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de l'encre d'imprimerie, attribuée à Schoeffer, et dont la recette se trouve dans Dioscoride, liv. 1", chap. lxvii ; comme de celle de l'imprimerie elle-même, qui est presque immémoriale à la Chine. De Christophe Colomb à Polichinelle, dont le type grotesque s'est retrouvé dans les figurines égyptiennes presque aussi vieilles que les Pyramides , nous n'avons pas fait un pas sur un sol scientifique où les générations primitives n'aient laissé quelques-uns de leurs vestiges ; car, à supposer même que l'Amérique n'ait pas été visitée et peuplée peut-être par les habitants de l'ancien monde, comme nous avons tant de raisons de le croire, la géographie et la philosophie antiques prouvent assez que l'existence de cet hémisphère a toujours été un fait rationnel. Il n'y eut qu'un cri d'admiration en France quand d'Alembert tira de son génie étroit et stérile une classification assez lumineuse des connoissances humaines. Elle étoit dans Bacon, qui l'avoit prise chez nous a un certain Savigny, dont le livre se vendoit au poids. Celui-ci l'avoit prise à un certain Bergeron, plus inconnu encore, qui l'avoit prise
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je ne sais où ; et il ne seroit pas d'une grande importance de le savoir;, puisqu'on la retrouveroit à peu 'de chose près dans Aristote, qui arriva certainement trop tard pour l'inventer. Ce n'est rien que cela : il n'y a pas jusqu'à l'allaitement des enfants par les mères qui n'ait passé pour une innovation dont les bonnes gens font honneur au génie philantropique de Jean-Jacques Rousseau, comme si Eve et ses filles avoient mis leurs premiers-nés en nourrice. A prendre que cette prétendue découverte n'ait consacré son nom qu'en qualité de suasoire éloquente et pathétique, il falloitau moins rendre justice aux beaux vers de Scévole de Sainte-Marthe, dont Rousseau n'est guère que le traducteur , et à la véhémente plaidoirie d'Erasme, qui a victorieusement résolu la même question en douze points , avec toute la force de logique et de talent qu'on lui connoît, dans le second livre de son commentaire de VEcclésiaste , plus de deux cents ans avant le philosophe de Genève.
Je me souviens d'avoir assisté fort jeune à une leçon de mnémonique ou mémoire artificielle , débitée dans le plus mauvais jargon
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imaginable, par un pauvre pliilosopliastre allemand nommé Feinaigle. C'étoit aussi une découverte. Cette belle science, dont la surprenante nouveauté ne fut contestée ])ar personne, coùtoit deux louis d'or à chaque adepte. On l'auroit apprise en une heure et pour dix sous dans les bouquins triséculaires de Pierre de Ravenne, de Giordano Bruno, de Grattarol, de Paëp, et d'une douzaine d'autres dont le nom n'est ni plus ni moins recommandable aujourd'hui. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'à de sottes formules près dont ce plaisant inventeur l'avoit ridicument surchargée, elle est tout entière dans le troisième livre des Rhétoriques de Cicéron ad Herennium, que les littérateurs de ce temps-là ne se souvenoient pas d'avoir vues au collège. On parle maintenant de l'enseignement universel de M. Jacotot, qui menace de ruiner de fond en comble le monopole doctoral des hautes puissances universitaires. En tout cas , il faudra que ce grand homme restitue les plus beaux fleurons de sa couronne à un méchant pédant du dix-septième siècle, qui fit quelque temps métier et man-handise de ces
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extravagantes pauvretés, au milieu de Paris, à la grande délectation des mauvais plaisants de son quartier, et dont les épiciers ont, depuis longues années, confisqué la gloire en feuilles. Rien ne nous manque plus, grâce au ciel, qu'une religion nouvelle, pour achever de parcourir en ce siècle de lumières la longue série des aberrations de l'esprit, et il n'y a qu'à lire et choisir pour en composer cent par semaine, avec le répertoire inépuisable des livres sacrés de tous les peuples, les relations des voyageurs, et les rêveries écrites ou traditionnelles de ces innombrables hérésiarques du moyen âge , qui sont^ à proprement parler, les sophistes du christianisme. C'est une occupation fort innocente et qui a même un côté assez divertissant à l'époque éminemment religieuse où nous voilà parvenus. D'ailleurs, si le nouveau est possible , c'est dans l'absurde qu'il faut le chercher. La vérité est limitée, et l'absurde ne l'est pas.
Tranchons le mot une fois pour toutes : la société est un cercle vicieux et très-vicieux ; elle ne peut pas en sortir, parce qu'elle n'a pas dans son organisation les facultés excentriques qui
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la jetteroient en dehors. Les esprits très-supérieurs seuls vivent sur une tangente de ce cercle qui n'est pas comprise en lui, mais qui adhère à lui par un point intime et insécable , et qui suit, bon gré mal gré, son mouvement. Il ne dépend pas plus d'un corps politique , et même d'un législateur en théorie qui s'amuse à fabriquer des utopies dans son cabinet, de créer un nouvel ordre de civilisation, qu'il n'appartient aux termites de la Nubie de créer de nouveaux ordres d'architecture, et à l'abeille de nos ruches d'ajouter un côté au polygone éternel de ses alvéoles. Ce que nous pouvions a été fait, et tout ce qui a été fait se fera. Le monde a été jeune, il est vieux; il a eu ses quatre âges, ou, comme disoient les anciens , ses quatre siècles ; et il dureroit cent mille ans qu'il tourneroit perpétuellement sur le même axe, au gré des mêmes mobiles. Sa vie s'est écoulée comme s'écoule celle de l'homme pris individuellement , qui en est le prototype, traînant long -temps les langes d'une enfance imbécille^ tourmentée par les passions furieuses de la jeunesse , poursuivant follement le but fallacieux des ambitions de
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la virilité, et usant les restes d'une décrépitude aigrie par la perte de toutes les espérances en accès alternatifs de désespoir et d'inertie. Le mieux, en quelque chose qu'on l'imagine, est une illusion pour ceux qui apprennent, un prétexte pour ceux qui savent, un objet d'amertume et de dérision pour ceux qui meurent. Le pronostic infaillible des sociétés à venir est tout entier dans l'histoire des sociétés anéanties. L'antiquité a fleuri par l'institution de l'esclavage, les temps secondaires par celle du christianisme, qui a ouvert la porte à toutes les libertés et à toutes les révolutions. Voici l'âge de l'imprimerie qui est la dernière époque du possible, parce qu'elle a donné tout à tous. C'est la loi agraire de l'intelligence. Après les castes, les prêtres; après les prêtres, les avocats ; après les lois purement humaines, l'Evangile; après l'Evangile, les journaux. Toutes les civilisations sont là, et quand cela sera fini, il n'y aura plus qu'à recommencer.
Il est vrai qu'un homme qui avoit certainement du génie, car on n'embrasse pas sans génie une combinaison d'idées propres à de-
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venir populaires, Saint-Simon a dit textuellement : « L'âge d'or n'est pas derrière nous, » il est devant. » C'est là qu'il s'est trompe. L'âge d'or n'est ni devant ni derrière la société actuelle : il est dans le domaine imaginaire des vaines ambitions de l'homme, comme la plupart de ses croyances. Ce tvpe idéal de perfectionnement est la plus vieille des rêveries sociales : et cette illusion doit suivre l'espèce jusqu'à sa décrépitude où nous sommes, et jusqu'à sa mort où nous touchons. Toutes les espérances de la race humaine se meurent dans le vide. Sa seule destinée essentielle est de durer sous différentes formes , et de finir sans avoir atteint à son but , parce que le but qu'elle cherche est placé hors de sa destination naturelle. Les notions que nous avons sur notre bien-être futur sont tout au plus aussi exactes que celles qui nous restent du paradis terrestre. Celles-ci du moins reposent sur une espèce d'histoire dont le souvenir entre pour quelque chose dans les traditions de la foi religieuse. Celles-là ne s'appuient sur rien qui ait été avant nous, et qui puisse être jamais. Il n'y a que deux faits absolument vrais dans