‹ Œuvres de Charles Nodier (volume 2)Chapitre 28 sur 32 · L INSCRIPTION · texte numérisé non relu

L INSCRIPTION

ïl n'est point dans son sein d'état si favorable Qui vers un autre état ne tende ses penchants. Il n'est point dans son sein d'état si déplorable Qui n'en puisse au-delà voir de plus misérable.

J'en excepterois un : c'est celui des méchants.

César a dit un jour qu'il aimeroit mieux être Le premier d'un hameau que le second chez lui.

Il avoit le goût d'être maître ; Bon pour César ; mais moi j'en aurois craint l'ennui. Mon hameau ne s'étend que cent pas à la ronde , Et cependant combien j'y vois sur moi de monde ! Le curé, le docteur, le notaire, l'agent , Quiconque a du pouvoir, du crédit, de l'argent; Toutefois , pour le rang qu'envioit ce grand homme ,

Je ne donnerois pas le mien :

Plus heureux d'être ici le dernier citoyen Que d'être le premier à Rome.

C'est le secret du sage , et j'y suis parvenu,

Chose qu'on aura peine à croire.

Ils ne comprennent pas , ces amants de la gloire ,

Le bonheur de vivre inconnu , De passer dans ses jours sans laisser de mémoire , Sinon un doux penser dans un cœur ingénu

Qui n'en dira rien à l'histoire, Et de partir après comme l'on est venu.

Faut-il, pour enchanter le gîte solitaire Où des pâles mortels aboutissent les pas ,

Faut-il pour goûter le trépas Y traîner des grandeurs le faste héréditaire ? Encor si tant de soins augmentoient le repos , Et si dans un linceul on dormoit plus dispos , Quand on a d'un long bruit importuné la terre ,

J'y souscrirois j mais sur les os

Des potentats et des héros , Son poids est-il moins lourd , moins glacé , moins austère ? Faut-il qu'un orateur, courtisan d'un vain deuil , De fleurs de rhétorique émaille mon cercueil ? D'un regret assidu j'aime mieux le mystère Que tout cet appareil du luxe et de l'orgueil. L'ombre et l'oubli , voilà ma dernière patrie. Et que me fait à moi la voix d^ lendemain ?

Donnez-moi seulement au fond de la prairie Un réduit bien caché qu'abrite un vieux jasmin , Protecteur du silence et de la rêverie , Qu'arrose un clair ruisseau dans sa pente fleurie , Et dont quelques amis connoissent le chemin.

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