XXIV LA VI K DE CLÉMENT MAROT
On sait que ce n'est pas la vertu que François I" ciierchoit dans les femmes, et nous verrons plus tard ce ((u"il demandoit à la poésie.
Dans ce grave et noble royaume de Fémenye et de poésie que la duchesse-reine avoit préparé comme pour l'instruction du futur poëte Clément, Jehan Marot avoit d'illustres compagnons d'art.
Nous voyons le sage et très-savant M, de Grignaux, chevalier d'honneur de la reine; puis un des types excellents du gentilhomme de ce temps, Guillaume do Dissipât, <( chevalier aussi i)it'n accomply qu'il en fust onc, fust en art militaire qu'en éloquence latine, grecque et vulgaire, et qui composoil en aussy bon style que il en fust jamais, oultre l'art de musique et de bien chanter, de dire de tous les instruments. » C'est Jehan Bouchet qui parle ainsi, et ce procureur de Poitiers commençoit déjà, lui aussi, à devenir célèbre. Nous aurons dans la suite à indiquer ses relations avec Clément. Mais à l'époque où nous somiTies, entre 1507 et 151/j, Crétin, trésorier du bois de Vinceimes, chapelain ordinaire du roi Louis XII; Jean d'Anton, abbé d'Angle, poêle et historiographe à qui nous devons cette relation de l'expédition d'Italie, où, à notre grand regret, il ne nomme pas Jehan Marot; Meschinot, le Vertueux d'honneur, l'auteur des Z,u?ie«csrfw/)rmce;Macé de Villebresme, poëte et valet de chambre du roi, fort en faveur auprès d'Anne; Jacques de Bigne, autre poëte et valet de chambre; maître Guillaume du Lauzay, libraire du roi; Jean Perréal, dit de Paris, p(;intre et valet de chambre ordinaire; André de La Vigne , poëte renommé, le principal auteur du Vergier d'honneur, l'historien de la Conqueste de Naples par Charles VIII; Simon Bourgoinc, autre valet de chambre, l'auteur de VEspinelle du jeune prince; tous ces savants rhétoriqueurs éloient les modèles et les maîtres de poésie.
Ceux qui exercèrent le plus d'influence sur le jeune Clénicnt , cf'lui-ci prend soin de nous les signaler. C'est d'abord i.iMii particulier de son jjère, Jacques Colin, dont les contem-
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porairis raillcnl 1(' noz <( coiu'l cl tmusst', » mais (|iii, Icriciii' cl secrétaire de P'rançois I''^ tint pendani (|iicl(|iic icmps, à la cour de ce roi, l'oflicc de Mécène. C'est eiisiiilc le plus n'clicinent doué de tous les écrivains de cette période, le \rai maître de Ronsard, ce puissant et pédant Le Maire dc'lk'lgcs, cpic j'ai déjà maintes fois nommé.
A côté d'eux, montrons cet homme à la i)liysionomic fçrave, douce, un peu rustique, à l'air ferme et dij^ne, à l'œil clair et pensif, aux longs cheveux coupés carrément sur un front étroit, Jehan Marot, enfin, dont une miniature de l'an 1509 nous peint la face de bourgeois normand, et le corps robuste, enveloppé d'une longue robe brune doublée de fourrure noire, la poitrine serrée dans un justaucorps noir, brodé et chamarré de même, les jambes ornées de bas violets, la ceinture armée d'un poignard.
Nous avons maintenant le cercle de personnages et d'inspirations au milieu desquels le génie de Clément reçut sa première éducation poétique. « Sur le printemps de ma folle jeunesse, dit-il, je ressemblois à l'hirondelle qui vole çà et là. L'âge me conduisoit, sans peur ni soin , où le cœur me disoit. Déjà je faisois quelques notes de chant rustique, et dessous les ormeaux, quasi enfant, je sonnois des chalumeaux. C'est la nature, aux muses inclinées, qui m'cnseignoit de commencer si tôt. Et bien souvent mon père me donnoit une leçon pour me faire comprendre la douceur de la poésie, pour m'apprcndre l'art des vers, tel qu'on le pratiquoit alors. Aussi le soir, le bon vieillard à côté de moi travailloit et veilloit près de sa lampe, prenant peine de m'instruire. Mais cette peine étoit pour lui remplie de plaisir. »
Quel étoit cet art des vers qui s'imposa tout d'abord à la verve de Clément? C'étoit, nous l'avons déjà indiqué, l'art de ces orateurs que Rabelais ridiculisa dans U' langage de TescGlier limousin, de ces rirans rheloricqueurs , que Charles Fontaine nommoit les <( escorcheurs de latin, » et dont Dolet railloit la prose, en la nommant une fricassée de grec et de latin.
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C'rtoil iino poésie de vieillards, de vieillards du moyen cage, réflécliis, laborieux, pompeux, dogmaliques, et scolastiquement piécieux. Cette poésie de grammaire puisoit toute inspiration dans la science de Técole et h', labeur universitaire. D'ailleurs moralisatrice, magistrale, pleine d'expérience et tl'enseignement, portée aux sei'mons, rude aux passions, créant des pensées plus que des impressions, lioslile aux femmes, comme à rélément corrupteur par excellence, elle ne voyoit dans la beauté qu'un sourire du diable, parloit de Dieu avec une respectueuse sérénité, de l'amour avec une âpreté sceptique, regardoii peu autour d'elle et souvent en elle. La piété et la sévérité de la reine, la bonhomie fine, la gravité habituelle du roi, sa nature l'éllécliie, son amour pour les maximes, sa simplicité bienveillante, aux apparences bourgeoises, tout contribtioit à alourdir encore les allures de cette poésie, dont le dernier mot, comme conception, étoit le poëme allégorique, et comme style, le vers équivoque.
Nous n'oublierons pas, toutefois, que cette cour peu galante n'étoit pas sans éclat. Kleurange nous indique qu'elle étoit alors la plus renommée de la clirétient(! ; et, pour expliquer ee dtncloppement précoce de l'instinct poétique de notre Clément, nous rappellerons que, si anpn's de la reine on adun"roit d'étranges rimes, du moins on y aimoit l'activité de l'intelligence. Anne et Louis entretenoient entre eux un commerce épisiolaire très-suivi. Ces lettres, hélas! ont disparu, et sans doute on y parloit peu de dame Vénus et des sajettes de Cupido au corps nu, mais du moins encore on y parloit en vers.
L'éducation universitaire venoit joindre ses conseils et ses exeni|)les aux conseils et aux exemples de Jehan Marot et des rimeurs ses amis.'
Klle sembloit, par ses formules, par sa discipline, par ses niélhodfs traditionnelles, toute i)iopr(! à diminuer la légèreté primesautière de l'enfant du Oiier(\,ei ;i le pousser vers cetlt; K'raxiié pédanlesqiie (|iie i;inl d'aiitics circonstances proposoienl déjà à son admiration. C'étoit encore la vieille édiica-
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lion (lu nioyon âj^o, où, nous dit Carioix, (( l'on ne sail (|iir la seule langue lalino, et encore foi'l harbarenienl ; et il n'y avoit science qui eiist voi^Mie on rinivorsité de Paris que la lliéologie; )) où, elil à son tour IlegnitT de l.a l'huiclie, (( toute la science estoit de faire carmes et vims latins; » oi"i dominoient toutes les vieilles tyrannies do l'école, la diplomatie; intellectuelle de la scolastiquc en décadence, et la sophisterie poussée jusqu'aux plus étranges folies de la science quolibétaire.
Toute l'intelligence de la jeunesse européenne iiuigissoit encore rue du Fouarre aux lectures des régents, et l'on persistoit à lui faire gravir cet antique escalier des Sept-arts lihél'aux, où rom])re toujours vénérée du maître Aristote jetoit des obscurités que les clameurs de cent mille disputeurs n'avoient pas éclaircies depuis le xii"^ siècle. Autour des plus importants de ces Sept-arts gravitoient lourdement les grammairiens et les moralistes ad usara juventulis. Les modernes compilateurs , ceux de la fin du xv" siècle, copioient les vieux pédagogues; les contemporains de Jean de Houppelande répétoient les doctrines du temps de Pierre Lombai'd. Rien ne paraissoil avoir progressé
Pour nous, — troublés, il est vrai, par les railleries infinies des conteurs, ces bons compères des premiers protestants, — dans l'impossibilité où nous laisse Fhistorien Du Boullay, comme le critique Ramus, de reconstruire la vie journalière de l'Université, nous ne pouvons guère voir dans la science pédagogique du commencement du xvi" siècle qu'une confusion de livres bizarres, étroits et barbares. Le Donat, le Facet, le Théodolet, les paraboles d'Alain, les distiques de Caton, les oi)usculos de Babelius, le Jean de Garlande , de Modis siijnificandi, Ebrard do Béthune et son Grecismc, le Doctrinal d'Alexandre de Villedieu et tous les autres doctrinaux, le Mammotret, le Calepinus , auctus et recogniliis, le Comucopin et tous les catholicons, Laurentius Valla, Antonius Mancirtellus , Guillelmus Ficlietius, Pompeius Festus , Niger Brevis, Sulpilius Verulanus, Nicolaus Perottus, tous ces livres, tous c -s auteurs,
grammairiens ot rhéteurs, nous rappellent invinciblement la bibliothèque de Saint-Victor, de Rabelais. Puis, une fois les Iprminanccs acquises, après avoir, jusqu'à l'âge de seize ans environ, vécu en l'honnête compagnie des Sept-arts libéraux, ainsi interprétés, on recevoit ses lettres d'escolier, on prêtoil le serment de scholarité, et l'on étoit admis à lire et disputer en philosophie. On retrouvoit là encore l'immortel Scott contre l'inmiortel Ockam, les mêmes réalistes contre les mêmes nominaux; et les formules, en vieillissant, devenoient plus étroites, la discipline intellectuelle plus ombrageuse et la tradition plus tyrannique.
Nous avons appris, sans doute, à tenir pour suspecte la vérité que les conteurs et la raillerie prétendent apporter à l'histoire. Si nous n'avions que le témoignage de gens comme Rabelais, Noël du Fail , Bèze et Dolet, nous passerions légèrement sur cette boutade de notre ami Clément : « les régents du temps passé étoient de grandes bêtes ; je veux perdre ma part du paradis s'ils ne m'ont perdu ma jeunesse. » Mais nous ne pouvons oublier ce que nous dit le bon archevêque Claude de Seysscl, par exemple, sur ce latin , dont l'étude étoit, en somme, une des importantes besognes de l'éducation universitaire : (( Le royaume de P^rance estoit noté de n'avoir aucuns clercs fpii sceussent bien parler latin, mais estoit leur langage rude et barbare; et, à ceux qui vouloient en apprendre, convenoit aller en Italie trouver des maistres. » Louis XII, que l'on n'a pas encore cité comme un prince trop ami du progrès, paroît avoir partagé l'avis de ce docteur en tous droits, messire Claude , que je viens de citer. Il devina qu'il se faisoit dans le monde un mouvement auquel il falloit prendre part, ne fût-ce que pour pouvoir en arrêter les élans exagérés; et les lef^ons et les livres de Jean Lascaris, — pour n'en pas citer d'autres, — commencèrent à saper les antiques méthodes.
La théologie ne comprit pas et ne pouvoit sans doute pas eompi^ndre alors la situation que ce premier frémissement <iu monde lioderne alloit lui faire. Au milieu même des études universitaires de Clément Marot éclata une querelle scient i-
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fiqiie qui [.eut être considérée comme étant en relation intime avec la Réforme ; et cette querelle déposa dans l'esprit de notre poëte, comme dans l'esprit de presque tous les lettrés d'alors, des tendances habilement exploitées plus tard par la très-fine diplomatie des premiers Réformateurs.
Je fais allusion à ce débat entre Reuchlin et les théologiens de Cologne, débat qui commença sur la question de savoir si l'on devoit enlever aux juifs leurs livres de cabale et de légendes , et qui passionna bientôt toute l'Europe pieuse et savante. Il devint , en effet , un des plus importants épisodes de la lutte du moyen âge et du monde moderne.
Les universités de France et d'Allemagne soutinrent la querelle contre les plus illustres érudits, non-seulement contre Reuchlin, mais contre Érasme, Melanchthon, Le Febvre d'Étaples, Budé, contre les esprits les plus élégants et contre une nuée de railleurs et de libertins, qui, sous la haute direction d'Ulric de Hutten , résumèrent la dispute dans les Epistotx obscurorum virorum .
Ce pamphlet terrible, à la fois spirituel et cruel, aux traits acérés, aux allures pleines de bonhomie, prodigua les douloureuses et les odieuses insultes à ce qui étoit alors , nous ne l'avons pas caché, pédant et tyrannique, mais grave et vénérable. Dans son latin macaronique , qui ne ressemble que trop au latin de l'Université, ce livre résume très-gaiement et assez complètement les nuances multiples du débat. Un bachelier imbécile, qui est naturellement, chargé de défendre les théologiens, écrit : « Et scribatis miiii an est necessarium ad aeternam salutem quod scholares discunt grammaticam ex poetis secularibus, sicut est Virgilius, Tullius, Plinius et alii. Videtur mihi quod non est bonus modus studendi. Quia multa mentiuntur poetse, et in poetriâ sunt mendacia, et ergo qui incipiunt suam doctrinam in poetriâ, hoc est in meiidaciis, non possunt prolicere in bonitate. » Nous avons là le gros résumé de la question : les belles-lettres greccpies et latines contre lascolasti- (pie; la vieille pédagogie chrétienne contre la noiiNelle pédagogie
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ai'listi{iiu'; la nonM'auIi' gracieuse et belle contre la tradition illustre et sainte; le corps entier de l'Université, avec toutes les forces intellectuelles, philosophiques et morales, (|ue tant de siècles lui avoient données, contre l'antiquité païenne. Nous voyons aussi poindre l'argument qui faisoit la force et la foiblesse des théologiens et qui découvroit toute la gravité que l'avenir alloit donner au débat : « L'étude de Virgile est-elle nécessaire au salut et nous fera-t-elle progresser en bonté? » a Tune ego dixi quod sufllciat ad îPtcrnam salutem quod aliquis est simplex grammaticus et saltem scit exprimere mentis conceptum. » Un des autres bacheliers hébétés dit qu'il n'est pas (( nécessaire d'introduire cette nouvelle latinité dans la sacrosainte théologie. Et qu'est-ce que tous ces gens-là, ces Érasme, ces Reucklin ? Ont-ils jamais disputé publiquement, ces nouveaux latiniseui^s? ont-ils tenu des conclusions? Alors quel droit ont-ils? Ils disent qu'ils savent le grec et l'hébreu. A quoi bon cela? La sainte Écriture n'est-elle pas sullisamment traduite, et faut-il oublier que cet hébreu est la langue des juifs infidèles, et ce grec la langue des Grecs schismatitjues ? » Ces arguments ressemblent à ceux qu'Omar pouvoit donner pour prouver logiquement et Ihéologiquement son droit de brûler la bibliothèque d'Alexandrie-, ils sont analogues à ceux que les théologiens huguenots purent faire valoir pour pousser la populace à lacérer les tableaux et à déiriiire les statues. Mais, malgré leur apparente ])ounbnnerie, ils indiquent, je le répète, le vrai point de la question , c'est-à-dire la part excessive que la théologie s'attribuoit dans le gouvernement de cette terre , au nom de l'autre monde.
Les docteurs liouvoient comprendre que leurs ennemis , en les attaquant, altaquoient l'Église, dont ils affoiblissoient, décourageoient et'dispersoieni les (li-lcuseurs, doiil ils bal (oient en brèche le système de dc'fense. Ce système, la scolastique, étoit le seid qui eût été jusqu'ici eniployé dans toutes les attaques que l'Église avoit subies au moyen âge;, et il avoit sulli à loutips les victoires. Les universitaires deviniiienl les ('iranges sottises.
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les chances de trouble moral et les hardiesses républicaines (jue les déesses de l'Olympe et les héros de Rome alloienl apporter à la jeunesse chrétienne et monarchique. Il leur paraissoit absurde qu'un folâtre, un débauché, un adolescent, sans rétlexion, sans étude, sans responsabilité, sans bonne foi, pût venir, au nom d'Aristophane ou d'Horace, attaquer ce puissant monument, qui abritoit tant de générations de saints et d'hommes de génie , à la construction duquel avoient travaillé l'Ange conmie le Bœuf de l'école, le Docteur séraphi(}ue connue le Docteur subtil, et dont l'ombre bénie montoit jusqu'au trône de Dieu. Mais le catholicisme avoit plus de vigueur que les docteurs universitaires ne lui en supposoient. Il pouvoit se passer de la scolastique. 11 y avoit place en lui ou à côté de lui pour les poètes séculiers, les juristes byzantins et les orateurs païens. C'est, en effet, à l'aide de tous ces éléments, en apparence mortels pour lui, qu'il lit le xvn^ siècle, — son xvii^ siècle, — Corneille et Bossuet, Pascal et Nicolle, Racine et Fénelon. Nos maistres es arts eurent le tort de chercher à couvrir de l'infaillibilité dogmatique leurs formules, leurs titres, leurs vanités, leurs disputes et leur latin barbare. Ils poussoient ainsi dans la haine du catholicisme, non-seulement les novateurs de tempérament, les révolutionnaires par cupidité ou débauche, mais les enthousiastes et les généreux, et, à côté des déclassés et des impuissants, les fanatiques de la science. Ils préparoient pour ennemis à l'Église les amateurs de beau langage , du noble savoir, les disciples des lettres antiques, les délicats, les ironiques, les amoureux de l'art plastique et tous ceux qui sentoient le besoin d'ouvrir de nouvelles destinées à la langue comme au génie littéraire de la France.
Il y avoit longtemps, du reste, que des railleries et des attaques analogues avoient cours dans les écoles. Depuis plusieurs siècles déjà, Jean de Salisbury s'étoit plaint que « poetaf, historiographi habebantur infâmes; et si quis incumbebat laboribus antiiiiKti'nui . notabatur. »
Ct'Ite hostilité contre la pédagogie du moyen âge se déve-
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loppoit donc avec une violence inouïe , aidée d'une stratégie nouvelle et d'armes plus précises, au temps même où Clément étoit aux écoles. Elle dut combattre les conséquences de l'admiration que les leçons paternelles iniposoient à son jeune esprit jiour la poésie scolastique et savante. Mais cette grande bataille des railleurs contre les pédants, des linguistes, des artistes , des juristes contre les théologiens, se perpétua pendant dix ans. Elle n'envoya nulle part des échos plus sonores qu'en la petite cour de Marguerite de Valois, où Le Febvre d'Étaples et Budé étoient vénérés. Et, si je me suis tant appesanti sur cette querelle, c'est que je trouve dans les vers, comme dans la conduite de Marot, bien des preuves de l'inlUience qu'elle exerça sur les tendances religieuses et sur l'existence du poëte.
Nous avons cherché ce que les livres et les conseils des hommes illustres avoient pu donner au jeune Clément. Ce n' étoit pas là toute la vie de l'enfant.
Les écoliers, comme l' avoient dit à Louis XU les députés de l'Université, lors de la grande sédition qui eut lieu au commencement du règne, les écoliers ne possèdent rien, sinon leurs livres et la liberté. Ainsi , à côté des livres , il ) avoit la liberté. La liberté de vingt-cinq mille étudiants et de cinq mille gradués! Les poètes, les conteurs, les annalistes, nous en esqui.ssent l'histoire pittoresque.
Nous pouvons suivre notre héros, entrant ou articn, martinet , boursier ou l'un de ces pensionnaires que les grands seigneurs, les princes ou la reine envoyoient aux écoles sous la conduite d'un magisterpayé 25 livres par an. Nous pouvons le suivre aux tinnultueuses lectures de la rue du Fouarre; au collège Montaigu; aux leçons de cet illustre disputeur l'cossais, Joannes Major, qui «i vous eust jx-rsiiadi- , tant habile estoit-il , que vous eussiez trop dîné, encore eussiez-vous le ventre vide; » ou assis connue un singe au Grand-Quine , à la flispule solennelle du collège de Navarre, l'uis, cntouri; d'uiic l'ouïe de béjaunes, de Jean le Veau, de Thomas le Sol et d'aiitri's lutins rembar-