‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 371 sur 474 · MADAME EULER, MADAME DIRVAL · texte numérisé non relu

MADAME EULER, MADAME DIRVAL

MADAME EULER à madame Dirval, qui hésite si elle ouvrira le billet.

Lisez donc, je vous prie.

MADAME DIRVAL.

Vous permettez ?

MADAME EULER

Eh ! oui : quelque tendre poulet ?

MADAME DIRVAL lit et sourit.

Vous... croyez ?

(a part.)

Ah ! charmant !

MADAME EULER, qui l'observe.

Cette lettre vous plaît.

MADAME DIRVAL.

Je ne m'en défends pas ; elle est intéressante.

MADAME EULER

Vous allez me trouver curieuse, pressante, Môme indiscrète.

MADAME DIRVAL.

Vous ? jamais.

MADAME EULER

J'ai cru d'abord...

Si le billet n'est pas de d'Héricourt, j'ai tort.

MADAME DIRVAL. l

Vous devinez fort bien ; je n'en fais point mysière ; '. C'est, en effet, de lui.

De votre caractère \ J'adore la franchise et la naïveté : 1 . '^S

Mais je me pique aussi moi, de sincérité, ' f> ,-^ '-^^ ^ Et vous demanderai, tout bas, si la prudence Ne désavoûrait point cette correspondance Entre un jeune homme et vous?

Ah ! ce commerce-là Est doux, mais innocent ; et lisez : car voilà De vos sévérités comme ici je me venge. Voyez si d'Héricourt n'écrit pas comme un ange ! Quel style ! il a vraiment un tour particulier, Un air aisé, piquant.

MADAME EULER, ca lui rendant sa lettre.

Surtout très familier.

MADAME DIRVAL.

D'accord ; mais un ami peut fort bien se permettre...

MADAME EULER

Un ami !... c'est le nom qu'il prend dans cette lettre. Mais parlons franchement, l'aimeriez-vous?

MADAME DIRVAL.

Eh! mais.., La question, madame, est vive : et, si j'aimais, Je...

MADAME EULER

Vous me le diriez, j'en suis sûre : qu'on craigne Une maman sévère, une farouche duègne ; Soit : mais madame Euler ! une amie, une sœur. Qui toujours eut pour vous et tendresse et douceur...' L'aimez-vous, en un mot ?

MADAME DIRVAL.

Franchement, je l'ignore.

MADAME EULER

Bon!

Ou plutôt, je crois ne pas l'aimer encore : Mais j'éprouve pour lui... je ne sais quel penchant... Je lui trouve une grâce, un air noble et touchant ;... Vous-même, convenez qu'on n'est pas plus aimable.

MADAME EULER

Sans doute, il a le ton, le maintien agréable; Mais... sans parler ici de ce que vous devez A l'estimable époux... non, non, vous le savez. Et n'oublirez jamais ses droits ni sa tendresse : Mais votre bonheur seul m'occupe, m'intéresse. Ce charmant d'Héricourt n'est pas môme amoureux ; il cherche le plaisir : de ses succès nombreux n vous croit digne enfin de couronner la liste ; "El" ce n'est qu'uiï'llîmable e^ brrllHnt égoïste*

MADAME DIRVAL.

Madame Euler I...

Page 1