‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 59 sur 112 · ACTE IV, SCÈNE III. Sag · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. Sag

T'uniroit aux tyrans combattus par ses mains ; J'ai cru que, dans le trouble où Gènes est plongée, Je serois aisément ou perdue ou vengée. Le ciel anéantit et Tun et lautre espoir ; Je vis encore, et vis soumise à ton pouvoir. Non que de mon hymen la honte prévenue Te rende désormais plus coupable à ma vue : Mais que t'a fait mon père, et pourquoi ta fureur L a-t-elle environné du glaive destructeur? Hélas ! il ignoroit que tes feux sacrilèges Avoient sur Altamont de honteux privilèges. Des tyrans quHl combat ne deviens-tu Tappui Que pour lassassiner, et me perdre avec lui? J'espérois...

LOTHARIO

Connois donc le pouvoir de tes larmes.

Cette ville est en proie au tumulte des armes : On attaque, on repousse; une égale valeur Ne laisse aucun parti ni vaincu ni vainqueur : Un signal , un seul mot échappé de ma bouche Pourroit. . . N'irrite point un mortel né farouche ; Et si de Sciolto tu veux sauver les jours , Viens, suis-moi.

câliste.

Dans quels lieux? Parle; achève, et j'y cours.

LOTHARIO

A ces mêmes autels parés pour mon injure ,

33o CALISTE.

Viens me jurer la foi que mon amour te jure, Viens m'unir à ton sort par un nœud solennel > M'épouser, en un mot.

CALISTE

T'épouser! toi, cruel?

LOTHARIO

Ton père à ce prix seul obtiendra la victoire.

Un triomphe à ce prix seroit acquis sans gloire ; Il m'en désavoueroit.

LOTHARIO

Ingrate , que dis-tu?

CALISTE, noblement.

Je ne me pare point d un faste de vertu :

Voici Faffreux moment où tu dois me connoitre.

Perfide , je t'aimois , j'en rougis ; mais peut-être

Le ciel attachoit-il le bonheur de mes jours

A celui de te plaire et de t'aimer toujours.

Tu sais trop quel affront j'ai reçu de ta rage ;

Et ma main deviendroit le prix de cet outrage !

Dût ton bras , ou la foudre, ^sanglanter ces heux ,

Dût Cahste elle-même, en ce jour odieux,

Sur les restes fumants de sa famille entière

Mourir de mille morts et mourir la dernière.

J'ose ici t'annoncer ma haine et mes refus.

Qui me put avilir ne m'estimeroit plus.

Et, dans les longs dégoûts d'un bonheur légitime.

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