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grand schisme, les guerres d'Italie, où la papauté et la royauté françoise s'étoient trouvées en armes l'une contre l'autre, avoient exaspéré les inimitiés instinctives ou traditionnelles. Beaucoup de pamphlétaires huguenots furent moins amers que le zélé Clémangis , moins injurieux contre les prélats que le pieux Michel Menot, moins insolents contre le pape que le sage et dévot Pierre Gringore. Mais ces agresseurs, si violents qu'ils fussent, de même que toute la bande des farceurs, des Enfants-sans-soucis, des basochiens qui jouoient le pape , eussent risqué leur vie pour la défense de notre Mère saincle Église. Il fallut une réunion de circonstances exceptionnelles pour trouver lieu à une religion nouvelle dans une situation qui étoit, si je puis dire, normale dans TKglise de France.
Parmi ces circonstances, j'indique la très-habile diplomatie des chefs du protestantisme , que leurs disciples ont tort de nous présenter comme un troupeau d'innocents agneaux. Ils eurent la sagesse de ne point pratiquer longtemps la simplicité de la colombe. Ils devinrent vite de très-rusés renards; et ils surent, avec une merveilleuse habileté, réunir en faisceau les hostilités vagues, les ambitions, les convoitises, les enthousiasmes, les ardeurs apostoliques, les libertinages, les étourderies et les moqueries calomnieuses, pour en composer le tissu d'un culte nouveau. Il est entendu que je parle des chefs, des Bèze, des Calvin, des Ulric de iïutten, etc., et non des soldats qui , héroïques et pieux , donnèrent leur vie pour affirmer leur foi.
Parmi ces circonstances encore , je dois citer ce je ne sais quoi de mystérieux que l'on nomme Révolution, et qui met le mouvement, la flamme, la lièvre, la rage, si l'on veut, au milieu d'éléments, contraires sans doute , mais habitués pourtant à vivre en paix l'un à côté de l'autre. Ce mouvement, cette ardeur, ce fut la Henaissance qui l'apporta en très-grande partie, la Renaissance, c'est-à-dire l'imprimerie, les guerres rritalie, In prise de Constantinople, et le (lot de
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livres nouveaux, de connaissances nouvelles, de modèles artistiques qui roula jusqu'aux extrémités de la France.
Nous avons vu dans J'alTaire de Heuchlin comment cette vieille querelle des poëtes et des juristes contre les théologiens prit des proportions énormes et tout inattendues. Il en fut de même en tout. 11 y eut coumu' un éblouissement. On voyoit, vaguement encore, les lignes d'une beault' qui n'étoit pas l'idéal de la beauté chrétienne, des couleurs d'un éclat jusqu'ici amorti, des lambeaux de théories inconnues, mal approfondies, mais différentes du dogmatisme théologique. On entrevoyoit dans le fond du grec et de l'hébreu des versions qui sembloient contraires à la Vulgate, et l'on trouvoit dans la forme d'Horace , de Théocrite , de Cicéron , des leçons qui ne ressembloient pas à celles de la rue du Fouarre. Tout étoit flottant encore, mais tout paroissoit grand, profond, sublime et brillant, d'une grandeur, d'une profondeur, d'une noblesse, d'un éclat probablement contraire aux conseils et aux exemples de la théologie catholique. Ce n'étoit encore que le doute, mais un doute partagé par les plus savants, par les plus fins esprits; un doute qui s'adressoit surtout aux érudits et aux artistes, aux penseurs et aux délicats, et qui, par sa nature même, devoit mettre en mouvement les intelligences vénérables en même temps que les observateurs malins.
Ce doute, survenant au milieu des circonstances que j'ai dites , exploité par les habiletés que j'ai indiquées, eut enfin une dernière bonne fortujie : il ne trouva pas seulement un temple tout prêt, le temple de Luther, il trouva mieux et ce, sans quoi le temple fût tombé en ruine, il trouva un palais, le palais du roi de France, ou plutôt de sa sœur Marguerite de Valois.
C'est dans ce palais qu'il faut chercher l'origine du protestantisme françois. Quelque conséquence qu'on en veuille tirer, et quoique Marguerite ne se crût jamais hérétique, quoiqu'elle soit morte, très-certainement, fort bonne catholique, c'est elle qui est la mère des huguenots df France. C'est elle qui ras-
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sembla lo proniicr pciii iroupoau, non pas des liérétiqiios, mais do ces dotitcurs ('blouis, de ces savanls inquiets, de ces sages aniouiviix des ivlormes, de ces méchanis railleurs des abus évidents. A ceux-là, elle donna la force de la cobésion , les bardiesses de la discussion, les témérités du zèle qui sVnllamme au zèle d'autrui. Elle leur lit parlai^er la puissance, les imi)rudences, l'audace qu'elle (Jevoii à sa position; elle leur communiqua même , pour un temps , la puissance du roi de France. Ceux-là, à leur tour, qu'ils se soient laissé entraîner jusqu'à la Réforme, qu'ils soient rescmis bumblement au catholicisme, ou qu'ils aient demeuré dans leur hésitation , ceux-là ouvrirent au protestantisme les portes que Marguerite leur avoit ouvertes, ils partagèrent avec lui la position que Marguerite avoit obtenue pour eux.
A l'époque di; la vie de Clément Marot, qui se place entre 1520 et 1525 , pendant que se préparoit la première éclosion de son génie et la première évolution de sa foi , la révolte religieuse n'existoit pas encore. Les plus perspicaces entrevoyoient la réforme des abus, non pas le changement du dogme. <( Il y avoit, dit de Tbou, plus de mécontentement que de huguenoterie. » Et, connue l'écrivoit plus tard le caidinal de La 15ourdaisière à l'évêque Bernardin Bochetel, ambassadeur auprès de l'Empereur : » Je me souviens avoir veu, de ma jeunesse, Dolet . un des premiers huguenotz, qui, commençant par avoir assez legières opinions et de peu d'imiiortance, tomba, vu peu de temps, es plus exécrables blasphèmes que j'ouys jamais. Maroi , (pi<' je \o\ois plus s(ju\('ni , ne luy en devoit guères, et sic (le rcliiiiiis. n On en étoit donc alors encore aux lecjierelez.
Pour la grosse bourgeoisie, pour les classes que nous appelons aujoind'hui libérales, l'alTaire de Luther fut d'abord un inci<l('nl de mince importance, une occasion de dlspulalioii , un acfidenl peu grave de la vie de l'Église. « Maistre Martin l.ullier. dii Jejian Hoiichel , du pais d'Allemagne, homme de grand es|)ril , de Tordre des Aiigiislins, prescha et escrivil qnelqui' opuscule coni lîiiic au P.irdon, en calunuiianl r.iucloriti'
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(le nosire Sainct-Père le Pape. » C'est le début, et ce semble bien sinii)le. « Le IS*" jour d'apvril mil cinq cent vingt et un , les fausses propositions de maistre Mailin Lutber furent disputées en l'escole de tbéologie de Paris, et, connue erronées, hérétiques et scandaleuses, condanmées et reprouvées. » Cela paroissoit une affaire terminée, et qui avoit servi, tout au plus, à nos amis les basocbiens à faire « en 1521 , du pape Léon \ et de ses mœurs, plusieurs ignominieux et scandaleux épigrammes. » Pour notre maistre Jehan Bouchet , il n'y avoit là (pie r effervescence de quelques « esprits fragilles et prompts, n Mais il suivoit l'affaire; il constata bientôt qu'il s'agissoit, en fin de compte, de « mectre Paris et les autres bonnes villes en schismes, partialitez, discors, divisions, pragueries. » Et il écrit : <( La Cour de parlement est fort faschée d'aucuns hérétiques et schismatiques, desquels fait grosse punition... et sans cela l'Église de France eust esté fort troublée. »
Jehan Bouchet, illustre poëte et notable procureur, rei)résente, je le répète, la haute bourgeoisie libérale. Quant à la moyenne et basse bourgeoisie et au peuple, blessés outrageusement dans leur foi, dans leurs préjugés, dans leurs sentiments de vénération., ils n'oublièrent jamais ces rustauds d'Allemagne qui, croyant que toute la force de la France avoit péri à Pavie, s'en vinrent, en multitude innombrable, criant : Luther! Luther! pour se partager les biens et les femmes de la Gaule.
Les sentiments populaires ne varièrent jamais, et ils nous sont dépeints très-énergiquement dans le Journalier du boiu'geois de Reims Pussot, comme dans les mémoires du pa\ saucière Claude Haton. u Or, esloit-il facile d'estre huguenot, il ne falloit qu'estre meurtrier, larron, voleur, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'église, brûleur d'ymaiges, mesdire du pape, des cardinaux, evesques , prebstres, moynes , estre meurtrier de telles gens, haïr et mesdire de la messe et du sainct-sacrement de l'autel, et dire que c'estoit Jehnii le Blanc, bailler riioslie à menger aux bestes et chiens, graisser ses
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bottes du cresmc et des sainctes luiilles, l'aire son ordure fécalle dans l'eau benist(> des eaiibenoistiers, manger chair les vendredis, samedis, karesmes et jours de jeusnes, prétendre ([u'il n'est point de purgatoire en l'autre vie, blasmer les pi-lerinages, dire qu'il ne fault prier la Vierge Marie ni les sainctz, ni dire lieia'es ni mastines , ni aultre oflice divin, sinon les psalmes de David, tradnicts en vulgaire et rime françoise par Marot et Théodore de Bèze, etc., etc. » J'ai donné cette citation, non-seulement jinin' montrer quelle place importante notre poëte prit dans le culte réformé , mais aussi pour expliquer, par ce naïf exemple de haine contre les huguenots, comment Sagon et sa bande de méchants poêles osa le disputer à Marot et l'emporta dans l'opinion publique.
Les gentilshommes avoient , en effet, la même ardeur de foi et de préjugés que le peuple. Et le vicomte de Saulx, en écrivant la vie de son père, un contemi)()rain de notre Clément, parle comme Claude Haton : « La source d'hérésie est : viole-' ment de vœux, du serment, inobédience, ambition, avarice; leurs prophètes sont : Luther, Calvin , moines ruinez, Marot et Bèze, qui de mesme main ont rimé les pseaumes qu'ils avoient escrit des sodomies. »
L'on pense que ce n'étoient pas de tels jugements que l'on portoit des novateurs allemands <( dans les cercles et dans ces ruelles où , selon Le La'ooureur, la mode venoit de traiter des matières de la foy ; » ces novateurs ne trouvoient que sympathie parmi les hommes politiques, les savants, les pieux réformateurs, les poètes courtisans cpii foniioient la cour de Marguerite.
Pour elle, |)r('()cciip('e de ce nouNcl id('al de beauté que l'anti(juit(' mieux (■(juniic lui inontroii. in{|iiiètc de cette philosophie païenne qui sembloit ouvrir à la raison des perspectives infinies , troubhk* par les découvertes philologiques qui paroi.ssoienl devoir bouleverser toute l'interpn'tation des livres saints, elle écoutoil avec coMiplaisanct! les ('clios (h; l'Allemagne! révoliilioiim'e. Klle admiroit , \('n('r(»il et c'iressoit les illustres ('rn-
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dits, les austères pliilosuphes, les élégants railleurs qui se faisuient les porte-voix de ces échos. Dans sa sagesse, elle se deniandoit s'il n'y avoit pas là les éléments d'une importante réforme des abus; et, dans son ambition, elle cherchoit s'il n'y avoit pas moyen de tirer parti de ce mouvement pour l'agrandissement de la France et du roi, son frère. Je pense résumer ainsi très-impartialement et complètement les sentiments de la patronne de Marot.
Il faut la voir telle que nous la montrent les ambassadeurs vénitiens : délicate , dévouée, sûre et sincèrement amoureuse des lettres. « Femme d'un talent et d'une sagesse rares , écrit Giustiniano, et qui prend part à tous les conseils de la couronne. ') « C'est, selon Dandolo, la femme la plus sage, nonseulement de toutes les femmes, mais de tous les hommes de France; et dans les affaires et intérêts d'État, on ne peut écouter de discours plus sûrs que les siens... Dans la doctrine du christianisme elle est si versée, que bien peu de gens sauroient mieux qu'elle en traiter. » N'oublions pas ce que Brantôme nous dit, que : « elle estoit coustumière à gagner au Roy et à entretenir des serviteurs. » Rappelons ce qu'écrit bien naïvement un petit poète, tout désintéressé dans la querelle religieuse, François Charbonnier : u Vostre Majesté royale a toujours esté la voye, adresse et sentier des desvoyez. Elle n'attend que l'on s'aproche, ains, par bénignité de visaige, les appelle et accourt au-devant comme le bon père de l'Enfant prodigue.» Regardons aussi cette existence pleine d'apparitions, hantée par les esprits, par les revenants, vivant de pressentiments presque autant que de sentiments! Imagination poétique, romanesque, comme on diroit aujourd'hui ! Mystique en religion et en amour, enthousiaste en pensées, mais froide en action, quand elle en venoit à l'agir, elle perdoit de son enthousiasme tout ce qui étoit inutile à une activité rénéchie, persévérante et diplomati(iue! \insi, nous comprendrons sa conduite cuimne nous avons compris ses senlimenls.
.Nous allions d'une piri la honié. l'amour d'.' ht scienc', de
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l'art et dos lettres; d'autre part, ce tempérament politique propre aux femmes, d'où les soubresauts, les légèretés, les coquetteries ne sont pas absents. En mêlant tout cela à l'infatuation du pédantisme théôlogiciue, nous la verrons courir jusqu'aux extrêmes frontières du catholicisme, y parader, y paioitre hésiter, mais sans vouloir jamais les dépasser. Elle inauguroit cet esprit de tolérance moderne qui distingue, contrairement à tous les instincts du moyen âge, l'homme social de l'homme religieux : elle voyoit dans les poètes et dans les savants la science et la poésie; elle ne commençoit point par chercher en eux les doctrines et la foi. Elle étoit la Minerve de France, une déesse païenne, mais la déesse de la force intelligente! Elle protège Habert, Jehan Bouchet, Saint-C.elais, Dolet, Brodeau, Du Moulin, Grugct,deLaHaye,Boastuau,Quanlilly, Denizol, Sainte-Marthe. Bonadventuré des Perriers, tous les poëtes à quelque école qu'ils appartiennent. Elle protège de même tous les savants vers quel(|ue doctrine qu'ils penchent, Postel, Amyot comme Vatable;'Jean Bresche, traductein- de Plutarque; Mauroy, traducteur des hynmes de l'Église; Le Maçon, traducteur de Boccace comme Le Febvre d'Esiaples et ses disciples. Guillaume Farel, Gérard Boussel, Michel d'Arande {Eleemosynarius), Jean Lecomte, Pierre Caroli, Martin Mazurier, puis Papillon, puis Claude Baduel, étoient pour elle non pas des hérétiques, mais surtout des érudits vénérables et utiles.
Elle fut l'élève de l'évêquc du Meaux, Guillaume Briçonnet, esprit exalté, qui lit avec Marguerite échange de toutes les obscurités du mysticisme, de 1521 à 152/i. 11 étoit le protecteur de ces novateurs {pic je viens de nommer, de Valable et de Calvin. Prélat pieux et savant, tournant volontiers à la politique, il songeoil à n'-former l'Église et, du même coup, à rapprocher du catholicisme les enthousiastes qui s'en éloignoiejil. il n'y gagna (pie racciisalioii d'hérésie, et (|iiilla la |)artie a])rès avoir condamm'! Eiiiher vi\ plein synode. Maigiit;rile hérita de tous les proH'gi's, de tous les préjugés de l'évêcjue, cl cenliiiiia ses elTorls.
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A cette date encori', en 1525, la séparation des premiers réformateurs d'avec le catholicisme n'étoit ni nette ni définitive. Beaucoup hésitoient, comme ce Roussel, contre lequel Calvin écrivit avec son âpreté ordinaire, et (jui fut toujours phuôt un fantaisiste austère qu'un hérétique déclaré; comme ce Guillaume Budé, que Henri Kstienno cite avec tant de complaisance, Budé, qui lit lanl de bruit lors de la création du collège de France, et qui se trouve en grande relation d'épîtres cicéroniennes et de tendresse avec Pierre Bembo, l'élégant secrétaire du pape Léon X, Presque partout on retrouve ce je ne sais quoi d'équivoque qui est si frappant dans la conduite de Marguerite, dans les actes de bien des personnages politiques , dans la vie de Marot lui-même. Mais rien ne doit nous faire douter de la sincérité de la princesse, quand on nous dit qu'elle vouloit que l'Église fût réformée , « débarrassée des vaines fantaisies , et que , les hérésies estant oustées , saincte Église triumphast. » Pour moi , je crois à cette protestation qu'elle fit avant de mourir, et où elle affirme que « tout ce qu'elle avoit faict en faveur des novateurs avoit esté dicté uniquement par la compassion et jamais par éloignement pour la religion catholique. »
J'avoue toutefois que, dès le principe, la politique parut tenir autant de place dans ses visées que la sagesse réformatrice. Peut-être même pouvons-nous dire que sa fièvre révolutionnaire fut toujours , ainsi que l'amour et la vanité de la science, soumise à l'instinct politique. Sans doute Marguerite étoit prête, ainsi que le lui écrivoit Briçonnet, à courir, comme au feu , au bout du royaume pour écouter quelque grand docteur; sans doute il étoit doux d'apprendre au monde entier, à ces philologues dont chaque contrée d'Kurope étoit bruyamment hère, que l'on connoissoit le grec, l'hébreu et la théologie; mais les princes prolestants d'Allemagne sont un objectif autrement puissant. On est lié avec le comte Sigismond de liohenlohe, doyen du grand chapitre de Strasbourg, qui avoit apostasie dès 1521. Ou le leiu'ie, pendant des aunéi-s. de l'es-
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poil- de M'iiir comcriir au liitliéranisiiie loute la cour do KraiiCL'; on ôclian^a' avec lui beaucoup de confUurcs de dévotion; on lui parle du Tout-Puissant, de la miséricorde de Dieu; on s'avance jusqu'à faire de vagues allusions à cette parole de vérité, dont il est, lui, grand doyen, Tunique ou le quasi unique dépositaire. Puis, tout naturellement, on lui demande s'il n'auroit pas 3,000 fantassins à prêter au roi. On reçoit les fantassins et l'on écrit au Irès-cher cousin, comte Sigismond de HauIte-FIamme : u Le roy ne vous verroit pas voulentiers; mais, dès que je verray l'occasion propice, etc. » N'oublions pas ces trois mille fantassins dans la biographie de Marguerite.
François I*''' pouvoit être parfois tenté d'aller plus loin que sa sœur même. Henri VIII reconnoissoit que son divorce avec Rome lui avoit valu 500,000 escus de rente. Il conseilloit à son frère de France d'imiter ce divorce, en lui pi(jmetlant qu'il gagneroit beaucoup plus. Il est évident ({ue le roi n'avoit pas eu besoin des conseils de Henri VIII pour entrevoir ces perspectives. Dans les conversations qu'il eut à cœur ouvert avec ce même Henri, en 1532, à Boulogne et à Calais, il se plaignoit amèrement des « nouvelles et indues exactions que l'on faisoit à Rome pour l'expédition des bulles, par lesquelles l'argent de son royaume se vuidoit journellement; » et il semble prêt à sommer le Saint-Père d'aviser à faire cesser de telles pilleries. On peut supposer qu'un grand nombre des notables de l'Église gallicane, encore exaspérés par le concordat, cherchoient dès lors dans quelle mesun; on poiirroil se séparer de Rome sans se séparer du catholicisme.
François tcnoit donc la porte entr'ouverte à l'avenir, (piel qu'il dût être. Il protégeoit de son mieux, sans vouloir de scandales toutefois, k's plus illustres d'entre les novateurs. Il entendoil discuter autour de lui du tiaitement que l'on devoit aux hérétiques, sans trop prendre parti. Les juristes cl les iIk'oIogiens d'une part, inxinpioieiil la loi caiionicpie et civile, et allirnioient la n('cessité de punir parle feu. D'autre; parties éitidils, coninir PoUdfjie Virgile, s'a|)pu\oient sui' saint Chrysostonie
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pour déinunlier ({ue u Dieu ne défend point de dissiper les assemblées et monopoles des hérétiques, de leur clorre la bouche et leur oster toute licence de parler ; mais il prohibe de .les tuer et massacrer. » Enfin , les hommes d'État, comme GioVani Botero, dans sa Raison et gouvernement d' Estât, proclamoient que « il fault priver les hérétiques de tout entretien de l'hérésie, c'est-à-dire des prédicants, des livres et des imprimeries, mais rien de plus. »
En 1528 encore, la conduite du roi étoit si ambiguë que le fameux Antoine du Prat, archevêque de Sens, lui écrivoil : (( 11 y a quelques malins esprits qui ont voulu destourner de leur bon projet les évesques de ma province, assemblés en concile ; pour ce faire et pour y parvenir ils ont dit que estiez mal content de ce qu'ils procédoient contre Luther. » Mais François ne tarda pas à prendre parti. La conduite tyrannique des luthériens en Allemagne et en Suisse lui fit entrevoir des exigences plus insupportables, sans doute, que celles de la cour de Rome. C'étoit vers cette époque qu'à Genève, après avoir brisé l'unité religieuse au nom de la liberté de conscience et du droit à la diversité d'opinion, on ne trouvoit pas, pour forcer à apostasier de pauvres nonnains qui vouloient rester catholiques, d'autre argument que celui-ci : (( Messieurs de Berne ont commandé qu'il nous fault tous vivre en union de foy. »
Il comprit aussi qu'il ne s'agissoit plus seulement d'une réforme ecclésiastique. Comme toute la population parisienne, comme toute la France, il se sentit touché au fond de l'âme lorsqu'il apprit que les hérétiques, dans la nuit du lundi '["' juin 1528, avoient, « vis à vis du petit huy du derrière de l'église Saint-Anthoine, coupé la teste à la sainte Vierge et à son petit enfant, Nostre-Seigneur. Le roy en pleura très-fort. » Et, en effet, quand on se reporte au commencement du xvi^ siècle, on devine combien l'opinion dut trouver ce fait horrible, insolent, digne de toute haine et des plus atroces punitions.
C'est à partir de ce moment que François 1^' parut deviner (ju(^ le luthéranisme « tendoit à la subversion de la iiKmai-
cliii' (li\iiic cl Iminaiin'; cl, coiiinu; le dit Gastelnau, qiril ctoit impossible de le laisser subsister sans la ruine de l'État. »
Ce n'est pas toutefois que, jusque-là, les bérétiques notoires et imprudents eussent été ouvertement protégés. François h"" . n'intervenoit que dans les circonstances graves. En 1521 , le 3 août, il avoit laissé le parlement faire crier par les carrefours de Paris que « tous libraires, imprimeurs et autres gens qui auroicnt aucuns livres de Lutber seroient condamnés à la prison. » Le 8 août 152o on avoit brûlé, devant la grande église de Nostre-Danie , plusieurs livres de Louis Berquin , grand clerc, grand ami du roi et de madame Marguerite , mais qui l)assoit pour lutbérien. « En 1523, dit Sauvai, un bermite, accusé d'bérésie, avoit été brûlé au Marcbé-aux-Pourceaux. »
En 1523 encore, douze docteurs des quatre ordres mendiants avoient été envoyés par toute la France pour prêcber contre les doctrines de Luther. En février 1525, un cordelier luthérien fut brûlé à Grenoble, (i Le 18^ jour de febvrier audicl 1525 (1526), ung jeune advocat, à Paris, fut bruslc tout \irà la place Maubert pour avoir dit et proféi^é paroles ordes et vilaines de blasphèmes contre la Vierge Maiie, monsieur sainct Anthoine et madame saincte Geneviefve. » (Jehan Bouchet.) (( .\udicl an 1526, la veille de Noël, ung jeune fdz de la ville de Meaulx... fust mené pour estre, par longue espace de tem|)S, prisonnier es prison des Gélestins, au pain et à Peau... et faull noter que la plus grande partie de Meaulx estoit infestée de la faulce doctrine de Luther... Audict an 1526, au mois de janvier, fust envoie quérir prisonnier ung gentilhomme (jiii estoit à Abbevilles, nommé Barquin... à cause qu'il esloit luthérien... Audict an 1526, le vingt-huictiesme aoust, un j<'une lilz escoJicr beneficii! fust, |)ar arrest de la Cour, bruslé en Grève à Paris, parce qu'il estoit luthérien, v,\c. » (Le Bourgeois de Paris.)
En résumé, ce ne fut guère qu'après la bataille de Pavie ((ue les sév(îrilés furent poiisst'ics à l'iixtrême. Al<ii"s la régente, soyani dans celle di-nilic mir piinitidn pi-ovidcnlicllc de la loli'-
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rance accordée aux novateurs, croyant surtout trouver dans luie plus grande sévérité contre ceux-ci un moyen aisé de se mettre au mieux avec le représentant terrestre de cette Provideuctî et de paralyser ainsi Charles-Quint, la régente se rapproclia de la cour romaine, nomma des conseillers du roi et autres sages personnes pour aviser plus soigneusement au fait de l'hérésie.
Jusque-là, nous l'avons dit, la faveur de la cour étoit portée vers les partisans des nouvelles doctrines ou plutôt des nouvelles fantaisies , — car ce n'étoit encore que fantaisie et non doctrine. — Dans l'entourage plus intime de Marguerite , la Réforme et la Renaissance se confondoient. L'on avoit j)ns l'habitude de combattre la théologie, parce qu'elle semblait synonyme d'ignorance, d'insupportable tyrannie, de superstition, d'abus, de sentiments rétrogrades ou peu patriotiques, s'il m'est permis d'employer des qualificatifs si modernes à propos du xvi^ siècle.
On peut deviner, dès lors, quelles durent être la conduite de Marot et les causes de son emprisonnement.
Les instincts que l'éducation avoit développés chez lui dévoient s'agiter à l'aise à côté de cette Marguerite, qui étoit à la fois reine et émancipée, portée à la mascarade autant qu'à la politique, et qui pouvoit être, à peu d'heures d'intervalle, la complice de l'esprit dans son expansion la plus folle, ou la protectrice de l'intelligence dans son élan le plus austère. La pétulance méridionale et le pédantisme normand étoient tous deux de fête auprès de cette femme qui avoit le cœur double d'une grande coquette et d'une précieuse ridicule. L'esprit révolté des races albigeoises, la railleuse hardiesse du basochien , l'amère critique de l'universitaire gallican, l'outrecuidance du demi-savant et l'infatuation du poëte de la Renaissance trouvèrent à s'étendre dans ce milieu sonore ou austère, mais foncièrement révolutionnaire, où tout étoit ou spirituel et audacieux, ou érudit ou saint, ou illustre.
Clément, point érudit, point saint et de basse naissance, pouvoit être spirituel et audacieux. Mais vaniteux, licencieux, irré-