‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 468 sur 474 · ACTE III, SCÈNE V. oll · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. oll

Et c'était, voyez-vous, mes troupes les meilleures. Je me battis encor pendant trente-six heures : Enfin, je fuis, toujours disputant le terrain ; De fleuve en fleuve, ainsi, j'arrive jusqu'au Rhin ; J'y saule tout armé; je viens dans l'espérance De trouver un asile et des secours en France.

0 ciel! est-il possible ? en croirai-je mes yeux?

Mais j'ai mis à profit des moments précieux :

J'ai choisi dans la France une centaine d'hommes,

Oh! mais, de braves gens, comme vous et moi sommes:

Ils sont prêts à partir, et moi, je pars demain.

Je veux tenter encor, là-bas, un coup de main ;

Car je ne manque pas de soldats qui m'attendent :

Je manque... voyez-vous, de chefs qui les commandent.

Dix mille hommes, avec des officiers français.

Moi, je les mène au diable, et réponds du succès.

Mais, pour mon lieutenant, j'avais besoin d'un homme:

Je l'ai trouvé, Raimond, et c'est vous que je nomme.

RAIMOND

Moi, Monsieur?

GÉLON

Vous, mon cher. J'ai de bons yeux ; allez, Je m'y connais, je sens tout ce que vous valez : Ah! diable ! la valeur et la prudence unies !.. .

RAIMOND

Mais...

Je puis môme offrir à vous deux compagnies, Pour deux de vos amis : disposez ; maintenant. Vous voilà tout armé ; marchons, mon lieutenant.

(a part, et sans accont.)

Il est tout étourdi de ce conte bizarre.

RAIMOND (à part).

La botte est vigoureuse, il faut que je la pare.

GÉLON

Vous balancez, Raimond ?

RAIMOND

Oh! non. C'est lui, c'est lui!

GÉLON

"est moi, sans doute.

Enfin ! je rencontre aujourd'hui lassiuan-Oylou!...

GÉLON

Quel feu dans vos regards pétille !

Cet ennemi mortel do toute ma famille !

Moi, l'ennemi?...

Toi-même, oui, vainqueur inhumain ! Cinq frères que j'avais, ont péri de ta main ; Un autre, échappé seul à cette boucherie. M'est venu raconter ce trait de ]);u"barie. De douleur, en mes bras, mes yeux l'ont vu niourir; Et moi, dans ce moment, je juVai de périr, Ou de venger sur toi mes six frères.

GÉLON

Qu'cntends-jc?

Dieu ! tu me fais frémir par ce récit élratige. J'aurais eu le malheur, Ilaimond, de t'arracher ?...

Oui, cruel ! je partais, et je t'allais chercher. Et fût-ce au bout du monde... Enfin, je te rencontre; Et, par le ciel vengeur !... vengeur, car il te montre, Je ne le laisse pas échapper.

Jeune ami !

Ton ami, monstre affreux ! toi, qui m'as tout ravi, Bourreau de tous les miens !...

GÉLON

Vous vous trompez, sans doute. 1 Écoutez-moi, de grâce ; il faut. . .

RAIMOND

Toi-même; écoute.

L'occasion ici s'offre, et je la saisis : J'ai quatre pistolets ; ils sont chargés ; choisis.

GÉLON

Mais...

Viens à trente pas : la nuit est belle et claire ; Viens, donne-moi la mort, ou reçois ton salaire. Hé bien?

GÉLON

Moi, de sang-froid jamais je n'attaquai.

RAIMOND

Défends-toi.

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