L'AMBRE
Un grain d'ambre exhaloit de suaves odeurs.
Il tomba par hasard aux mains d'un solitaire :
« D'où proviennent , dit-il , ces parfums séducteurs ?
» Je ne voyois qu'un peu de terre ! » L'ambre lui répondit : « Je suis un peu de terre , » Mais j'ai louché souvent et le miel et les fleurs. >»
Mon père , Las-Casas d'un âge de misère , Et qui d'une autre époque eût été le Platon , Çhanlrans , qui réunit Aristote et Newton , Pichegru , du Jura l'immortel Bélisaire , Droz, notre Tullius, aimèrent mes essais. La Harpe me comptoit au rang de ses élèves
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Genlis de mon orgueil encourageoit les rêves. Je fus aimé de Weiss ^ c'est mon plus doux succès.' Entraîné vers mon cœur, le cœur de Millevoie Lui répondit un jour en palpitant de joie. Oudet , dans notre exil , à ce cœur transporté Parloit de la patrie et de la liberté. Volney me soutenoit dans la pénible voie
Où je chercliois la vérité.
En un siècle nouveau débris d'un siècle antique , Les entretiens de Foy me rendoient le portique. Amault ouvroit les bras à mon adversité. Debry, trop mal connu , m.ais que plaindra Tbistoire , Jetoit sur mes malbeurs le manteau du prétoire. Etienne m'inspiroit de ses tendres leçons ; Rouget me confioit ses hymnes de victoire , Lormian ses beaux vers , Désaugiers ses chansons 5 BalLmche, Dusillet, Roujoux, Gleizes, Dorange , Rivaux que j'aurois craints, maîtres que j'ai chéris , D'une tendre amitié m'accordèrent l'échange. Chateaubriand lui-même accueillit mes écrits D'un regard d'indulgence et d'un trait de louange. Mes efforts ne sont rien , cl j'en obtins ce prix !
Muse , de tant d'éclat ne soyez pas trop hère ! Je suis cet ambre , objet d'une faveur du ciel , Que les vents ont jeté, fugitive poussière, Auprès de la rose et du miel.
C'est à vous , ma chaumière , à qui je veux parler ; Le vers n'est pas exact quoiqu'il soit d'un grand miiître, Mais il est assez bon pour l'asile champêtre Où j'ai vu de mes jours les plus doux s'écouler. De ces raflinemenls dont on fait élala{ife , Au sommet du Jura l'on est peu soucieux. Notre esprit moins brillant , mais plus judicieux, Sait ce qu'il faut savoir pour se plaire au village : Notre goîît sans culture est pur comme nos cieux. Je ne les verrai plus ; de la patrie absente Je ne goûterai plus l'air suave et léger, Du zépliir matinal la fraîcheur caressante,
Des fleurs de mon jardin le parfum passager.
Séduit par l'espoir mensonger, Je traîne dans l'exil une chaîne pesante ,
Au milieu d'un monde étranger J'ai quelque temps encore à respirer la vie : Je la sens qui s'échappe , et ne puis la saisir. Chaque jour, trop rapide au gré de mon envie, Ne renaissoit pour moi qu'escorté d'un désir, Et maintenant chaque heure ou donnée ou ravie Éclot sans espérance ou finit sans plaisir. J'ai porté vainement ma vague inquiétude
Au-delà des monts et des mers ; Rempli du seul objet de ma sollicitude, Et poursuivi partout de regrets plus amers, Je pleure dans les cours ma chère solitude 5
Je l'aurois pleurée aux déserts.
Qui me rendra l'aspect des plantes familières ,
Mes antiques forêts aux coupoles altières ,
Des bouquets du printemps mon parterre épaissi ,
Le houx aux lances meurtrières ,
L'ancolie au front obscurci
Qui se penche sur les bruyères , xe jonc qui des étangs protège les lisières , Et la pâle anémone et l'éclatant souci , L'orme, géant des bois, que la foudre a noirci , Le sapin , le mélèze, ombres bospilalièrcs , Êrèbe que le jour n'a jamais éclairci ,
Et de franges irrégulières L'humble toit décoré par les bras des vieux lierres ! Les arbres que j'aimois ne croissent point ici.
O riant Quintigny, vallon rempli de grâces , Temple de mes amours, trône de mon printemps, Séjour que l'espérance ofifroit à mes vieux ans , Tes sentiers mal frayés ont-ils gardé mes traces ?
Le hasard a-t-il respecté Ce bocage si frais que mes mains ont planté , Mon tapis de pervenche, et la sombre avenue Où je plaignois Werther que j'aurois imité ;. . . Et les secrets abords de la cime âpre et nue , Où mon cœur, pénétré d'une ardeur inconnue ,
Respiroit avec liberté , Tandis que sous mes pas , comme un lac argenté, A son rivage altier venoit mourir la nue ?
De l'enfance innocent trésor.
Un jeune Bengali qui vololt mal encor Par les filles d'un roi fut surpris dans la mousse. Des oiseaux de Yénus la prison est moins douce. Dans son vaste réseau la cage aux mailles d'or Devoit non captiver, mais borner son essor. Et de liane en fleurs une épaisse tenture En déguisoit aux yeux la frêle architecture. De plumes où brilloient les couleurs de l'iris, Du blanc duvet d'un cygne à la voix renommée ,
Et de molles toisons sa couche ëtoit formée. Près de lui murmuroit , sous des gazons fleuris , Une eau toujours limpide et pourtant embaumée 5 Avec un doux regard mêlé d'un doux souris , Dans l'auge de vermeil sa graine ëtoit semée Par de jeunes beautés dont la grâce animée
Egaloit celle des liouris.
L'une d'elles, un jour : « Quelle tristesse amère » T'empêche de payer mon amour et mes soins ? » D'un sénevé plus fin puis-je combler ton aire ? » Vois que cette onde est pure , et dis-moi tes besoins, »
L'oiseau répondit : « Et ma mère ? »
Léopoldsruhc , 1811.