MADAME EULER, MADAME DIRVAL
MADAME EULER à madame Dirval, qui hésite si elle ouvrira le billet.
Lisez donc, je vous prie.
MADAME DIRVAL.
Vous permettez ?
MADAME EULER
Eh ! oui : quelque tendre poulet ?
MADAME DIRVAL lit et sourit.
Vous... croyez ?
(a part.)
Ah ! charmant !
MADAME EULER, qui l'observe.
Cette lettre vous plaît.
MADAME DIRVAL.
Je ne m'en défends pas ; elle est intéressante.
MADAME EULER
Vous allez me trouver curieuse, pressante, Môme indiscrète.
MADAME DIRVAL.
Vous ? jamais.
MADAME EULER
J'ai cru d'abord...
Si le billet n'est pas de d'Héricourt, j'ai tort.
MADAME DIRVAL. l
Vous devinez fort bien ; je n'en fais point mysière ; '. C'est, en effet, de lui.
De votre caractère \ J'adore la franchise et la naïveté : 1 . '^S
Mais je me pique aussi moi, de sincérité, ' f> ,-^ '-^^ ^ Et vous demanderai, tout bas, si la prudence Ne désavoûrait point cette correspondance Entre un jeune homme et vous?
Ah ! ce commerce-là Est doux, mais innocent ; et lisez : car voilà De vos sévérités comme ici je me venge. Voyez si d'Héricourt n'écrit pas comme un ange ! Quel style ! il a vraiment un tour particulier, Un air aisé, piquant.
MADAME EULER, ca lui rendant sa lettre.
Surtout très familier.
MADAME DIRVAL.
D'accord ; mais un ami peut fort bien se permettre...
MADAME EULER
Un ami !... c'est le nom qu'il prend dans cette lettre. Mais parlons franchement, l'aimeriez-vous?
MADAME DIRVAL.
Eh! mais.., La question, madame, est vive : et, si j'aimais, Je...
MADAME EULER
Vous me le diriez, j'en suis sûre : qu'on craigne Une maman sévère, une farouche duègne ; Soit : mais madame Euler ! une amie, une sœur. Qui toujours eut pour vous et tendresse et douceur...' L'aimez-vous, en un mot ?
MADAME DIRVAL.
Franchement, je l'ignore.
MADAME EULER
Bon!
Ou plutôt, je crois ne pas l'aimer encore : Mais j'éprouve pour lui... je ne sais quel penchant... Je lui trouve une grâce, un air noble et touchant ;... Vous-même, convenez qu'on n'est pas plus aimable.
MADAME EULER
Sans doute, il a le ton, le maintien agréable; Mais... sans parler ici de ce que vous devez A l'estimable époux... non, non, vous le savez. Et n'oublirez jamais ses droits ni sa tendresse : Mais votre bonheur seul m'occupe, m'intéresse. Ce charmant d'Héricourt n'est pas môme amoureux ; il cherche le plaisir : de ses succès nombreux n vous croit digne enfin de couronner la liste ; "El" ce n'est qu'uiï'llîmable e^ brrllHnt égoïste*
MADAME DIRVAL.
Madame Euler I...