‹ Œuvres de Chamfort et RivarolChapitre 25 sur 34 · LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE

*^ Les idées font le tour du monde; elles roulent de siècle en siècle, de langue en langue^ de vers en prose, jusqu'à ce qu'elles s'enveloppent d'une image sublime^ d'une expression vivante et lumineuse qui ne les quittent plus, et c'est ainsi qu'elles entrent dans le patrimoine du genre humain.

/^ Pour arriver à des choses neuves en littérature, il faut déplacer les expressions, et, en philosophie, il faut déplacer les idées.

/^ Les idées sont des fonds qui ne portent intérêt qu'entre les mains du talent.

,\ Les idées mendient l'expression.

,% Il y a généralement plus d'esprit que de talent en ce monde : la société fourmille de gens d'esprit qui manquent de talent.

n y a cette différence entre ces deux présents de la nature, que l'esprit, à quelque degré qu'on le suppose, est plus avide de concevoir et d'enfanter, le talent plus jaloux d'exprimer et d'orner. L'esprit s'occupe du fond, qu'il creuse sans cesse; le talent s'attache à la forme, qu'il embellit toujours : car, par sa nature, l'homme ne veut que deux choses, ou des idées neuves, ou de nouvelles tournures : il exprime l'inconnu clairement pour se faire entendre, et il relève le connu par l'expression pour se faire remarquer. L'esprit a donc besoin qu'on lui dise : Je vous

enlends; et le talent: Je vous admire. U est donc yrai que c'est l'esprit qui éclaire, et que c'est le talent qui charme ; l'esprit peut s'égarer, sans doute, mais il craint l'erceor; au Ûeu que te talent se familiarise d'abord aTcc elle, et en tire parti : car cen'est pas la vérité, c'est une certaine perfection qui est son objet; les variations, si déshonorantes pour l'espril,, étonnent si pen le talent, que, dans le conflit des <^inions, c'est toujours la pins brillante qui l'entraîne; d'où il résulte que l'esprit a plus de juges, le talent plus d'adnurateurs; et qn'enSti, après les passions, le talent est dans l'homme ce qui tend le pins de pièges aubon sens.

/, La différence du talent & l'esprit entraîne aussi ponr eux dei conséquences morales. Le talent est sujet aux vapeurs de l'oi^ueil et aux orages de l'envie i l'esprit en eet fUim exempt, Voye», d'un cûté, les poètes, les peintres, le» acteurs, et, de l'autre, les vrais penseurs, les métaphysiciens et les géomètres. C'est que l'esprit court après les secrets de la nature, qu'il n'atteint guère ou qu'il n'atteint que ponr mieui 6e mesurer avec sa propre faiblesse, tandis que le talent poursuit une perfection humaine dont il est sdr, et a toifjours le goût pour témoin et pour juge. De sorte que le tal«nt est toujours sati^it de lui-même ou du public, quand l'esprit se méûe et doute de la nature et des hommes. En un mot, les gens d'esprit ne sont que des voyageurs humiliés qui ont été toucher aux bornes du monde, et qui en parlent, i leur retour, à des auditeurs indifférents, qui ne demandent qu'à être gouvernés par U puissance ou charmés par le talent.

.". Il n'y a que les expressions créées qui portent Mn écrivain à la postérité.

/, Le génie égorge ceux qu'il pille.

^\ Le génie des idées est le comble de l'esprit : le génie des expressions est le comble du talent.

*^ Dans le moode, l'esprit est toigours improvisateur; il ne demande ni délai ni rendez-vous pour dire un mot heureux, il bat plus vite que le simple bon sens ; il est, en un mot, sentiment prompt et brillant.

/, Le talent est un art mêlé d'enthousiasme.

S'il n'était qu'art, il serait froid ; s'il n'était qu'enthousiasme, il serait déréglé : le goût leur sert de lien.

^*^ Si le talent empêche le génie de tomber, le génie l'empêche de ramper.

/^ La parole est la physique expérimentale de l'esprit : chaque mot est un fait, chaque phrase une analyse ou un développement, tout livre une révélation plus ou moins longue du sentiment et de la pensée.

^\ Un mot, par lui-même, n'est rien qu'un assemblage de lettres; mais une expression est tout ; c'est d'elles que les mots attendent la vie. L'expression est une assemblée plutôt qu'un assemblage de mots : elle les réunit et les allie pour peindre un sentiment, une image, une pensée.

/^ La parole est le vêtement de la pensée, et l'expression en est l'armure.

^\ Les belles images ne blessent que l'envie.

^*^ Les idées sont comme les hommes : elles dépendent de l'état et de la place qu'on leur donne.

/^ La rapidité est sublime, et la lenteur majestueuse*

/, Dans la fable, il y a autant de lé(;iElateure qae de poètes; il nefaut pas donner nn code à l'imagina-

.% On ne Banrait entoorer l'art des vers de trop de remparts et d'obstacles, afin qu'il n'y ait que ceux qui ont des ailes qui puissent les franchir.

.*. L'Olympe d'Homère est plus riche que celui de Vitale. Le haut du tableau de l'Iliade est bien mieux garni que celui de l'Enéide.

'. On ferait souvent un bon livre de ce qu'on n'a pas dit, et tel édifice ne vaut que par ses réparations.

.'. Plus d'un écrivain est persuadé qu'il a fait penser son lecteur quand il l'a fait suer. Il est pourtant Vrai que celui qui ne rend sa pensée que d'une manière louche et eiifortillée propose réellement un problème, et que ce problème n'est résolu que par celui qui parvient à la bien exprimer.

.'. Les titres delà plupart des livres ne sont qii'un prétexte pour le génie.

.'. Le poète épique n'emprunte point avec succès les grands personnages de l'histoire, parce que le merveilleux est l'âme de l'épopée. Les couleurs de la fiction ne tiennent pas sur ces bustes vénérables, qui portent les vieilles empreintes 'de l'histoire et du temps.

.'. Ronsard avait bâti des chaumières avec des tronçons de colonnes grecques; Malherbe éleva le premier des monuments nationaux.

.'. (^mme le théfltre donne un grand éclat à une nation, les Anglais se sont ravisés sur leur Shakspeare, et ont voulu non seulement l'opposer, mais le mettre encore fort au-dessus de notre Corneille,

honteux d'avoir jusqu'ici ignoré leur propre richesse. Cette opinion est d'abord tombée en France, comme une hérésie en plein concile ; mais il s'est trouvé des esprits chagrins et anglomans qui ont pris la chose avec enthousiasme. Ils regardent en pitié ceux que Shakspeare ne rend pas complètement heureux, et demandent toujours qu*on les enferme avec ce grand homme. Partie malsaine de notre littérature, lasse de reposer sa vue sur les belles proportions ! Essayons de rendre à Shakspeare sa véritable place.

On convient d'abord que ses tragédies ne sont que des romans dialogues, écrits d'un style obscur et mêlé de tous les tons ; qu'elles ne seront jamais des monuments de la langue anglaise que pour les Anglais mêmes, car les étrangers voudront toujours que les monuments d'une langue en soient aussi les modèles, et il les choisiront dans les meilleurs siècles. Les poèmes de Plante et d'Ennius étaient des monuments pour les Romains et pour Virgile lui-même ; aujourd'hui, nous ne reconnaissons que V Enéide. Shakspeare, pouvant à peine se soutenir à la lecture, n'a pu supporter la traduction, et l'Europe n'en a jamais joui : c'est un fruit qu'il faut goûter sur le sol où il croît. Un étranger qui n'apprend l'anglais que dans Pope ou Addison n'entend pas Shakspeare, à l'exception de quelques scènes admirables que tout le monde sait par cœur. Il ne faut pas plus imiter Shakspeare que le traduire. Celui qui aurait son génie demanderait aujourd'hui le style et le grand sens d' Addison; car, si le langage de Shakspeare est presque toujours vicieux, le fond de ses pièces l'est bien davantage : c'est un déUre perpétuel ; mais c'est quelquefois le délire du génie. Veut-on avoir une idée juste de Shakspeare? Qu'on prenne le Cinna de Corneille ; qu'on mêle parmi les grands personnages de cette

tragédie quelques cordonniers disant des quolibets, quelques poissardes chantant des couplets, quelques paysans parlant le patois de leur province et faisant des contes de sorciers; qu'on ôte l'unité de lieu, de temps et d'action, mais qu'on laisse subsister les scènes sublimes, et on aura la plus belle tragédie de Shakspeare. Il est grand comme la nature et inégal comme elle, disent ses enthousiastes. Ce vieux sophisme mérite à peine une réponse.

L'art n'est jamais grand comme la nature, et, puisqu'il ne peut tout embrasser comme elle, il est contraint de faire un choix. Tous les hommes aussi sont dans la nature,, et pourtant on choisit parmi eux, et dans leur vie on fait encore choix des actions. Quoi ! parce que Gaton, prêt à se donner la mort, châtie l'esclave qui lui refuse un poignard, vous me représentez ce grand personnage donnant des coups de poing! Vous me montrez Marc- Antoine ivre et goguenardant avec des gens de la lie du peuple I Est-ce par là qu'ils ont mérité les regards de la postérité ? Vous voulez donc que l'action théâtrale ne soit qu'une doublure insipide de la vie? Ne sait-on pas que les hommes, en s'enfonçant dans Tobscurité des temps, perdent une foule de détails qui les déparent, et qu'ils acquièrent par les lois de la perspective une grandeur et une beauté d'illusion qu'ils n'auraient pas s'ils étaient trop près de nous ? La vérité est que Shakspeare, s'étant quelquefois transporté dans cette région du beau idéal, n'a jamais pu s'y maintenir. Mais, dira-t-on, d'où vient l'enthousiasme de l'Angleterre pour lui? De ses beautés et de ses défauts. Le génie de Shakspeare est comme la majesté du peuple anglais ; on l'aime inégal et sans frein : il en paraît plus libre. Son style bas et populaire en participe mieux de la souveraineté nationale. Ses

beautés désordonnées causent des émotions plus vives, et le peuple s'intéresse à une tragédie de Shakspeare comme à un événement qui se passerait dans les rues. Les plaisirs purs que donnent la décence, la raison. Tordre et la perfection, ne sont faits que pour les âmes délicates et exercées. On peut dire que Shakspeare, s'il était moins monstrueux, ne charmerait pas tant le peuple ; et qu'il n'étonnerait pas tant les connaisseurs, s'il n'était pas quelquefois si grand. Cet homme extraordinaire a deux sortes d'ennemis : ses détracteurs et ses enthousiastes ; les uns ont la vue trop courte pour le reconnaître quand il est sublime ; les autres l'ont trop fascinée pour le voir jamais autre. Nec rude quid prosit video ingenium. (HoR.)

/^ Voltaire régnait depuis un siècle ; il ne donnait de relâche ni â ses admirateurs ni à ses ennemis. L'infatigable mobilité de son âme de feu l'avait appelé à l'histoire fugitive des hommes. Il attacha son nom à toutes les découvertes, à tous les événements de son temps, et la renommée s'accoutuma à ne plus parler sans lui. Ayant caché le despotisme de l'esprit sous des grâces toujours nouvelles, il devint une puissance en Europe, et fut pour elle le Français par excellence, lorsqu'il était pour les Français l'homme de tous les lieux et de tous les siècles. Il joignit enfin à l'universalité de sa langue son universalité personnelle, et c'est un problème de plus pour la postérité.

^*, Racine a des couleurs, mais Corneille a des ressorts.

,*, Quand un homme, sorti d'une longue retraite, se révèle tout à coup au public dans un ouvrage où

il a donné une grande puissance à son expression, la

foule diM iinitaleurs se presse autour de lui : ils se font lierre pitrce qu'il s'est fait cLûne.

,*, Ceux qui empruntent les tournures des aiicicas auteui-a pour èlre aaik sont des vieillards qui, ne pouvant parler en hommes, bégajcnt pour pai'attre enfants.

,', Celui qui, pour être naïf, emprunte une phrase d'Amyot, demanderait, pour être brave, l'armure (|g Bayard.

,', Il y a des mots pleins de sel, que l'eaprit crée au besoin el pour le moment, et que le goût ne veat pas qu'on déplace.

;*, Madame de la Sablière appelait La Fontaineson fablier, pour faire enteudreque cet auteur porlaitdes fables comme un arhre porte des fi'uits. Ce grand fabuliste dit que l'dne se prélasse, pour dire qu'il marche comme un prélat.

On trouve dans Molière : Et vous serez, ma foi , tartu-p.ee , pour dire : Et mus épouserez Tartufe.

L'impératrice des RussJes, en peignant je ne sais quel avocat français, qui allait faire !e législateur dans ses Étals, écrit à Voltaire que cet homme est venu UgUlater chez elle.

Ces mots, je le répète, sont du répertoire de la grâce. La grammaire les méconnaît, et on ne les trouve pas dans ses dictionnaires.

,', En vain les trompettes de la renommée ont proclamé telle prose ou tels vers : 11 y a toujoui's dans la capitale trente ou quarante tëtcs incorruptibles qui se taisent. Ce silence des gens de goût sert de conscience aux mauvais écrivains, et les tourmente le reste de leur vie.

^^m^^mm^mmm

L*envie pardonne quelquefois l'éclat du style à un grand homme qui n'a «pas le don de la parole, parce que, s'il paraît dans le monde, qu'il y montre de l'embarras ou de la disgrâce, il a l'îiir d'un enchanteur qui a perdu sa baguette, et on le félicite de son malheur.

^*, Voltaire produisant une pièce fugitive était Hercule maniant de petits fardeaux et les faisant voltiger sur ses doigts ; son excès de force était sa grâce. Mais quand, avec la même force de poésie, il est entré dans l'épopée, il n'a fait que la Henriade.

^% Diderot est un génie d'un ordre composite.

ESPMT DE MVAROL

,', Du Tableau de Parti de Mercier ; Ouvrage jiensé dans la rue et écril sur la borne ; l'auteur a peint la cave et le grenier en sautant le salon.

," Condorcet écrit avec de l'opium sur des feuUles (le plomb.

,*. De son secrétaire, qui ne se souvenait plus le soir de ce qu'il avait écrit le matin : Ce serait un excellent secrétaire de conspiration.

.*, Il ne faut pas des sots aux gens d'esprit, comme il Taut des dupes aux fripons.

,'. Les lectures de société éventent le génie et délièrent un ouvrage.

.*, Dans le poème des Jardins, M. Delille, toujours occupé de faire un sort à chacun de ses vers, n'a pas songé à la fortune de l'ouvrage entier.

,', A propos du goilt que les Français avaient témoigné pour les drames de Mercier : Nous ressem-

blons aujourd'hui à des convives qui demandent de Feau-de-vie sur la fin d'un excellent repas,

,*, Cubières est une Providence pour les aimanachs.

/^ Rivarol appelait le Petit Almanach des grands hommes les saturnales de la littérature, et il appelait la Révolution les saturnales de la liberté.

/^ G... est le premier qui ait transporté les amplifications du barreau dans les éloges académiques ; sans s'étonner de ses succès, il travaille sans relâche à nous familiariser avec les formes de style les plus extraordinaires. ^

^*^ Sur Cubières : Tous les almanachs portent des marques de sa muse.

,\ A propos du Monde primitif de Court de Gébelin : C'est un livre qui n'est pas proportionné à la brièveté de la vie, et qui sollicite un abrégé dès la première page.

/^ Il y a des gens qui sont toujours prêts d'éternuer; G... est toujours prêt d'avoir de l'esprit et môme du bon sens.

/, Sur l'abbé de Vauxcelles, auteur de plusieurs oraisons funèbres : On ne sent jamais mieux le néant de l'homme que dans la prose de cet orateur.

/, Sur d'Arnaud : La probité de ses vers et l'honnêteté de sa prose sont connues.

^*^ Ma vie est un drame si ennuyeux, que je soutiens toujours que c'est Mercier qui l'a fait.

/, On lui reprochait d'avoir pillé les idées de Condillac et de Montesquieu. — « Je me suis servi des modernes, répondit-il, comme un orfèvre se sert de ses poids pour peser de l'or. x>

.*, Si Mirabeau a eu quelques succès, c'est qu'il a

toujours écritsur des matières palpitantes de l'intérêt du momeot.

,', Le seul grand homme qu'il y ait aujourd'hui en Europe, depuis la morl de Frédéric II, est la femme extraordinaire qui gouverne la Russie.

,', Sur des vers de François de Neufchâleau : C'est de la prose où les vers se sont mis.

.'. Champcenelz, c'est mon clair de lune.

,'. Je ne suis ni Jupiter ni Socrate, et j'ai trouvé dans ma maison Xan lippe et Junon.

.', A M. R..., qui lui rappelait ime pièce de vers de sa composition : Vous voudriezbien que je l'eusse oubliée !

.'. A madame de Béthizy, avec laqueUe il venait de lire les Éloges de Fontenetle : Ses objections éclaircissent le point de la difficulté, et ses questions abrè* gent les réponses.

.'. Sui' l'affaire du collier : M. de Breteuil a pris le cardinal de Rohan des mains de madame de La Moite, et l'a écrasé sur le front de la reine, qui en est resiée marquée.

.•. Sur MM. G... et L... : Ils sont partis, l'un de Grenoble et l'autre de Bayonne, et se sont donné rendez-vous à Paris pour y venir faire le mariage de la jurisprudence et de la philosophie.

,'. A l'affaire du 6 octobre, sur de LaF...: Il fallut réveiller cet autre Morphée,

.', G... a toujours l'œil au ciel, et U cherche ses inspirations dans le plafond.

.'. De Champcenetz : Je le bourre d'esprit ; c'est tu gros garçon d'une gaieté insupportable.

/» Du fils de Buffon : C'est le plus pauvre chapitre de VHistoire naturelle de son père.

A Dans un cercle, une femme qui avait de la barbe au menton et ne déparlait pas de la soirée : Cette femme est homme à parler jusqu'à demain matin.

^*, Mirabeau était l'homme du monde qui ressemblait le plus à sa réputation : il était affreux.

/, De l'abbé Millot, auteur de plusieurs abrégés historiques : Il a fait des commissions dans l'histoire.

*^ Lire Barème, écouter d'Arnaud et mal dîner, voilà ce que je léguerai à mes ennemis.

*^ M. Dehlle, traducteur des Géorgiques, est sorti boiteux, comme Jacob, de sa lutte avec un Dieu.

/^ Les nobles d'aujourd'hui ne sont plus que les mânes de leurs ancêtres.

*^ A propos de son frère : Il serait l'homme d'esprit d'une autre famille, et c'est le sot de la nôtre.

,*, Du même : Jérémie aurait' été un bouffon à côté de lui.

^*^ De Palissot, tour à tour transfuge de la religion et de la philosophie : Il ressemble à ce lièvre qui, s'étant mis à courir entre deux armées prêtes à combattre, excita un rire universel.

^*^ A propos de la Déclaration des droits de Vhomme : C'est la préface criminelle d'un livre impossible.

/^ La prise de la Bastille fut une prise de possession.

/, De G..., qui défigurait un de ses bons mots en le répétant : Il ne tient pas à lui que ce ne soit plus un bon mot.

*. Madame de Staël est la bacchante de la Révo-

lution.

Mirabeau, capable de tout pour de Targent, même d'une bonne action.

/^ Le mérite de Colomb et de Mongolfier est en raison inverse de leurs siècles; Tun manifesta son génie à des peuples ignorants et barbares, et l'autre a montré la plus excessive simplicité dans un siècle de lumière.

»% Du temps du Directoire, la constitution avait placé le trône près des galères.

A De ceux qui se plaignent d'avoir été houspillés dans le Petit almanach des grands hommes : Si on les avait laissés dans l'oubli, on aurait trop délustré la littérature française.

*% Les bons vers de la traduction des Géorgiques de M. Delille sont les stigmates de Virgile.

/» Le chat ne nous caresse pas, il se caresse à nous.

/^ De Thibault, qui faisait à Hambourg des lectures très peu suivies : Il paye les huissiers non pour empêcher d'entrer, mais pour empêcher de sortir*

/^ A M. de Montlosier, qui, avant de partir pour Londres, vint lui remettre un de ses ouvrages à Bruxelles : Vous ne voulez donc pas que je m'aperçoive de votre absence?

/» De M. de Créqui : Il ne croit pas en Dieu, mais il craint en Dieu.

/* Les Mécènes d'aujourd'hui sont les Midas des temps passés.

/* Sur Mirabeau, qui, à la tribune, affectait le geste de lord Ghatam, et qui profita un jour d'une

plaisanterie faite par un enfant, et dont il tira parti dans une de ses harangues : Que penser de Téloquence d'un homme qui vole ses gestes à un mort et ses bons mots à un enfant ?

Puisse ton homélie, ô pesant Mirabeau, Assommer les fripons qui gâtent nos affaires ! Un voleur converti doit se faire bourreau Et prêcher sur l'échelle en pendant ses confrères.

»** Je compare les ouvrages de Mirabeau à des brûlots lâchés au milieu d'une Hotte : ils y mettent le feu, mais ils s'y consument.

»** Au sujet des accroissements de Paris : Paris ressemble à une fille de joie, qui ne s'agrandit que par la ceinture.

»% C'est à Paris que la Providence est plus grande qu'ailleurs.

**» A Beaumarchais qui, le jour de la première représentation du Mariage de Figaro, lui disait au spectacle : c J'ai tant couru ce matin Versailles, auprès des ministres, auprès de la police, que j'en ai les cuisses rompues. — C'est toujours cela. »

*\ Target avait dit à TAssemblée : « Je vous engage, messieurs, à mettre ensemble la paix, la concorde suivies du calme et de la tranquillité. » Rivarol parodiait ainsi plaisamment l'éloquence un peu niaise de cet orateur : Et n'allez pas mettre d'un côté la paix et la concorde, et de l'autre le calme et la tranquillité ; mais mettez tout ensemble la paix et la concorde, suivies de la tranquillité.

,\ Sur le livre de l'Ab... : Gela dispense de la parodie.

»*» Il avait été invité, avec l'abbé Sabatier, à déjeuner chez la princesse de Vaudémont. On offrit

du saucisson d'ânon à Tabbé Sabatier. « L'abbé n'en mangera pas, dit Rivarol ; il n'est pas anthropophage. »

/» L'auteur de Numa a des lois somptuaires dans son style, et son sujet exigeait un peu de luxe.

/» Une femme sans talent est la marâtre de son cs^ prit; ellle ne sait que suer ses idées.

/» Le mérite des formes et la façon est si considérable, que l'abbé S..., ayant dit à c(uelqu*un de ma connaissance : « Permettez que je vous dise ma façon de penser, » celui-ci lui répondit fort à propos : « Dites-moi tout uniment votre pensée, et épargnezmoi la façon. »

/» L'auteur de Strafford disait un jour h \ine femme de goût dont il ne se méfiait pas assez : « Que pensez-vous de mon livre ? » Cette femme lui répondit : « Je fais comme vous, monsieur, je ne pense pas. » Tout le monde aussi pourrait dire à l'auteur de VInfluence des Passions : a Je fais comme vous, madame, je n'y entends rien. »

/, Le duc d'Orléans, au commencement de 4789, jeta les yeux sur Rivarol, et lui dépécha le duc de Biron, pour l'engager à publier une brochure sur ce qu'on appelait les dilapidations de la cour; il parcourut d'un air dédaigneux le canevas qu'on lui présenta. Après un moment de silence, il dit au plénipotentiaire : < Monsieur le duc, envoyez votre laquais chez Mirabeau; joignez-y quelques centaines de louis: votre commission est faite. »

/» Un émigré d'un très grand nom, voyant la considération dont jouissait Rivarol à la cour de Prusse, lui demanda pourquoi il n'avait pas engagé son frère à venir le joindre ; il répondit au Français indiscret : « Monsieur, c'est que j'ai laissé derrière

rooi an patron pour tacher de me faire sortir de l'enfer. »

♦% A une dame, à Londres, qui lui montrait avec complaisance des bijoux précieux qu'il reconnut avoir fait partie du mobilier de Versailles : Madame, je SUIS bien fâché pour vous que vous ne possédiez cela que de seconde date.

»% Questionné par une des plus grandes dames de Berlin si les Françaises étaient réellement plus jolies que les Prussiennes : Madame, à Paris, on ne juge guère de la beauté que par les yeux ; ici, au contraire, c'est le cœur qui fixe les yeux.

»% Les rois français guérissaient leurs sujets de la. roture à peu près comme des écrouelles, à condition qu'il en resterait des traces.

,*V M. Necker est un charlatan si impudent, que ses promesses finissent par persuader ceux mêmes qui n'y croient pas.

A A l'abbé de Balivière, qui lui demandait une épigraphe pour une brochure qu'il venait de composer i Je ne puis vous offrir qu'une épitaphe.

»** De son frère : C'est une montre à répétition ; elle sonne bien quand il me quitte.

^ »\ A quelqu'un qui lui demandait son avis sur un distique : C'est bien, mais il y a des longueurs.

/♦ M. de D... avait dit dans une société à Tabbéde Balivière : « Mettez-vous là, à côté de moi, l'abbé; vous direz force bêtises, et cela réveillera mes idées. » Rivarol retournait plaisamment ce mot de M. deL... en disant à son secrétaire : « M. de B..., mettez-vous là ; je vous dirai force bêtises, et cela réveillera vos idées. »

Le poète Lebrun, le matin, dans son lit, assis

sur son séanl, entouré d'Homère, de Pindare, d'Aiiacréon, de Virgile, d'Horace, de Racine, de Boileau, pécbe à la ligne ud mot duns l'on, un mot dans l'autre, pour en composer ses mosaïques poétiques.

.'. Sur l'abbé de M... : Son esprit ressemble à un camion, pointa et bomé.

.', Du chevalier de P,.., d'une malpropreté remarquable : Il fait tache dans la boue.

,'. Le poème des Mois est en poésie le plus beau naufrage du BÎÉcle.

,', Sur Dumourici^ : Il défait à coups de plume le peu qu'il a fait à coups d'épée.

,'. C'est un terrible avantage, que de n'avoir rien fait; mais il ne faut pas en abuser.

.', Certains auteursontuneféconditémalheui'eusc ; G... a une malheureuse infécondité.

.-. Delille est l'abbé Vii^Qe.

,'. En parlant de la maladresse des Anglaises : Elles ont deux bras gauches.

.'. L'esprit voit vite. Juste et loin.

,*, A Florian, qu'il rencontra un jour marchant avec un manuscrit qui sortait de sa poche ; Ah ! monsieur, si on ne vous connaissait pas, on vous volerait, ,*, Je fais les épigrammes, et mon frère se bal. .'. A l'abbé de Balivîèra, qui hii disait, au sujet de la Révolution ; a Oui, c'est l'esprit qui nous a tous perdus. — Que ne nous offriez-vous l'antidote ? >

.". M. Laily-Tollendal est le plus grasdes hommes Kcnsibles.

.', Le style de La Harpe est poli sans avoir de ['éclat ; on voit qu'il l'a passé au brunissoir.

♦*» Des laquais enrichis : Ils ont sauté du derrière de la voiture en dedans, en évitant la roue.

A En apprenant la nomination de Chamfort à l'Académie française : C*est une branche de muguet entée sur des pavots.

/» Le marquis de S..., qui était manchot, venait de solliciter une pension de l'Assemblée constituante : Il tend à l'Assemblée jusqu'à la main dont le bras lui manque.

/» Les ouvrages de Cubières, qui se vendent sur le titre, sont comme ces ballots que les Hollandais expédient pour Batavia, et qui en reviennent, d'après l'étiquette, sans avoir été ouverts.

/» A quelqu'un qui lui disait : c Connaissez-vous le vers du siècle :

Le trident de Neptune est le sceptre du monde.

— Oui, mais ce n'est qu'un vers solitaire. »

,*, A quelqu'un qui lui demandait son sentiment sur madame de Genlis : Je n'aime que les sexes prononcés.

/, Au sujet de nos prétendus régénérateurs en finances : Que de zéros pour une simple soustraction à faire.

,*^ Les rois de France, en vendant la noblesse, n'ont pas songé à vendre aussi le temps, qui manque toujours aux parvenus.

/^ Madame de Coigny lui écrivait, au sujet de son Dialogue entre Af . de Limon et un homme de goût : <(^De mémoire d'émigrée, je ne me rappelle pas avoir ri d'aussi bon cœur; c'est plus fin que le comique, plus gai que le bouffon, et plus drôle que le burlesque. »

,*^ Sur M. de Champ... l'aîné, homme très mystérieux : Il n'entre point dans un appartement, il s'y glisse; il longe le dos des fauteuils, et va s'établir dans l'angle d'un appartement; et, quand on lui demande comment il se porte : « Taisez- vous donc ! Estce qu'on dit ces choses-là tout haut? »

,*, De M. de la R... : S'il était aussi aimable qu'il est fin, il gouvernerait le monde.

/^ Cerutti a fait des phrases luisantes sur nos grands hommes de l'année dernière. C'est le limaçon de ia littérature : il laisse partout une trace argentée; mais ce n'est que de l'écume. M. Necker l'a fait prier de ne pas passer chez lui.

,*, Sur Brigand-Baumier, qui avait écrit contre lui ; Il m'a donné un coup de pied de la main dont il écrit.

,\ A M. de Tilly, qui lui disait que l'abbé Raynal était un âne par la ceinture : Tu te trompes, c'est bien un âne de pied en cap.

,*, Le crédit est la seule aumône qu'on puisse faire à un grand État.

,% Sur l'abbé Giraud, qui s'était fait dénigreur de son métier, et qui avait coutume de dire de tous les livres qu'il lisait : C'est absurde ! Il va laissant tomber sa signature partout.

/, De l'archevêque de V..., qui, ayant embrassé dans l'Assemblée constituante les principes philosophiques, qu'il avait vivement combattus toute sa vie : Il s'est fait l'exécuteur testamentaire de ses ennemis.

/^ Lorsqu'il apprit que l'archevêque de Toulouse s'était empoisonné : C'est qu'il aura avalé une de ses maximes.

/, Du duc d'Orléans : Ce prince que tous ses vices n'ont pu conduire à son crime.

,% De ce prince, dont le visage était très bourgeonné : La débauche l'a dispensé de rougir.

,*^ En parlant de tous ses amis, qui l'avaient abandonné successivement : Sa trahison n'a trouvé que des traîtres.

^*^ En parlant des machines anglaises : Ce sont des espèces de géants qui, avec cent bras, n'ont qu'un estomac.

,*, Son frère vint lui annoncer un jour qu'il avait lu sa tragédie devant M. F... : Hélas! je vous avais dit que c'était un de nos amis.

,*, Je ne connais guère en Europe que madame de Staël qui puisse tromper sur son sexe.

^% Sur Rulhières : Il reçoit le venin comme les crapauds, et le rend comme les vipères.

/, Du rédacteur du Journal de Paris, en 1790 : C'est le confisteur de l'Assemblée constituante.

/^ Du même, au sujet des abonnés de son journal : Il a regagné en allées ce qu'il a perdu en portes cochères.

/^ A Buffon, qui lui demandait : « Que pensezvoUs de mon fils? — Il y a une si grande distance de vous à lui, que l'univers entier passerait entre vous deux. »

^\ L'estomac est le sol où germe la pensée.

^*^ Sur M. R... : Il a fait une chansonnette qui a toute la profondeur dont on peut s'aviser dans ce genre.

,*^ Dans les mains de M. Callieau, Apollon devient un Abailard,

270 RIVAIIOL.

.*, Voltaire disait toujours : * L'abbé Suard et M. Arnaud ; » et on a»ait beau lui représenter qu'il fallait dire : s M. Suard et l'abbé Arnaud, » le vieillard s'obstinait, et ne voulait pas cbanger lès étiquettes, ni déranger pour eux une case de son cer-

,*. Les Parisiens tiennent S la prise de la Bastille, corauie autrefois les Français au fauieus passage du Rhin, qui ne coûta de la peine qn'à Boileau.

.*. Le peuple est un souverain qui ne demande qu'à manger : sa majesté est tranquille quand elle digère.

,*, A M. de C... ; Quand vous aurez été deui mois ici (en Hollande), vous en saurez autant que moi ; nous mettrons votre esprit en serre cbaude,

.*, La noblesse est, aux yeux du peuple, une espèce de religion dont les gentilshommes sont les prêtres ; et, parmi les bourgeois, il y a bien plus d'impiesque d'incrédules.

,*. Il n'est point de mot que M. Tai^et ne puisse décrier quand il voudra. Cet orateur s'est rendu maître de leur réputation, il les proscrit par l'usage.

.'. D'un écrit de Florian : Il y a la moitié de l'ouvrage en blanc, et c'est ce qu'il y a de mieux.

,*, Sur'l'épitre en vers de M. Caslera à M. de Fontanes : C'est une grande marque de confiance que M. Castera lui a donnée là; car cette épitre contient le secret de son talent.

.', Il ne faut pas trop compter sur la sagacité de ses lecteurs; il faut s'expliquer quelquefois.

,*, Dans une lettre de M. deTilly : Nous pourrions faire ici commerce d'anecdotes et d'espritj les Hambourgeois n'y trouveraient rien à, redire.

*^ Il n'est rien de si absent que la présence d'esprit.

*^ Sur M. de S:.. : C'est un homme qu'on fuit dans les temps calmes, et qui fuit dans les temps d*orages.

/, A quelqu'un qui lui disait : c Connaissez-vous la Messiade de Klopstock ? — C'est le poème où il y a le plus dé tonnerres. »

,% D'un madrigal et d'une épigramme également innocents : Il y a un peu trop de madrigal dans son épigramme, et un peu trop d'épigramme dans son madrigal.

/, A un de ses amis presque aussi malin que lui : Pour peu que cela dure, avec nous il n'y aura plus un mot innocent dans la langue.

/^ A prince dévot confesseur homme d'État.

/^ De Beauzée : C'est un bien honnête homme, qui a passé sa vie entre le supin et le gérondif :

Entre les deux supins, ô sort digne d'envie ! Grammaticalement il consuma sa vie.

^\ J'ai traduit YEnfer du Dante, parce que j'y retrouvais mes ancêtres.

/^ De M. B... : Ses épigrammes font honneur à son cœur.

/, M. de Maurepas, ayant désiré connaître Rivarol, se le fit présenter. Ce dernier soutint dignement la réputation qui l'avait devancé chez le vieux ministre. M. de Maurepas, dans un moment d'enthousiasme, dit : € C'est honteux qu'un homme de votre mérite soit ainsi oublié; on ne donne plus rien qu'aux oisifs. — Monsieur, de grâce, ne vous fâchez pas ; je vais à l'instant me faire inscrire sur la liste : dans peu, je serai un personnage. ti>

.*, Garai a des phrases d'une longueor désespérante pour les asthmatiques.

,', Il lânt dépouiller le vieil homme en poésie.

,', Lrs journal isles qui écrivent pesamment snr les poésies légères de Voltaire sont comme les commis de nos douanes qui impriment leurs plombs snr les i^es légères d'Itahe.

.*, Un livre qu'on soutient esl un livre qui tombe,

.*, Le malheur s'attache à tout, et rien ne pu^t méprisable à l'espérance.

.*. Voyez, lorsqu'il tonne, le superstitieux et le savant : l'un oppose des reUques, l'autre un conducteur à la foudre.

,'. Quelqu'un disait de l'abbé Giraud, qni avait fait une comédie intitulée le Bourgeois révolutûm' TMÎre : n II trouve sa pièce gaie. — Je le crois hien, c'est l'homme ie plus triste de son siècle ! >

.*. Sur Boisjolin : Il a pris VArt poétique d'une main et les Jardins de M. Delille de l'autr»; après les avoir balancés quelque tenips, il a mis tout à coiqi les Jardifts dessus et l'Art poétique dessous, aux grandes acclamations des gens de goût : il n'y a que M. Delille qui ait paru scandalisé.

.*. A. un nommé Duhamel, homme très obscur, qui se plaignait d'avoir été cité dans le Petit Aimanachde nos grands hommes : Voilà les inconvénients de la célébrité!

,*, Kivarol avait emprunté à M. de Ségur le jeune une bague où était la léte de César. Quelques jours après, M. de Ségur la loi redemanda. Rivarol lui répondit : César ne se read pas.

.', A propos de la F...: A force de sottises, il vint â bout de ses amis, et sa nullité triompha de sa fortune.

/, Un jour je m'avisai de médire de Tamour : il m'envoya l'hymen pour se venger. Depuis, je n'ai vécu que de regrets.

^\ Quand Rivarol fut présenté à Voltaire, ils eurent une conversation sur les mathématiques, et entre autres sur l'algèbre. Voltaire lui dit, avec le poids et l'ironie de son âge : « Eh bien ! qu'est-ce que c'est que cette algèbre où l'on marche toujours un bandeau sur les yeux? — Oui, reprend Rivarol avec toute ia vivacité d'une jeune imagination, il en est des opérations de l'algèbre comme du travail de vos dentelleras, qui en promenant leur fil au travers d'un lab]rrinthe d'épingles, arrivent, sans le savoir, à former un magnifique tissu. ^)

♦*» Quelqu'un venait de lire à Rivarol un parallèle entre Corneille et Racine, fort long et fort ennuyeux : Votre parallèle est fort bien, mais il est un peu long, et je le réduirais à ceci : L'un s'appelait Pierre Corneille et l'autre s'appelait Jean Racine.

^*, La fable du Rat de ville et du Rat des champs, la plus fsdble de toutes celles de La Fontaine, est la plus hdute politesse que les modernes aient faite à l'antiquité,

/^ De Champcenetz : Il se bat pour les chansons qu'il n'a pas faites, et même pour celles que ses ennemie lui accordent.

^% De M. M... : Son Amant bourru est un des joyaux du théâtre français; ses Amours de Bayard se sont emparés d'un public encore tout chaud du Mariage de Figaro, et ont obtenu les mêmes transports. C'est le théâtre des Variétés qui a donné l'idée de ces énormes succès. MM. M. et Beaumarchais doivent bien entre eux se moquer de Molière, qui, avec tous ses efforts, n'a jamais passé les quinze re-

présenUtions! Se moquer de Molière est bon; mais en STOir pitié aerail meillear.

,*, Lei durades de M. de Fulty sont nn peu trop épiques : oa désirerait qn'il tes maintint i la bautenr lie set autres poéûes-

.', De Beaumarchais : Son nom a toute la \ogne d'un pont-neuf.

.*, D'un artide de Y Encyclopédie sur l'ÉriiletKe jiar Turt-nl, artide fort obscur : C'est un Buage diargé d'écrire sur le soleil.

,*, L'abbé Delille, après son raccommodemeat à Hambourg avec Rivarol, lui dit de ces choses aimable)* qui lai sont naturelles, et termina par ce vers :

Je l'ûmr, je l'arooe, el je ne te cnins pas.

l'n Allemand, présent à cette conversation, s'éwia : « i'our moi, je retourne le vers :

Je le crains, je l'avaae, et je ne t'aime pas. ■

Ilivarol ril aux éclats de i-etlc l'emarque naive.

.'. A lûpoque de l'affaire des parlements, en 1788, le duc d'Orléans fut eiilé à Villers-ColtereU. Ce prince parut acquérir alors' un espèce de popnlarité, et se relever dans l'estime publique; sur quoiRharol dit : «Ce prince, contre les lois de la perq)ective, parait s'agrandir en s'éloignanI.>

.'. Quelqu'un lui parlait d'un littérateur ignorant : Ne me parlez pas de cet homme-tà; ilnesaitnilireni écrire.

.'. Un jour Rivarol avait discuté très vivement enr la politique avec M. de B..., son Becrétaire. Celui^ lui dit : « Je suis bien aise, monsieur de Rivarol, que

vf^jiH vaas rapprochiez enfin de mes idées. — £t moi, je suis charmé de voir que vous vous rapprochez ^finde mon genre. »

; A.A un sot qui se vantait devant lui desavoir quatre langues : Je vous en félicite ; vous avez quatre inpf s. contre une idée.

/» D'une épigramme très fine : C'est une épigramme (Jétpumée, on ne Tentendra pas.

.j»T«.'Dan.s un souper avec des Hambourgeois, où Rivarol prodiguait les saillies, il les voyait tous chercher,. |i comprendre un trait spirituel qui venait de Ivii .^ch^per. Il se retourna vers un Français qui était à côté de lui, et lui dit ; « Voyez-vous ces Allemands ? Ils se cotisent pour entendre un bon mot! >

/, Peu de temps avant sa mort : D'après la disposition où sont les esprits partout, si j'étais appelé à donner un conseil à ceux qui sont sur le trône, je leur dirais : c Apprenez bien vite à régner ou craignez le sort de Denys de Syracuse. »

A De fui, lorsqu'il fut forcé par son libraire d'écrire sa^^grainmaire : Je ressemble à un amant obligé de disséquer sa maîtresse.

,«\rJ^n parlant de L... : Ses idées ressemblent à des caiT^a^x de vitres entassés dans le panier d'un vitrier ;.plaires une à une, et obscures toutes ensemble.

*% Je veux bien, disait-il à une dame, vieillir en vous ain^ant, mais non mourir sans vous le dire.

A Une femme, après avoir entendu son morceau sur l'Amitié, lui demanda pourquoi il n'avait pas peint les. femmes aussi susceptibles d'amitié que les hommes : C'est qu'étant la perfection de la nature, cooune i'amour est la perfection de l'amitié, vous ne

poOTCz éproarer d'aativ sentiment qne celai qœ toos est aiuli^De.

,'. A prt^KH d'une fille de L... et de nudemoiselle Darancj ; Elle est née de la folie sans esprit, et de la bêtise sans bonté.

,*, De M- Le Tonnelier de Bretenïl, ambassadear de France à Vienne : Il anrail dû raccoounoder les cercles de l'empire.

.', Snr une femme qni perdait ses amants : Elle s'agrandît sans garder ses conquêtes.

,*. La métaphysique de l'école est comme la Philaminthe de Molière, elle traite le corps de guenille.

.*, Dans une soirée de Berlin, où Ri?arol avait parié toute la soirée avec une dame à voii basse, elle loi reprochait l'inconvenance de ce procédé. ■ Voulez-vous donc que je m'eitravase avec ces gens- U7f

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