ET LE MENDIANT. A
C'est pour aller saisir chez des peuples lointains
Cette puérile chimère , Que vous livrez les ans filés par vos destins Au travail , aux dégoûts , à la détresse amère , Que vous bravez les sots , si forts sur la grammaire Et le noir libelliste aux poignards clandestins '
Sij'avois pu fixer Saturne qui s'envole, Des trois fatales sœurs suspendre le ciseau , Et renouer le cours de ma trame frivole
Au fil de leur triple fuseau 5 Si je connoissois l'art qu'apporta de Colchide
La fière amante de Jason -, Si ces jours, vain trésor qu'épuise un âge avide , Pouvoient se dépouiller comme les jours d'Éson -, Si la vieillesse lente , et pesante , et livide , Retournoit , rajeunie , à la belle saison , Ce seroit vainement que les rivaux d'Alcée ,
Ivres d'une ardeur insensée , Des parvis de l'éther iroient tenter le seuil , Et leur course de flamme à l'Olympe élancée
Ne séduiroit plus mon orgueil !
Trop de serpents impurs , divine poésie , Versent sur tes lauriers leurs venins odieux , Trop d'absinthe se mêle à la rose choisie
Qui pleut de ton char radieux , Et trop de fiel corrompt la céleste ambroisie *
Au banquet de tes demi-dieux.