‹ Œuvres de Chamfort et RivarolChapitre 2 sur 34 · II , NOTICE · texte numérisé non relu

II , NOTICE

fnes sermons ? Je les prononcerai, car fat cU h mémoke, — Cest dit : un huis par sermon, » Le prédicateur frappa dans la main de Chamfort. Il lui fallait un sermon par semaine. Grâce à ce travail, Clmmfort vécut près d'une année, Diderot avait bien débuté de même dans cette in^ grate carrière des lettres.

A cette époque, un riche Liégeois V emmena avec lui en

Îualitè de secrétaire particulier ; mais il revint bientôt à WiSy désillusionné et sans le sou. Quelques articles qu'il réussit à faire insérer dans les Ga:(ettes et au Journal encyclopédique lui permirent de vivoter pendant deux ans dans un état voisin de la misère.

L'idée lui vint de prendre part aux concours académiques. Il remporta le prix de poésie avec son Épître d'un pèie à son ms, sur la naissance de son petit-nls ; et une de ses pièces : la Jeune Indienne, jouée avec succès à la Comédie* Française, acheva de le mettre en évidence. Les sahns s'ouvrirent devant lui. Il fut recherché et choyé. « Enfant de V amour, beau comme lui, plein de feu et de gaieté, impétueux et malin, studieux et espiègle, sa bonne mine lui valait des succès^ qui, selon l'expression de Sainte-Beuve^ dérangeaient le bon ordre domestique. » Madame de Craon disait de lui à ses intimes : «r Vous m voye:^ qu'un Adonis^ et dest un Hercule, »

Mais, si fort qu'il fût, il s'usa à la besogne. Peu d'an-nées après, on le retrouve^ « pour ses péchés, aux eaux de Spa, aux eaux de BarégeSy partout où Cupidon s'était mis au régime et buvait de l'eau, »

A son retour à Paris, il fut recueilli par Madame Helve* tius, qui avait à Sèvres «r un hôpital littéraire, » — «r II faut choisir, disait-il : aimer les femmes ou les connaître; il n'y a pas de milieu, » Cette pensée est aussi de lui : «r Pour qtiune liaison d'homme à femme soit vraiment intéressante, il faut qu'il y ait entre eux jouissance, mémoire ou désir, » Et cette fameuse définition : « L'amour, tel qu'il existe dans la société, n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes, » Chamfort ne mettait guère de poésie dans la passion. Il dit cependant un jour : «fe n'ai jamais perdu terre avec les femmes, si ce n'est dans le ciel. »

NOTICE. m

H li aurait pu, dû un de ses biograpljes, Arsène Houssaye, mieux qtt*tm Oittre faiseur de paradoxes, écrire V histoire de l'amour* Jl avait étudia la femme et les femmes. Il savait les mUie et une attaquée contre les places fortes de la vertu, n commençait souvent le siège au petit lever. Au dix-septième siècle, les marquis allaient voir le lever des femmes, comme les philosophes allaient voir le lever du soleil. Le soleil et ks femmes sont toujours de ce monde, mais ne se lèvent plus en public, Chamfort trouvait que le midi a une sorte ttt sévérité fatale aux amoureux, A huit heures on pouvait ouvrir le rotnan, sauf à Vinterrompre à la première page ; à six Inures, il fallait railler au lieu de ^attendrir ; à neuf heures, conter quelque histoire émouvante ; à minuit, suivre son inspiration, et, une fois , en campagne^ ne pas rebrousser chemin, même si le feu était à la maison. Selon Oxtmfort, il y a tant d'illogisme cJje^ la femme, que les raisouuetnents ne la prennent jamais. Il faut savoir être dans le même moment un Ijomme d'esprit et une bête, un maître et unr esclave, an sage et- un fou, « Save^-vous pourquoi ^ « disait Chamfort à MirabeaUy j'ai séduit madame ? C'est «qsBe.jeme suis aperçu le premier que, puisqu'elle avait « changé en cramoisi le meuble de son boudoir, il fallait ff changer avec elle le ton de la conversation, »

La duchesse de Grammont avait pris Clxunfort sous sa protection. Elle l'introduisit à la cour; on joua à Fontainebleau sa tragédie de Mustapha et Zeangir^ et le roi lui donna dou^e cents livres de pension. Le prince de Condé lui offrit en même temps un poste de secrétaire dans sa maison. Mais Chamfort ne put supporter longtemps le collier : six mois après, il quittait le Palais-Bourbon, disant ; « Mépriser Yargent, cest détrôner un roi, »

Jl u retira à la campagne, La vie frivole et agitée du monde l'ennuyait, a Je ne demande rien, écrivait-il dans une de ses lettres, mais il faut qu'on me laisse à moi-même. Il ri est pas juste que je porte en même temps le poids de la pauvreté et le poids des devoirs attachés à la fortune ; j'ai une santé délicate et la vue basse : je n'ai gagné jusqu'à présent dans le monde que des tracas, des rhumes, des fluxions et des indigestions, sans compter le risque d'étr^

Page 1