FURIES ET LES GRACES
Les hommes de tout temps ont eu certain travers Qui m'dtonne, et pourtant j'en soupçonne la causer
Un sexe régit l'univers. On l'adore, on le craint, on l'obsède, on en glose.
On en a dit du mal en prose ,
On en a dit du mal en vers.
On en dira toujours sans troubler son empire : Les discours n'y font rien. Il a tout pour séduire , Les touchantes vertus , les grâces , la beauté , Et ce je ne sais quoi qu'on ne sauroit décrire ;
Talisman qui de riiomme a vaincu la fierté Nous nous en vengeons par médire^.
C'est peut-être l'objet d'un récit ancien Que ma muse en ces vers assujettit sans peine Aux lois de la mesure : est-il mal , est-il bien ? Mérite-t-il l'aveu des belles ou leur haine ? On en décidera, mais il faut qu'on s'en prenne A son premier auteur. Je n'y mets rien du mien.
L'Olympe un beau matin s'avisa de réforme.
Je le soufifrirois aux mortels , S'ils savoient mieux s'y prendre. Un édit bien en forme De maint dieu roturier supprima les autels. L'irrévocable arrêt des puissances suprêmes Brouilla tout. On bannit de la céleste cour Les trois filles d'Enfer, et ces autres sœurs blêmes Qui filent nos destins au ténébreux séjour. On fit plus , on bannit les Grâces elles-mêmes. C'étoit punir les dieux , c'étoit bannir l'amour. Quel tort étoil le leur? c'est pour moi lettres closes. Les Grâces n'en ont point , si je suis consulté. Mais que l'on s'en rapporte à la malignité , Elle y verra ceci , cela, mille autres choses. Tout le mal sera dit , tout le bien contesté. Je crois me rappeler pourtant qu'en leurs manières , Les censeurs rcprenoient certain air éventé Qu'on trouvoit malséant à la divinité ;