevêques, des évêques et des hommes recommandables par leur piété, pour engager les Français à ne pas porter la dévastation dans les États de ce prince et à en épargner les pauvres habitants (3). »
ment que la guerre était nationale; jamais, en d'autres circonstances, les méridionaux n'auraient marché avec les hommes du Nord, les Aquitains avec les Flamands. F oyez S im. tu , /7/a Ludovic. Cross., cap. xxi , et le Carlu/aire de l'abbé de Camps, lot», vin, mss.
(3) Secxn, Fila Ludovic. Gross., cap. xxi.
Ainsi Suger raconte cette tentative d’invasion des blonds Germains venant sc briser contre la frontière de fer que leur opposait la féodalité des Francs ; la race allemande et lorraine fut forcée de respecter le territoire. Grande joie aux cours plénières, à l’aspect d’un tel succès! El le roi Louis le Gros vint solennellement â Saint-Denis restituer l'oriflamme sacrée qui s'était déployée clans les camps pour la défense de la patrie. Le monastère retentit des hymnes saintes; le roi vainqueur déposa sa couronne d’or sur l’autel; on le vil humblement porter sur scs épaules les châsses vénérables d’argent qui contenaient les corps des martyrs : ce pèlerinage des Français à Saint-Denis était, pour le moyen âge , comme les actions de grâces des vieux Romains au Capitole, quand ils allaient remercier les dieux de la patrie!
Tout prospéra depuis pour la guerre. Les Anglais avaient menacé une fois encore d’envahir le Vexin ; ils furent repoussés; les Auvergnats, nation remuante des montagnes, avaient un comte aussi audacieux qil'eux-mèmes, lequel persécutait l’église de Clermont; Louis le Gros marcha sans hésiter contre les Auvergnats ; sa cour était belle et éblouissante : « on y voyait le belliqueux comte d'Angers, le puissant comte de Bretagne, et Guillaume, l’illustre comte de Ne vers. » La féodalité s’habituait à se grouper sous les bannières royales comme vers le centre de la nationalité ; on assiégea Clermont et le château de Monlferranl; c’était merveille à voir que l'éclat des cuirasses et des casques frappés par le soleil! Amaury, comte de Monlforl, eut les honneurs du siège. Celte expédition se poursuivit à la face des Aquitains, la nation méridionale qui , pour venir au secours des Auvergnats, avait quitté Bordeaux sur la Garonne (1) : Auvergnats et Aquitains parlaient la même langue avec des nuances bien légères; ils avaient les mêmes traits de caractère, et les Français leur étaient également étrangers; la rivière de Loire n’élail-elle pas la grande séparation «les deux nationalités? l’invasion germanique avait pu seule les réunir un moment sous les armes! Les Aquitains s’avancèrent sans oser attaquer les barons de France, et leur «lue écrivit à Louis VI une chartre «le soumission; elle constate 1rs rapports des grands fiefs avec le suzerain, qui chaipic jour se développent : « Ton duc d’Aquitaine, seigneur roi, le souhaite santé, gloire et puissance; «jue la grandeur «le la maj«*slé royale ne dédaigne point d’accepter l'hommage et le service du duc d'Aquitaine , ni de lui conserver
(1) Chronique de Saint-Denis, a.! ann. 1 Î25. L'ahhé de Camps a publié plusieurs actes diplomatique* relatif* à cette guerre d'Auvergne.
ScGF.il , rit a Ludovic Gras* , cap. xxi.
ses droits ; la justice exige sans doute qu'il le fasse son service, mais elle veut aussi «jue lu lui sois un suzerain équitable (2). Le comte d’Auvergtu1 lient «le moi l’Auvergne, comme je la liens «le toi ; s’il sYst rendu coupable, je «lois le présenter au jugement «le la cour quand lu l’onlonneras ; «’ela | je ne l’ai jamais n'fusé : il y a plus, j’offre «le le faire,
| et je te supplie humblement et avec instance d’y j consentir. En outre, et pour «pie Ton Altesse daigne j ne conserver à cet égar«l aucun «loute , je suis prêt à lui donner tous les otages qu’elle croira nécessaires. Si les grands «lu royaume jugent qu'il en «loil être ainsi . que cela soit fait ; s’ils pensent autrement, que cela soit fait comme ils diront, n Le I roi ayant donc délibéré sur ces propositions avec les gtands du royaume, reçut du «lue d’Aquitaine, comme le commandait Injustice, la foi , le serment «les otages en nombre suffisant; il rendit la paix au pays et à l'Église, fixa un jour précis ppur régler et décider, en parlement à Orléans et en présence du «Inc, entre l'évêque et le comte, les points auxquels jusqu'alors les Auvergnats avaient refusé de souscrire ; puis, ramenant glorieusement son armée, il retourna victorieux en France (3).
Les progrès «le la royauté se développent rapltlement;le règne «le Philippe- Auguste, «pii acheva j l'œuvre, se prépare; l’obéissance des grands firn- | «lalaires s’établit d’après certains principes. Louis le Gros avance le triomphe «le la suzeraineté «lomi- 1 nanl les frodaux ; ce prince passait sa vie ilans les j batailles; le roi, depuis son enfance, était toujours : à cheval , poursuivant çà et là les barons «lans ses conquêtes; il a\ ail mie bonne réputation de guerre ; hélas ! la puissante activité de son corps ne l'avait point empêché «le grossir démesurément ; tout enfant, il avait déjà de larges épaules, des memi bres forts et épais; un peu plus lard il ne pouvait I plusse tenir en sa selle, et, dans son expédition i «l’Auvergne, ses cuisses étaient si grosses, sa poitrine | si large, scs membres si épais, qu’on était oblige i de le mettre à cheval comme une tour de châtelle- I nie (4) : les hommes d’armes avaient besoin de voir | tout le courage du roi, d'assister à ses batailles,
1 pour ne pas le prendre en moquerie, tant il était ! grotesque; comment l’homme d’armes n'aurait-il j pas ri aux éclats sous son casque d’acier, quand celle grosse boule de roi roulait sur la selle? Mais Louis le Gros frappait dur et fort l’insolent qui | osait mal dire «le son suzerain ! Louis VI se déso- | lait pourtant de voir en vieillissant c«*tte corpulence s'arrondir encore; on lui «lisait de jeûner, et le roi
(3) Celle pièce Cil aussi rapportée par Pibhé de Camps , Carlul.de Louis te Gros , mm. n cl v, tins.
(4) Si-cru, Cita Ludovic. Gros*., cap. XXi.
ne pouvait s'abstenir de manger de la venaison et de boire à grands flots le vin de Rébéchin et d'Orléans. Il est à remarquer que presque tous les féodaux , après quarante années, avaient la panse rebondie, bien repue de toutes choses; et a côté d’eux ils avaient ces moines vivant dans l’abstinence, comme pour symboliser la lutte de la chair et de l'esprit, de la force brutale qui se repaît de viande , et de l’intelligence qui vit de méditation.
Louis VI avait été fiancé à Lucienne, fille de Guy L* Rouge , sire de Rorhrforl , avant qu'elle ne fût nubile, selon la coutume. Gomme le mariage ne fut point accompli, le roi se remaria avec Alix ou Adélals , fille du comte de Maurienne ou de Savoie, Humbert II (I). Il en avait eu une longue lignée vivante en son manoir; son fils aine portail le nom de Philippe , varlet jeune et ardent , et qui mourut «l’une façon malheureuse. Voilà «ju'il s’en revenait un peu hantant de Saint-Marcel , gros bourg assez lointain «le Paris en Pile , sur le revers «le la montagne «le Sainte-Geneviève , au delà «les ruines du palais de Julien; son fringant cheval de bataille s’en allait au galop , lorsqu'un porc , car il y en avait beaucoup aux rues et fumÛTS «le la cité, vint se mettre dans les jambes du fougueux coursier; le cheval effrayé se cabra et renversa le jeune prince , qui mourut cruellement «le sa chute (2). Le roi le pleura comme l’héritier de sa race et «le sa couronne. Le fils puiné, du nom de Louis, prit la place de son frère; il fut sacré immédiatement à Reims et reconnu comme successeur; rien n’était moins sûr alors que In transmission du pouvoir royal. La cérémonie se fil dans la calhé«!ra1e, comme on le dira plus tard , avec des pompes inaccoutumées; il fallait inspirer respect et obéissance aux vassaux.
Le roi avait encore plusieurs enfants d’Adélaïs: Louis qui régna , puis Henri qui se fit moine «te Clairvaux,ft plus tard fut élu à l'évêché de Beauvais cl salué comme archevêque de Reims. Robert , le quatrième, fut la souche de la grand** branche des comtes de Dreux ; le cinquième, Pierre «le Courlenay, est la noble lige «le cette illustre race que je retrouve partout dans les annales du moyen âge. Salut donc à toi , souche royale des (’ourlenay , avec tes fleurs de lis au blason, ici tenant la charrue, là l’épée, te renouvelant par t«*s fils dans toutes les provinces; tu brillas en Angleterre , à Conslanli-
(t) BÈstoicms, Art de vérifier les fiâtes, t. u, in-4».
(2) Sogck, F'ita Ludovic. Gross., cap. xn. s{3j II y a eu de grand* travaux sur la généalogie des Courlenay. Gtbbon les a parfaitement résumés dans une dissertation à part de son bel ouvrage sur le Bas-Empire. Ducangc. dans ses notes sur la Byzantine, a beaucoup parlé des Courtenay. F'oy. aussi ses notes sur Joinville. in-4°.
nople, en France, dans l’Orléanais, dans la Bourgogne , digne de ton cri d'armes et «le ton éeu au champ d’azur (3) ! Le sixième et le septième fils de Louis VI, Philippe et Hugues, finirent leur vie en se consacrant à Dieu. Dirai-je la chronique île Constance. fille de Louis le Gros? File épousa Eustache, comte «le Boulogne ; veuve , elle se remaria à Raymond V, comte de Toulouse , alliances féodales qui furent chantées partout dans i«*s cours plénières par h*s troubadours de la I.angue d’oc !
Combien il vieillissait Louis le Gros ! Il était intptiel , mécontent «le <*e vcnlre proéminent qui l'obligeait «le rester couché sur son séant et «le dormir debout; il pouvait à peine marcher quand il louchait les écrouelles à tous les pauvres dans son palais, ou bien quand il allait à Saint-Denis pour visiter les reliques ou entendre sonner la grande horloge, qu’on remontait trois fois par jour. Dans celle année la maladie vint; le roi fut pris «l’une affreuse «iyssenlerie , et il maigrit tant qu’il n’était plus reconnaissable (4) ; il vit bien «lès lors que c’en était fait de lui et qu’il fallait recommander son éme à Dieu. Les chaleurs de l’été étaient étouffantes, ell«*s brûlaient et accablaient; Louis se vit près «le la mort ; il désirait se faire transporter à l’église Saint-Denis , il n’en eut pas la force; de sa voix mourante il ordonna de le déposer sur une croix «le cendres , et c’est là qu’il rendit Pâme dans les calemles d’août 1 137 ; il avait atteint la soixantième année de son âge (3). Louis le Gros fut surtout un roi batailleur, qui constitua la royauté par de forts coups «l’épée et de longs soucis ; on a voulu voir en lui un légiste, un prince qui émancipa le peuple dans une vue d’équité et d’égalité politique. Si Louis le Gros donna la liberté aux paysans et aux serfs, ce fut surtout par un motif «le guerre et «le conquête; il avait à lutter contre les sires féodaux du l'arisis et «le la Normandie , contre les possesseurs «le châteaux qui dévastaient le territoire de la cité ; il avait à repousser la rare germanique. Louis VI invoqua l’appui <l«*s serfs et «les communaux ; il fit marcher les paysans cl les manants sous l«:s bannières «le leurs paroisses et de leurs curés. La cause première de l'émancipation communale est toute belliqueuse et intéressée ; la source morale est dans la croisa«le , dans ce mouvement démocratique imprimé à tout un peuple par la prédication. Les niasses s’émurent , on invoqua leurs armes ;
(4; F'oy ex , sur l.i fin de Louis VI . la biographie royale , si détaillée par Suger. F'ita Ludovic. Gross., cap. ni.
(5) Louis le Gros fut enseveli à Saint-Denis. A celle occasion. Suger s’écrie :
Félix ij ni potuit , mundl notante ru In A ,
Qnojaeeat prevsefise loeo.
Chap. xxi.
Pierre l’Ermite, saint Bernard s’adressèrent à tous sans distinction, et de cette égalité devait résulter naturellement une organisation de ce peuple dont ou invoquait le bras ; le fort ne pouvait pas rester longtemps serf. Tant que les populations de la campagne fuirent éperdues devant les barbares , tant qu’elles se cachèrent dans les souterrains des châteaux, sous l’épée des barons et îles châtelains, elles furent réduites au servage, et cela devait être; dès qu'elles prirent un peu d’énergie, elles secouèrent le joug: c’était leur droit , elles l’avaient conquis par les armes.
Les ordonnances du règne de Louis le Gros sont néanmoins nombreuses : une de ses premières Chartres indique un bourgeois de Paris expert dans Part géométrique pour arpenter toutes les terres de France (1). L’abbaye de Saint-Denis, dit une autre chartre , pourra tenir un marche en son nom et à son profit (2). Les serfs de l'église de Saint-Maur pourront désormais paraître en droit et être admis en témoignage contre les personnes franches (3); les habitants de Saint-Germain , au diocèse de Chartres, sont tous affranchis de servage et exerceront toute la justice (1). Une chartre reconnaît le droit de bourgeoisie à un serf du nom de Richard -des- Costes (o); puis vint la commune de Laon avec ses privilèges et franchises. Toutes ces lettres, Chartres et diplômes sont scellés do la main du digne roi Louis VI , « que Dieu ait reçu en son saint paradis, » comme le dit la pieuse chronique de Saint-Denis en France!